LE CHRIST
Vers i658-i66o (Collection de M. le comte Orloff Davidoffj.
tion toujours en travail ne s'y laissait pas enfermer et la Bible lui inspirait en 1659 plusieurs tableaux d'un tout autre caractère. Deux d'entre eux appartiennent au Musée de Berlin : Moïse brisant les Tables de la
Loi et Jacob lullant avec l'Ange, peintures violentes d'une facture âpre et un peu farouche, toutes deux d'ailleurs assez détériorées. Si le Moïse brandissant, dans un accès de colère, les tables d'airain au-dessus de sa tête est d'un aspect assez vulgaire et d'une exécution par trop cxpéditivc, le maître, en revanche, a très habilement opposé dans l'autre épisode les efforts désespérés de Jacob au calme et à la sérénité de l'ange qui, au lieu de terrasser son adversaire, se contente de le maintenir et de le convaincre de son impuissance. Un autre tableau, autrefois dans la collection de M. le baron Oppenheim à Francfort et que nous avons eu l'occasion de voir chez M. Bourgeois à Paris, le David jouant de la harpe devant Saiïl, nous paraît avoir été exécuté vers 1660. C'est une composition importante avec deux personnages de grandeur naturelle et que Rembrandt avait étudiée dans un dessin à la plume appartenant à M. L. Bonnat. Debout aux pieds de Satil, David — un adolescent aux cheveux roux, vêtu d'une tunique rouge vif — cherche à distraire par les sons de sa harpe le vieux roi assis sur son trône. Coiffé d'un turban à haute forme surmonté d'une couronne, Satil porte un manteau de pourpre par-dessus sa robe tissue d'or et de pierreries. Sombre, le regard fixe, tout entier à ses pensées, il essuie, au revers de la tenture, les larmes qui coulent de ses yeux; mais on sent le trouble qui l'agite à l'expression farouche de sa physionomie, et le geste furieux de sa main serrant convulsivement sa lance laisse pressentir les dangers que court le jeune musicien. Cependant celui-ci, attentif au jeu de ses mains adroites, ne semble pas s'en apercevoir et s'abandonne complètement à sa verve de virtuose. Le contraste de ces deux figures, absorbées par des impressions si différentes, est rendu d'une manière très pathétique et la facture d'une ampleur singulière, aussi bien que l'heureux mélange des tons d'or et des rouges, annoncent déjà la liberté d'exécution et les harmonies éclatantes des dernières peintures de Rembrandt. A côté de ces scènes bibliques, l'année 1 658 nous offre une composition imprévue, empruntée à la mythologie : Jupiter et Mercure reçus par Philémon et Baucis. Déjà auparavant le maître avait été tenté par cet épisode, et le Cabinet de Berlin possède de lui un croquis assez informe représentant les préparatifs faits par le vieux ménage afin de recevoir dignement ses hôtes. Mais la scène est à la fois plus pittoresque et plus touchante dans le tableau de dimensions assez restreintes