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REMÈDES TIRES DE L*HOMME

J. -B. Denis, médecin ordinaire de Louis XIV, se fit l’apôtre de cette méthode de rajeunissement, dont

Saint-Arnou, où dom Robert enseignait la philosophie. On conserve précieusement à Metz les appareils dont se servit le religieux pour ses expériences. Dom Calmet raconte avoir vu « les tuyaux dont on se servait pour faire passer le sang d’un animal vivant dans les veines d’un autre, et, ajoute Dom Calmet, « feu Dom Hyacinthe Alliot,abbé de Moyenmontier, qui vivait en ce temps-là, m’a souvent raconté les expériences qu’il en avait faites, étant à Bar-le-Duc ». De tout ce qui précède, il ressort par les dates, que c’est bien un moine lorrain, Dom Robert des Gahets, qui, le premier, tenta la transfusion du sang, que c’est bien lui qui la découvrit.

Les expériences des Anglais Timothée Clarke, Robert Boyle et Henshaw (et non Hanslieau, comme l’orthographie Grasset), sont manifestement postérieures. Un autre médecin anglais, Lower, perfectionna cette opération, en 1665 : l’année précédente, Daniel Major, de Breslau, avait fait des tentatives de transfusion et d’infusion de médicaments dans les veines. Quoi qu’il en soit, il n’en reste pas moins au médecin français J. -B. Denis le mérite d’avoir exécuté le premier l’opération avec toute la rigueur scientifique désirable. Denis opéra, dans l’hôtel du comte de Montmor, quai des Augustins, le 15 juin 1667, sur un jeune homme de 16 ans, ayant été saigné vingt fois dans le cours d’une affection fébrile. Du sang d’agneau fut injecté ; le succès fut complet. Denis trouva de nombreux imitateurs, en Angleterre, en France, en Italie. Dans ce dernier pays, deux médecins, Biva et Manfredi, s’en firent les propagateurs ; un autre médecin, Sinibaldus, s’offrit même comme sujet d’expérience. Les résultats furent contradictoires ; il y eut des revers, dont certains eurent du retentissement : n’avait-on pas imaginé de saigner, par exemple, un fou à blanc, et de lui infuser du sang nouveau, prétendant lui rendre la raison par ce moyen ? Les accidents furent si nombreux, — plusieurs tombèrent d’apoplexie peu de temps après cette épreuve {Eloge, hisî. de la Fac. de méd. de Paris, par Alb. Hazon, p. 40) — que les adversaires de la nouvelle méthode les exploitèrent pour la combattre. Le Parlement de Paris, après avoir pris avis delà Faculté, finit

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il chanta les louanges dans un style dithyrambique. Comme tout novateur, il eut à subir de rudes assauts. Un de ses plus fougueux contradicteurs fut Claude Perrault, le savant médecin qui s’improvisa architecte de génie.

« Ne serait-il pas étrange, s’écriait Perrault, en présence de ses collègues de l’Académie des Sciences, que vous reconnaissiez qu’on peut changer de sang comme de chemise? » (1).

L’Académie approuva ces paroles et se déclara contre les transfaseurs ; et plus tard, quand elle apprit que le propre fils du premier ministre de Suède était mort transfusé, l’Académie n’hésita pas à dénoncer les pratiques funestes des transfuseurs au Parlement, qui rendit peu de temps après (1675) un arrêt de prohibition.

L’opération de la transfusion n’a répondu, à vrai dire, ni aux espérances exagérées (rajeunissement, guérison de la folie, etc.), ni aux craintes démesurées qu’elle a inspirées à son début ; et aujourd’hui,

par intervenir et la tranfusion fut interdite en 1668. De nos jours on a fait revivre cette médication (Cf. Bullelin de Thérapeutique, tables), mais on lui préfère les injections de sérum.

