LE MUSICIEN
Nous sompies payés.
Ils recommencent à jouer. Hiskia sort de la maison. GERRIT, levant les bras au ciel.
Qui est-ce qui a pu envoyer cette bande de pouilleux?...
ALBERTUS
Ce n'est pas difficile à deviner.
Stoppertge paraît sur la route. Il est vêtu d'un pourpoint de velours rouge à crevés jaunes, la jambe gauche bottée de cuir fauve, la droite emprisonnée dans un maillot gris et le pied chaussé d'un soulier à boucle. Il a la tête couverte d'un feutre à panache débordant; une longue rapière attachée à une écharpe
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de soie lui bat les talons. Après avoir fait un geste de satisfaction en entendant la sérénade, il entre résolument et s'avance en saluant avec cérémonie, STOPPERTGE, après avoir fait signe aux musiciens de s'arrêter et, s'inclinant profondément devant Gerrit, Albertus et Hiskia.
Mirifiques gentilshommes, éminentes seigneuries, et vous, vertueuse dame, dont la radieuse beauté eût fait pâlir celle de la reine Genièvre, daignez m'octroyer l'honneur, dans Fallégresse de ce jour de fête, d'accueillir à vos augustes pieds, le tribut nonpareil de mes hommages !
ALBERTUS
Le Bourreur de Pipes ! . . .
STOPPERTGE, à Albertus .
Salut à Votre Hautesse I... Son inappréciable santé se maintient-elle, depuis sa fameuse retraite d'Amsterdam ? . . .
Que signifie...
STOPPERTGE
De même que le soleil est précédé par les aventureux courriers de l'aurore, de même, illustrissimes seigneurs, ma surprenante arrivée, de quelque étonnement et de quelque admiration qu'elle vous comble, ne saurait cependant que vous annoncer humblement l'approche éblouissante du prince que vous attendez. Des flots d'harmonie salueront sa venue et, répandant à profusion toutes les richesses du royaume des sons, exprimeront, mieux que vous ne pourriez
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le faire vous-mêmes, la joie dont vos cœurs débordent. Je commencerai par une entrée concertante d'un riche caractère; je vous donnerai ensuite, à votre choix, des danses villageoises ou les parties complètes d'un morceau pathétique dans le style fugué; je puis enfin vous offrir les mélodies françaises à la mode : la Boisuinette^ la Mostarde nouvelle, la Gavotte d*Anjou^ la Belle Iris ou le Petit sot de Bordeaux, Quel programme 1 Et remarquez, s'il vous plaît, le goût avec lequel j^ai recruté mes musiciens. Voici la clarinette, dont le nez qui n^en finit pas en dit long sur les délices j^que recèle son instrument enchanteur. Le violoneux, lui, est le rossignol du quatuor; vous mesurerez sa virtuosité aux larmes que ses notes filées ne manqueront pas d'arracher à vos yeux sensibles. Admirez la cornemuse ! Dans sa modeste attitude, c'est elle qui déchaîne la tempête et fait siffler le vent. Quant au petit vielleur, le bossu de la troupe, gardez-vous de préjuger de ses qualités mélodiques par sa difformité : il est peut-être plus capable qu'eux tous de charmer les oreilles délicates. Seigneurs et seigneuries, je n'accepte pas de remerciements. Si Vos Magnificences sont satisfaites, qu'elles en reportent tgut l'honneur sur celui qui leur fait celui de s'allier à leur noble maison.
Aux musiciens.
Et maintenant, mes enfants, à nous !...
Dégainant et esquissant des battus avec sa rapière.