‹ RembrandtChapitre 172 sur 285 · LE DOCTEUR ARNOLD THOLINX · texte numérisé non relu

LE DOCTEUR ARNOLD THOLINX

Vers 1655 (B. 284).

boucle sur son gilet rouge. Malheureusement la peinture, qui d'ailleurs a souffert, est un peu molle et l'expression assez indécise. La dame a plus" de distinction; appuyée d'une main sur un fauteuil rougeâtre, elle tient dans l'autre un œillet, comme la jeune femme de l'Er-

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mitage. Sa robe jaune, à fronces, est recouverte par une casaque de velours noir bordée de fourrures. Très richement coiffée, elle est aussi parée de boucles d'oreilles d'or et d'argent et une broche en forme d'étoile rattache sa chemise à sa collerette. Les yeux petits et timides, le front haut, le nez droit et la physionomie ingénue forment un ensemble d'une individualité très particulière et Rembrandt, qui sait, quand il le faut, modifier sa manière habituelle, a pris soin d'éviter ici les ombres et les contrastes trop accusés, pour exprimer avec plus de charme l'aimable visage de son modèle.

Grâce à la récente et habile restauration de M. Hauser, le Portrait d'un Géomètre que possède le Musée de Cassel a retrouvé une fraîcheur et un éclat que nos visites précédentes dans cette collection, si riche en œuvres de Rembrandt, ne nous avaient pas permis de soupçonner. La signature du maître inscrite autrefois sur ce tableau a disparu, il est vrai, dans cette opération ; mais l'œuvre nous semble porter aujourd'hui en elle-même le meilleur témoignage de son authenticité, et quant à la date i656 qui a persisté, elle est tout à fait confirmée par le caractère de l'exécution.

Nous ne croyons pas, en tout cas, que jamais Rembrandt ait abordé avec plus de franchise et rendu avec plus de force que dans cette peinture l'expression de la vie intime. Assis devant sa table couverte de papiers, le vieillard tient d'une main une équerre et de l'autre sa plume. Il est vêtu d'une houppelande rougeàtre garnie d'une épaisse fourrure fauve. Sa barbe est blanche, et des cheveux blancs et soyeux, déjà plus rares, couronnent sa tête fine et intelligente. La simplicité de sa pose, son air calme et réfléchi, sa petite main ridée et nerveuse et jusqu'à ce flambeau à demi consumé posé sur ses papiers, tout montre l'homme d'étude, voué aux longues recherches et aux plus hautes spéculations de l'esprit. Mais cette fois, comme étonné lui-même des révélations imprévues que vient de lui apporter son travail, il a cessé d'écrire et paraît plongé dans sa méditation. Son regard vague, à demi noyé dans l'ombre, suit son idée, tandis que sur son front caressé par une vive lumière on sent comme le souffle et le frisson de la pensée qui le transporte. La facture à la fois contenue et hardie, et surtout la délicatesse merveilleuse du clair-obscur expriment avec un bonheur singulier cette illumination d'une âme humaine qui, envahie par les

Le Géomètre (vers i656)

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