PILATE DECLARE JESUS INNOCENT
(Cabinet de Stockholm.)
quelque satisfaction à son créancier, car le 28 mars suivant, désireux de faire rentrer de l'argent qui lui était dû, il avait chargé de ce soin un certain François de Coster, par une procuration dans laquelle deux de ses élèves, Heyman Dullaert et Johann Hindrichsen, étaient intervenus comme témoins. Mais les rentrées furent, sans doute, insuffisantes, et peut-être aussi Rembrandt en avait-il employé le montant à d'autres usages.
Toujours est-il que, pressé de rembourser Thysz, il contracta au mois de septembre de l'année iG53 un emprunt de 8400 florins envers le conseiller C. Witsen et le marchand Isaac van Hertsbeek, chacun par moitié.
Ceux-ci, pour plus de sûreté, rirent certifier leurs créances pardevant le conseil des échevins, le premier pour une somme de 4 180 florins à la date du 29 janvier 1 653, le second pour 4200 florins à la date du 14 mars suivant. Rembrandt, fidèle à ses habitudes de négligence et probablement à court d'argent, n'avait pas versé la totalité de cet emprunt à Thysz, car celui-ci, pour la somme qui lui restait due, conserva sur la maison une hypothèque de 1 170 florins. Grâce à la précaution qu'ils venaient de prendre, Witsen et van Hertsbeek pensaient avoir privilège sur les biens de leur débiteur; mais leur situation vis-à-vis de Rembrandt n'était pas, en réalité, aussi nette qu'ils le croyaient.
Saskia avait, il est vrai, institué son mari légataire universel et nous savons que, confiante dans sa loyauté, elle l'avait même, par une clause expresse et contrairement à l'usage, dispensé de faire dresser, après son décès, un inventaire établissant l'état de l'avoir et la part afférente à son fils.
Avec les années, la gêne de Rembrandt étant devenue plus notoire et sa ruine imminente, les parents de Saskia qui, au début, avaient cru devoir respecter sa volonté, finirent par s'émouvoir. Il leur appartenait de prendre en main les intérêts du mineur et en 1647 ils obtinrent qu'on cherchât, du moins, à évaluer le chiffre auquel s'élevait la fortune du ménage en 1642, au moment de la mort de Saskia. Rembrandt crut pouvoir fixer ce chiffre à 40750 florins, dont la moitié, par conséquent, soit 2o3j5 florins, revenait à Titus. En déduction de cette somme, son père, le 17 mai i656, l'avait fait substituer à ses droits dans la possession de la maison de la Breestraat, par-devant la Chambre des Orphelins.
Ce n'était point évidemment l'affaire des créanciers de Rembrandt, qui, en présence de cet acte, moralement peu correct et destiné à infirmer la validité de leurs créances, s'alarmèrent à bon droit, disant qu'il y avait là une véritable fraude commise à leur égard. Nous verrons plus loin les procédures compliquées auxquelles donna lieu ce litige,
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qui ne fut tranché qu'après une longue suite de débats ouverts devant les diverses juridictions.
Dans l'intervalle, à la date de 165.4, se place un incident assez bizarre et qui prouve que, la situation de Rembrandt étant connue, des agents d'affaires aux aguets cherchaient à l'exploiter. Un certain Dirck van Cattenburch, homme fort entreprenant, et lui-même amateur d'objets d'art, pensant bien que Rembrandt ne pourrait conserver la maison qu'il lui était impossible de payer, était venu lui proposer d'en acheter une autre.
La combinaison qu'il lui soumettait, bien qu'un peu étrange, était de nature à plaire à l'artiste, puisque, au lieu de débourser de l'argent, le vendeur lui en avancerait. L'acquisition serait faite pour le prix fictif de 4000 florins et Rembrandt recevrait 1 000 florins comptants, à charge par lui de se libérer moyennant 3ooo florins payables en tableaux et en gravures; il devrait de plus exécuter à l'eau-forte le portrait du frère du vendeur, le sieur Otto van Cattenburch, secrétaire du comte de Brederode à Vianen, et ce portrait « serait aussi soigné que celui de Jan Six ». Le projet reçut un commencement d'exécution; Rembrandt avait touché les 1 000 florins, et, d'après une estimation dont les marchands de curioT sites Lodewyck van Ludick et Abraham Francen furent les taxateurs, il avait également fourni une certaine quantité de peintures et d'eaux*fortes, qui, en y comprenant six petits tableaux de Brouwer et de Porcellis ainsi que le portrait qu'il devait graver à l'eau-forte moyennant 400 florins, s'élevaient à un total de 3 861 florins. Cependant cet arrangement ne semble pas avoir eu de suites, car le portrait à l'eau-forte d'Otto van Cattenburch ne figure pas dans l'œuvre du maître et les parties avaient sans doute terminé cette affaire à l'amiable puisque dans la masse de la faillite de Rembrandt on ne trouve aucune mention de sommes à payer ou à recouvrer de ce chef.
Ayant pris, autant qu'il le pouvait, ses précautions pour sauvegarder les intérêts de Titus, Rembrandt avait essayé, sinon de se libérer vis-àvis de ses créanciers, du moins de leur faire prendre patience en leur donnant quelque argent sur les gains que lui rapportait son travail. Le nombre et l'importance des ouvrages exécutés par lui en i656 témoignent de l'activité qu'il déploya et il n'est guère d'année de son existence qui ait été marquée par une production plus active. Comme toujours,
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du reste, son art était sa meilleure ressource contre les ennuis et les préoccupations qui l'assiégeaient. Parmi les portraits datés de cette année, nous signalerons d'abord, au Musée de l'Ermitage, celui d'une jeune femme assise près d'une table couverte d'un tapis rougeâtre, sur laquelle elle est appuyée ; des pommes et un livre de prières sont
placés à côté d'elle. Vue presque de face, elle tient un œillet dans sa main droite et porte, par-dessus une robe à manches rouges, un vêtement noir sur lequel est rabattu un large col blanc, retenu par une agrafe d'or. Ses traits sont réguliers et sa bouche vermeille; son regard calme et assuré, la fraîcheur de son teint dénotent une nature saine et robuste. La simplicité du costume, les mains larges, un peu rustiques, sembleraient même indiquer que nous sommes ici en présence de quelque amie d'Hendrickje.
En tout cas, le maître a mis tous ses soins et il a pris un plaisir évident à peindre cette honnête personne dans une lumière très forte et très colorée qui fait encore mieux ressortir son air de santé et d'équilibre parfait.
Nous trouvons également au Musée de Copenhague les portraits de deux époux se faisant pendants, dont l'un, celui de la femme, est daté de 1 656.