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vait pas fait depuis près de deux mois), elle s'habilla, se plaça sur mes genoux, et je la portai ainsi dans mes bras à bord du bateau sur lequel nous nous embarquâmes le mercredi soir 44 août, et, après avoir touché le lendemain à Civita-Vecchia, nous arrivâmes heureusement le surlendemain à Livoume.
« Ce voyage s'était effectué avec une telle facilité et un tel bonheur que j'en conçus de nouvelles espérances. Elles durèrent pendant les deux jours que nous passâmes à Livourne, oti son état sembla s'améliorer, et après lesquels elle put supporter, sans trop de fatigue, le voyage de Livourne à Florence par le chemin de fer.
« Le docteur Bufalini, que nous consultâmes, nous déclara aussitôt que l'état de notre pauvre enfant ne permettait de la soumettre à aucun traitement pour le moment ; mais, d'accord avec le docteur Falloni, il s'efforça comme dernière chance de salut de soutenir ses forces et lui ordonna à cet effet un régime et divers remèdes fortifiants. A nous, pauvres parents, ils laissaient encore un rayon d'espoir, mais ils dirent à d'autres sur-lechamp qu'ils n'en conservaient plus,
a Et de fait, hélas I peu de jours se passèrent et tous les tristes symptômes reparurent. L'extrême faiblesse, les longs évanouissements (qui avaient commencé à Naples), recommencèrent : les seules douleurs semblaient suspendues,'etmoi, qui vivais d'espoir et d'illusion, Je m'attachais avec ardeur à ce qui me semblait l'indice d'un progrès important. Son lit lui était devenu insupportable, disait-elle ; aussi, je la tenais dans mes bras pendant de longues heures du jour et de la nuit. Quand parfois elle mangeait un peu, c'était uniquement pour me faire plaisir; à peine ouvrait-elle les yeux après quelques rares moments de sommeil, qu'elle me disait : « Que je te voie ! Maman, que je te voie ! » {Ch' io ti veggal Mamma mial) Elle reçut alors avec la plus affectueuse gratitude les soins de sa chère tante Lucrezia*, que j'eus le bonheur d'avoir près de moi comme une sœur et un ange consolateur ; elle me dit une fois en parlant d'elle : « Ma tante est bonne dans le genre de iH/"® Craven, »
« Lorsque la fatigue me forçait à prendre un peu de repos la nuit, la femme de chambre de ma belle-
* Princesse Spada, sœur du duc Ravaschieri. (P. C.)
sœur prenait ma place auprès de son lit, et, lorsque ma pauvre enfant ne dormait pas, elle édifiait cette excellente femme par la douceur et la piété de ses paroles. Ce fut une de ces nuits-là qu'elle lui dit : « Je comprends bien qu'il est presque impossible que je puisse guérir. Regardez, Mariuccia, mes pauvres petits bras, à quoi ils sont réduits. Je ne le dis pas à papa et à maman pour ne pas les affliger, mais j'ai bien peu d'espérance! Puis, accoutumée comme je l'étais à étudier, à me promener, à m'amuser avec mes amies, voyez quelle vie je mënel et depuis bien longtemps! Enfin c'est égal ! je dis toujours au Seigneur qu'il fasse de moi tout ce qu'il trouvera bon ! ( Basta ! dico sempre al Signore che faccia di me quel che sarà pe?' ilmeglio.) »
« A moi, au lieu de cela, elle disait des paroles d'espérance, et elle sembla se réjouir beaucoup un jour où je lui dis que j'allais écrire à sa chère Louise Delany de venir nous rejoindre à Florence pour y passer l'hiver avec nous .
(( Quand elle n'était pas dans mes bras, elle voulait que je fusse le plus près d'elle possible, et, avant de fermer les yeux, elle aimait à me voir
étendue sur un matelas posé sur une de ces larges marches qui se trouvent au-dessous des fenêtres dans les vastes chambres de Florence. Son petit lit était tout près de cette place. « Là, là, disait-elle, près de cette fenêtre, tu as de l'air, et moi je te vois dès que j'ouvre les yeux. »
a Je retenais avec effort mes larmes chaque fois que je regardais ce doux visage qui d'heure en heure s'altérait davantage. Ses yeux seuls conservaient leur expression, leur vivacité, leur couleur ; mais un cercle noir les entourait et s'agrandissait chaque jour, et ses joues se creusaient d'une manière qui me terrifiait sans que cependant, même alors, l'espoir se fût encore complètement éteint dans mon cœur!
