SCÈNE V VAN SWANENBURCH, EGMA
EGMA
*Par la mort du pape! nous voilà chargés d\i ne mission.
VAN SW^ANENBURCH, s'approchant de la fenêtre et après un silence.
Le temps est beau aujourd'hui. Il n'y a au ciel qu'une couche assez fine de nuages. Il semble mêmequ'ellô va se déchirer par endroits.
EGMA
Oui, le temps est beau.
VAN SWANENBURCH
Il y a quelques voiles brunes sur le Rhin.
EGMA
Voici bientôt l'époque où les flotteurs allemands vont descendre de la forêt Noire avec leurs radeaux de bois.
VAN SWANENBURCH
Cela donne de l'animation au fleuve.
EGMA
Mais c'est Fhiver qui vient. Il y a eu hier un grand passage de vanneaux; on aurait dit un vaste écran gris sur les polders.
VAN SWANENBURCH
C'est la saison, en eff'et. ^
EGMA
G^est la saison.
Un silence.
VAN SWANENBURGH, revenant à Egma.
Egma^ nous ne sortirons d'ici que pour apporter au vieux Harmen van Ryn Tassurance que son fils ne partira pas.
Rembrandt paraît dans l'escalier et descend lentement. Il tient ù la main une planche de cuivre et des pointes qu'il va déposer sur l'établi.
REMBRANDT, à van Swanenburch.
De la lumière, n'est-ce pas? de la lumière toujours!... A cette heure de la journée, c'est près de cette fenêtre qu'elle est la plus belle.
VAN SWANENBURCH
Tu es joyeux!
REMBRANDT, allant à eux.
Pourquoi ne serais-je pas joyeux?... Tout chante, tout rit, tout rayonne en moi. L'air me semble de la clarté que je respire. Je suis heureux de vivre.
Leur serrant la main.
Bonjour, mon bon maître!... Bonjour, mon vieil ami !...
EGMA
Vieil ami, c'est très bien... Mais tu n'y penses pas trop, aux vieux! ...