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MODIFICATIONS DANS SA MANIÈRE

des douleurs de tête persistantes. Quant à ses yeux, à les voir ainsi bridés, enfoncés dans leur orbite, injectés de sang, avec leurs paupières épaissies, gonflées, on peut croire qu'ils s'étaient graduellement affaiblis.

Quel artiste avait jamais demandé à sa vue un travail aussi opiniâtre, des fatigues aussi prolongées? Qu'on songe à tout ce qu'il avait exigé d'elle, à cette éducation qu'il lui avait imposée pour la façonner, la plier à sa volonté, pour lui apprendre à lire dans les ombres les plus obscures, à saisir dans la lumière les détails les plus minutieux, à les exprimer dans toute leur finesse, sans jamais cesser d'embrasser l'ensemble de ses compositions, sans jamais sortir de l'effet qu'il se proposait de rendre ! Qu'on pense à l'effort continu que devait coûter à ces pauvres yeux l'exécution d'une gravure aussi finement terminée que la Pièce aux ioojlorinsl Pour en avoir trop abusé, il était condamné, pour quelque temps du moins, à un repos absolu. Comment expliquer, sans cela, l'absence complète d'œuvres entre 1662 et 1664? Comment, après s'être faites de plus en plus rares, les eaux-fortes disparaissentelles complètement à partir de 1661 ? Déjà auparavant, du reste, le travail en est peu à peu devenu plus gros, plus sommaire. Comme les gravures, les paysages — et Dieu sait cependant le plaisir qu'il y trouvait, — les études académiques et les dessins eux-mêmes s'arrêtent aussi brusquement. Enfin, quand Rembrandt a pu se remettre à peindre, sa manière s'est tout à fait modifiée. Il n'est plus capable maintenant de compositions compliquées, qui exigent une préparation. En général, il se borne à une ou deux figures, habituellement de grandes dimensions, qu'il se contente d'esquisser en quelques traits sur sa toile. Plus de détails inutiles; il ne s'attache qu'à l'essentiel, à l'expression que de son mieux il cherche à rendre claire et forte. Avec le temps, ses harmonies sont aussi moins compliquées, ses effets moins subtils. Le nombre des couleurs qu'il emploie est de plus en plus restreint; mais il se sert de préférence des plus riches et des plus ardentes : plus de pourpres, mais des rouges vermillon, auxquels se mêlent des jaunes vifs et des tons fauves. L'exécution montre également une largeur, une simplicité et une décision croissantes. Si la séance de travail se prolonge, il y a chance pour que les nerfs s'en mêlent et que l'artiste impatient se tire d'affaire par des coups de force.

Comme l'a remarqué M. Bode, les productions de cette dernière période ne sont pas sans analogie avec celles de sa jeunesse. Ce sont des études plutôt que des tableaux et peintes le plus souvent d'après ses proches et ses amis ou d'après lui-même. Ainsi qu'au début il se servait de la hampe du pinceau pour tracer capricieusement dans la couleur encore fraîche les cheveux ou les poils de la barbe, de même

maintenant il a recours au couteau à palette pour appliquer par touches plus franches ces amas de matière qu'il pétrit fiévreusement, dans lesquels il modèle en relief les saillies lumineuses. Et cependant, suivant la naïve remarque de Félibien (i), « ce qu'il a peint d'une manière grossière et qui même ne semble qu'ébauché ne laisse pas de réussir lorsqu'on n'en est pas trop près; car avec l'éloignement les coups de pinceau fortement donnés et cette épaisseur de couleurs que vous avez remarquée diminuent à la vue, et se noyant et mêlant ensemble font l'effet qu'on souhaite ».

Mais avec Rembrandt il faut

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CROQUIS A LA PLUME REHAUSSE DE SEPIA. (Collection du comte Warwick.)

toujours compter sur 1 imprévu.

A côté de ces peintures farouches, d'autres de la même époque sont encore d'une exécution correcte et irréprochable. Dans chaque œuvre même se rencontrent des inégalités faites pour dérouter. Certaines parties très étudiées sont minutieusement finies; d'autres sont à peine ébauchées. Ici la toile est surchargée d'empâtements, tandis qu'en d'autres endroits elle n'est même pas couverte. Avec une facture très ample et d'une liberté singulière, la Lucrèce se donnant la mort, qu'il peignit à ce moment, est cependant une œuvre contenue. C'était là un sujet qu'il aimait et qu'il avait déjà traité, car dans l'inventaire d'Abraham de Wyss, daté

(i) Entretiens sur les vies et les ouvrages des plus excellents peintres, 5 vol. in-12, 172:1, t. III, p. 458.

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