‹ RembrandtChapitre 76 sur 285 · COMPOSITIONS INSPIREES PAR LA BIBLE · texte numérisé non relu

COMPOSITIONS INSPIREES PAR LA BIBLE

présent des incidents dont l'artiste a été témoin. On sent à la spirituelle aisance de la pointe, qu'il est heureux de se distraire par ces menus ouvrages des tâches plus importantes qui se disputent ses journées, et qui cependant ne suffisent pas à absorber son infatigable activité. En revanche, c'est avec une contrainte visible qu'il subit les commandes qu'on lui fait pour orner de ses dessins quelqu'un des livres illustrés que les éditeurs hollandais publiaient en si grand nombre à cette époque. Rembrandt n'était point fait pour une pareille besogne. La façon dont il a interprété un texte de Herckmans dans la planche gravée pour le poème de cet écrivain : Y Éloge de la Navigation {Der Zeevaertlof), aurait dû lui évitera l'avenir des travaux aussi peu en rapport avec ses aptitudes. Incapable de se plier à la pensée d'autrui dans des sujets qui lui sont imposés, surtout quand il s'agit de sujets allégoriques, il n'aboutit qu'à des compositions bizarres, incohérentes et si peu claires qu'on ne saurait dire avec quelque certitude à quel passage de l'auteur elles s'appliquent. En effet, tandis que dans la gravure de la Fortune contraire (i633, B. 111), la première qu'il ait faite en ce genre, Vosmaer a cru voir une suite d'allusions à la vie de saint Paul, d'autres, avec plus de raison, à notre avis, ont pu y reconnaître la représentation des incidents qui ont suivi la bataille d'Actium, également visés parle texte.

Abandonné à lui-même, c'est d'ordinaire aux livres sacrés que Rembrandt demande ses inspirations, parce qu'il y trouve l'expression des sentiments à la fois les plus humains et les plus élevés. Son imagination excitée par cette lecture place en quelque sorte sous ses yeux les épisodes qu'il se propose de traiter. Avant tout il s'attache à mettre en relief leurs côtés les plus saillants. Il y mêle sans doute bien des vulgarités, des détails d'un goût douteux et ces familiarités excessives qui, surtout en de pareilles compositions, peuvent sembler choquantes. Mais il est de son temps et de son pays, et il n'a pas idée de chercher ses exemples chez des étrangers, ou de se conformer aux traditions reçues. Nous avons vu apparaître, dès le début, dans son œuvre quelques-unes des scènes qui l'émeuvent le plus; il en est auxquelles il reviendra toute sa vie, sans que l'intérêt en soit jamais épuisé pour lui. A certains moments, elles obsèdent son esprit et il ne se lasse pas d'en découvrir des acceptions nouvelles. En i63i, nous le savons, il a déjà peint un Saint Jérôme ; voici de i632 à 1 635 trois eaux-fortes

qui lui sont suggérées par ce même sujet, qu'il reprendra encore plus d'une fois par la suite. La première en date, le Saint Jérôme en prières (B. 10 1), est probablement de la fin de 1 632, car, au lieu du monogramme dont Rembrandt se servait d'habitude cette année, il y a inscrit son nom entier avec l'orthographe usitée par lui à ce moment dans plusieurs de ses tableaux: Rem bran t. La seconde et la troisième (B. ioo et io3) sont, au contraire, signées pareillement Rembrandt, et datées de 1634 et i635. Dans toutes trois nous retrouvons ces lions impossibles, vraiment héraldiques, comme on l'a dit en tirant de cette gaucherie à les représenter un argument contre l'authenticité de ces planches, sans remarquer que les types de ces animaux se retrouvent identiques non seulement dans le tableau de i63i, mais même dans les trois Chasses au lion (B. 1 1 3, 1 14 et 1 15), où ils ne sont pas plus corrects — bien que ces eaux-fortes soient datées de 1641, — l'artiste n'ayant pas eu jusquelà l'occasion de les étudier d'après nature.

Les épisodes empruntés à la vie des patriarches et surtout à celle de Jacob l'ont aussi bien souvent tenté et nous avons à mentionner pour cette époque le Jacob pleurant la mort de Joseph (B. 38) dont l'authenticité a été également contestée, bien que l'exécution, tout autant que la signature, nous semblent militer d'une manière formelle en faveur de l'attribution à Rembrandt (1). La franchise de la lumière, la simplicité de la composition ramassée en un groupe heureusement disposé, le désespoir du vieillard, les gestes mêmes des deux frères et l'attention avec laquelle ils observent sur les traits de leur père l'effet de leur mensonge, tout cela est bien du maître et nous chercherions en vain autour de lui, parmi ses sectateurs ou ses élèves, un artiste capable d'interpréter ainsi une pareille conception.

D'autres planches, moins importantes, telles que la Petite Fuite en Egypte (B. 52), le Denier de César (B. 68), Jésus-Christ en croix (B. 80) et le Martyre de saint Etienne (B. 97), ne méritent guère d'être citées que pour leurs qualités pittoresques et nous avons déjà parlé du Bon Samaritain (B. 90). Dans les petits Disciples d'Emmaiis (B. 88) et la Samaritaine dite aux Ruines (B. 71), toutes deux de 1634, la figure du

(1) Cette signature: Rembrant van Ryn, unit, en effet, la désignation van Ryn, usitée en i632, au nom orthographié sans f, ainsi qu'on le trouve pendant quelque temps à partir de i633. L'eau-forte est donc probablement de la fin de i632 ou du commencement de 1 633.

Portrait d'homme.

Dessin à la sanguine et au crayon noir (1034,.

(COLLECTION DE M. HOl.FOB

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