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alors c'est que ce volume n'est qu'une réimpression, sans mention aucune, des mémoires parus eu 1753. Ce livre ne ma été montré par M. Durcau, dont il est l'heureux possesseur, qu'après l'apparitiou de mou travail et après que M. Dujardin, de Lille, m'eut fait savoir qu'il existait aussi une édition in-12 do l'année 1753, édition que l'Académie livrait au commerce.
Les planches delà première édition in-4°, ainsi que celles do l'édition in-12 sont identiques, mais infiniment moins fatiguées par le tirage que celles de la réimpression de 1769. Le mémoire de Daviel a donc été en réalité imprimé une année après sa lecture en séance publique et les dessins ont dû forcément être contrôlés par le maître.
Ce qui m'avait encore bien confirmé dans mon opinion que Daviel n'avait pu lire son travail imprimé dans les mémoires de l'Académie royale de chirurgie, ce sont les « Remarques » si peu bienveillantes qui suivent l'exposé de sa méthode. De son vivant, je ne pouvais croire que Daviel eût supporté sans riposter pareil jugement, et cela d'autant moins que les renseignements donnés par Caqué à l'Académie, ne concordant nullement avec ceux que renferment les lettres du chirurgien de Reims adressées à Daviel, lettres reproduites dans la brochure de Delacroix (1).
Le but de mes réminiscences historiques est de démontrer que l'iuventeur de la méthode d'extraction, aussi bien que ceux qui, les premiers, ont adopté la nouvelle opération, l'ont fait dans des conditions peu différentes de celles danslesquel-
(1) Voici une partie des « Bevinrqups sur le vicmoire de. M. Bar ici » : Il était naturel que l'Académie fut occupée du succès de la méthode de M. Daviel. Aussi pour s'en assurer a-t-elle fait des recherches, dont les premières ont eu pour objet les opérations qu'il avait faites à Reims au nombre de quarante-trois, en novembre 1751. Elle s'est adressée pour cela à M. Caqué, l'un de ses correspondants et demeurant ù Keims, qui, par une lettre du 15 janvier 1753, a mandé qu'il ne pouvait donner de nouvelles de tous les malades de M. Daviel, plusieurs n'étant pas actuellement dans la ville. Par l'examen qu'il a fait de trente-quatre de ces opérations, il a trouvé que dix-sept ont parfaitement bien réussi, ilj' eut huit dont le succès est médiocre et neuf qui ont été suivies de perte de vue. Sur ce nombre, six des yeux opérés ont la prunelle sans ressort et il 5^ a eu à deux des staphylômes qui ont disparu peu à peu. A la page 344 (huit pages avant ces « Remarques ») Daviel avait déclaré qu'il oc comptait, jusqu'aujourd'hui, 16 novembre 1752, deux cent six opérations dont cent quatre-vingt-dix ont réussi » et ajoutait : « c'est je pense tirer un bon parti d'une opération qui ne fait, pour ainsi dire, que naître ».
les elle est exécutée de nos jours et que c'est bien à tort qu'on a pensé jusqu'à présent que la mise au point de la méthode, si je puis m'exprimer ainsi, aurait réclamé un demi-siècle pour aboutir (1). J'ai insisté encore dans ma dernière communication que Daviel lui-même avait déjà varié son procédé et annoncé à Guérin les perfectionnements qu'il avait apportés à sa méthode.
M. Dujardin.qui est un si précieux fureteur pour les recherches historiques, me signale encore une lettre de Daviel parue dans le i¥em«refi?eF/wîce,en 1762, p. 148, lettre adressée au baron de Haller, auquel il annonce (en mentionnant l'édition in-4°, des mémoires parus en 1753) qu'il prépare un nouveau mémoire « qu'il se proposait de donner à l'Académie royale de chirurgie dans la séance qui sera le premier jeudi d'après la Quasi-
modo de l'année 1762 Je viens tout récemment encore,
dit Daviel, de 'perfectionner ma méthode en supprimant moi-même plusieurs instruments que j'ai reconnus [comme inutiles et fen ai imaginé d'autres infinemeni plus commodes ».
