LE BENJOIN
de bois d’aloès, la même quantité de Benzu et 100 pains de sucre (1).
Entre autres épices précieuses envoyées d’Égypte, en 1476, à Catarina Cornaro, reine de Chypre, se trouvaient 10 livres de bois d’Aloès et 15 livres de Benzui (2). Ces quelques faits suffisent à prouver quelle valeur on attachait à cette drogue, au xv« siècle.
Le nom de benjoin ne commence à apparaître un peu fréquemment qu’à partir de l’établissement des Portugais dans les Indes : on le trouve alors mentionné, soit parmi les produits de Sumatra ou de rindo-Chine, soit parmi les articles qui passaient en transit sur les marchés de Calicut ou d’Ormuz, soit enfin parmi les marchandises qui composaient la cargaison des navires portugais (3).
Il ne faudrait pas en inférer que le benjoin ait été importé pour la première fois en Europe par les Portugais. Vasco de Gama note, dans son Journal, que ses compagnons et lui s’informèrent, au cours de leur première expédition, du prix du benjoin sur le marché d’Alexandrie (4) ; il était donc déjà introduit, au moins depuis un certain temps, sur ce grand marché, rendez-vous général des riverains de la Méditerranée (5).
Le prix du benjoin était, à Alexandrie, de 1 cruzado par arratel, soit la moitié du prix du bois d’aloès. Le voyageur portugais Barboza, qui visita
(1) L. DE Mas Latrie, Histoire de Vile de Chypre, etc., 1861, t. III, p. 483.
(2) De Mas Latrie, op. cii,, 406.
(3) W. Heyd, ojo. cit., 580-581.
(4) Roteiro da viagem que fez Vasco da Gama, 110, 112.
(5) Heyd, loc. cit.
REMÈDES d’autrefois
Calicut en 1511, constate que le Benzui était un article d’exportation des plus estimés : un farazola (22 livres 6 onces) ne coûtait pas moins de 65 à 70 fanoes ; le camphre valait à peu près autant, et le macis de 25 à 30 fanoes seulement (1).
Dans le Tarif de Pasi (2), publié pour la première fois en 1503, le benjoin figure en maints endroits; ce qui prouve bien que c’était l’un des articles dont trafiquaient couramment les marchands italiens.
Dans la première partie du xvii® siècle, il existait des relations commerciales directes entre l’Angleterre, le Siam et Sumatra. Jusqu’en 1623, il y eut à Agutlîia (royaume de Siam) une factorerie anglaise, et le benjoin fut, sans aucun doute, une des marchandises importées (3).
Garcia da Orto, qui écrivait au xv® siècle, semble avoir été le premier à décrire scientifiquement le benjoin et ses variétés. Il donne, notamment, sur les procédés de récolte du produit, les renseignements les plus précis. Comme il le dit en sa langue naïve, il n’avait pas « appris toutes ces choses sans grands dépens » ; d’autant, dit-il, qu’il avait dû « contenter honestement, comme de raison, celui qui lui avait apporté les feuilles et rameaux de cet arbre. Car outre la grande difficulté qu’il y a d’aller en ces forest, il se faut mettre en grand danger de sa personne, à cause des tigres qui sont en grand nombre emmi ces forests (4) ».
Le benjoin n’est plus guère utilisé aujourd’hui que
(1) Hanbury et Fluckiger, op. cit.
(2) Edit, de 1521^ pp. 62 à 79 6, 109 b, etc., etc. ; cité par W. Heyd.
(3) Hanbury, loc. cii.
(4) Garcia da Orto, op. cit., 36-37.