« Elle était dans cet état lorsque, le samedi âS août, vers les trois heures, elle tomba tout d'un coup dans un évanouissement si profond que son père s'en épouvanta. Il fit appeler en toute hâte le docteur Falloni, et, avec lui, vint aussi l'excellent chanoine comte de Palagiqui tous les jours depuis notre arrivée venait prier avec ma Lina et lui donner sa bénédiction après l'avoir consolée de pieuses et fortifiantes paroles. L'un et l'autre, après
ravoir regardée, lai avoir touché le front et le pouls, se turent et ce silence fut pour moi une sentence dç mort. J'appelai à haute voix : a Lina ! Lina ! » Elle ne me répondit pas, ses mains étaient humides et froides, ses veux fermés. « Oh ! Dieu ! Dieu ! elle se meurt, » m'écriai-je comme une folle. Son père sanglotait, le médecin se taisait toujours, le chanoine priait, j'embrassais ses lèvres froides avec désespoir, dans la pensée de les réchauffer et de la rappeler à la vie. Je m'aperçus bientôt en effet qu'elle reprenait connaissance, le chanoine lui donna l'absolution, et moi, transportée alors pour son âme chérie d'un amour inexprimable et encouragée par le saint prêtre qui m'assistait, je me mis à lui dire des paroles que Dieu lui-même mit sur mes lèvres ; je lui montrai le ciel ouvert pour elle, les anges et les saints lui tendant les bras, puis je fis au Seigneur le sacrifice de sa jeune vie.... Je la lui offris, avec ses souffrances et ma douleur !
« On lui administra alors le dernier sacrement des mourants, et ce fut après cela qu'à une légère pression de sa petite main que je tenais serrée daus la mienne, je sentis qu'elle se ranimait et
presque sur-le-champ elle indiqua, par un mouvement de ses lèvres, qu'elle voulait baiser le crucifix; puis elle ouvrit les yeux et, me regardant fixement, elle me dit : « Prends-moi dans tes bras.» Le médecin voulut s'opposer à ce mouvement, il craignait qu'il ne hâtât sa fin, qu'il croyait imminente ; mais je le suppliai de céder à son désir et de laisser ma pauvre enfant mourir sur le cœur de sa mère, et, sans hésiter davantage, je la pris dans mes bras et la couchai sur mes genoux; à force de baisers je cherchai à lui rendre un peu de chaleur et de vie.
« Peu à peu, en effet, elle sembla se remettre et regarda autour d'elle. Alors je lui dis : « Ma Lina, le Seigneur veut te faire la grâce de se donner à toi dans la communion, le désires tu ?.. Oh! remercie-le, et dis : Mon bon Jésus, je vous aime et je vous désire. » Elle leva alors les yeux au ciel, et de la tête elle me fit signe qu'elle comprenait mes paroles et qu'elle y consentait ; et pendant qu'on disposait la chambre où allait venir le Saint- Sacrement, et que je la tenais entre mes bras avec un sentiment de vénération qui s'ajoutait à tous les autres, mon cher ange croisa ses deux mains
sur sa poitrine, et répéta mentalement les prières que le chanoine disait à côté d'elle, en levant de temps en temps avec ferveur les yeux au ciel.
« Le consolateur suprême, la force des mourants, la joie de tous, le Saint- Sacrement vint enfin ; et lorsque le prêtre' qui l'apportait entra avec le saint ciboire, ma Lina fit un effort pour se lever, comme si elle eût voulu aller à sa rencontre, et tous les assistants virent alors son cher visage s'éclairer d'une joie céleste. Après avoir reçu la sainte communion, elle ferma les yeux, resta dans un profond recueillement et demeura ainsi, tandis que le. curé lui donnait la bénédiction avant de se retirer ; mais, lorsqu'il fut au moment de sortir avec le saint ciboire, alors elle détacha sa main droite de sa poitrine, où elle l'avait gardée croisée jusquelà, la porta à ses lèvres et envoya un baiser au doux Sauveur qui était venu ainsi la visiter dans son enfance !