Deux volumes de mémoires de l'Académie royale de chirurgie ont paru après cette annonce faite par Daviel, l'un en 1768 (le tome IV), l'autre enl774(le tome V)(2). On abeau les feuilleter, ou n'y trouve aucune mention d'un mémoire lu au nom de Daviel et pourtant cette lecture a en réalité eu lieu, car M. Dureau a trouvé dans le procès-verbal manuscynt de l'Académie du 22 avril 1762,lamention suivante : «On a lu pour « M. Daviel un mémoire sur des perfections qu'il a apportées à «sa méthode de faire l'opération de la cataracte par l'extraction du cristallin ». Voilà tout,et le mémoire original reste à retrouver. Heureusement M. Dujardin a pu mettre la main sur un
(1) Quoique Daviel dit dans sa dernière communication faite le 22 avril 1762 (voyez plus loin) d'une manière très nette que son incision est demi-circulaire, nous trouvons 10 ans après dans Jania (Mémoires, p. 269) l'indication de la section aux deux tiers de la cornée. « Nous ferons observer ici, dit Janin, qu'il faut, pour avoir du succès, que la section de la cornée comprenne les deux tiers du disque de cette tunique, que la cristalloïde soit bien ouverte, qu'on ne doit comprimer l'œil le moins possible lorqu'on veut obliger la cataracte à sortir de cet organe. »
(2) Le t. IV que possède l'Académie n'est qu'une réimpression faite en 1781, le t. V porte le millésime exact de 1774.
DE WEOKER.
extrait. « Après de nombreuses et patientes recherches, dit notre ami (1), nous avons été assez heureux de trouver dans le Mercure de France (juilletl7G2, p. 141) un extrait suffisamment détaillé de ce mémoire qui permettra de juger la dernière méthode d'opérer de l'illustre Daviel. »
« Comment il se fait qu'on n'ait jamais soupçonné l'existence de ce deuxième mémoire et que les contemporains ou successeurs immédiats de Daviel en aient si peu parlé, c'est chose presque incroyable. En tous les cas, voici ce document d'une valeur historique incontestable et qui vient à son heure, après le travail remarquable de mon ancien maître, le D'' de Wecker, paru dans les deux derniers numéros des Archives d'ophtalmologie » (2) :
« On a lu ensuite pour M. Daviel, un mémoire sur de nouvelles perfections qu'il a ajoutées à sa méthode de faire l'extraction de la cataracte. L'opération par laquelle on tire du globe de l'œil le cristallin cataracté est une découverte intéressante, due à M. Daviel, qui l'a publiée dans le deuxième tome des mémoires de l'Académie. La grande expérience qu'il a acquise lui a fait connaître des inconvénients dans l'incision demi-circulaire à la partie inférieure delà cornée transparente. L'humeur aqueuse s'échappe dès le premier moment de l'opération, la membrane uvée se présente aisément dans la plaie et produit un staphylôme qui peut entraîner la perte de l'œil ; la réunion de la plaie est difficile, et quelquefois la cicatrice est si mince qu'elle se rouvre au moindre effort ; de là, chute de l'iris et la perte consécutive de l'œil. M. Daviel trouve la cause de ces accidents dans la section faite en biseau. Pour l'éviter, il fallait renoncer à l'incision demi-circulaire : l'auteur a essayé différents moyens d'ouvrir la cornée transparente, et la méthode à laquelle il attribue le plus d'avantages, et à laquelle il s'en tient irrévocablement, consiste à se servir d'abord d'uii petit bistouri courbe qu'il tient comme une plume à écrire, et le tranchant tourné en haut. Il porte sa pointe dans la partie inférieure de la cornée transparente du côté du grand angle, à environ une demi-ligne de la conjonctive.
(1) Journal des Sciences médicales de Lille, p. 587,1893.
