IX
REMÈDES TIRÉS DE l’hOMME
liqueur précieuse. C’est parmi nous la plus grande marque qu’on puisse donner d’un attachement inviolable, et le témoignage le plus infaillible de l’intention où l’on est de répandre, l’un pour l’autre, jusqu’à la dernière goutte de son sang.
Dans l’esprit de ces hommes, le sang représentait une force, un pouvoir surnaturel, presque divin : après Dieu, on ne pouvait invoquer un témoignage plus sacré.
Que l’on mêlât le sang de deux amis et qu’on le bût ensuite, comme le pratiquaient les Scythes ; que l’on bût le sang d’un animal dans des vases d’araque,. comme au Tonkin; ou son propre sang, comme en Pologne, pour jurer fidélité au roi élu; qu’on sacrifiât une victime, à l’imitation des fils de Brutus, dans leur serment en faveur des Tarquins ; qu’on plongeât les mains dans le sang, comme aux îles Hébrides; qu’on se fît saigner ensemble, comme Duguesclin et Olivierde Clisson, lorsqu’ils conclurent le traité de Pontorson (1), le sang, dans ces manifestations variées, revêtait un caractère symbolique d’engagement réciproque, de foi solennellement jurée, de pacte que désormais nulle puissance humaine ne pouvait briser (2).
La sympathie du sang avec le sang, cette idée médicale et morale à la fois, devait fatalement dégéné-
(1) Siméon Histoire de Du Guesclin, t. I, p. 71.
(2) Ce symbole d’une antique origine cimentait quelquefois le contrat d’union des frères d’armes. Le chevalier de Toucy, régent de l’empire latin en l’absence de Baudouin, emprunta aux mœurs sauvages des Bulgares la coutume de mêler dans une coupe le sang de deux amis et de le boire en signe de fraternité indissoluble. On prétend que Saladin, au
rer, le charlatanisme aidant. Les poudres sympathiques ont pris là leur origine; celle, entre autres, du chevalier Digby, qui a joui autrefois d’un si durable crédit.
Les lampes sympathiques, dont parle Johnston, naturaliste polonais du xvii® siècle, tiraient encore du sang leur vertu prophétique ; fabriquées avec le sang de l’homme, elles servaient comme de thermomètres àsa vie, marquaient la tristesse ou la gaieté, la santé ou la maladie, même la vie ou la mort du sujet, par la pâleur, la vive clarté ou l’extinction de leur flamme. Quel admirable moyen pour communiquer avec les amis absents, et quel dommage que le secret de la confection de ces lampes se soit éteint avec leur lumière !
Le sang est-il nuisible ou même toxique, comme d'aucuns l’ont avancé? Est-il, au contraire, d’une parfaite innocuité? Que l’on trouve, dans la Mythologie, un Polyphème qui se nourrit du sang des compagnons d’Ulysse ; ou dans l’histoire de certaines peuplades sauvages, quelques hauts faits d’anthropophagie, il n’y a trop lieu d’en manifester de la surprise.
On a bien dit que Lucain avait succombé pour avoir avalé le sang que lui avait donné à boire sa
moment de ratifier un traité avec le comte de Tripoli, lui dit : « Par Nahom, mon Dieu, vous etje, promettez sur votre loi et ferez plus encore, car nous nous saignerons ensemble et boirons du sang l’un de l’autre en forme de loyauté et pour montrer que nous sommes tout un. » — Et ainsi fut fait. Les croisés , révoltés d’abord par cet usage qui tenait de la barbarie, l’adoptèrent cependant et y joignirent d’abondantes libations. {Chronique de Reims, p. 23; cité par Vaublanc, La France au temps des Croisades, t. II.)
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femme; que Thémistocle s'était donné la mort en prenant du sang de taureau ; mais nous savons aussi que les prêtres d’Egine pouvaient, sans en être incommodés, boire de ce même sang : cette boisson les disposant à prophétiser, ils ne manquaient jamais d’en absorber quelques verres, avant de descendre dans la grotte où l’esprit prophétique les attendait.
Rien ne nous prouve, il est vrai, que les prêtres d’Egine ne se moquaient pas des dévots qui les consultaient, et qu’au lieu d’avaler du sang de taureau, ils ne vidaient pas simplement quelques coupes d’un vin pur et généreux (1).
Pourquoi le sang de taureau serait-il plus dangereux (2), au surplus, que le sang de bœuf, avec lequel on fabrique tous les jours du boudin; que le sang de cheval, dont les Sarmates faisaient, avec de la farine, de si délicieux gâteaux ; que le sang de rennes, dont les Samoïèdes font leur habituelle boisson; ce qui, à les croire, les préserve du scorbut?
Pour le sang humain, nous concédons que c’est malpropre ; mais vénéneux, resterait à le prouver.
Que l’on qualifie de barbares les peuples qui se sont abreuvés du sang de leurs semblables, nul n'y contredira... parmi les civilisés; les peuples sauvages, peu soucieux delà vie, ne pouvaient l’êtrê davantage du sang qui en fait la figuration.
(1) J.-B. Salgues, Des Erreurs et des Préjugés, t. III.
(2) Voltaire s’en est agréablement moqué : « Je vous confie, écrit-il à un de ses correspondants, que, pour me moquer des fables grecques, j’ai fait saigner un jour un de mes jeunes taureaux, et que je bus une bonne tasse de ce sang très impunément. Les paysans de mon canton en font usage tous les jours, et appellent cela de la fricassée. »
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Boire du sang d’un ennemi devait constituer une vengeance bien savoureuse, puisque les Scythes, les Chinois de la province de Koncha, au dire de Marco- Polo, et même les premiers chrétiens, au témoignage des païens (1), semblent s’en être délectés. Mais il faut chercher une autre explication à cette singulière perversion du goût.
