LA PETITE CIRCONCISION
Vers i63o (B. 4S).
des traits fins, le front haut, bombe et dégarni, avec de petits yeux et une grande barbe blanche. Le saint est assis près d'une fenêtre, dans un oratoire aux voûtes élevées, séparé par une arcade cf'un vestibule pavé. A l'un des montants de cette arcade est adossé un autel en pierre sculptée, avec un crucifix encadré par de petites colonnes de marbre rougeâtre, dont les chapiteaux et les fûts sont dorés. La main gauche appuyée sur le bras de son fauteuil, le pieux personnage est occupé à lire dans un grand in-folio posé sur une table. Il porte une calotte rouge avec une longue pelisse de ce gris violacé qu'affectionnait le peintre à cette époque. Ce ton froid, rappelé çà et là par l'azur pâle du ciel, les rideaux de l'arcade et le dallage de la pièce voisine, contraste heureusement avec les bruns et les jaunes colorés répandus dans le tableau. L'harmonie de ces nuances rapprochées à dessein est très délicate. A l'inverse de ce que font les débutants, Rembrandt a de parti pris restreint ses colorations ; il reste presque monochrome et se préoccupe surtout du clair-obscur. La pénombre des surfaces opposées à la lumière et les reflets qu'elles reçoivent sont rendus avec une grande justesse, et dans cette tonalité discrète, l'exécution est à la fois très légère et très précise. L'attitude recueillie du vieillard, l'expression de ses traits, la clarté et le silence qui régnent autour de lui pendant qu'il se livre à sa méditation, tout cet ensemble enfin est d'un charme et d'une douceur extrêmes.
L'effet, au contraire, est très puissant, très nettement accusé dans la Présentation au Temple du Musée de la Haye, signée du monogramme de Rembrandt et datée de iG3i (i). C'est le tableau le plus fini et l'un . des mieux conservés de cette époque; il offre d'ailleurs
(Sxf JfU7 f dans l'exécution et aussi dans l'ordonnance de l'architecture des analogies nombreuses avec le Saint Anastase qui sans doute l'avait précédé. Mais en même temps que les oppositions y sont plus franches et les couleurs moins éteintes, la lumière est aussi plus concentrée. On connaît la scène. Au milieu du temple aux colonnes gigantesques, la Vierge et saint Joseph sont venus apporter leur offrande et consacrer au Seigneur le nouveau-né. Tous deux, dévotement age-
(i) Le panneau n'avait pas originairement la forme cintrée qu'il a aujourd'hui; un morceau de om,i3 lui a été ajouté dans le haut pour qu'il servît de pendant à un tableau de Gérard Dou : la Jeune Mère, qui appartient également au Mauritshuis.
La Présentation au Temple (i-63i).