(2) La section de Daviel, réminiscences historiques concernant l'extraction de la cataracte, par L. de Wecker. Arch. avril, mai, 1893.
Lorsque la pointe de l'instrument est dans la chambre antérieure, il le pousse jusqu'au bord de la cornée du côté du petit angle, à l'extrémité de la ligne qui couperait horizontalement la cornée en deux parties, il perce la cornée et achève l'incision qui décrit une ligne oblique par une coupe nette et sans biseau. Il divise ensuite la cornée supérieurement par une seconde coupe, obliquement du petit angle vers le grand, avec de petits ciseaux mousses dont les lames font un angle obtus avec les branches. De ces deux incisions il résulte un lambeau triangulaire de la cornée transparente, dont la base est du côté du grand angle. Par ce moyen M. Davielmet la prunelle à découvert plus aisément que par la section demi-circulaire. L'humeur aqueuse qui ne se perd pas entièrement dès le commencement de l'opération, conserve la convexité à la cornée transparente, ce qui est favorable à l'opérateur, qui achève l'opération comme dans l'autre manière, par inciser la capsule cristalline, et extraire le cristallin au moyen d'une pression douce et méthodique du globe de l'œil. M. Daviel dit qu'après cette opération bien plus facile à pratiquer, les cicatrices sont solides et à peine sensibles, »
« Nous voulions prendre date en publiant ce document : nous nous abstiendrons de tout commentaire, sûr que les corn-mentateurs ne manqueront pas, et bien plus autorisés que notre humble personnalité.» *
Le point important qui caractérise cette section c'est que les deux parties qui la constituent représentent des sections droites et,ainsique Daviel y insiste àdeux reprises, que le lambeau est sans biseau. VqxqiWq section n'est en réalité exécutable qu'aven un couteau courbe et des ciseaux également courbes et l'expérience démontrera si une semblable section droite présente de sérieux avantages comme coaptation, cicatrisation et surtout comme garantie contre les prolapsus et e?iclavements de Viris. 11 me parait inadmissible que Daviel, quoique âgé et malade, ait recommandé une section qui ne présente pas un réel avantage pratique. On voit du reste par les préliminaires que Daviel est surtout préoccupé des prolapsus iridiens « de la chute de l'iris et de la perte consécutive de l'œil ».
Croira-t on que Daviel, trop malade pour lire lui-même sa
communication (1), aurait demandé que cette lecture eût lieu
(1) Daviel, né lo 11 août lii!)3, à la Barre en Normandie, est, d'après les recherches que M. riALTENnoPP a eu l'extrême obligeance de faire pour nous, mort le jeudi 30 septembre 1762 (inscription de l'ancien retcistre des morts de Genève), place Bel-Air, à Genève, à l'hôtel de la Balance qui existe encore actuellement.
C'est donc à l'âge de '>H ans (lue Daviel fit la célèbre communication sur «a méthode d'extraire la cataracte, et il était â,'é de 68 ans lorsque la lecture de sa seconde méthode fut faite en son nom, 6 mois avant sa mort. Sa fameuse découverte n'est donc pas une œuvre de jeunesse. C'est le mal auquel Daviel a succombé qui l'a empêché de faire lui-môme la lecture de son dernier mémoire. Voici ce que notre cher collègue Haltenhoff nous écrit concernant l'autopsie faite par Tronchin qui ne vit guère Daviel qu' « in articulo mortis ».
« Bien que le récit en soit très imparfait, il me paraît qu'il s'agissait d'un cancer du larynx, avec envahissement de l'œsophage sur la fin ».
M. Haltenhoff a encore eu la bonté de nous communiquer un extrait de V Eloge de Daviel par le d'Apjjles que renferme le t. V des Acta Helvetica. Quelle meilleure place pouvait trouver cet éloge^ inconnu de la génération d'ophtalmologistes actuelle, que dans les réminiscences historiques concernant Vextraction de la cataracte ?