Si les Romains accourent auprès du gladiateur expirant, pour boire son sang tout fumant, ce n’est pas par férocité, mais bien parce que le sang des gladiateurs est considéré comme le spécifique de l’épilepsie (2). Si le roi Louis XI consent à prendre du sang d’un enfant, c’est qu’on lui a persuadé qu’il se guérira, par ce moyen, de la lèpre et du haut mal (3).
La transfusion, dont nous avons parlé plus haut, ne poursuivait pas, d’ailleurs, d’autre but que de renouveler un sang vieux par un sang plus jeune.
(1) Les chréliens ont été accusés d’immoler des enfants, pour les dévorer ou en boire le sang dans leurs festins appelés Agapes. C’était la croyance des païens. Minutius Félix, cet avocat romain qui, après s’être fait chrétien, écrivit Le célèbre dialogue Ocîavius, raconte lui-même à quelles préventions il était livré avant d’embrasser le christianisme, « Nous étions, dit-il, persuadés que les chrétiens adoraient des monstres, qu’ils dévoraient des enfants, et s’abandonnaient dans leurs repas à la plus crapuleuse débauche. Nous ne réfléchissions pas qu’on n’avait pas même cherché à vérifier de pareilles accusations, bien loin de les avoir prouvées. » Note d’AMADOR, p. 42 de son opuscule.
(2) C’est, du moins, ce que prétend Celse (lib. III, cap. ii, sect. 10) : Quidem jugalasîi gladiatoris calido sanguine polo sali mortes se liberariinî. (Cf. Chronique médicale, 1901, p. 648; 1902, pp. 288, 538; 1903, pp. 92, 298, 303.)
(3) V. les Morts mystérieuses de l’histoire, et ch. Louis XI des Indiscrétions de l’histoire, t. VL
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On voyait, dans la transfusion, l’assurance de l’immortalité, parce que, pour emprunter les propres termes de Libavius, qui en fut le protagoniste, on s’adressait aux « sources de la vie ».
L’idée du rajeunissement du sang doit être contemporaine de l’époque où l’homme a vu survenir les infirmités de la vieillesse, et a désiré s’en affranchir; autant dire qu’elle remonte aux origines du monde.
Dans les croyances humaines, le sang, c’est la vigueur physique : n’était-il pas naturel que ceux qui avaient perdu leurs forces et voulaient les recouvrer, demandassent au sang de leur communiquer ses vertus régénératrices ?
La médecine populaire, la « médecine des commères», en d’autres termes, rappelle, sur bien des points, les pratiques superstitieuses des premiers •hommes. « En écoutant les commères commentant, autour du lit d’un malade, les causes, la nature du mal, théorisant sur l’emploi, le mode d’action ou la vertu des simples, on entend l’écho fidèle des conversations échangées entre primitifs (1) ».
Les anciens croyaient qu’une femme, au moment de ses époques, portait malheur à ceux qui l’approchaient; ne voyons-nous pas de même, aujourd’hui, beaucoup de gens crédules, persuadés que la cuisinière fera « tourner » la sauce mayonnaise, si elle a ses règles ; que la femme ayant ses menstrues fera tourner le vin dans la cuve de vendange (2) ?
Les nègres poussent plus loin encore cette ap-
(1) A. Bordier, Naissance et évolution des idées et des pratiques médicales [Revue mensuelle de l’École d’AnthropolO” gie de Paris, 15 février 1893.)
(2) V. un curieux article du D' Laurent, médecin de la ma-
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préhension, eux qui confinent, dans ce qu’ils appellent la case du sany, leurs femmes, au moment de l’écoulement menstruel !
On se prend à douter des bienfaits de la civilisation, quand on voit combien, dans certains pays prétendus civilisés, les plus grossiers préjugés peuvent trouver crédit, tout comme au temps de la plus stupide barbarie.
Dans beaucoup de nos campagnes, la bile n’estelle pas, comme au temps de Tobie, considérée comme un remède souverain dans les maladies des yeux (1) ? Présentée sous forme d’extrait et introduite dans le conduit auditif, elle était, pensait-on jadis, un spécifique infaillible contre la surdité (2).
rine, dans la Chronique médicale, 1897, pp. 769 et suiv. (Cf. même revue, 1909, pp. 393 et 650.)
(1) Le fiel de l’hyène et la présure du phoque... ont des propriétés éprouvées pour certaines maladies, nous assure Plutarque et le fiel, confirme Pline, est utile contre les affections des yeux: ad oculorum médicamenta ulilius habetur.
(2) Iln’yapas silongtemps {Bulletin de thérapeutique, t.CXLV, P® livraison) qu’on a recommandé la bile de porc dans la tuberculose pulmonaire. Mais, comme le liquide émulsionne et saponifie les graisses dans l'intestin, en donnant naissance à de la glycérine, substance particulièrement favorable au bacille de Koch, il faut absolument interdire au malade l’usage de corps gras, y compris l’huile de foie de morue. On a reconnu, d’autre part, que la bile jouissait de la propriété de neutraliser l’action des venins : un centimètre cube de bile inoculée à un animal rend inoffensive une dose mortelle de venin. La bile de vipère est particulièrement active (Phisalix).
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11 n’y a pas si longtemps que le roi de Cochinchine recevait du Cambodge un tribut consistant en fiel humain : on égorgeait de nombreuses victimes pour se procurer le précieux remède, en ayant la précaution de ne jamais prendre la bile d’un Chinois, qui aurait, paraît-il, fait fermenter toute la provision (1).
Cet usage est aujourd’hui tombé en désuétude, mais la bureaucratie ne perdant jamais ses droits, en quelque pays du monde qu’elle opère ses méfaits, si on ne rencontre plus de fiel humain, la charge de collecteur de fiel existe toujours et c’est une grasse sinécure.