« Le médecin, qui avait cru qu'elle n'avait plus que quelques moments à vivre, la regardait avec surprise, et il nous sembla à tous qu'elle nous était rendue d'une façon miraculeuse. Notre surprise et noire joie augmentèrent encore lorsque peu après
elle demanda à manger, et que nous la vîmes prendre des aliments^ que depuis plusieurs jours elle n'avait plus touchés, et non plus étendue, mais assise sur mes genoux et s'entretenant avec le médecin, le curé des Saints-Apôtres et le chanoine, qui tous trois se regardaient avec émotion. Elle proposa au docteur de partager son dîner et voulut ensuite lui donner, ainsi qu'au chanoine, une petite image sainte en souvenir de ce jour !
« Pour moi, il me semblait tenir entre mes bras mon enfant ressuscitée I Oh ! Dieu ! et je pensais à Lazare et au fils de la veuve de Naïm !
<( La nuit suivante fut tranquille et le lendemain
elle put prendre encore un peu de nourriture, mais
les douleurs, qui lui avaient laissé quelques jours
de trêve, recommencèrent le mardi, et depuis ce
moment-là notre pauvre enfant martyre n'eut plus
la faculté de se nourrir, ni celle de se reposer par
un seul instant de sommeil. Et tous les jours,
vers trois heures, elle retombait dans celte même
défaillance, qui la première fois nous avait semblé
mortelle, sans cependant perdre aussi absolument
le sentiment et la connaissance.
« Le mercredi, 29 août, elle me pria d'aller lui acheter encore un de ces petits volumes de la bibliothèque chrétienne qu'elle aimait tant. J'eus le bonheur d'en trouver un, que je lui rapportai, et je commençai sur-le-champ à lui en faire la lecture. C'était l'histoire d'un enfant, qui avait beaucoup chagriné ses parents, et il s'y trouvait la phrase suivante : « Hélas l chaque douleur qtiun enfant occasioîine à son père ou à sa mère, est une année quHl retranche de la vie de l'un ou de l'autre. »
« A ces paroles, Lina, déjà si faible qu'elle pouvait à peine lever la tête, fit un effort pour se soulever sur le coude et, ne le pouvant pas, elle m'attira tout près d'elle et me dit : « Ohl maman ! maman ! dis, est-ce que je t'ai jamais fait de la peine comme cela, ou à papa? j'ai si peur, si peur !... » Et elle était toute tremblante en me disant cela. Oh ! par combien de bénédictions je lui répondis ! Et quelle expression joyeuse prit le visage de mon pauvre ange, en m'entendant lui dire qu'elle avait été la joie, les délices, la béné* diction de son père et de sa mère !
c< Lina ! Lina 1 tu as été et tu seras toujours Pu*
nique vie de ma vie I » Elle m'interrompit en souriant : « L'autre jour, dit-elle, vous avez bien cru tous que j'allais mourir, n'est-ce pas? » Elle ajouta : « Je suis un peu mieux aujourd'hui, mais pourtant ma douleur est bien forte. »
« Le même soir, me regardant avec ses yeux toujours si tendres, elle me dit : « J'aimerais bien que tu mettes une robe blanche demain. » J'avais fait l'année précédente, à l'époque^ hélas ! où je la croyais guérie, le vœu de ne porter pendant un an que des vêtements de laine noire. L'année écoulée, Lina avait eu de la joie à me revoir vêtue de couleurs claires, je lui promis de faire ce qu'elle désirait ; mais, le lendemain, je ne trouvai pas de robe blanche prête, et je fus forcée d'en mettre une autre ; elle s'en affligea et plus d'une fois elle me répéta : « J'aurais tant voulu te voir en blanc aujourd'hui! »
« Ce jour-là était jeudi, le 30 août, le premier de sa longue agonie !!!....
« Ma pauvre enfant s'était déjà plainte plusieurs fois d'un mal de gorge, que nous attribuions à un peu de refroidissement. A six heures, ce même jour, pendant que je lui demandais instamment de
prendre un peu de nourriture, elle se leva tout d*un coup, sur son séant, et me fit signe qu'elle ne pouvait ni avaler ni parler. Sa. pâleur, Teffroi qui se peignait dans son regard, les efforts qu'elle faisait pour reprendre haleine, indiquaient la plus douloureuse suffocation. Ohl mon Dieu!../ Je courus, en tremblant comme une feuille, à la rencontre du médecin qui entrait, et lui demandai ce qu'il augurait de ce nouveau et effrayant symptôme. Poussant alors un profond soupir, il me dit : w Hélas I ce n'est pas un refroidissement, mais le symptôme du dernier degré de faiblesse !... »
« Quand ma bien-aimée eut recouvré la parole, elle dit sur-le-champ : « Ne me traitez pas en enfant ; je suis très-mal, n'est-ce pas? » Puis, levant les yeux au ciel, elle dit : « Mon Dieu I j'accepte tout, mais ne me faites pas mourir comme cela ! » « Cette pénible suffocation fut son plus douloureux tourment. Elle me dit à voix basse : « J'ai peur de mourir cette nuit, appelle le médecin. » Celui-ci s'étant approché, elle lui dit : « Docteur, croyez-vousque je souffrirai beaucoup cette nuit ? » Et pour le remercier de quelques paroles encourageantes qu'il lui répondit, elle lui prit la main, la
serra et, du fond de l'abime de souffrances où Dieu Tavait plongée, elle le regarda en souriant!...