« L'ÉLOGE ou ABRÉGÉ HISTORIQUE DE LA V lE DE MONSIED R DaVIEL, nOUS écrit Haltenhoff, dû à la plume du D^ d'Apples, date du 3 décembre 1702, c'est-à-dire est écrit deux mois et quelques jours après la mort de Daviel à Genève. Le médecin lausannois auquel nous devons la description si exacte et si intéressante d'une opération de Daviel d'après sa dernière manière {voy.pl us loin), avait reçu delà personnalité du grand oculiste une impression profonde, ineffaçable, mêlée de respect, d'admiration et de reconnaissance. Non content d'avoir fait connaître la grande découverte de l'extraction aux médecins et aux savants de sa petite patrie, d'Apples a voulu aussi leur montrer quel homme de génie et quel homme de bien était ce chirurgien qu'une mort cruelle et inattendue venait d'enlever à la science et à l'humauité sur les bords mêmes du lac Léman où il é+ait venu chercher un soulagement à ses maux. Ayant appris que Daviel était à Genève gravement malade, le D'' d'Apples et son ami M. de Forel, l'heureux opéré de Daviel, vinrent lui rendre visite à son hôtel et le trouvèrent dans un état fort triste qui ne leur laissa plus aucun espoir. Lors de sa visite à Paris (août et septembre 1761) d'Apples avait déjà remarqué chez Daviel les premiers symptômes de la maladie qui devait l'emporter. Les détails qu'il donne sur cette maladie et sur les derniers jours si tristes et solitaires de la vie de Daviel, sont croyons-nous, entièrement inconnus.
On connaît le rôle admirable joué par Daviel à Marseille et dans d'autres villes de province pendant la terrible épidémie de peste de 1720. « 11 travailla beaucoup, dit l'auteur de l'Éloge, sous les yeux de trois grands médecins de Montpellier qui eurent le courage de s'enfermer dans cette ville infectée (Marseille) c'étaient MM. Chicoineatt, Didier et. Vergne. Le danger de la contagion ne l'épouvantait point, il scarifiait les boutons, les charbons et ouvrait les cadavres avec une intrépidité héroïque, au milieu d'une calamité où les malades tombaient à droite et à gauche. Sa frugalité et le grand exercice qu'il prenait l'ont garanti au milieu d'une contagion presque universelle et il échappa au milieu de 40,000 morts. Aussi ne fut-il pas oublié lorsque le Roi de France, ou plutôt le Duc Régent assigna des pensions à tous ceux qui avaient servi utilemeutdans
quand même, s'il n'avait attaché une très grande importance
cette triste occasion, et M. DAViELfut décoré, coinmn bien d'autres, d'une croix de Chevalier de St-Roch qui peud à un ruban cramoisi et qui a pour inscription d'un côté : Lud. XV imtituit et de l'autre : Propter fugatem pestem Marsiltensem.
On sait comment Daviel, devenu professeur libre d'anatomie et chirurgien d'une galère dans le port de Marseille, fut amené par ses observations et ses exercices opératoires sur le cadavre il étudier avec un intérêt croissant la structure des yeux et leurs maladies et comment se fit sa réputation d'opérateur en particulier après un brillant abaissement de cataracte. M. d'Apples écrit à ce sujet : « C'est environ en l'année 1730 qu'il eut l'occasion d'opérer par dépression un honnête homme, Suisse, concierge de Madame d'Orléans dans son château de Bagnolet près Paris ; ce concierge avait été manqué par un autre habile chirurgien; et depuis l'opération de M. Daviel il a conservé assez de vue, jusqu'à un âge très avancé, pour vaquer il toutes les affaires et lire avec une faible loupe les caractères les plus menus
Sa renommée devient bientôt telle qu'on ne pouvait être attaqué ou menacé de quelque maladie de l'œil, sans faire voir cet organe à M. Daviel.
