LE THEATRE ANATOMIQUE DE LEYDE
Fac-similé de la gravure de W. Swanenburch (1610).
(1) Journal des Voyages de M. de Monconys ; Voyage en Hollande en i663, Lyon, 1677.
et des objets qui avaient trait à leur enseignement. Du reste, pour ces sortes de représentations, les Hollandais avaient été précédés par les Italiens, chez lesquels, on le sait, les peintres et les sculpteurs rivalisaient avec les médecins et les chirurgiens eux-mêmes sous le rapport des études anatomiques. Il est curieux que les deux premiers ouvrages qui contiennent de pareilles représentations aient été publiés dans cette Venise avec laquelle, par sa situation comme par sa prospérité et par le mouvement intellectuel et artistique dont elle devait être le centre, Amsterdam offrait tant d'analogies. Le premier en date est un Traité de médecine rédigé par un Allemand, Johannes de Ketham, qui vivait alors en Italie. La planche XXVI de la seconde édition de ce traité (Venise, 1493) nous montre le professeur dans sa chaire, faisant la leçon, la tête couverte. Devant lui, à ses pieds, un cadavre nu est étendu sur une table, et un opérateur se dispose à lui ouvrir la poitrine; un aide semble lui indiquer l'endroit précis où il doit porter le scalpel; tout autour se tiennent des auditeurs ou des élèves en robes, dans le costume de cette époque. Plus de quarante ans après, dans un Traité dû à Jacopo Berengerio da Carpi (Venise, 1 535) , une autre Leçon d'anatomie nous offre des dispositions à peu près pareilles. Mais il appartenait à André Vesale de réunir dans son livre Sur la structure du corps humain (1) l'ensemble le plus complet des informations scientifiques qu'on possédât alors à ce sujet. Les planches qui accompagnent cet ouvrage lui donnaient d'ailleurs une valeur particulière, valeur telle que pendant longtemps Titien avait passé pour en être l'auteur (2). L'une de ces planches, celle qui sert de frontispice au volume, a pour nous un intérêt spécial. C'est une Leçon d'anatomie qui, avec des éléments empruntés à la réalité, est cependant une véritable composition, rappelant un peu YÉcoIe d'Athènes. La scène se passe dans une espèce de rotonde à colonnes, et de nombreux personnages aux attitudes variées en encombrent le bas et le pourtour. Au centre, Vesale est debout devant la table d'opération sur laquelle est placé un cadavre vu de face et le ventre déjà ouvert; à côté du professeur, un flambeau, un encrier, une éponge et des instruments de chirurgie. Dans sa main
(1) Andrœ Vesali Bruxellensis Scholce medicorum Patavinœ professoris : De humani corporis fabrica, îibri septem, Bâle, juin 1 543.
(2) On sait aujourd'hui que c'est à Jean de Calcar qu'il faut en reporter l'honneur.