‹ Réminiscences de voyage [microforme]Chapitre 21 sur 26 · LYON · texte numérisé non relu

LYON

Le 6 août, nous foulons pour la première fois, le sol français à Bel.

legarde, où il faut faire etape pour satisfaire aux règlements de dounnes rendus plus sévères par les récentes menées anarchistes. Une couple d'heures plus tard nous descendous à la gare de Perrache à Lyon.

Par sa population qui atteint presque ie demi-million, par son étendue, par ses indus tries, Lyon, chefieu du département du Rhône, est la première ville de la France après Puris Sous l’empereur

Auguste elle était déjh la métropole des trois gaules.

La tosogeiphie de Lyon est tout-ä-fuit caractéristique et singulière. Deux fleuves, la Saône et le Rhône traversent la ville et viennent mêler leurs eaux un peu plus loin, à l'endroit appelé La mu lotière.

On dirait un échassier colossal, abaissant son long eoï comme pour séparer de son bec de granit blanchi par le flot, les eaux des deux fleuves et se désaltérant, sans intermittence, daus le courant. Une ligne grisonnante fait voir les contours et la charpente du corps : Ce sont les quais de Rambaud, d'Occident, des Ciélestins, de St- Vincent, de Serin, qui en dessinent l’arête supérieure. La gorge formée par les quais de Perrache, de la Charité, de l'Hôpital, de St. Clair et d’Herbouville, baigneut simplement dans le Rhône.

Les cunx vertes de la Gure d'eau décrivent une courbe formant lorbite de l'œil dans lequel se détache la noire prunelle des hangars à marchandises. Eranchant sur la sombre couleur de son pelage, ut beitlant collier d'albâtre Je

du midi, (large promenade qui s'é-

Cour

tend'entre les deux rives,) met la tête en relief: pendant que los sommets accidentés de Ja Croir:

Rousse font ressoriir la puissante OSSAUUrE di volatile Dis ponts Bombreux, comme des tendons musculaires, le Maintiennont dans cette position et Je reHent aix faubourgs de la g'illotière et des Brotteaur à l'est, et aux coljines de Si, Just du côté de la Sione.

Cette partie comprise enre le Rhône et la Saône, bien que la plus ancienne est encore la pritiei.

pale. On y trouve es monuments les plus remarquables : l'ITôte] de

ville, l'hopital de l'Hôtel-Dieu. la

place Belle cour, —un in mense square bordé d’arbres précieux ct orne de plusicurs statues magnifiques, entrautres celle d'Ampère et une statue équestre de Louis XIV,—-la Place Carnot, du nom du père de d'infortnné président de la république française, et à qui Lyon est redevable d’avoir conservé son appellation au milieu de la la tourmente révolutionnaire, la rue de la République la plus fréquentée de la ville, où s’est accompli, quelques semaines avant notre passage, le lâche assassinat de farnot se rendant au grand théâtre à quelques pas plus loin, sur la place de la Comédie. Relatons ie un touchant incident du terrible drame :

L’Archevêque de Lyon, dès que la nouvelle du sinistre attentat lui fut parvenue, s’empresse d’acconrir à la préfecture, auprès du Président qui, le matin même, lui

avait fait un accueil cordial, à ane réception officielle au Palais du Commerce, En le voyant s'approcher Carnot remercia l’évêque avec effusion, de cette marque de sympathie, lui disant que sa présence était une précicuse conso!ation à cette heure suprême, —*Je vous apporte plus qu'une conso!ation humaine, c'est la réconciliation avec le souverain Roi que je

vies © us offrir” sepondit FArcheve Carnot fait signe à ceux

qui Gntouraient sa couche s+anglante de se retirer, et un colloque secret s engage avec le prêtre, qui verse avec onction dans le cœur du mourant, la foi qui sauve, l’absolution qui efface et la grâce qui sanctifie. Quelques instants plus tard, le premier magistrat de la Frauce expirait dans la paix du Seigneur.

