VIII AVANT-PROPOS
permettait d'ailleurs de faire revivre l'artiste dans son vrai milieu, de montrer à la fois ce qu'il lui avait dû et ce qui avait fait l'originalité de son génie.
Dès lors la cause du maître était gagnée. Il avait toujours eu des admirateurs fervents; mais peu à peu le public lui-même était venu à lui. En môme temps que la facilité croissante des relations rendait plus accessibles les musées et l'es collections particulières de l'Europe qui possèdent ses tableaux, des gravures ou des photographies de ces tableaux et des fac-similés de ses dessins ou de ses eaux-fortes permettaient de mieux apprécier la fécondité et la force de son talent. Au lieu d'épuiser la curiosité, toutes ces études relatives à Rembrandt ne faisaient qu'aviver le désir de le connaître mieux encore. Parmi les écrivains qui depuis dix ans se sont surtout appliqués à cette tcàche, MM. W. Bode et A. Bredius méritent d'être placés hors de pair.
Vosmaer, il faut l'avouer, avait commis d'assez nombreuses erreurs : le nombre des tableaux qu'il avait vus était fort restreint, et le sens esthétique chez lui n'était pas à la hauteur de l'érudition. Avec un goût plus sûr et plus exercé, M. Bode a repris son travail pour le rectifier sur bien des points. Dans ses incessantes pérégrinations à travers l'Europe il avait pu voir presque tous les tableaux de Rembrandt, et mieux que personne il était à même d'en dresser le catalogue. Le premier, aussi, il avait appelé l'attention sur les œuvres de la jeunesse du maître et il avait même pu lui restituer toute une série d'ouvrages ignorés jusquelà et dont les attributions, d'abord contestées, sont aujourd'hui acceptées de tous. Remaniant la notice qu'il avait fait paraître dans les Graphischen Kiïnste, M. Bode nous donnait le remarquable travail inséré dans ses Etudes sur l'histoire de l'Art Hollandais (i), où il suivait et caractérisait dans ses traits essentiels la carrière artistique de Rembrandt.
En même temps, la fondation du recueil périodique Oud Holland (2), dirigé par MM. Bredius et de Roever, les deux érudits bien connus, imprimait aux recherches documentaires un nouvel essor, et procurait à l'histoire de l'art une foule d'informations précieuses découvertes dans
(1) Studien \ur Geschichte dcr HoUcendisclien Malerei, Brunswick, 1 883, i vol. in-8°.
(2) Amsterdam; Binger frères. Ce recueil est aujourd'hui à sa dixième année d'existence.