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CABINET DE STOCKHOLM

en appelant notre regard à l'endroit même où il veut concentrer l'intérêt de son œuvre, c'est pour l'artiste prendre l'engagement de donner aux figures qu'il désigne à notre attention le maximum d'expression qu'elles comportent, et cette partie de sa tâche ne relève plus seulement de la lumière. Si Rembrandt n'était qu'un dessinateur insuffisant, il aurait, en nous conviant à regarder surtout ces figures, préparé de ses propres mains notre déception et ajouté à son insuccès puisqu'il

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CROQUIS DE PAYSAGE A LA PLUME

(Collection de M. J.-P. Heseltine.)

ne justifierait pas notre attente. On a vanté avec raison son savoir et son originalité dans l'emploi de toutes les ressources du clair-obscur, et le nom de luminariste, que lui a donné Fromentin, il l'a certainement mérité par cette excellence à « ne peindre qu'avec l'aide de la lumière » (i) que personne ne lui a contestée. Il est moins exact d'ajouter qu' « il ne dessine que par la lumière ». Sans doute, quand il tient sa palette, il serait inexcusable de ne pas tirer tout le parti qu'il peut de l'art de peindre. Mais pour être moins établis, son originalité et son savoir comme dessinateur ne sont pas moins certains. De bonne heure,

(i) Les Maîtres d'autrefois, p. 35g.

la plume ou le crayon à la main, d'un simple trait, sans ombre, il s'est exercé à exprimer ce qu'il voulait. Il a étudié sur lui-môme et d'après les autres la vérité des attitudes et des mouvements, l'effet des sentiments les plus divers sur un visage humain, et il n'a jamais cessé de se perfectionner dans cette étude, en exerçant ses facultés d'observation et sa mémoire. Les personnages que son imagination lui montre vivants, il est devenu capable de les dessiner en quelques lignes jetées sur son papier, comme s'il les copiait d'après nature. Il les voit et il les fixe en même temps qu'il les crée, non pas froids et inanimés, mais pleins du souffle de son esprit et tout palpitants d'expression. Si parfois, en manière de passe-temps, il laisse errer sa plume comme au hasard, tout d'un coup il reprend sa volonté, il la concentre, et sur la même feuille, à côté de tâtonnements vagues et insignifiants, le voilà qui met sa griffe et trace une figure frémissante de vie, inoubliable.

Ce ne sont pas là chez lui des trouvailles fortuites, des réussites inconscientes. Il a mérité ce don de la vie et de l'expression par des études incessantes, faites avec une sincérité absolue. Des dessins dont d'autres se glorifieraient ou dont ils chercheraient à tirer parti, il les corrige impitoyablement, en les rayant de retouches données à grands coups, afin de mieux marquer l'équilibre d'une figure, la justesse d'un mouvement, l'ovale ou l'axe d'un visage, la direction d'un regard. Il a sur ce point les sévérités et les exigences d'un Léonard, d'un Poussin, de tous ces maîtres de la forme qui, en enfermant quelque pensée dans un contour, ont tenu à se faire bien comprendre, à choisir entre toutes les attitudes, entre tous les gestes, ceux qui étaient les plus significatifs et qui disaient le mieux ce qu'ils voulaient dire. D'autres ont mis dans leur dessin plus de correction, plus de goût, plus de grâce ou de beauté; aucun maître n'aura exprimé plus clairement, plus fortement ses idées.

Très différents par les procédés qu'il emploie, les dessins de Rembrandt ne le sont pas moins par leur degré d'achèvement. Tantôt expéditifs et très sommaires, ce ne sont que des notes prises en courant; ou bien leur exécution a été poussée très loin et les moindres détails y sont soigneusement précisés. Quelques-uns d'apparence très sage, très posée, sont tracés d'une main sûre avec une netteté extrême; d'au-

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