I. Excepte Cassel et Brunswick
PREFACE
trop nombreux en France^ et parmi les artistes^ à qui manque le sentiment religieux^ en jugent au hasard comme l'aveugle-né des couleurs. D'un autre côté^ les adeptes convaincus d'une religion d'autorité quelle qu'elle soit^ catholiques^ gréco-russes ou protestants orthodoxes^ n'ont jamais envisagé la question qu'à travers le prisme trompeur et mesquin de leur doctrine particulière. L'extrême étroitesse de leur point de vue officiel ôte toute indépendance à leurs recherches. J'ai eu l'occasion de protester contre les incroyables oracles qu'ont rendus à cet égard les jésuites à Rome et les prélats belges^ et rien n'est plus étrange que la pression barbare exercée
PREFACE
sur Fart religieux^ en Russie^ par les autorités de l'Eglise qui se dit par excellence orthodoxe.
Peut-être ne sera-t-il pas sans intérêt ou sans utilité d'entendre sur cette question les observations d'un libre croyant^ qui a beaucoup vu et qui n'est inféodé à aucun Credo exclusif, ce qui ne veut point dire qu'il n'ait pas ses convictions trèssérieuses. Je suis persuadé^ pour ma part^ que dans l'art religieux comme partout^ si ce n'est plus que partout^ la seule méthode véritablement féconde et sérieuse c'est l'individualisme^ la spontanéité. Que chacun pense et sente par lui-même et jette ensuite sur la toile ou fasse sortir du marbre obéissant;, les libres créations de
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son génie. Que Thomme vive dans l'artiste. Que l'art de convention^ l'imagerie officielle^ le pastiche de commande^ breveté par l'Etat ou par l'Eglise^ tombe dans le discrédit qu'il mérite; que les esprits créateurs^ au lieu de se dissiper au dehors^ ou de se borner au perfectionnement des procédés manuels^ se concentrent en eux-mêmes, et cherchent la source des inspirations puissantes dans les grandes pensées, les émotions viriles, les convictions sincères et hardies. Le vrai seul est aimable, a-t-on dit; il y a plus, le vrai seul est vivant et fort. Or, il n'y a de vrai que ce qui est individuel ; dans l'art comme dans la religion, tout ce qui est imposé d'office, décrété par les
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puissances^ tout ce qui n'est que collectif, demeure entaché de mensonge et irrémédiablement borné.
Je crois avoir démontré dans les pages suivantes que la révolte du génie contre la tradition n'a jamais eu dans les arts de plus illustre organC;, de champion plus convaincu et plus intrépide^ plus victorieux que Rembrandt. Depuis longtemps cette pensée m'a fait rechercher avidement ses œuvres dans les Musées d'Europe.
Je ne sais cependant si les observations que j'ai pu faire auraient vu le jour^ au moins sous leur forme actuelle^ sans une circonstance particulière. Quoique fils d'un Français et d'une Française^ je suis né dans la ville où vécut le grand
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peintre hollandais y Amsterdam .
Peut-être est-ce un avantage^ pour comprendre et goûter un maître si différent des autres^ que d'avoir été élevé^ en partie^ dans le même milieu que lui. Peut-être l'intelligence de la langue^ le souvenir des mœurs et du climat de la Hollande^ et même la communauté de religion et de libéralisme en toutes choses^ m'ont-ils mis à même d'apprécier plus facilement son œuvre que la plupart des catholiques ou des méridionaux.
Une association q\ii cultive les beaux-arts et les sciences (Hollandsche Maatschappij van Fraaije Runsten en Wetenschappen) m'ayant fait l'honneur de m'appeler cet hiver à donner une conférence
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à Rotterdam^ j'ai pris pour sujet le grand artiste de la Hollande; cette conférence m'a été ensuite demandée à Amsterdam^ à Strasbourg; enfin je l'ai reproduite en deux séances^ avec de nouveaux développements^ à Reims dans la salle de la Société Industrielle ^ et à Paris dans la salle de culte du boulevard Richard-ljcnoir^ où les protestants libéraux se réunissent^ en attendant le jour où ilsreprendront dans leurs temples la place qui leur appartient.
J'ai trouvé dans ce travail des distractions utiles^ de nobles consolations; je me rappellerai toujours avec une vive gratitude le bienveillant accueil qu'il a reçu^ tout particulièrement en Hollande; aussi
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l'ai-je offert comme un gage de profonde reconnaissance aux nombreux amis de mon père en ce payS; qui ont gardé de son ministère à Amsterdam un précieux souvenir. Ce ne peut être un hommage tout à fait indigne d'eux ^ qu'un écrit où l'on essaye de servir à la fois trois nobles causes qui leur sont chères et qui sont plus étroitement liées qu'on ne le croit souvent : la religion, la liberté et Fart.
ET
LINDIVIDUALISME DANS L^ART.
Parmi les plus grands hommes de tous les pays , il en est un nombre très - restreint dont le génie n'appartient pas seulement à la contrée dans laquelle ils sont nés, à la nation dont ils font partie, mais au trésor commun de rimmanité. Tels furent Dante ou Shakespeare , Cervantes ou Molière ,
REINICRANDT
Raphaël ou Mozart, Micliel-Aiige ou Rembrandt. Ces esprits crélite ne sont pas seulement la gloire de TEspagne ou de ritalie, de l'Allemagne ou de la France, de l'Angleterre ou de la Hollande , mais du genre humain tout entier. Et cependant , chacun d'eux a porté le cachet de sa patrie et de son siècle ; chacun d'eux a représenté avec puissance, avec ampleur ce qu'avait de caractéristique sa nationalité.
Souvent même une de ces individualités éclatantes est devenue comme un trait d'union entre ses concitoyens et le reste du monde ; c'est par elles surtout , par leurs œuvres et leur nature morale que la postérité s'accoutume à juger leurs compatriotes. Ainsi Rembrandt sert aujourd'hui de lien entre le petit peuple, trop peu connu, au milieu duqueHl est né, et tout ce qu'il y a d'esprits cultivés sur la terre. D'autres figu-