La population ouvrière habite plutôt les hauteurs de la Croix

Rousse, centre des grandes fa-

briques de soieries, Un funiculaire,

QUI a reçu ie nom populaire de la ficelle, ÿ conduit. Les Canuts ou tisseurs de soie y forment nne ve ritable fourmillière besogneuse et acuive.,

Sur le côté gauche de la SaÔne, que lon traverse en bateaux mouches où surles ponts, s'élève sur uncolline abrupte l'église de Fourvières, célèbre par les péierinages innombrables qui s'y font. Une moyenne de deux miliions de poer- SOnnCs y affluent chaque annte, Pour y atteindre, il faut prendre, rue de l'archevèché, l'ascenseur À ble sans fin qui gravit la montagne Jusqu'à St.-Just, après avoir traversé deux longs tunnels. La montée de la St.-Barthélemy, bordée de bazars d'objets de piéte, d'hôtellerics populaires pour resevoir la foule des pélerins, va de la station des minimes au plateau

titedhtinié cb iois à

cu:

de Fourvières.

Bien qu'il extstit aiparavant, c'est depuis 1805 surtout, lorsque le Pape Pie VIE, du haut du promontoire de Fourvières, binit la ville de Lyon, que date Ja VOSUC extraomlinaire du sanctuaire de Notre-Dame de Fourvières.

L'intérieur du temple est rem.

pli d’er-votos de toutes sortes, attestunt dès wüuérisois niraculeuses :

Les muraulles sont littéralement recouvertes d'insériptions du genre de celle-ci, que JY a cueillie au hasard :

Rien n'efface

De ta crie.

Le bien cher souvenir

A touiours te bénir.

Je consacre ma vic.

O ma mère chérie.

Sur chacun de mes jours,

Veille, veille toujours.

Cremieux, 1808. +

L’autel latéral émaillé d’or, couronné d’une madone vêtne d’un

manteau bleu d'azur est une chapelle ardeute, où scintillent Îles mille feux des cierges que le confiance des fi lôles y fait brûler.

Tout près de Pantique chapelle, la nouvelle église de Fourvières, eo istruite par les Lyonnais en &eeomplissement d’un vœu fait en 1870, de bâtir ee temple si Lyon était préservée de l'invasion allemande. Elle est flanquée de deux tours carrées dont l’une sert d’observatoire. Un escalier en spirale dans la tour onverte au public, conduit à une statue de la Vierge, en bronze doré, qui domine l'église, Du haut de cette gulerie, l'œil embrasse ia ville toute entière avec ses populeux quartiers, et distingue même parfois à Phorizon la blanche chaîne des Alpes. A moins d’une encâblure de la terrasse s'élève la Tour métallique, qui est une reproduction diminuée

de la tour Eitfel.

Un sentiment d'affection nous attirait en outre à Fourvivres.

Une Canadienne alliée à notre famille, religieuse chez les Danes de Jésus-Marie, était à Lyon depuis quelques semaines. En nous entendant nommer, St. Vincent de Paul, la sœur portière ne put retenir une exclamation : Mais vous êtes Canadiens! Elle était ellemême une compatriote. Le parloir où l’on nous introduit nous donne lillusion d’une communauté du diocèse : Installés à une place d'honneur, les portraits de deux personnages bien connus, Monseigneur Bégin et Monseigneur Marois. La Revde.

mère St, Cyrille, qui a longtemps été supérieure à Sillery, et à laissé au Canada un vivace souvenir, nous fait gracieusement les honneurs de son couvent. Par un heureux hazard, cinq religieuses Canadiennes, venues des diverses

imiisions, se trouvaicnt réunies pour la retraite annuelle. [faut avoir voyager à Pétranger pour ruliser Le bonbeur que Fon éprouve à rencontrer quelqu'un des Sins, Hors du pays natal, le compatriote Inconnu de la veille devient l'ami et le contident du lendemain. Rien ne saurait rendre la ioie que nous causa à tous, cette rencontre fortuite. Pour surcroît de bonne fortune, ces Canadiennes étaient toutes de cette région-el de la Province, de Trois-Pistoles, de Moutmagny, de St.-Charles, de Québec, et nous pûmes à loisir satisfaire leur bien légitime eurlosité.

