ACTE IV
que bas métier, et qui se font brasseurs, comme Jan Steen, teinturiers comme Gappelle, toiseurs comme Van Goyen... D'autres, qui n'ont même pas cette dernière et lamentable ressource, et qui errent par les rues, anxieux du pain du lendemain, comme Van der Neer, ou qui brisent le cuivre de leurs planches, comme Hercule Segers, pour le revendre au fondeur, tandis que leurs g^ravures échouent à l'étal des bouchers et sur le comptoir des marchands d'épices... Esaïas Boursse s'est embarqué sur laflotte des Indes, Abraham van Breyeren a disparu... Ahl je pourrais vous en crier longtemps et longtemps'encore des noms, des noms de martyrs^ des noms sublimes!... Et tout cela, c'est la gloire de la Hollande, et vous ne vous en doutez même pas I . . . Insensés ! Insensés ! Quelle floraison merveilleuse couvre le sol de la patrie ! Elle ne demandait qu'un peu d'aide pour s'épanouir magnifiquement au grand soleil et à la vie... et cette aide, vous la lui refusez 1 Vous préférez jouer vos fortunes et éventrer vos sacs d'or sur des oignons de tulipes !.. . Qu'est-ce que cette richesse et cette puissance dont vous vous prévalez? Pourquoi avez-vous chassé l'étranger?... La liberté, la liberté, qu'en avez-vous fait?... La liberté, c'est la tyrannie!... Tendez un peule cou au-dessus du bourbier où vous vous confondez avec les marchands étrangleurs, les usuriers et les filles de joie, et regardez, regardez par delà vos frontiè-
res : partout Fart est souverain I Voyez le royaume de France, voyez la monarchie d'Espagne, voyez, tout près de vous^ les Flandres, où dominent encore vos anciens oppresseurs 1 Rappelez-vous les potentats de Milan et de Florence ! Souvenez vous des papes de Rome!... Honte I honte!... Républicains, hommes libres, à vous la gloire d'avoir dressé sur le Calvaire la croix où agonise la beauté !