Il ne faudrait pas aller loin ni remonter haut, pour voir employer une autre sécrétion physiologique, qui peut engendrer par son application, toujours inopportune, les désordres physiologiques les plus graves : nous voulons parler de Turine.
L’urine a été conseillée comme médicament, tam
(1) Les calculs biliaires sont encore très employés en Chine; les plus réputés sont ceux des grands singes, orangoutangs ou gorilles, mais ils sont tiès coûteux. La fraude en cette matière est aussi commune en Chine que sur notre continent, et les droguistes vendent souvent des contrefaçons. Pour les reconnaître, outre les stratifications qu’elles doivent présenter sur une couche, les Chinois ont recours au procédé suivant: un fragment de calcul suspect est frotté sur un morceau de chaux humide. Si cette dernière prend une teinte jaune, on a bien affaire à un calcul authentique. Les calculs biliaires de bœuf sont les plus couramment employés.
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tôt à l’extérieur, en compresses ou en lotions ; tantôt... en boisson ! Quelques anciens praticiens, persuadés que l’urine est tout à la fois apéritive, atténuante, résolutive, antiseptique, l’ont recommandée contre les maladies de la peau et desyeux(l) ; contre les tumeurs de toutes sortes, même cancéreuses et goutteuses ; contre la gangrène et les plaies venimeuses, notamment contre les accidents causés par la morsure de la vipère et la piqûre du scorpion.
Elle passait jadis pour efficace dans les hydropisies, les obstructions du foie et de la rate • dans l’ictère et les affections de la vésicule ; voire dans les ulcérations des oreilles et dans les douleurs rhumatismales (2).
Ramazzini, qui est pourtant un auteur sérieux, assure que l’urine guérit l’aménorrhée ; d’autres se sont contentés de prétendre qu’elle améliorait la phtisie (3). Rien que cela !
On a fait avec l’urine un esprit igné, un sel volatil, un magistère, jadis en usage contre les maladies les plus dissemblables : l’hypocondrie, la manie et l’épilepsie ; les fièvres intermittentes et l’atrophie ; la gravelle et le scorbut. Ce magistère entrait dans un grand nombre de médicaments composés.
(1) Théron, roi d’Egypte, fut guéri d’une maladie d’yeux par l’urine d’une femme qu’il épousa dans la suite (Hérodote, 1. 1, traduction Dubryer.)
(2) Dans l’Inde, on administre une petite dose d’urine d’un garçon à une fille et vice versa; cette potion ammoniacale prise dans la nature, pour prévenir la cyanose des nouveaunés, outre qu’elle est passablement répugnante, n’est rien autre chose qu’un déchet delà nutrition (Cf. Mœurs médicales de par le D" Paramananda Mariadassou, p. 31.)
(3) Mérat et de Lens, Dictionnaire de malière médicale.
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On en retirait également un phosphore, analogue à celui qu’on retire des os ; et un sel fixe, dont la composition se rapprochait tellement du vulgaire sel de cuisine, que les chimistes qui font analysé ont conclu à son identifîcalion avec le chlorure de sodium.
Le plus répandu des remèdes de ce genre, surtout au XVIII® siècle, était l’esprit (î) ou essence d’urine.
(1) Qu’était-ce donc que cet esprit d'urine? Etait-ce le même produit que le baume d'urine, dont M. Vieillard a exhumé la recette que voici :
Baume d’urine. — Qu'on peut, à juste titre, appeler catholicon, à eause des merveilleuses vertus dont il est doué. — Prenez l’urine d’un jeune homme bien portant, âgé de 12 ans ' environ et, si c’est possible, qui ait bu du vin pendant quelques mois. L’urine d’un homme adulte, de même que celle d’une vierge, conviennent moins pour plusieurs raisons. Faites putréfier cette urine sur du fumier ou sur le bainmarie pendant une année philosophique {a), puis distillez-la dans l’athanor (6) à petit feu, sur des cendres ou du sable et (ce qui est très important) dans un vase de verre (toute autre matière étant impropre à cet usage) recouvert d’un alambic de verre, joint lui-même à un récipient de verre, le tout recouvert d’un sceau d’Hermès (c).
On replacera le phlegme sur les fèces et l’on recommencera ainsi la distillation quatre fois de suite. Le produit de la dernière opération sera recueilli dans un vase de verre bien fermé, et non dans un vase d’autre matière, car, à
(а) L’année philosophique équivalait à un mois.
(б) « L’athanor ou athannor est un fourneau qui ne peut donner assez de chaleur pour les opérations qui demandent un feu violent, mais qui est commode pour celles qui peuvent être faites par un feu modéré... Il y en a qui l’ont nommé fourneau philosophique et fourneau des Arcanes. » Moyse Charas, Pharmacopée royale, Paris, 1661, p, 55.
(c) On attribuait l’invention à Hermès Prismégiste. C’était une fermeture parfaite, obtenue en faisant fondre ensemble, à l’aide de la chaleur, les bords du vase et du couvercle. Nous disons encore « fermeture hermétique ».
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Mélangé avec du baume tranquille, il constituait le meilleur des liniments contre les douleurs du rhumatisme ou d’autre espèce (1).
de Sévigné, qui en faisait un fréquent usage, écrivait à sa fille :
Pour mes vapeurs, je pris huit gouttes d’essence d’urine, et, contre son ordinaire, elle m’empêcha de dormir; mais j’ai été bien aise de reprendre de l’estime pour elle ; je n’en
cause de son extrême volatilité, cette eau s’échappe des vases de terre et de bois.
Sa couleur doit être blanche, et son odeur légèrement fétide. C’est pourquoi, pour lui donner une saveur plus suave, on lui ajoute, avant d’en faire usage, de la cannelle et du sucre. Quant au résidu qui reste dans l’alambic, il sera très noir; si on le sublime en augmentant le feu, il s’en sépare un alcali blanc comme la neige et tellement fort qu'il peut dissoudre le Soleil (d’or) et la Lune (l’argent).
