HOMME A TOQUE DE VELOURS
Vers i635 (B. 289).
par ce fait que dans deux de ces Tètes orientales le type du personnage est précisément celui du père de Rembrandt et qu'il offrait par conséquent pour son fils un intérêt tout spécial. Les échanges entre les deux artistes ne devaient pas, au surplus, se borner à ces trois planches, car il en est une quatrième qui figure également dans leur œuvre à tous deux. C'est la charmante eau-forte : Y Homme à toque de velours (B. 289) — un jeune homme vu presque de profil et coiffé d'un large béret, — exécutée probablement aussi en 1 635 par Rembrandt. La tête de Lievens (B. 26) est, il est vrai, tout à fait imberbe; mais outre que la gravure est en sens inverse, l'attitude, le costume, la coiffure et le haut du visage sont identiques, et l'habileté du travail paraît égale dans les deux pièces. Cette fois encore, Rembrandt s'est contenté de signer d'une simple initiale la copie dans laquelle, sans se croire obligé de respecter la ressemblance du modèle, il a ajouté, en vue d'un aspect plus pittoresque, la barbe et quelques mèches de cheveux très spirituellement indiquées.
Les deux amis ne devaient jamais se perdre de vue et il est probable qu'à l'époque où Lievens renonça à sa vie assez nomade pour s'établir définitivement à Amsterdam, un peu après 1643, ils furent heureux de reprendre l'un et l'autre leurs anciennes relations. Rembrandt, en tout cas, professait une estime sincère pour le talent de son compatriote, et l'inventaire de 1 655 nous en fournirait, au besoin, la preuve. Outre un livre contenant des estampes de Lievens, nous n'y relevons pas moins de neuf peintures de lui, et parmi elles une Résurrection de Lazare (1) et un Sacrifice d'Abraham, aujourd'hui au Musée de Brunswick, tableau célébré dès i632 par Philip Angel dans son Eloge de la Peinture, et qui représente le patriarche serrant avec tendresse Isaac dans ses bras et levant vers le Seigneur, qui l'a conservé à son amour, un regard reconnaissant.
Parmi les sujets empruntés à la Bible, le Sacrifice d' Abraham était un de ceux que les italianisants traitaient alors le plus volontiers. Mais, de préférence à la scène qu'a reproduite Lievens, ils choisissaient surtout celle où l'ange arrête le bras d'Abraham : c'est également l'épisode qui devait tenter Rembrandt comme le plus dramatique et aussi
(1) C'est sans doute le tableau qui appartient à M. H. Willctt, de Brighton.
Le Sacrifice d'Abraham (i635).
IMUSEE DE LERMITAGE)