‹ RembrandtChapitre 39 sur 285 · EPHRAIM BONUS · texte numérisé non relu

EPHRAIM BONUS

Coster, et les allusions à la vie familière et aux événements contemporains se font jour à travers ses compositions académiques. C'est ainsi que dans sa Poljxène, représentée en i63o, il cherche à flétrir le fanatisme religieux, mêlant parfois des éclairs de génie aux grossièretés et aux fautes de goût qui lui sont habituelles. A son tour, Brederoo, son

contemporain et son ami, s'avance plus loin dans ces voies : il essaye de transporter sur les planches la vie même de tous les jours et trouve ses modèles parmi les rues et les marchés d'Amsterdam, sans rien retrancher aux hardiesses de leur langage ; mais il meurt prématurément avant d'avoir pu donner sa mesure.

Pieter Cornelisz Hooft, au contraire, appartient par son éducation comme par sa naissance à l'aristocratie et il reste le plus fidèle représentant des doctrines classiques. Dans ses fades pastorales, pastiches de YAminta du Tasse et du Pastor fido de Guarini, la langue est encore gauche, molle et sans relief, pleine de concetti et d'affectation. Elle gagne en grâce et en naturel dans les tragédies qui suivent, mais dont l'invention, en somme, est assez pauvre. La vulgarité y coudoie à chaque instant le pathétique et sans respect pour l'action, les horsd'œuvre y tiennent une place démesurée. Tolérant, élevé au-dessus des disputes religieuses ou politiques, Hooft compte des amis dans tous les partis. La passion de l'antiquité est demeurée très vive parmi les intimes qui fréquentent le château de Muiden, où il s'est établi, à portée d'Amsterdam, depuis qu'il a été nommé en 1609 bailli de cette contrée. L'usage de correspondre et de composer des vers en latin a persisté dans ce cercle de familiers, où brillent au premier rang les filles de Rœmer Vischer, et qui sous le nom de Muider Kring a mérité une place dans l'histoire littéraire de cette époque. Les lettres qu'échangent entre eux ces beaux esprits nous les montrent visant aux grâces cicéroniennes du style et s'appliquant à exprimer par des tours de phrase laborieux des idées ou des façons de vivre tout à fait modernes. Ces raffinements, qui rappellent le jargon de nos précieuses, jurent avec le tempérament vigoureux de la nation. Même chez les plus déliés, à ces élégances factices s'allient bien des traits d'un goût douteux et des réminiscences un peu forcées qui sentent le pédantisme. Malgré tout, par sa haute position, autant que par son talent et la noblesse de son caractère, Hooft devait exercer une influence considérable sur la littérature hollandaise.

Vondel, le poète-chaussetier de la Warmoë'sstraat, l'emporte cependant et de beaucoup sur Hooft, par l'originalité et la puissance de ses conceptions. Mais si apprécié qu'il ait été par ses contemporains, pas plus que Rembrandt et Spinosa, il ne devait connaître le repos ni la

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