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LA FLAGELLATION

1668 (Musée de Darmstadt).

le Christ, s'arrête sur cette touchante figure; quand on contemple

son expression sublime de mansuétude et de sérénité. Il semble, en

vérité, qu'en retraçant un si horrible drame, Rembrandt, au plus

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fort de sa détresse, ait voulu se proposer l'exemple de ce noble modèle.

Si la date du tableau de Darmstadt a pu faire question, le Retour de

l'Enfant prodigue de l'Ermitage apparaît nettement, au contraire, et à

première vue, comme un des derniers ouvrages

^ 1 de Rembrandt. Et cependant Vosmaer, sans doute

^\^* JtyH' T à cause de la signature : Van Ryn, tout à fait

/ insolite à cette époque, et surtout à cause de

l'eau-forte du maître datée de 1 636 qui représente le même épisode (B. 91), reporte à cette date de iG36 l'exécution du tableau. Mais il ne l'avait point vu, et, sans parler du caractère de cette exécution, il se borne à le décrire. Certainement, en sa présence, il n'eût jamais songé à reculer jusqu'à la jeunesse du maître « cette peinture héroïque où, comme le remarque M. Paul Mantz, l'art parle avec la plus émouvante éloquence ». L'expression est d'une vaillance inimaginable. Jamais Rembrandt « n'a été plus fort ; jamais sa parole n'a été plus persuasive » ; et le fin critique ajoute avec raison : « L'emploi des rouges, les vigueurs de l'exécution, la belle rage du pinceau ne permettent pas de rattacher ce chef-d'œuvre à la période de tâtonnement et de timidité relative.... Rembrandt y montre les formidables allures d'un lion déchaîné (1). » M. Bode n'est pas moins affirmatif et classe, très justement à notre avis, vers 1668- 1669 cette toile dans laquelle « le maître, sans se soucier de bien peindre », rappelle la facture sauvage et terrible des derniers ouvrages du Titien. « Mais sous cette rude écorce un fruit précieux est enveloppé (2). » Outre l'eau-forte de i636, bien des fois déjà Rembrandt avait griffonné sur le papier des croquis de ce sujet qui convenait si bien à la nature de son génie; mais jamais il ne l'avait traité avec cette éloquence à la fois touchante et pathétique. Quelle force, quelle originalité d'invention dans la figure de ce père qui serre contre lui son enfant bien-aimé ! Le voilà revenu celui qu'il a si souvent pleuré ! Couvert de misérables haillons qui laissent à nu son pauvre corps, il s'est agenouillé devant le vieillard qui seul l'a reconnu, après sa longue absence et dans l'abjection où il est tombé. Les serviteurs qui l'entourent observent avec curiosité cette scène incompréhensible pour eux, cherchant à en deviner

(1) Le Musée de l'Ermitage, texte par Paul Mantz; Ad. Braun et Cic.

(2) Bode : Studicn, p. 527.

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