‹ RembrandtChapitre 134 sur 174 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

REMBRANDT, qui est sorti de sa torpeur au son de la cloche, se levant, comme saisi d'une idée subite, et s'élançant vers Descartes.

Monsieur ! . . . Où va ce navire ? . . .

DESCARTES, après avoir un instant considéré Rembrandt.

A Stockholm.

Ah!... N'importe où !... loin !... loin !...Mais pas dans un port de Hollande !... Il part à l'instant ?

DESGARTES ^

A rinstant.

Je ne me retournerai même pas pour jeter un regard d'adieu à cette terre... où je laisse pourtant toute ma gloire et tout mon cœur... J'abandonne tout!... J'attache un bandeau sur mes yeux!... Je pars !...

DESGARTES, lui posant la main sur le bras.

Vous êtes Rembrandt!

Oui.

DESCARTES

Vos portraits me font vous reconnaître.

Et moi, je ne vous connais pas !... Que vous

importe, après tout, qui je suis?».. Encore un qui sourit, et qui dit : Rembrandt ! . . . et qui passe !...

DESCARTES

Vous êtes malheureux dans votre pays ?

Je ne l'ai jamais quitté, et voilà ce qu'il a fait de moi !

DESCARTES

Et vous songez à le fuir ?

Puisque vous me connaissez, vous savez ce que je leur ai donné... mon âme, toute mon âmel... Alors, ils ont semé la dérision sur mes œuvres, ils ont creusé la ruine autour de moi, ils se sont apprêtés à disperser ce que j'avais réuni avec amour, ils ont médité de m'aflfamer, ils ont insulté publiquement celle qui se dévoue pour moi, celle qui m'aime...

DESCARTES

Je vois. Vous avez trop attendu des hommes.

Je n'attends plus rien d'eux ! , . . Je les quitte ! . . . je'vais là-bas... là-bas... Je neveux plus voirleurs hideux visages, entendre leurs paroles odieuses, me laisser frapper de leurs armes empoisonnées... Je pars... Je mets entre eux et moi l'amertume et l'immensité de la mer... Personne ne saura ce que je suis devenu... ce sera l'oubli... L'avenir jugera...

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