L'Espagne, le Portugal, le Palatinat,la Lorraine, la Bavière, l'Alsace ont été les témoins de ses succès. La première de ces cours Fa voulu retenir à son service, avec des appointements très considérables, mais qui ignore la mauvaise figure que fait un Français à Madrid ?
Une moindre fortune et une honnête liberté étaient plus du goût de M. Daviel. Il ruminait dans ce temps-là les incovénients qui accompagnent très fréquemment l'opération de la cataracte par abattement ou par dépression du cristallin et sans avoir peut-être jamais été informé de la possibilité de l'ouverture de la cornée pour en extraire le cristallin comme un corps inutile, avancée comme un problème dans les Mémoires de l'Académie des sciences de Paris pour l'année 1707, il a imaginé cette opération et l'a exécutée une infinité de fois. Je renvoie sur ce sujet à la lecture des pièces concernant cette opération contenue dans l'histoire de l'Académie de chirurgie de Paris imprimée en l'année 17.52, où l'on lit un Mémoire dans lequel M. Daviel justifie sa méthode, aussi bien que le choix et la structure des instruments destinés à cette opération, par préférence à ceux de Messieurs de la Fate et Tenon^ tous les deux membres de l'Académie de chirurgie. »
Suit le récit de la cure célèbre du jeune peintre bourguignon de VOGE^ atteint de cataracte adhérente à l'œil gauche et qui avait pardu le droit après une opération de dépression. (( Quelle triste situation pour un peintre 1 Notre grand oculiste ne se laisse pas intimider par cette fâcheuse complication, il fait son opération, emporte hardiment le point de l'adhérence ; l'extraction du cristallin et le reste du manuel de l'opération sont consommés en peu de minutes. A l'instant la vue de cet œil, précieuse à un grand artiste, eso rétablie, et au bout de six semaines, M. de Voge est en état d'exécuter, avec une loupe de 4 pouces de foyer, les ouvrages de ton art les plus délicats.
Un des premiers tableaux que le génie du peintre a imaginé après sa convalescence est cette belle estampe, qui est dans le cabinet des curieux, entre autres dans celui de M. le directeur de Haller où l'artiste peint en petit, mais au naturel M. Daviel, couronné par la renommée, environné de tous les attributs do la chirurgie et muni des divers instruments de son invention qui servent à l'extraction de la cataracte. » Notre auteur parle ensuite du cas de M. de FoRELct
au rcmaniemout de son procédé, enfin osl-il vraisemblable
de son opôration, dont on lira plus loin la deBcrii)tion. « Cette opération quoique défectueuse par quelques circonstances particulières, a cependant eu les suites les plus favorables.... M. DE F. serait peut-être retourné cette année à Paris si la mort prématurée de M. Davikl n'avait i)aB rompu ses mesures. Ce pauvre homme, quoique fort et vigoureux, avait déjà pendant que nous étions à Paris une sorte d'embarras dans la langue qui gônait un peu la parole, laquelle gêne il attribuait à la viscosité de la salive. Quoiqu'il ait employé bien de» remèdes, peut-être aussi mal à propos, méprisant en cela les conseils des médecins, le mal a fait des progrès si rapides pendant l'hiver que déjà au mois de mars de cette année il était tombé dans une complète aphonie. Excéilé de cet état, ne manquant ni par la tête, ni par les yeux, ni par la main, il le dit luimême dans une lettre, il est sorti de Paris environ Pâques, soit pour faire quelques opérations, soit aussi pour se procurer l'usage des eapx ininérales ou des bains chauds. Il a voyagé pendant tout Tété dans plusieurs provinces du Hoyaume de France. Sa réputation l'a fait appeler à Nevers auprès d'un seigneur de la première qualité. Enfin se trouvant à Lyon au commencement de septembre, l'habileté de l'aimable M. Tronchin reconnue dans toute l'Europe l'a attiré à Genève, où toujours fixé dans son système et a l'insu de ce gi-and médecin, il a pris un purgatif si violent que son mal a empiré visiblement par une diarrhée colliquative, avec fièvre devenue incurable. Nous l'avons trouvé dans ce triste état, quand nous le sommes allés voir à Genève, M. de Forel et moi ; étendu dans son lit comme un cadavre, sans voix et sans pouvoir presque avaler aucun liquide goutte à goutte. Il a donné sa confession à M. Tronchin par lequel il avoue que sa témérité dans l'abus des remèdes est la cause de sa mort qui n'a pas été différée, puisqu'il a expiré le 30 septembre 1762. Le pauvre défunt ne connaissait pas cette maxime invariable de notre grand Hippocrate qxi'il est très difficile et par coiméqnent très dangereut; de purger souvent le coips robuste. Aph. tit II., 37.
