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LA PETITE FAMILLE. ÉTUDES ET PORTRAITS DE CETTE ÉPOQUE

'année i 66 1 compte parmi les plus fé- ^ condes de la carrière de Rembrandt; ^=^ elle est marque'e par la production de

plusieurs tableaux importants et d'une de ses œuvres capitales. Cette active production nous montre avec quel courage il avait repris son travail. Il s'était, cette année même, fixé sur le Rozengracht (le Quai aux Roses) dans la maison rembrandt au visage rond. où il devait demeurer jusqu'en 1664. C'était, à vers i63o (B. 5). ce moment) un qUartier encore peu habité, où le

maître avait pu trouver, sans doute à peu de frais, une installation con-

venable. Les terrains ne s'y vendaient pas cher, et en face même de sa maison, un de ces jardins de plaisance désignés alors sous le nom de Labyrinthes (Doolhof) avait été créé par David Lingelbach de Francfort, le père de Joannes Lingelbach, le peintre bien connu. C'était un homme industrieux et entreprenant qui, déjà en 1 636, avait exploité dans le voisinage, sur le Loiersgracht, un Nouveau Labyrinthe, appelé Y Oranger, où il avait accumulé des divertissements plus nombreux que ses prédécesseurs n'avaient pu jusque-là en réunir. Pièces mécaniques, comme Orphée charmant les animaux, jets d'eau à surprises, fontaines monumentales, telles que celles de la Samaritaine et des Sept Provinces, curiosités naturelles de toute sorte, animaux empaillés ou vivants, groupes patriotiques ou représentations satiriques comme la Procession del'Ommegang, grottes, parterres, tout y était combiné pour attirer et retenir les visiteurs qui pouvaient dans cet établissement se récréer en famille, assister à des spectacles variés et se faire servir des rafraîchissements en écoutant de lamusique(i).

En février 1648 Lingelbach avait ouvert le Labyrinthe du Rozengracht qui occupait un espace de terrain considérable et pour lequel il avait dû acheter deux grands jardins contigus et plusieurs maisons. Mais les distractions qu'on y trouvait n'étaient pas, on le sait, dans les habitudes de Rembrandt, et moins que jamais il était disposé à les goûter. Depuis sa ruine, il n'avait plus d'argent pour courir les ventes ou les marchands, et quand il se décidait à sortir de chez lui, c'était d'ordinaire pour se diriger vers la campagne qui, de ce côté de la ville, lui offrait des excursions proches et variées, le long des remparts et des canaux, dans des terrains vagues semés çà et là de blanchisseries et de moulins à vent. Il était devenu, d'ailleurs, de plus en plus sédentaire et n'aimait guère à quitter son atelier. Les quelques amis qui poussaient jusqu'au Rozengracht pour le visiter se faisaient rares et il n'avait plus à craindre d'être dérangé de son travail. Mais il n'était pas en peine de bien occuper sa vie.

Parmi les tableaux qu'il peignit à cette époque, nous rencontrons d'abord une Circoncision, appartenant au comte Spencer à Althorp et que Smith dans son Catalogue raisonné décrit (n° 69) comme « une

(1) Voir dans Oud-Holland (VI, p. io'3-i 12) l'intéressante notice de M. N. de Rocver sur les labyrinthes successivement créés à Amsterdam et que l'on peut considérer comme les premiers essais de ces beaux jardins zoologiques, si grandement installés aujourd'hui à Anvers et à Amsterdam.

Saint Mathieu et l'Ange (1661).

(MUSÉE DU LOUVRE)

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