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LES LEÇONS D'ANATOMIE

droite il tient un scalpel posé sur le rebord de la plaie; de l'autre main, l'index élevé en l'air, il appuie sa démonstration. Derrière lui se dresse un grand squelette; autour sont groupés des aides avec leurs couteaux, que quelques-uns sont en train d'aiguiser, et des élèves attentifs à la leçon ou se communiquant leurs impressions. Enfin, à gauche, un de ces élèves mène un singe en laisse, et un autre un chien, sans doute des victimes réservées pour une prochaine dissection; tout cela plein de vie et de mouvement. Dans les culs-de-lampe ou les initiales ornées de ce livre, les motifs décoratifs sont inspirés par des sujets analogues : des enfants occupés à disséquer des animaux ou des fragments du corps humain; d'autres faisant bouillir un crâne ou s'exerçant à des opérations chirurgicales. Tous ces détails témoignent assez de l'ardeur passionnée qu'excitaient alors des recherches qui, en Italie aussi, avaient rencontré bien des obstacles avant d'entrer dans le domaine scientifique. Vesale parle, dans sa préface, de l'appui qu'elles avaient trouvé près de Charles-Quint; il espère que Philippe II continuera à les favoriser comme son père et ne se laissera pas circonvenir par les intrigues de détracteurs arriérés (1).

Dans les gravures que nous venons de signaler, le goût et les aptitudes naturelles des Italiens leur avaient permis de découvrir immédiatement les conditions et les ressources pittoresques que pourrait présenter un genre de peinture dans lequel ils ne devaient cependant pas s'exercer eux-mêmes. Sans jamais chercher des motifs de tableaux dans des données de cette sorte, ils se bornèrent, en effet, à en tirer quelques illustrations pour des livres spéciaux. Assez d'autres sujets sollicitaient leurs peintres, qui, plus conformes aux goûts et aux traditions de l'art italien, étaient mieux faits aussi pour leur concilier la faveur des princes et du clergé, demeurés leurs protecteurs naturels. Si ingrates qu'elles fussent, ces données, au contraire, allaient défrayer l'art des Hollandais, art toujours attentif aux manifestations de la vie nationale, toujours prêt à s'en emparer. En les abordant, il ne devait pas du premier coup y réussir, et son réalisme plus absolu, son goût moins exercé, l'inhabileté de ses arrangements allaient pendant long-

(1) La plupart de ces détails relatifs aux figurations de Leçons d'anatomie sont empruntés à une curieuse publication du Dr Ludwig Choulant : Geschichte und Bibliographie der anatomischen Abbildungen, Leipzig, i852.

temps se traduire par des tentatives plus ou moins malencontreuses sur lesquelles M. Vosmaer a, le premier, appelé l'attention (i). Mais là aussi, comme dans les autres branches de l'activité de ce peuple, son entière sincérité et la ténacité opiniâtre de ses efforts ne pouvaient manquer de porter leurs fruits et de tirer de ces difficultés mêmes des œuvres originales et significatives.

Le premier essai que l'on connaisse en ce genre, la Leçon d'anatomie du DT Sébastieîi Egberts\ de Vry, après avoir longtemps servi à la décoration du local de la Gilde des chirurgiens d'Amsterdam, pour laquelle il avait été fait, est aujourd'hui exposé au Ryksmuseum. Daté de i6o3, ce tableau est signé des initiales d'Aert Pietersen, son auteur, accolées de chaque côté du monogramme de sa famille : le trident de foulon dont se servait également son père, le célèbre Pieter Aertsen. Le professeur, personnage considérable de ce temps, échevin puis bourgmestre d'Amsterdam, une paire de ciseaux dans sa main droite et l'autre appuyée sur un cadavre, est occupé à faire la leçon en présence de ce cadavre placé devant lui, en raccourci, mais à demi masqué par les aides assis au premier plan. De nombreux auditeurs, jeunes gens ou hommes faits, vus de face, debout et la tête découverte, gesticulent dans des attitudes variées. Ils sont naïvement disposés les uns au-dessus des autres, en files parallèles; mais, au lieu d'être attentifs à la leçon, aucun d'eux ne regarde le professeur, ni le cadavre; tous ont les yeux tournés vers le spectateur. Les mains sont bien dessinées, les têtes nettement caractérisées dans leurs physionomies individuelles, sans cependant que nous remarquions dans cet ouvrage la puissance d'expression et l'ampleur de facture qui font des Syndics de la halle aux draps du même peintre un véritable chef-d'œuvre. Ce dernier tableau, daté de mars 1599, est cependant antérieur de quatre années; mais l'entrain, la sûreté de touche et l'aisance qu'on y admire ne pouvaient, on le conçoit, se retrouver au même degré dans une toile bien autrement importante et dont l'exécution d'ailleurs, ainsi que nous l'apprend le Dr Tilanus (2), fut entravée par des retards et des obstacles de toute sorte. Commencée en 1 601, cette Leçon d'analomie ne fut terminée qu'en

(1) Les Leçons d'anatomie dans la peinture hollandaise. Voir le Journal l'Art, 1877, *■ M> p. 73.

(2) Beschryving der Schilderyen afkomstig van het Chirurgyns-Gild te Amsterdam, 1 885.

i6o3, la peste ayant enlevé cinq des médecins qui y figurent et ne laissant guère aux autres le loisir de poser, à raison du surcroît d'occupation qu'elle leur apportait.

Après ce tableau, nous rencontrons dans l'ordre des dates une toile de grande dimensionpeinte pourl'hospice de la ville de Delft,oùellesetrouve encore, et qui, d'après l'inscription latine qu'elle porte, a été dessinée et commencée par Michiel Mierevelt et finie par son fils Pieter en 161 7 :

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