M. Tronchin a fait ouvrir le cadavre en sa présence par laquelle ouverture on a reconnu que toute la masse du sang était appauvrie, les muscles du pharynx et du larynx affectés de pai'alysie. M. Daviel était parfaitement honnête homme et un bon chrétien, plus sensible à la gloire qu'à l'intérêt ; il a témoigné par signes de grands sentiments à la volonté de Dieu et une grande confiance en sa miséricorde par le mérite de Notre S. J. C. Et quoiqu'il soit décédé dans une ville protestante, comme on y fait profession d'une grande tolérance, l'Aumônier de M. le Résident de France a eu toute la liberté de lui administrer tous les secours spirituels en usage dans l'Eglise romaine, et il a été inhumé honorablement en terre catholique à quelques lieues de la ville. Voilà comme les grands hommes nous sont enlevés prématurément ; regrettons une perte qui sera difficile à réparer.
M. Daviel avait une assez nombreuse famille. Sa Provençale (Annette Félix,fille du chirurgien à Salon en Provence), l'avait fait père de trois fils et de quelques filles. L'aîné des fils, déjà très habile en chirurgie, avait soutenu aux Ecoles de Saint- Côme une thèse de Cataraeta. 11 est mort à Zell de fièvre maligne, étant chirurgien major d'un régiment de cavalerie dans l'armée de M. d'Estrée, qui faisait la guerre dans le pays de Hanovre ; ce jeune homme a été regretté de toute l'armée. Les deux cadets sont encore jeunes, leur vivacité, leur application et surtout l'exemple de leur père fournissent quelque espérance de voir renaître en eux un nom qui nous est cher. i>
([u'iui homme de 68 ans qui, 6 ans auparavant (en 1756), avait défondu avec tant d'acharnement son procédé primitif, se serait sans motif sérieux déjugé, et cela devant la même assemblée de collègues, en bouleversant lui-même l'exécution de sou opération à laquelle il tenait tant?
C'est Morand qui fit la lecture de ce second mémoire de Daviel et cela en sa présence, car il dit dans son « Eloge » (Opuscules de chirurgie, p. 90, 1768). « M. Daviel étant déjà « affecté des suites d'une paralysie lorsqu'il vint à la séance « publique de l'année 1762 exposer sa méthode. Il n'était pas « en état de lire sou mémoire lui-môme ; en même temps « que j'en faisais la lecture, il indiquait le manuel sur une « carte figurative ».
Rien d'étonnant que j'aie péché par ignorance en publiant, 131 ans après, dans mon premier mémoire historique, que Daviel aurait « jusqu'à sa mort défendu avec acharnement sa section exécutée au moyen de sa lance », étant encore sous l'impression de la lecture du combat que Daviel avait soutenu en 1756 contre Bérenger ; mais que penser de Guérin qui, 7 ans après la lecture faite au nom de Daviel à l'Académie, publie un traité dans lequel il dit que « M. Daviel sur la fin de ses jours, dans le dernier voyage qu'il fit à Lyon, nous communiqua un projet pour la réforme de sa première méthode d'opérer, mais la mort qui nous l'a enlevé ne lui a pas laissé le temps de la mettre dans tout son jour » et ne souflle mot de la seconde manière d'opérer, parue dans un des journaux les plus répan dus de l'époque, le Mercure de France. Ce même silence est gardé dans le traité de Déhais Geudron, paru en 1770, ainsi que dans les mémoires de Janin de 1772. On a si peu ménagé Daviel de son vivant qu'il n'est guère admissible que l'on ait voulu d'un commun accord épargner à sa mémoire une discussion peut-être désobligeante (1).
