CHAPITRE IX
SASKTA VAN UYLENBORCH ET SA FAMILLE. — ■ SES PORTRAITS PEINTS PAR REMBRANDT.
— la Fiancée juive. — Rembrandt épouse saskia (26 juin 1634). — études et tableaux peints d'après elle ; l' ' Artémise du musée du prado ; le Bourgmestre Paneras et sa femme; Rembrandt et Saskia de la galerie de dresde.
— vie de travail.
n vient de voir combien ces premières années du séjour de Rembrandt à Amsterdam avaient été laborieuses, et cependant notre énumération déjà si longue des œuvres peintes par lui à cette époque est loin d'être complète. A ces tableaux, à tous ces portraits que nous venons de citer, il faudrait joindre ici ses dessins et surtout les nombreuses eaux-fortes exécutées par lui ou sous sa direction. Mais à raison des problèmes de collaboration que soulèvent quelques-unes d'entre elles, nous les étudierons dans le chapitre suivant, en parlant des premiers élèves que la réputation du maître avait attirés auprès de lui. Quels que fussent l'activité incessante de Rembrandt et le soin jaloux avec lequel il défendait un temps qu'il voulait réserver entièrement à son art, on se demande, en vérité,
Vers l634 (B. 2.)-
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comment un seul homme a pu suffire à un tel labeur. Il est d'ailleurs toute une série de portraits de cette époque que nous n'avons pas encore abordés : ceux que le jeune artiste, fidèle à une habitude qu'il conservera toute sa vie, a faits d'après lui-même ou d'après des personnes de son entourage le plus proche. Ils tiennent, on le sait, une grande place dans son œuvre, et outre leur valeur propre, ils ont pour nous cet intérêt qu'ils jettent un jour précieux sur cette période de son existence.
Parmi les portraits exécutés en i632, l'un d'eux fait partie de la collection de M. Haro et porte, avec cette date, le monogramme dont se servait alors le maître, suivi des mots : van Ryn. Il est de forme ovale, peint sur toile et nous montre, vue de profil, tournée vers la gauche, une jeune fille au front un peu bombé, au nez droit, petit, légèrement renflé vers l'extrémité. La bouche est très mignonne, le visage assez plein, avec l'indication d'un double menton qui commence à poindre; les yeux petits sont surmontés de paupières épaisses. Ces traits peu réguliers et qui n'auraient par eux-mêmes rien de remarquable sont relevés par un teint éclatant et par des cheveux blonds, gracieusement embrouillés, qui flottent au-dessus du front. Le costume montre une élégante simplicité, et comme l'expression et le maintien, l'exécution elle-même est posée, irréprochable de correction. Cette jeune fille, dont nous allons retrouver fréquemment l'image pendant les neuf années qu'elle avait encore à vivre, c'est Saskia van Uylenborch, qui devait bientôt devenir la compagne de Rembrandt.
Originaire de la Frise, elle avait perdu sa mère en 1619 (i); son père, Rombertus van Uylenborch, issu d'une famille patricienne et riche de ce pays, avait de 1584 à 097 appartenu au Magistrat de Leeuwarden en qualité d'échevin ou de bourgmestre. C'était un jurisconsulte distingué et la considération dont il jouissait lui avait même fait confier par ses concitoyens plusieurs missions politiques. Au cours d'une de ces missions, envoyé à Delft en 1 5S4 près de Guillaume d'Orange, et invité à sa table, il avait été presque témoin de l'assassinat de ce prince et en avait rendu compte à ses commettants. Peu de temps après la mort de sa femme, Rombertus mourait lui-même, en 1624. A ce moment, la plupart de ses neuf enfants étaient établis. Deux de ses
(1) C'est à M. W. Eckhoft, archiviste à Leeuwarden, que l'on doit les détails concernant la famille de Saskia et qu'il a publiés dans la brochure la Femme de Rembrandt, 1862*