Les bains de sang, qui ont été conseillés contre Véléphaniiasis (Pline, lib. XXXVI, cap. v), l’ont été pareillement pour restaurer les forces des vieillards épuisés et contre la lèpre. Au printemps de 1750 , le bruit courut que des enfants avaient été enlevés par des agents de police, pour être saignés aux quatre membres et fournir aux bains de sang que réclamait la maladie d’un prince ladre [Journal de Barbier, Edition de la Société de l’Histoire de France, t. III, p. 124 et suivantes).

(1) Ed. Fournier, Le Vieux-Neuf, t. I, p. 135, note (édition de 1877).

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l’on compte par centaines les cas d’hémorrhagies où un malade exsangue a été rappelé à la vie par la transfusion du sang (1).

Il est plus rationnel, en tout cas, d’introduire du sang directement dans le système circulatoire, que de le faire ingérer par la bouche ou par la peau (2).

Car on a songé sérieusement à faire absorber à des malades anémiés du sang humain (3). De nos jours, on se contente d’envoyer aux abattoirs les sujets trop affaiblis, pour y absorber du sang d’animal fraîchement tué. Mais, il y a quelques cent ans, outre le

(1) Küss et Duval, Cours de physiologie, 1883, p. 180. V, aussi Sprengel, Histoire de la Médecine, t. IV, p. 120-125.

(2) « Quant à l’utilité extérieure du sang humain, écrit Geoffroy, on sait par expérience qu’il arrête les hémorrhagies et spécialement celles du nez : on trempe pour cela des linges dans le sang, et on les applique sur le front, les y laissant sécher ; ou bien on fait sécher le sang sur le fer, et on le réduit en une poudre qu’on souffle dans les narines; d’autres recommandent d’en faire tomber sur un fer chaud et d’en recevoir la vapeur par le nez. Dans toutes ces méthodes qui reviennent au même, le sang agit par sa glutinosité, qui le rend adhérent aux vaisseaux ouverts comme une espèce de bouchon, ou qui, en se séchant sur le front, resserre le calibre de ceux qui s’ouvrent dans les narines ». Suite de la Matière médicale, de Geoffroy, t. IV, p. 468.

(3) N’a-t-on pas, à certain moment, préconisé les bains de sang"î Suivant Bertini, de Turin, ils auraient été employés dans quelques contrées de la Suisse et de la Savoie o avec un succès prodigieux. » Les Indiens Ohanagan du Nord (Amérique) plongent les articulations malades dans un bain de sang chaud d’un animal récemment égorgé. A Paris, même, il fut un temps, pas si éloigné du nôtre, où l’on prescrivait des bains de sang locaux, pour restituer la souplesse aux membres ankylosés à la suite de fracture ou de luxation. Raspail employait couramment cette médication il y a environ cinquante ans (v. son Manuel de 1855 et sa Revue compté-

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sang de lièvre, le sang de chien et le sang de chèvre, on recommandait le sang de l’homme et principalement le sang de la femme, le sang menstruel !

C’était, au Moyen Age, un moyen infaillible de se faire aimer, que d’en faire prendre à un amant rebelle. Lucain parle d’une sorcière romaine, qui préparait des philtres avec du sang auquel elle ajoutait « duræ nodus hyenœ ». La recette n’en serait pas perdue de nos jours, dans un certain monde (1).

Si nous continuons à feuilleter les vieux auteurs, ils nous apprendront que le sang humain, bu récent et chaud, guérit l’épilepsie, « pourvu que le malade fasse, après l’avoir pris, quelque exercice violent qui le mette en sueur. » Par contre, on trouve dans les Ephémérides d'Allemagne (décurie I, années IX et X), maintes observations de Ledelius, qui démontrent l’inanité de ce remède.

Notre docteur cite plusieurs personnes qui, après

menlaire des sciences appliquées, du 1“ avril de la même année). Cette pratique a, du reste, d’antiques parchemins. Ne dit-on pas que Néron et Caligula prenaient des bains de sang ; que la reine Brunehilde (ce qui est peut-être moins prouvé), se baignait dans le sang de plusieurs de ses amants égorgés sous ses yeux? Ce qui paraît certain, c’est que la puissance médicatrice du sang n’avait pas échappé aux anciens ; les prêtres de Rome en avaient fait une prescription religieuse : le remède prenait la forme du sacrifice.

