ACTE I
VAN SWANENBURGH
Tu te laisses emporter un peu par ta jeunesse et par ton imagination.
REMBRANDT, inquiet.
Ah!...
VAN SV^ANENBURGH
Voyons, Rembrandt, tu as de raffectionpour tes parents, tu as de la confiance en moi?
EGMA
Et en moi, n'est-ce pas ?
Qu'y a-t-il?
VAN SW^ANENBURGH
Est il vrai que tu veux partir?
Ah! je vois déjà que vous vous liguez tous pour me retenir!... Parlez, parlez! quelles raisons peut-on faire valoir contre mon départ pour Amsterdam?... Amsterdam , la grande ville, le centre de la richesse et des arts, la cité qui donne la gloire ! , . .
EGMA
Ingrat, et que fais-tu de Leyde?
Amsterdam avec son commerce immense, ses familles opulentes, ses illustres sociétés, son fourmillement d'hommes! J^ai besoin de me plonger dans ce tourbillon de vie. C'est là seu-
lement que je deviendrai ce que je crois devoir être^ que je me donnerai tout entier. 'Déjà le peu que j'ai produit, c'est Amsterdam qui Fa goûté, c'est Amsterdam qui l'a acheté. Je ne suis plus un enfant; je sais ce que je fais... et j'ai des ressources. Connaissez-vous Hendrick van Uylenborch, le marchand de tableaux et d'objets d'art? Il vient encore de me vendre mon Saint Jérôme en prière^ et on l'a payé quarante florins.
VAN SWANENBURGH
Je ne doute pas de ton talent ; c'est parce que tu en as que je m'intéresse à ton avenir.
A quoi servirait-il d'en avoir, si ce n'est pas pour le mettre en œuvre?
VAN SWANENBURGH
Satisfais d'abord ta conscience ; ton ambition viendra après.
Mon ambition? Mais je n'en ai pas d'autre que le travail : or, c'est le travail qui satisfait la conscience...
VAN SWANENBURGH
Et tu crois que là-bas tu travailleras mieux qu'ici? Ici, tu as la sécurité de la vie, la paix, le silence...
Et s'il me faut le bruit, le mouvement, la foule