‹ RembrandtChapitre 31 sur 285 · ETUDE AU CRAYON NOIR · texte numérisé non relu

ETUDE AU CRAYON NOIR

Collection du roi de Saxe.

devait finir misérablement, comme Rembrandt, et mourir insolvable, après avoir vu son bien vendu aux enchères par ses créanciers.

Gérard Dou, au contraire, était dès lors assuré d'une prospérité toujours croissante. Ses œuvres, de plus en plus recherchées, atteignaient des prix très élevés, non pas tant pour leur mérite propre que pour le fini précieux vers lequel il se sentait graduellement entraîné. Cette exécution minutieuse devenait, après le départ de son maître, sa principale préoccupation et faisait de lui le chef de cette école des peintres de genre de Leyde, plus tard si goûtée, malgré sa froideur, sa sécheresse et son insignifiance. Abandonné à lui-même, van Vliet se serait maintenu moins encore que Gérard Dou, mais il devait suivre Rembrandt à Amsterdam et faire, d'après ses compositions, d'assez nombreuses gravures. Si dans ces planches exécutées sous la direction du maître, il montre encore quelque talent, il n'en est pas de même de celles où, traduisant ses propres inventions, il retombe dans ces oppositions violentes, cette grossièreté de dessin et cette extrême vulgarité d'expression qui ne justifient que trop le discrédit complet dont ses œuvres sont aujourd'hui frappées.

Rembrandt, en quittant les siens pour demeurer à Amsterdam, allait trouver dans cette ville un théâtre plus vaste, mieux en rapport avec sa valeur et son activité artistiques. Mais les années passées à Leyde avaient été pour lui particulièrement fécondes; elles devaient exercer une influence considérable sur toute sa carrière. En même temps que son talent, il avait senti croître en lui cet amour de la nature qu'il conserva toute sa vie. Il avait appris à la voir de ses propres yeux et à la rendre avec des moyens d'expression très personnels. La tentation cependant avait dû être vive pour lui, curieux, comme il l'était, de céder au courant qui entraînait les artistes de son temps vers cette Italie dont les chefs-d'œuvre et le renom les attiraient en foule. Les récits qu'avaient pu lui faire ses camarades et ses maîtres ne l'avaient pas décidé. Au lieu d'aller, comme tant d'autres, chercher au loin des enseignements, il était resté dans son pays ; il y avait même vécu à l'écart, dans le recueillement, absorbé par la pratique de son art. A ses risques, il s'était créé une méthode et des procédés de travail, en se contentant des modèles qu'il avait sous la main : lui-même tout d'abord, puis ses parents et ses proches. Ces études avaient meublé sa mémoire et

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