(1) Du moins l’assure le D' Bordier (Revue de l’Ecole d’ Anthropologie de Paris, t. III, 1893, p. 43), lequel ajoute que celles qui répugnent à l’emploi de ce moyen peuvent se faire aimer par une autre méthode, usitée dans le département des Deux-Sèvres : « Prenez une grenouille verte, mettez-là dans une boîte perçée de trous, abandonnez le tout dans une fourmilière, reprenez après quelques jours ce qui restera, broyez-le et jetez sur la personne visée... »

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avoir bu du sang, avec toutes les 'précautions requisesy n’en étaient pas moins restées épileptiques. Dans le nombre, il y en eut une qui mourut trois jours après, ce qui mit en défiance contre le remède (1).

La tradition veut que le poète Lucrèce ait perdu l’usage de la raison, pour avoir avalé du sang que sa femme lui fit prendre, dans l’espérance de se l’attacher davantage, mais la tradition a négligé de nous dire si ce fut le sang d’un homme roux qu’on lui administra.

Plaisante question, direz-vous? Ne souriez pas!

Ce qu’un conteur écrit, au sujet des effets du sang d’un homme roux, mérite quelque attention (2); c’est le moment de prêter l’oreille à son récit.

Un écolier se prit de parole et eut une grande querelle avec un de ses camarades qui, pour se venger de lui, médita sa perte.

Il le pria un jour qu'ils bussent ensemble, afin d’oublier de part et d’autre ce qui s’était passé entre eux. Tout en buvant, il lui glissa dans son verre deux onces de sang qu’il avait conservé d’une saignée faite la veille à un homme roux. Le trop confiant ami avala ce verre, comme il avait fait de bien d’autres, mais il lui coûta plus cher. Trois jours après cette perfidie, son esprit s’aliéna, il tomba en démence et rien ne put lui rendre la raison (3).

Comment ce malheureux se serait-il défié, alors que boire le sang d’autrui, de même que mêler le sang de deux amis, équivalait à une promesse d’assistance mutuelle, à l’incarnation de deux existences

(1) Suite de la Matière médicale, de Geoffroy, t. VI, p. 497.

(2) Anecdotes de Médecine. A Lille, chez J. B. Henry, MDCC. LXVI, t. II, p. 61.

(3) Zacut. Lusit., p. 382, cité dans les Anecdofes de Médecine.

en une seule, à une solidarité, à un lien que la mort seule pouvait briser ?

A toutes les époques, les liens du sang- n’ont-ils pas été considérés comme les liens les plus indissolubles et les plus inviolables, « si bien que les plus cruels serments de vengeance, comme les plus douces promesses d’amitié ou d'amour ont eu souvent le sang pour signe de leur objet ? (1) ».

Lorsque Catilina veut s’assurer la fidélité de ses conjurés, que leur fait-il passer à la ronde? une coupe de vin mélangé à du sang humain.

Les peuples les plus divers ont, du reste, observé pareille coutume. Tacite a parlé de certains princes d’Asie, qui se juraient alliance sur le sangles uns des autres, et meme en le buvant : Sanguis gustatus in fœderïbus (2).

Lucien en a dit autant des peuples de Scythie (3) ; Hérodote, des Lydiens et des Mèdes (4) ; Platon, des insulaires de l’Atlantide (5) ; Valère-Maxime, des Arméniens (6).

Le serment des Scythes, que nous a conservé Lucien, mérite d'être tiré de l’oubli :

Lorsque nous voulons, dit l’un deux, nous jurer une amitié mutuelle, nous nous piquons le bout du doigt et nous en recevons le sang dans une coupe ; chacun y trempe la pointe de son épée, et la portant à sa bouche, suce cette

(1) Professeur R. d’AMADon, De la vie du sang au point de vue des croyances populaires.

(2) Annal., XII, 47.

(3) In Toxari ou De V Amitié.

(4) Liv. I, chap, 74.

(5) In Crilon.

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