‹ RembrandtChapitre 52 sur 174 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

ALBERTUS

Voilà justement pourquoi tu es inexcusable. Réfléchis encore avant de donner ton consentement.

GERRIT

Ton opposition, je Tavoue^ me causait un grand souci ; mais Saskia est venue et m'a convaincu. Elle se prépare à recevoir son fiancé que nous attendons d'un instant à l'autre.

ALBERTUS

Prends garde de regretter un jour ta faiblesse. Livrer Saskia à un homme de rien, à un peintre 1...

GERRIT

A un peintre, c'est vrai... Mais il est célèbre. J'ai entendu parler de lui à Leeuwarden ; on le connaît.

ALBERTUS

Une belle réputation ! . . . Ne sait-on pas la vie que mènent ces gens-là?...

GERRIT

Quelle vie, Albertus?

ALBERTUS

Moi qui te parle, Gerrit, je suis allé le voir à Amsterdam, j'ai pénétré dans son atelier...

GERRIT

Toi?

ALBERTUS

Il s'y passe des choses 1...

Quelles choses ?

ALBERTUS

Tu ne te fais aucune idée de la société grossière qu'on y rencontre, du désordre qui y règne, de l'irrespect avec lequel on traite les honnêtes gens. On y tient des discours à faire rougir de honte. Il y a surtout un grand diable qui fume toujours et qui est le plus vilain drôle qui soitl... Te dirai-je que Findécence y va jusqu'à recevoir des filles du Spinnhuis pour les transformer en divinités mytholog-iques ?

GERRIT

Ces mœurs sont déplorables, j'en conviens... Mais Rembrandt est arrivé à une situation assez haute pour que des hommes notoirement estimés, comme le docteur Tulp, le grand rabbin Manasseh ben Israël, le calligraphe Coppenol, et notre parent, le pasteur Sylvius, s'honorent d'être de ses amis.

ALBERTUS

Je ne veux pas savoir quelle curiosité les entraîne... Mais il y a autre chose à considérer. Sous ces dehors qui peuvent faire illusion, qu'est-ce qui se cache le plus souvent? La misère. Sans aller plus loin, n'avons-nous pas sous les yeux, à Leeuwarden, l'exemple du peintre Lambert Jacobs, qui lui aussi eut son heure de vogue, et qui maintenant, pauvre et délaissé, en est réduit, pour vivre, aux pires

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