ÉTUDES ET PORTRAITS
que M. C.-J. Yerkes de Chicago a récemment acquis de M. Sedelmeyer. Assis en face de Mercure, Jupiter témoigne aux deux époux la satisfaction que lui cause leur accueil. Ceux-ci, au moment où ils apportaient au roi des Dieux une oie blanche dont ils lui font présent, tombent tous deux à genoux en découvrant la divinité de leurs hôtes. Un flambeau dont la flamme est cachée par Mercure éclaire la pauvre chaumière dans laquelle on entrevoit confusément des cloisons en lattis, des nattes pendues aux poutres et à gauche quelques morceaux de bois flambant dans la cheminée. La lumière reste concentrée sur le maître de l'Olympe, un personnage de tournure assez étrange vêtu d'une tunique bleuâtre brodée d'or et sur les visages vénérables des bonnes gens qui, prosternés et les mains jointes, l'adorent humblement. On dirait, tant leur ferveur est grande, qu'en traitant cet épisode mythologique, Rembrandt pensait encore aux Pèlerins d'Emmaûs dont le souvenir, en présence de cette toile, revient involontairement à l'esprit. En même temps que ces diverses compositions, le maître, heureux de retrouver son travail, peignit alors un assez grand nombre de portraits ou d'études faites d'après des modèles qu'il avait sous la main. C'est probablement quelque voisine qu'il a représentée, vers 1 656- 1 658, dans le tableau connu sous le nom de la Cuisinière de Rembrandt et qui appartient à M. L. Goldschmidt. Vue presque de face, cette commère au visage rubicond tient un couteau à la main et semble en effet prête à égorger quelque volaille qu'elle guette par la fenêtre. Coiffée d'une cape rougeàtre, ses cheveux bruns tirés sous son bonnet blanc, elle est vêtue d'une robe brune à manches rouges et un épais fichu blanc cache à demi son corsage également rouge. La tête posée en pleine lumière est très franchement modelée et le fond brun fait ressortir l'éclat des carnations de cette femme aux traits un peu vulgaires, mais dont Rembrandt a su caractériser nettement la nature saine et vigoureuse. Une autre tête de jeune fille qui nous paraît aussi de cette époque et que nous avons eu récemment l'occasion de voir chez M. Sedelmeyer — elle se trouve maintenant à New York chez M. Robert Hoe — n'est pas moins remarquable. C'est une fillette de 16 à 17 ans, au teint très brillant, au regard perçant et profond, d'une expression très particulière. Rembrandt l'a peinte dans une de ces attitudes animées qu'il affectionnait, une de ses mains appuyée sur la poitrine, l'autre portée en avant
et vue en raccourci. Le costume offre une harmonie de rouges assortis avec des gris jaunâtres, et la fermeté du dessin est encore accentuée par la vivacité de l'effet. Cependant, grâce à l'habileté avec laquelle les passages sont ménagés, l'opposition entre ces lumières éclatantes et ces ombres très intenses n'a rien d'excessif. On retrouve là, suivant la
remarque du bon de Piles (i), cette façon « d'exposer ses modèles sous une lumière haute et resserrée, afin que les ombres étant plus fortes et les parties éclairées plus ramassées, les objets en parussent plus vrais et plus sensibles ».
Parmi les autres études de ce temps nous retrouvons ces têtes de Vieillards pour lesquelles Rembrandt, on le sait, avait une prédilection particulière. Notons d'abord, àladatedeiG6o, une Vieille Dame (chez le duc de Buccleugh) — elle porte un fichu blanc et une cape brune — qui semble entièrement absorbée par sa lecture.
Une autre vieille femme peinte par le maître en i658 est plus remarquable encore, et sauf ses rides plus nombreuses et plus profondes et ses joues plus creusées — ce qu'expliquerait d'ailleurs l'intervalle de temps qui les sépare — peut-être devrions-nous y reconnaître le type des portraits de 1654 que nous avons déjà signalés à l'Ermitage et dans