‹ RembrandtChapitre 23 sur 285 · PREMIERS ACHATS D'OBJETS D'ART · texte numérisé non relu

PREMIERS ACHATS D'OBJETS D'ART

ressources d'étude qu'il considère comme utiles à son travail, le poussera incessamment à grossir ce premier fonds de ses collections. Il faut qu'il puisse à sa fantaisie accoutrer ses personnages bibliques, ou meubler leurs intérieurs, en puisant dans les oripeaux de sa garde-robe et dans les accessoires que peu à peu il emmagasine chez lui.

Dès ce moment, nous pouvons relever dans ses tableaux et ses eauxfortes, ou dans les œuvres de ses compagnons d'étude, quantité d'objets qu'il a déjà réunis et dont à maintes reprises il s'est servi. Ce sont de riches étoffes, des écharpes aux vives couleurs, un tapis de velours brodé d'or, une pelisse doublée de fourrures; ou bien des armes, un casque, un bouclier, une grande épée à deux mains, un carquois, un poignard javanais et ce hausse-col en fer poli que nous avons si souvent mentionné; ou bien encore des bijoux, de la vaisselle : une aiguière et une coupe de métal, des pendants d'oreilles en perles, des bracelets, des chaînes d'or qu'il passe au cou de ses modèles ou avec lesquelles il attache les grandes plumes dont il orne leur coiffure. Notons enfin des objets d'apparence plus modeste, mais qui ne lui sont pas moins utiles: la natte, le chapelet, la gourde et le sablier placés dans la grotte de Saint Jérôme, les in-folio et les parchemins qui garnissent la prison du Saint Paul ou le taudis du Changeur,

Avec tous ces accessoires, ainsi que le remarque M. Bredius, Rembrandt composait de véritables natures mortes, quelque chose comme ces Vanitas — c'était le nom consacré — que peignaient alors à Leyde des artistes tels que Jan Davidsz de Heem ou Pieter Potter. Ces tableaux d'une harmonie sobre et discrète plaisaient aux lettrés de cette ville, qui en faisaient l'ornement de leurs cabinets de travail, et Rembrandt en a certainement peint lui-même, car les catalogues de Gérard Hoet nous . apprennent que dans une vente faite à Amsterdam, le 1 1 mai 1756, se trouvait comprise une Vanitas de lui — avec une tête de mort, un globe et des livres — ■ qui fut vendue 3i florins. Avide de s'instruire, le jeune peintre avait sans doute aussi commencé à acheter des gravures, celles de son compatriote Lucas de Leyde, par exemple, ou des suites de paysages et de costumes orientaux qui répondaient à ses recherches de couleur locale. Plus probablement encore, il y avait déjà joint quelques acquisitions de tableaux de maîtres vivant alors à Leyde, car nous verrons figurer dans son inventaire trois ouvrages de Jan Pynas, une gri-

saille de Simon de Vlieger, plusieurs paysages de Jan Percellis qui, vers ce moment, s'était retiré près de Leyde, à Soeterwoede, où il devait mourir bientôt après ( 1 633), et une marine du beau-frère de ce dernier, H. van Anthonissen. De tels ouvrages n'étaient pas d'un prix bien élevé et l'on pouvait en acquérir moyennant quelques florins, dans les ventes publiques ou chez les marchands. Peut-être Rembrandt s'était-il trouvé en relations avec plusieurs de ces artistes, ou avec un autre paysagiste plus célèbre encore vers lequel il devait se sentir attiré par une sincérité pareille et par les préoccupations de clair-obscur que tous deux apportaient dans leur art. Van Goyen, en effet, fit un séjour à Leyde en i (53 1 et il eut alors l'occasion naturelle de rencontrer son jeune confrère dans la famille des Swanenburch, puisqu'il avait été luimême élève d'Isaac, le père du premier maître de Rembrandt.

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