Vertus du baume d'urine. — La quintessence d’urine peut être un remède universel [calholicon). Elle possède, en effet, d’admirables propriétés pour tous genres de maladies et vient merveilleusement en aide à la nature. Elle guérit l’hydropisie, la suppression de l’urine et des règles, empêche la corruption, guérit la peste, les fièvres de toute nature, putrides, tierces, quartes, quotidiennes ; elle arrête les vomissements et les nausées, malgré que parfois elle provoque elle-même les vomissements.
(1) Dans une lettre à Mme de Grignan, du 15 décembre 1684, il est fait allusion à ce liniment : « Je vous envoie aussi, écrit la marquise à sa fille, ce que j’ai de plus précieux, qui est ma demi-bouteille de baume tranquille ; je ne pus jamais l’avoir entière ; les Capucins n’en ont plus ; c’est avec ce baume qu’ils ont tiré la petite personne des douleurs de la néphrétique. Ils vous prient de vous en frotter le côté, c’està-dire dix ou douze gouttes avec autant d’esprit d’urine : il faut que cela soit chaud et qu’il pénètre et s’insinue dans le mal ; ils prétendent que cela est divin contre le grand mal de gorge.»
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ai pas eu besoin depuis. En vérité, je serais ingrate si je me plaignais (1).
La marquise était tellement engouée de son remède, qu’elle y revient dans une lettre postérieure :
Pour mes vapeurs... je n’en ai pas eu depuis : elles n’ont rien de commun avec ma jambe, et si elles me revenaient, je ne me tiendrais pas éconduite de l’esprit d’urine pour n’avoir pas dormi une nuit ; on a quelquefois des dispositions qui empêchent de dormir, sans esprit d’urine (2) et sans qu’on sache pourquoi.
L’illustre bas-bleu avait la foi tenace ; elle le témoigna, du reste, en bien d’autres circonstances. Ainsi, parle-t-elle ailleurs, avec une sympathie marquée, de Veau dVémeraude: or, l’eau d’émeraude, ou plutôt la teinture bleue d'émeraude, était à base d’esprit d’urine.
Pour toutes ces préparations, le choix de l’urine n’était pas indifférent : Turine à employer en semblable occurrence devait avoir été rendue par un garçon de douze ans, mis à l’usage du vin (3).
Dans d’autres cas, quand une femme avait un accouchement pénible, elle devaitboire l’urine, chaude, de son mari, pour ne pas enfanter dans la douleur.
Si l’on ne croit pas à de telles extravagances, qu’on ouvre une Pharmacopée du siècle dernier, le
(1) Lettre du 13 juin 1685.
(2) Cette essence ou esprit d’ urine, nous savons aujourd’hui qu’elle devait sa vertu au sel ammoniac produit par la décomposition de l’urée.
(3) Cloquet, Faune des médecins, t. V.
REMÈDES d’autrefois
Dictionnaire des Drogues, de Lemery, par exemple, et la lecture de cet étrange passage ne manquera pas de convaincre les plus incrédules.
L’urine de l’homme nouvellement rendue purge et est bonne pour la goutte (l),pour les vapeurs histériques, pour
(1) « Des expériences physiologiques récentes, écrit M. P. Carles, ont établi que l’urée pure, prise en dissolution dans l’eau, a une action fortement diurétique, et des expériences chimiques faites parallèlement ont démontré que cette même urée favorise notablement la dissolution de l’acide urique dans l’eau, en formant un urate d’urée fort soluble. La connaissance de ces faits a poussé les thérapeutistes à prescrire l’urée artificielle, non seulement comme diurétique, mais aussi comme lithontriptique, à la dose progressive de 10 à 25 grammes par jour, et selon les cas, soit pure, soit mélangée à autant de craie lavée et de bicarbonate de soude. Ces résultats nous rappellent que, dans notre enfance, un vieil arthritique prétendait que, sur l’avis d’un médicastre, assurément observateur perspicace, il s’était absolument guéri en absorbant tous les matins l’urine qu’il avait excrétée pendant la nuit. Plusieurs fois nous lui avons entendu affirmer qu’il n’avait jamais souffert tant qu’il était resté fidèle à cette médication.
« La science permet d’expliquer aujourd’hui, autrement que par la suggestion, l’efficacité de ce traitement malpropre et nauséeux ; et sa bizarrerie seule autoriserait les rires et les lazzis dont nous avons été témoin jadis. Avec l’urée seule, l’urée pure, qui est une sorte de cyanate d’ammoniaque, c’est-à-dire un produit chimique étranger à l’urine, que l’on obtient par calcination du ferrocyanure de potassium et décomposition du produit par le sulfate d’ammoniaque, et qui ressemble à du nitrate de potasse, toute répugnance disparait ; on n’absorbe plus de l’acide urique, qu’il s’agit d’éliminer, et enfin, on évite l’ingestion des leucomaïnes et autres produits d’usure similaires, tous très toxiques, qui s’accumulent dans l’urine, médicament resté toujours cher aux rebouteurs. »
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lever les obstructions, si on en boit deux ou trois verres le matin à jeun (1).
(1) La plupart du temps, rapporte M. Vieillard {Répertoire de pharmacie, août 1897), l’urine ne rentrait dans les formules de médicaments composés que mêlée à d’autres drogues et il était assez rare qu’on l'employât en nature, au moins à l’intérieur. Toutefois, comme il y avait une médication à l’usage des riches et une autre à celui des pauvres, il arrivait que, pour ces derniers, on se gênait beaucoup moins, et on leur conseillait tout simplement de boire leur urine. Le remède ne coûtait rien et il était tout préparé, le malade étant à la fois le préparateur et le consommateur.
