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ETUDES DE VIEILLARDS

analogie avec celui du Porte-Drapeau : même encolure, même nez épaté, même embonpoint un peu débordant, même regard et même teint haut en couleur. La pose seule du personnage — il tient cette fois une canne à pomme d'or — et son accoutrement sont changés. Mais cette toque bizarre, ce camail en fourrure, cette robe rouge et cette pendeloque étrange suspendue sur sa poitrine par une massive chaîne d'or, tout cela sent un peu la mascarade, et sous ce déguisement suspect nous flairons un Polonais de contrebande. Il nous semble d'ailleurs, à y regarder de plus près, que cette grosse chaîne d'or, ce médaillon attaché à la toque et ces boucles d'oreilles en perles, nous les avons vus plus d'une fois portés par Rembrandt, et c'est bien lui-même que, d'accord avec M. Mantz, nous croyons qu'il faut, une fois de plus, reconnaître « dans ce Moscovite de fantaisie ».

Mais en faisant bon marché de toute cette défroque exotique, il n'est que juste de signaler dans cette robuste peinture une ampleur d'exécution, une puissance de clair-obscur et un éclat de couleur qui s'accordent ici de tout point avec la tournure et l'expression même du personnage. A côté de ces portraits que le peintre a plus ou moins traités comme des études, nous devons mentionner encore à cette époque un assez grand nombre d'études proprement dites, comme cette tête de i635 fièrement brossée qui provient de San Donato et appartient à M. L. Goldschmidt: un homme au visage assez vulgaire, aux cheveux ébouriffés, au costume

plus que simple, sans doute quelque ouvrier. Mais le plus souvent ces

ETUDES D APRES SASKIA.

2iS REMBRANDT.

études étaient exécutées d'après des modèles que Rembrandt recrutait parmi la population juive d'Amsterdam. En parcourant les rues du voisinage, il pouvait à son gré choisir ces types de vieillards qui, avec leurs nez busqués et leurs traits fortement caractérisés, ont si souvent attiré son pinceau, assuré qu'il était de les utiliser en les introduisant dans ses compositions. C'était pour lui d'ailleurs une occasion naturelle de les affubler à sa guise de ces accoutrements magnifiques que lui fournissait sa garde-robe. Quelques accessoires ajoutés après coup lui permettaient de donner à ces personnages le nom de quelque héros de la Bible, et ces désignations un peu aventureuses jointes au mérite de l'exécution aidaient au succès et au placement de pareils ouvrages. Telles sont, par exemple, les tètes d'étude qui se trouvent chez le duc de Bedford (Woburn Abbey), chez le comte Derby, chez sir Philip Miles, chez le comte Nostitz à Prague, ainsi que le vieillard (signé et daté 1 633) de la Pinacothèque de Munich et un autre qui au Belvédère de Vienne a reçu le titre de V Apôtre saint Paul, sans doute à cause du glaive suspendu à la muraille à côté de lui (i). Mais la plus célèbre des peintures de ce genre est le Rabbin daté de 1 635 qui fait partie de la collection du duc de Devonshire à Chatsworth, un vieillard aux gros traits, vu presque de face, coiffé d'un turban de forme élevée et couvert d'un riche manteau rattaché par une large agrafe de métal. Les mains posées sur sa poitrine, il est assis devant une table sur laquelle sont placés des livres, et derrière lui, au fond de l'oratoire où il se trouve, on entrevoit le sanctuaire d'un temple avec une colonne autour de laquelle est enroulé un serpent. Avec ses tons frais et légers et ses ombres un peu froides, l'harmonie claire et transparente de cette toile rappelle celle de la Fiancée juive de l'Ermitage exécutée l'année d'avant. Ces sortes de tableaux, décorés de titres plus ou moins justifiés, eurent en leur temps, paraît-il, une très grande vogue, car on en trouve des répétitions anciennes assez nombreuses, faites pardes élèves ou des sectateurs de Rembrandt, notamment par Salomon Koninck, dans les Musées de Dresde (n° i5ç)o du catal.), de Berlin (n° 821), de Turin (n° 45o), à la galerie Liechtenstein et dans plusieurs autres collections.

Plus libre de son temps, disposant de quelque argent par suite de

(1) Suivant les désignalions d'un ancien catalogue, il portait autrefois une signature et la date i636, devenues aujourd'hui illisibles.

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