‹ RembrandtChapitre 188 sur 285 · VÉNUS ET L'AMOUR · texte numérisé non relu

VÉNUS ET L'AMOUR

étude admirable, très finie et d'un effet brillant.., datée de 1 66 1 », tandis que M. Bode, qui a vainement cherché à y découvrir une date, la dit traitée en esquisse, dans la manière vive et claire, mais un peu flottante qu'allait adopter Aert de Gelder, l'élève de Rembrandt. La scène se passe dans un grand édifice où devant la Vierge assise et tenant l'enfant Jésus, en pleine lumière, le grand prêtre est agenouillé, vêtu d'un manteau jaune très brillant. Derrière, ainsi que dans l'eau-forte de 1654 (B. 47), on entrevoit des spectateurs qui se penchent pour voir ce qui se passe et des bœufs qui garnissent une étable voisine.

Le Saint Mathieu avec l'Ange, daté de 1661, au Musée du Louvre, nous offre une composition d'un ordre plus élevé. Sans doute, le type de l'apôtre manque de noblesse; ses traits sont gros, son costume est pauvre; enfin l'harmonie des bruns de son vêtement avec les gris de son bonnet et les rouges assez montés de ses carnations ne paraît ni bien riche, ni bien distinguée. La facture elle-même est rude et heurtée, presque brutale, mais dans son abandon on retrouve les délicatesses d'expression familières à Rembrandt. Il était difficile, en tout cas, de rendre avec plus de clarté et d'éloquence une idée qui semble irréalisable, tant elle dépasse les moyens dont dispose la peinture, celle de l'inspiration d'en haut pénétrant dans une âme humaine. Assis à sa table, le vieillard a senti venir à lui le divin messager qui le visite dans sa retraite et voici que peu à peu l'ange s'est rapproché de lui; il a posé doucement sa main sur son épaule et mis ses lèvres tout près de son oreille. L'apôtre tient maintenant sur sa poitrine sa main décharnée comme pour y retenir le souffle béni dont son âme est remplie. D'un œil fixe il suit dans le vide cette pensée qui prend forme en lui; il semble qu'il la voie, et sous la dictée de l'ange il va l'écrire.

Nous éprouvons quelque embarras à parler, après ce tableau, d'une autre toile peinte vers le même temps, Vénus et l'Amour, qui se trouve également au Louvre et dans laquelle M. Bode pense, avec raison, croyons-nous, qu'il convient de reconnaître les traits de Hendrickje et probablement aussi ceux de sa fille, la petite Cornelia, dans l'enfant qui caresse sa mère. L'âge présumé des deux figures et le type de la femme s'accordent, en effet, avec cette conjecture; mais Hendrickje, si c'est bien d'elle qu'il s'agit, s'est épaissie, son embonpoint commence à déborder, et le Gupidon à mine pleurarde debout à côté d'elle n'a pas

les traits plus distingués que ceux de sa mère. N'étaient les ailes gauchement attachées à son épaule, on aurait peine à comprendre la malencontreuse désignation de ce tableau, contre laquelle protestent également les formes, les types et l'accoutrement tout hollandais de ces deux personnages. Une fois de plus, nous devons donc constater l'incapacité du maître à traiter des sujets mythologiques. Et cependant, à ne prendre

cette image que pour une représentation de l'amour maternel, on n'en saurait concevoir de plustouchante. Aussi, en dépit de cette appellation imprévue, il faut ici admirer l'expression de bonté de cette mère, la tendresse avec laquelle elle réconforte son enfant et la profonde affection qui unit entre eux ces deux êtres qui n'ont rien à voir avec la fable.

La Jeune Femme à la fenêtre du Musée de Berlin (n° 828 b) doit être rapprochée de ce tableau. M. Bode hésite, il est vrai, à y retrouver le type de Hendrickje tel que Rembrandt l'a peinte dans notre Portrait du Salon carré au Louvre. En revanche, la ressemblance avec cette Vénus nous paraît positive, et à en juger par l'âge, non seulement elles seraient contemporaines, mais la jeune femme de Berlin nous semblerait plutôt un peu plus jeune. Bien qu'elle soit devenue plus corpulente, que son double menton se soit accusé et son encolure élargie, cette jeune femme a encore bon air et elle a conservé sa fraîcheur. Elle porte un costume de fantaisie assez élégant : un manteau rouge garni de fourrures passé

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