Du temps de Galien déjà, il arrivait quelquefois qu’on fît boire de l’urine d’enfant à certains malades ; mais Galien réprouve cette pratique, qui était, paraît-il, courante en Syrie pendant les épidémies de peste. Dioscoride était moins difficile et conseillait de boire leur urine à tous ceux qui avaient été mordus par une vipère ou qui avaient un commencement d’hydropisie. D’après cet auteur, l’urine de chien était souveraine contre les morsures de chien, les démangeaisons et les lèpres, surtout si on l’additionnait de nitre. L’urine de taureau, mêlée à de la myrrhe, calmait les douleurs d’oreilles; l’urine de sanglier dissolvait les calculs de la vessie ; celle de chèvre guérissait l’hydropisie et les douleurs d’oreilles, à la dose de deux verres chaque jour; enfin l’urine d’âne était le meilleur spécifique contre les douleurs de reins.
La plupart des formules anciennes, dont l’urine fait partie, sont destinées à guérir les maux d’yeux. Voici une recette conseillée par Ambroise Paré :
Remède contre le prurit des paupières. — « Prenez de l’urine du patient et la mettez en un bassin de barbier, par l’espace d’une nuit, et d’icelle le malade lavera ses yeux.
« Ne fault pas de difficulté d’user desdits remèdes, auxquels entrent choses âcres. Car je proteste à Dieu avoir vu une femme âgée de 50 ans ou environ, laquelle pour une prurite, se lavait les yeux du vinaigre le plus fort qu’elle pouvait trouver, dont on fut fort émerveillé. »
Que dire encore de cette courte, mais sans doute merveil-
REMÈDES d’autrefois
Elle apaise aussi les douleurs de la goutte, étan appliquée toute chaude extérieurement sur la partie. Elle résout et dessèche la gravelle, les dartres et autres démangeaisons de la peau (1).
leuse recette contre la rétention d’urine causée par une chute ? Detur urina puellæ calida potanda.
En somme, conclut M. Vieillard, en cela d’accord avec M. Caries et tous les chimistes et physiologistes modernes, ces vieilles pratiques étaient basées sur l’observation.
On sait fort bien, aujourd’hui, que l’urée est un bon diurétique, et la mise en œuvre de l’ancienne pratique de boire sa propre urine, récemment observée chez un malade, a montré que Turine fraîche était également fort diurétique.
(1) Dans un Manuel de matière médicale de 1716, remis au jour par le docteur Pellegrin, les indications thérapeutiques de l’urine sont très nombreuses-
L’auteur nous apprend qu’elle est d’un grand usage dans l’obstruction du foye, de la rate, de la vésicule du fiel ; pour préserver de la peste, soulager la goutte, guérir l’hydropisie, la jaunisse, et dissiper les vapeurs, prise intérieurement.
Plusieurs personnes, selon Zacutus Lusitanus, ont été guéries des morsures de vipères, pour avoir bu quelques onces d’urine.
L’urine du mari, bue par la femme en travail, facilite l’accouchement, comme l’expérience journalière en fait foi-
Les cly stères de l’urine d’un jeune garçon vierge, bien sain, sont spécifiques dans la cure de l’hydropisie-tympanite, soit qu’on les donne d’urine Seule, soit qu’on y fasse cuire des plantes carminatives ; si on y fait cuire des semences de Daucus, de Fenoüil et de Cumin, la même urine sera bonne à boire dans la même maladie.
Appliquée extérieurement, elle dessèche la gale, résout les tumeurs, mondifie les playes empoisonnées, guérit les playes faites parle fer, empêche la gangrène, lâche le ventre enclystère ; nettoye les ordures de la tête, mêlée avec du salpêtre ; appaise la fièvre appliquée aux pouls ; guérit les ulcères des oreilles et remédie aux rougeurs des yeux ; distillée dedans, ôte le tremblement des membres, en lotions : dissipe la tu-
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Mais l’on pourrait remonter bien au delà, s’il ne nous paraissait pas abusif de nous étendre sur un tel sujet.
Qu*il nous soit permis seulement de puiser deux ou trois témoignages de plus dans la littérature des anciens. Hérodote conte que les Lybiens répandaient, sur les enfants atteints d’épilepsie, de l’urine de bouc ; et contre la cécité, le légendaire narrateur recommandait l’urine d’une femme « qui n’a eu de rapports qu’avec son mari ».
Strabon nous a fait connaître la coutume répandue chez les Ibères, les Cantabres et même certains Gaulois, de se laver les dents avec l’urine : ce qu’Horace a confirmé, de son côté, pour les Celtibères (1).
Les Chinois emploient l’urine de femme dans le traitement des abcès : en sa qualité de liquide alcalin chaud, rien de surprenant que l’urine agisse, en l’espèce, comme un liquide émollient.
Chacun sait, enfin, que dans beaucoup de nos campagnes (2), l’urine est un remède vulgaire contre
meur de la luette, en gargarisme ; apaise la douleur de rate, en forme de cataplasme avec de la cendre.
Lorsqu’on la prend par dedans, il faut l’avaler toute récente à la dose de cinq ou six onces.
Ettmuller dit qu’un goutteux s’est guéri, en donnant à manger à un chien ou à un cochon un morceau de lard ou de chair de porc, qu’il avait fait bouillir dans sa propre urine; d’autres y font cuire un œuf au lieu de chair, et le faisant manger à un chat ou un chien, se délivrent de la fièvre, qui va par transplantation à l’animal.
(1) V. nos Mœurs intimes du passé, P® série, pour les détails.
(2) Dans toute la Flandre et le Brabant, et probablement ailleurs, les mères et les nourrices frottent chaque matin la figure des petits enfants avec des linges mouillés d’urine, pour leur donner une peau douce et blanche.