Une couple d'heures passées.

pour ainsi dire, toute entière au Canada se furent bien vite écoulées, et il nous fallut, quoiqu’à regret, nous séparer de nos pieux hôtes. Après un copieux repas arrosé de bons vins, à un restaurent

tvpique de l'endroit, nous r ‘ui HOT 216 el le L Univers. FOIS

un ovawe iorrentiel,

lPlusicurs industries prospirent à Lyon, mais de toutes, la plu: ré uumératriee, lt plus intéressante est la fabrication des soicries que les rois de France ont. depuis Louis X1, largement favorisée, Un monument élevé à la mémoire de Jacquard, inventeur du métier à tisser, fait voir le prix que lon attache à limportante amélioration que cette vention contemporaine 4 apportée dans cette branche.

La promenade la plus recherchée, la plus vaste et la plus à la mode est celle du Pare de lu tête l'or qui forme, à PFextrémité des fauboures de la Guillotière et des Broteaux, un triangle s'étendant entre la rive ganche du Rhône, le boulevard du nord et le chemin

de fer de Genève et les casernes.

Jl'comprend des jardins botani-

ques et zoologiques, un observatoire, des lacs artificiels, ete. C'est à cet endroit qu'a eu lieu F Exposition Internationale et Coloniale de 1894:

Le palais principal,—nne immense ‘rotonde métallique avec sa coupole de ecnt soixante pieds de hauteur et sa porte principale haute de #e :t pieds—est un chetd'œuvre d'architecture et de mé:

canique., Par cette disposition elliptique les produits exposés dans ce bâtiment se trouvent tous en excellente lumière. Du haut du promenoir aérien, au centre de la coupole, on à un magnifique coup d'œil d'ensemble,

Tout autour sur la périphérie du cercle extérieur une multitude de bazars de toutes sortes, de débits de tabacs, de cafés largement achalandés, A voir cette houle allant venant, s’entrecroisant, on dirait l’entrelacer nt d’u-

he chaîne de danse.

Uue place d'honnenr est réservéc pour les productions des colohies francaises, Les palais de

T l'Algérie, de la Tunisie, de l'Indo- Chine sont en évidence, La mceunique, la viticulture, la cérami-

| que, les CXpositions ouvricres, les beaux-arts figurent largement à l'exposition. Une des œuvres de seulpture les plus admirées dans

- cette gallerie des beanx-arts re-

présente la Vierge de Domremy, Jeanne d'Arc, en habit de guer rière, Oneut dit la statue animée, fant l'expression était juste et d'un réalisme parfait,

Le département de la verrerie et de Ja cristallerie est une de

plus curieuses attractions de lexposition. Les fournaux de la Verrerie Venitienne en pleine activité rappellent la brillante instal.

lation de la fabrique américaine Libby au Worlds Fuir de Chi-

CAgO.

gen cpu rue

— ] 134) rss

Un espece considérable de la coupole est CONSACTÉ AUX solcrics et porte le nom pompenx de Pa.

lais des SOICTICS, qui certes est bien homme, On v contemple en eflet lu reine de Ja soie, chez elle, dunus tout Féelat chlouissant de ses atours ct Fépanonissement de sa merveilleuse beauté

Dans trois salons, faisant suite, sont exposées avec art les somptucuses toilettes de sa parure, tan- ol dis que dans un pavillon à coté on assiste à lt métamorphose du ver à soie du murier ou du chêne, et

aux multiples mampulations parlesquelles passe successivement le cocon avant de devenir ce tissu Si finement ouvré et si recherché

qu'en nomme la soie. La mise en # marchedes appareils nécessaires est activée par un moteur électrique pendant qu'une trentaine de per-

sonnes sont occupées à la démons-

tration pratique de eet art. Le tou-

Et —

riste croi! être sotls lettet d'un nr :

eieuse réverie à la vue d'une telle profusion de couleurs et d'un tel déploiement de richesses réunies, etil Gporte uvec fui li convie ton que le diadüme, que Findustrie Fvonnaise porte férement sur son front, n'est en aucune lacon usurpé, et qu'elle Hi ‘rite de briller ati Premier Fais à cote des soicrics de Londres et de Milan.

Cu chemin de fer de ceinture mu a l'électricité fait le service du Pure de La tête d'or.

Lyon est la patrie de plusieurs personnages célèbres, entre autres l'empereur Mare-Aurèle, le phvsicien Ampère, Barème, Bourgealt, Madame de Récunier, femme aussi distinguée pur son csprilt

que par sa beauté,

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