(l) « De mon côté, m'écrit M. Dujardin, j'ai un peu bouquiné pour voir si quelqu'un des successeurs de Daviel s'était inspiré de la méthode exposée dans son dernier mémoire. Vaines recherches, pourtant il y a un certain Bonnaud qui s'en est un peu rapproché, à en juger par la description de sa manière d'opérer :
« Je pose la pointe de ma lancette sur la cornée transparente, du côté do 1 l'angle externe, à la distance d'une bonne demi-ligne de la circonférence de « cette cornée et à l'opposite du centre de l'uvée ; là je pousse et fais entrer
Comme nous l'avons dit, c'est la préoccupation d'éliminer de son procédé opératoire le danger des prolapsus de l'iris, préoccupation qui actuellement nous poursuit encore tous, qui a poussé Daviel a remanier sou opération, et, sous ce rapport, il est encore très intéressant de savoir que Daviel se rendait parfaitement compte que c'est la combinaison de l'excision de l'iris avec l'extraction qui pouvait ici venir en aide. Dans la lettre sus-mentionnée adressée au baron de Haller, Daviel fait la déclaration suivante : « J'ai eu la satisfaction de voir partir ce malade de Paris et il a bien voulu se charger de vous remettre cette lettre avec une petite estampe assez curieuse concernant la section de l'iris que j'ai été obligé de faire à l'œil droit d'un malade ; j'ai emporté la moitié de cette membrane pour former une prunelle artificielle. ...Ce n'est pas la seule fois que fai été obligé (V emporter Viris ou d'en faire la sectionj'ai de grandes observations à donner à ce sujet, sans que feu aie vu résulter le moindre accident.
Je ne voudrais pas terminer ces réminiscences historiques sans dire un mot sur ce qui se fit comme opération de cataracte secondaire peu de temps après l'introduction de l'extraction et du vivant de Daviel même. Si l'on se reporte à la discussion sur le traitement de la cataracte secondaire qui suivit il y a trois ans, au Congrès de Paris, le remarquable rapport Dufour,on voit que les deux méthodes qui ont réuni la majorité des suffrages sont Y extraction partielle (par capsulotomie ou capsulorexis) et ['extraction totale, lorsque les cataractes
« l'instrument, en le dirigeant en avant entre l'iris et la cornée jusqu'à ce que (( sa pointe sorte par le côté opposé à pareille distance de la même circonfé- (( rence. Je retire ensuite doucement l'instrument pour en sa place y introduire a un stylet d'argent, avec lequel je lève la cornée, devenue lâche. Par ce moyen (( je fais entrer avec facilité la branche mousse des ciseaux avec lesquels je
(( termine la section en biseau ou croissant suivant la forme de la cornée in
« Médecine pratique et moderne, par Buchoz, Paris, 1782, p. 169. » Nous engageons vivement les ophtalmologistes bibliophiles de vouloir bien rechercher, si, en réalité, oq fait extraordinaire a pu se produire qu'un mémoire lu en séance publique de l'Académie, émanant d'une personnalité aussi marquante que celle de Daviel, « le grand maître en chirurgie de la métropole, chirurgien oculiste du Roy », mémoire qui représente son chant du cygne, n'a pu trouver qu'une courte mention quelques mois après la lecture dans le Mercure de France et qu'en dépit de cette seconde publication personne ne se soit plus occupé de ce travail si important depuis une nouvelle réimpression faite en 1768 (voy. p. loin) jusqu'en 1893 où Dujardin en a fait l'heureuse découverte.
secondaires n'ont pas contracté de solides adhérences avec l'iris. La discision ou dilacércxtion au moyen des aiguilles ne trouvait qu'un nombre restreint de partisans.