L’urine de ceux qui ont mangé beaucoup de choux conser-
REMÈDES d’autrefois
l’eczéma et l’impétigo des enfants ; contre les engelures et les maladies des yeux. On ne compte plus les cas d’ophtalmie purulente dus à l'emploi d’une urine provenant d’un homme ou d’une femme atteints de vaginite ou d’uréthrite blennorrhagiques !
Ce qui dépasse toute imagination, c’est qu’on ne
vée et chauffée, est très bonne pour les nerfs quand elle y est appliquée.
Quand on a les yeux enflammés, on les lave avec la première urine du matin (lâchée quand on est encore à jeun).
Les feuilles du groseillier noir, bouillies dans l’urine d’un homme et du vinaigre, sont un bon remède contre les morsures de serpents.
Quand on a des hémorrhoïdes et qu’on les lave souvent avec la sève de la ficaire {ficaria ranunculoïdes) ou de ses racines, mêlée avec du vin ou de l’urine, d’un malade, elles se rapetissent et se dessèchent entièrement, et la douleur disparaît.
On dit que si on laisse pendant vingt-quatre heures des feuilles d’orties dans l’urine d’un malade et si les feuilles ne se fanent pas, mais restent vertes, il n’est pas en danger de mort ; si, au contraire, les feuilles se fanent et deviennent molles, cela indique la mort ou une maladie très grave.
Pour guérir les gerçures des mains, vous lavez celles-ci, le matin à jeun, dans votre première urine.
Quand on a des cauchemars, on urine dans une bouteille et on la bouche ensuite hermétiquement. Aussi longtemps qu’elle reste bouchée, la sorcière (cause du mal) ne pourra pas uriner, et elle sera obligée de venir implorer de vous sa délivrance.
Les enfants qui jouent avec le feu mouilleront leur lit la nuit suivante.
Quand les orties brûlent les mains des enfants, ils urinent sur la partie brûlée.
Il ne faut jamais uriner sur un cimetière ou dans une haie: vous gagneriez une blépharite {Revue des Tradiliona populaires)»
REMÈDES TIRÉS DE l’hOMMë
se soit pas contenté de recourir à la bile et à l’urine, — ce qui était déjà passablement répugnant, — mais encore qu’on ait fait un usage fréquent des excréments humains !
Comme si on avait rougi de les appeler de leur véritable nom, on a, pour les désigner, employé les périphrases les plus imprévues ; ils ont été tour à tour nommés : carbon humanum, oletum, sulfure occidentale: c’est le chimiste Glauber qui avait proposé cette dernière dénomination, sous prétexte que les excréments renfermaient dans leur composition du soufre minéral.
A l’extérieur, les excréments ont été appliqués, comme digestifs, sur les anthrax, les bubons et les charbons pestilentiels : après les avoir desséchés (1),
(1) Les Hébreux utilisaient leurs excréments en les faisant sécher et en les employant comme combustible ; mais, dans les endroits où il y avait une trop grande agglomération de personnes, la loi prescrivait d’enfouir les matières, aussitôt après leur excrétion (F. Liger, Fosses d’aisances, urinoirs et vidanges, p. 16). C’était autrefois une coutume générale en Orient, où il y avait disette de bois, d’employer en guise de combustible la fiente des animaux préalablement séchée au soleil. Cette coutume s’est perpétuée chez les Arabes du désert; elle subsiste toujours en Egypte et il n’y a pas, au rapport des voyageurs, de plus curieux spectacle que celui des fillettes fellahines se disputant la matière première du futur combustible autour des animaux en train de la produire.
Partout les mêmes besoins provoquent les mêmes inventions: la pratique seule diffère et se modifie plus ou moins selon les lieux et les temps. Dans le marais vendéen, où Ton manque de bois, l’étrange combustible imaginé en Orient est d’un usage immémorial. Bourniseaux, historien traditionniste des guerres de la Vendée, s’exprime ainsi sur la manière dont nos Maraîchins pratiquent cet usage :
« Chaque année on a soin de ramasser la fiente dans les
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pulvérisés et incorporés dans du miel, on en recou-
pacages, et l’on en fait des tas auprès des cabanes. Le 25 juin, on commence à façonner cette fiente. Hommes, femmes, enfants, maîtres, valets, servantes se réunissent dans chaque quartier ; chacun prend alors ses plus mauvais habits. On commence par détremper cette fiente dans beau ; on emploie même des bœufs et des chevaux pour mieux la broyer ; on y mêle ensuite de la paille bâchée pour lui donner de la consistance; puis on en forme des espèces de gâteaux que l’on fait sécher dans faire des cabanes. Quand ces tourbes sont sèches, on les entasse dans des lieux couverts, et on les brûle l’hiver suivant pour tous les besoins du ménage.
« L’habitude fait aisément supporter à ces bons Vendéens la mauvaise odeur qui provient de ce sale combustible. Ces tourbes se placent au milieu du foyer, où on les allume avec de la paille. Le jour de leur confection est un vrai jour de fête dans tout le Marais. La gaieté la plus franche préside à ce travail, qui, au premier coup d’œil, paraît rebutant. Il est toujours accompagné de jeux, de danses, et toujours terminé par des festins où le vin coule à grands flots.
« Les hommes les plus opulents, les dames du meilleur ton ne dédaignent pas de partager ces plaisirs champêtres : tout le peuple est dans l’ivresse, et perd pendant tout ce temps le sentiment de sa misère.
« Ce sont des jours consacrés à la joie et à l’égalité; ce sont les bacchantes des Vendéens, et leurs dies virides. Ils appellent eux-mêmes cette fête rurale leurs noces noires, nom qui provient sans doute de la malpropreté des travaux préparatoires, nécessaires à la confection de ces tourbes, qui sont pour eux une ressource si précieuse contre les rigueurs des hivers. »
L’historien Bournisseaux écrivait il y a près d’un siècle, mais la curieuse coutume qu’il décrit ainsi ne s’est point sensiblement modifiée : les noces noires ne se fêtent peutêtre plus avec autant d’entrain qu’autrefois, mais toujours les Maraîchins recueillent les précieuses « bouses », les pétrissent en galettes, qu’ils entassent sur place en monceaux, laissent sécher au soleil leur récolte pour l’employer ensuite en guise de bois de chauffage et même pour faire leur cuisine, tout comme au temps du prophète Ezéchiel. {La Vendée historique et Iradilionnisle, n“ 12, décembre 1909).
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vrait les phlegmons, spécialement ceux qui avaient leur siège à la gorge: c"est ce que les médecins d’autrefois appelaient Vemplastrum aureiim, on n’a jamais su pour quel motif.
Les vapeurs exhalées parla coction de la substance odoriférante (!) étaient recueillies avec soin, et servaient à faire une eau cosmétique (1), anti-ophtalmique.
On a également préconisé la matière dont il s’agit, en applications externes, contre les douleurs rhumatismales, contre la cataracte et contre le cancer. C’était même, l’aurait-on cru, un antidote usuel de l’empoisonnement par l’aconit !
Dans sa Pharmacopée royale^ Moyse Charas enseigne comment on doit procéder à la préparation des produits qu'on retire de la distillation des excréments :
La fiente de l’homme, écrit-il sans se troubler, à laquelle quelques-uns ont donné le nom de civette occidentale^ lorsqu’étant desséchée au soleil, elle a changé sa mauvaise odeur en une bonne, ne manque pas aussi de vertus. Car, la distillant par la cornue à un feu gradué, on en tire une huile, qu’on recommande particulièrement pour la guérison des érésypèles ulcérés et pour celle de la teigne.
Cent ans auparavant, la même substance trouvait son indication dans les affections des yeux. Le doc-
(1) Au quatrième siècle, les femmes les plus belles se barbouillaient le visage de matières fécales, pour conserver la fraîcheur de leur teint : saint Jérôme le reproche durement aux dames de son temps.
On a employé les excréments des lézards d’Egypte comme cosmétique, à cause de leur odeur musquée (Liger, 44).
REMÈDES d’autrefois
leur Jean Liébaut, parent par alliance du fameux imprimeur Robert Estienne, écrivait dans son magistral ouvrage, Quatre livres des secrets de médecine:
L’eau distillée de fiente d’homme rouge ou rousseau est souveraine pour les fistules, rougeur et obscurité d’yeux, pour oster la taye des yeux, estancher les larmes... Et afin que ceste eau ne soit puante, tu y pourras mesler un peu de musc ou de camphre.
La précaution n’était pas superflue.
Asclépiade passe pour être le premier qui ait disserté ex professa sur la « matière » qui nous occupe ; mais la médecine stercoraire a eu ses partisans, ses historiens, ses fanatiques (1).
(1) Quant aux propriétés médicamenteuses des excréments on les trouve tout au long décrites dans les ouvrages théra, peutiques de favant-dernier siècle et même dans quelquesuns de ceux qui les ont précédés.
« La fiente humaine, lit-on dans le Manuel de 1716 précité, est digestive, amollissante, maturative, anodine, résolutive. On s’en sert d’ordinaire pour calmer les douleurs causées par sortilège ; en forme dé cataplasme, pour mûrir les char- Î3ons pestilentiels, clous et autres tumeurs, pour guérir le phlegmon de la gorge ou l’esquinancie ; étant desséchée, pilée et ensuite mêlée avec du miel, pour apaiser les inflammations des playes ; quelquefois on l’ordonne intérieurement dans l’esquinancie, brûlée et ajoutée à quelque potion; on la donne de la même manière dans les fièvres pour arrêter l’accès.
« La prise est de deux dragmes. Elle calme la douleur de la podagre, si on l’applique toute chaude sur la partie. Mise sur les charbons et bubons pestilentiels, elle apaise la douleur, attire le venin, suppure et mûrit promptement. On en a fait plusieurs expériences dans une peste. Cette fiente est un singulier remède pour les morsures des animaux venimeux et enragez : et on dit qu’il y a un certain serpent dans l’Inde orientale (le Naja ou serpent à lunettes sans doute) si veni-
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^ Le mot (le scatophagé est déjà employé par Aristophane, dans sa comédie de Plutus.
Les Romains pratiquaient la scatopJiagie, et c’est l’empereur Commode qui donnait l’exemple de ce goût étrange :
Dicitur sæpe pretiosissimis cihis Humana stercora 7niscuisse, nec ahstinuisse gustu, aliis ut putahatArrisis (Lampride, Hist. Aug. Commode^ lib. XI).
« On dit qu’il mêla souvent des excréments humains aux mets les plus recherchés, et même qu’il en goûta pour se donner le plaisir, en croyant tromper ses convives, de leur en voir manger (1). »
meux, que ceux qui en sont piquez meurent en huit heures, à moins qu’ils ne mettent de leur fiente sur la piqûre avant ce temps-là.
« Le napellus (l’Aconit) est si mortel, que celui qui en avale meurt au bout de quatre heures, à moins qu’il n’avale de la fiente humaine, sèche ou chaude, dans quelque liqueur.
« La grosseur d’une aveline de cette fiente, avalée à jeun, le matin, est très efficace, tant pour guérir, que pour préserver de la peste.
« Elle est fort usitée contre les sortilèges, dit Ettmuller ; on l’applique seule, ou avec de l’ail sur la douleur, ou bien avec de Vassa fælida, et tout ce que le sorcier mange sent si fort la fiente et l’ail, qu’il est contraint de lever le sortilège. »
N’écrivait-on pas, en 1812 (dans le Dictionnaire des Sciences Médicales) : « En quelques occasions, l’on prescrit toujours les bouillons de vipères... l’on a cru appliquer avec succès quelques excréments, comme Valham græcum, la fiente humaine, celle de l’hirondelle, l’urine humaine, etc. L’on peut même tirer parti de la punaise, des araignées, etc., etc. » La fiente d’hirondelle et surtout celle de poule passe encore dans nos campagnes pour un excellent fébrifuge.