Voyons comment Janin opérait au mois de juin 1761 « une cataracte secondaire qui avait contracté dos adhérences avec la partie supérieure de l'iris » (mémoires et observations p. 257). « Après avoir fait (sur une malade de 86 ans) une section suffisamment grande à la cornée, j'ouvris la partie inférieure de la cristallo- antérieure ; j'y introduisis ensuite l'extrémité d'une petite curette, afin d'en relever la partie supérieure ; je m'assurai par ce moyen, dans quel état était la cristallopostérieure, qui avait conservé sa diaphanité : je me bornai en conséquence à extraire la cristallo-antérieure qui était opaque ; dès que je l'eus saisie avec de petites pinces, je m'aperçus qu'au moindre tiraillement, la partie supérieure de l'iris suivait les mouvements de l'extension que je communiquais à la cataracte secondaire; j'augurai de là qu'il fallait que celle-ci eut contracté des adhérences avec la partie supérieure et postérieure de l'iris et je cessai cette manœuvre, de crainte de causer le décollement de l'iris et de déterminer par là l'inflammation et la suppuration du globe. Dans une circonstance aussi embarrassante je crois qu'il n'y avait rien de mieux à faire que de fenêtrer (1) la tunique optique afin de donner une libre entrée aux rayons de lumière, ce que je fis sur le champ, par le moyen de ciseaux courbes. Dès que cette membrane fut coupée circulairement, j'en fis l'extraction et la vue de cet œil fut rétablie de nouveau ; elle a été de plus longue durée que la première fois, puisque la malade en jouit encore. »
A-t-on autrement raisonné 130 ans après au Congrès de Paris? a-t-on autrement expliqué au Congrès suivant, en 1891, la manière d'enlever les cataractes secondaires libres, que ne le fit en mai 1759, Janin {loc. cit., p. 256) ?
« Ayant ouvert la cornée comme pour extraire une cataracte ordinaire, dit Janin, j'incisai tout de suite, avec une petite lance à la Daviel, la partie inférieure du disque de la cristallo-
(1) Voici comment je me suis exprimé au Congrès de Paris en 1891. « Pour l'obtenir (l'acuité visuelle parfaite) il est tout à fait indifférent que tous ayez enlevé la totalité de la capsule ou que vous l'ayez simplement fenêtréc » (Compte rendu, p. 293).
DE WBCKEK.
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antérieure; et afin de reconnaître si toute l'étendue de cette capsule était opaque, je portai une petite curette dans la prunelle, et de là dans l'ouverture du corps opaque, afin de soulever la portion supérieui-e. Par ce moyen je vis qu'à mesure que je relevais cette tunique, la portion delà pupille que je découvrais, était très noire : je jugeai de là que la partie postérieure de la capsule 'cristalline était diaphane, et qu'il n'était besoin que d'extraire sa portion antérieure ; ce que je fis sur le champ, dès que je l'eus saisie avec de petites pinces ; et afin d'en faciliter l'issue, sans porter atteinte aux parties avec lesquelles elle était encore contiguë, je fis de petits tiraillements alternatifs, et toujours accompagnés de légères secousses que je dirigeais de droite à gauche et de gauche à droite. Dès que l'œil fut débarrassé de cette tunique, le malade distingua de nouveau les objets, et il jouit encore de cet avantage. »
Au cours de la rédaction de ces réminiscences historiques, il m'est arrivé plusieurs fois de commettre des méprises qu'il m'a fallu ensuite rectifier à mon grand déplaisir, mais d'un autre côté je puis dire que ce travail m'a donné aussi de grandes satisfactions, en ce sens que j'ai la conviction d'en avoir tiré un réel profit pour mon propre enseignement et qu'il m'a certainement été plus utile qu'à personne.