(1) Une secte bien étrange, qui s’intitule « les mangeurs d’immondices, » vient de se fonder à Saint-Louis. Le fondateur et chef de la nouvelle communauté, M. William Winsor, prétend que son système est basé sur des études scientifi-
Ceux qui auraient la curiosité de les y rechercher (1) pourraient retrouver les recettes d’une eau et d’une huile stercorales dans Fouvrage de Pierre de la Poterie, d’Angers (2), et dans les traités qui jouirent, pendant un temps, d’une immense vogue, tels que la Suite de la matière médicale, de Geoffroy.
Ils y verraient que l’huile stercorale a été usitée, non pas seulement à l’extérieur, dans le cancer et diverses affections cutanées, mais aussi, à l’intérieur, dans les affections calculeuses, la peste, l’hydropisie, le mal caduc, etc.
On s’en servait également pour blanchir les cicatrices (3) ; pour détacher les croûtes de la teigne et pour arrêter les ulcérations qui se manifestent dans
ques. Il invoque l’exemple des bêtes qui ont un goût naturel pour la coprophagie.
« Elles ne souffrent, dit-il, jamais de maux d’estomac, tandis que les hommes sont atteints de toutes sortes de dyspepsies. »
Les disciples de M. Winsor prennent chaque jour une cuillerée « d’immondice, » qui n’est autre chose que de la vase du Mississipi.
Il faut dire que M. Winsor, qui collectionne cette matière, la stérilise et la vend ensuite par petits paquets du prix d’un franc vingt-cinq centimes. Tout s’explique !
(1) V. Pharmacopœa novo ex siercore et urinis, 1644, in-12 ; Diss. de medicina sîercoraria, Utrecht, 1700, in-4 ; Schürig, De Merdæ usa medico (à la suite de sa Chyloîogie), Dresde, 1725, in-4 ; et, plus récemment, Compilalion of noies and memoranda bearing upon lhe use of human ordure and hunian urine, etc., by Bourke ; Washington, 1888 et Scalologirs rils of ail nations, par le même; Washington, 1891.
(2) Pharmacopœa spagirica nova et inaudila, etc. Bonon, 1635, in-4.
(3) ScHROËDER, Pharmacopée.
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certains érysipèles et dans quelques exanthèmes herpétiques (1).
Savez-vous ce qui constituait jadis un excellent cosmétique ? Ne cherchez pas : c’était le produit de distillation de V arrière-faix des femmes ; remède que l’apothicaire Lemery n’hésitait pas à patronner.
On préfère, écrit-il, celui qui vient à la naissance d’un garçon à celui d’une fille. On doit le choisir nouvellement sorti d’une femme saine et vigoureuse, entier et beau ; on l’applique tout chaud, sortant de la matrice, sur le visage pour en effacer les lentilles.
On s’en sert aussi intérieurement, étant séché et mis en poudre, pour l’épilepsie, pour hâter l’accouchement, pour apaiser les tranchées.
La dose est depuis un demi-scrupule jusqu’à deux scrupules (2).
On se récriera d’abord à une première lecture,
(1) Arnault de Nobleville, cité par Cloquet.
« Le fient humain fait rejoindre et glutiner les playes quand il est mis dessus, » lit-on dans Jean de Cuba, Orîus sancL C’est, dans sa plus haute expression, l’application du pansement sale, préconisé par feu Desprès, chirurgien de l’hôpital de la Charité, à Paris. Le docteur Galliard (de Sainte-Marie-de-Ré), a communiqué naguère au docteur Lucas-Championnière, le fait suivant (Cf. Journ. de Méd. et Chir. praliq., 10 octobre 1899) :
« Un de mes clients, atteint d’un ulcère de jambe, s'est pansé tous les jours... avec ses propres matières fécales, qu’il écrasait sur une compresse ; malgré les quolibets de ses voisins, il a continué sa thérapeutique, aussi dégoûtante qu’inédite... et il a guéri ! »
(2) Dictionnaire des drogues, p. 803.
REMÈDES d’autrefois
mais on ne sourira plus, quand nous aurons donné une explication de pratiques en apparence étranges.
L’opothérapie placentaire remonte, en effet, jusqu’à Hippocrate, et probablement bien plus haut, puisque le Père de la Médecine a résumé les connaissances thérapeutiques en usage de son temps. Les recueils hippocratiques donnent aux femmes désireuses de concevoir le conseil de s’introduire dans le vagin un mélange bizarre, composé de têtes de vers, d’alun d’Egypte et de membranes du délivre, le tout broyé au préalable dans un mortier avec de la graisse d’oie.
Daniel Leclerc, qui a donné la longue liste des médicaments dont il est fait mention dans les recueils hippocratiques, y signale « l’arrière-faix d’une femme ». Cette idée se retrouve un peu partout dans les Pharmacopées du Moyen Age, et jusqu’au xvii® siècle.
Jacques Duval conseille aux médecins de campagne de se comporter de la façon suivante dans les accouchements laborieux :
Que ceux qui, dénués des commodités de la ville, sont contraints de se servir de ce qu’ils trouvent aux champs..., appliquent mêmement un délivre de vache sur le ventre, ou bien en donnent quelque portion...
Guillemeau et Portal estimaient que ce cataplasme naturel était le meilleur des remèdes dans les cas de ce genre.
Mais on devait invoquer ce prétexte pour faire des délivrances précipitées, car l’accoucheur Peu blâme la coutume qu’ont beaucoup de sages-femmes, « de