« Nous étions tous agenouillés autour de son lit, pleurant et implorant la miséricorde de Dieu ; le bon abbé Palagilui donna Tabsolution in articulo mortis, et approcha le crucifix de ses lèvres décolorées ; elle le baisa avec transport et le fit placer à côté d'elle, afin de pouvoir toujours y porter les regards.
« Abîmée de douleur, je prenais les mains refroidies et je cherchais à les réchauffer en les embrassant, et, chaque fois que je les approchais de mes lèvres, je sentais ses petits doigts serrer doucement les miens, et me répondre ainsi.
« A huit heures, elle me dit : « Prends-moi, maman, je veux mourir dans tes bras. » Je la pris sur mes genoux, posée sur ses oreillers ; et comme je vis qu'elle voulait s'éloigner de son lit, je la portai vers une table, où nous avions placé, comme sur un autel, une relique de la vraie Croix, entre deux lumières. Mon enfant chérie, en l'apercevant, fit signe qu'elle voulait s'en approcher davantage, et envoya des baisers au bois sacré ; je la plaçai alors en face de la sainte relique^ et ce doux regard
et ce baiser envoyé à la Croix de son Sauveur semblèrent lui obtenir un peu de calme. Remise un peu et respirant plus librement^ elle demanda à Fabbé Palagi de lui raconter quelque belle histoire de saint. L'histoire qu'il lui raconta fut celle de saint Vincent-de-Paul, et, en l'écoutant, le visage de Lina s'anima et prit une expression angélique. Lorsque le bon prêtre s'arrêtait, elle le pressait en souriant de continuer, et elle demeura ainsi jusque près de minuit; alors je la remis dans son lit, et elle tomba dans une espèce de léthargie qui n'était point réellement du sommeil. Je lui demandais de temps en temps si elle souffrait, et alors ) sans me répondre, elle me faisait signe que « oui^ beaucoup » , en élevant légèrement seâ sourcils. Puis, une ou deux fois, elle mit ma main sur son cœur, dont les battements étaient horriblement rapides, en me disant : «J'ai peur, j'ai peur ! » Cette suffocation lui avait causé une grande terreur, et, pour se distraire de ce nouveau tourment, elle demanda à Amalia et à moi, vers l'aube de vendredi (31), de lui raconter encore des vies de saints. Et elle nous écouta ainsi pendant plusieurs heures de suite, avec tant de clarté d'esprit, et une atten-
lion si soutenue et si intelligente, que le médecin en était confondu et répéta plusieurs fois : « Il y a vraiment du miraculeux chez cette enfant. »
« Ses cruelles douleurs cependant ne lui laissèrent point de trêve pendant toute la durée de ce jour, et peu à peu son front se couvrit d'une sueur glacée, et tous ses membres se refroidirent. Depuis le matin jusqu^au soir de ce jour-là, ma chère enfant ne cessa pas de prier, et Tabsolution lui fut donnée à plusieurs reprises. Cette continuelle prière ne l'avait pas lassée cependant, car à onze heures du soir elle me demanda encore de réciter avec elle le chapelet de l'Immaculée Conception. Elle regarda autour d'elle, et, ne voyant pas son père qui s'était éloigné un instant, elle me demanda de l'appeler ; et à peine se fut-il approché, qu'avec une tendresse infinie elle lui demanda sa bénédiction et l'embrassa plusieurs fois, puis, levant avec peine sa pauvre petite main, elle lui fit sur le front le signe de la croix et lui dit : « Je prierai toujours pour foi^ et pour maman, » A moi, qui étais aussi près d'elle, elle sourit seulement en me regardant sans rien dire, et je compris bien ce que me disaient ce silence et ce sourire. Elle m'avait
témoigné tant de tendresse dans ces jours-là qu'il lui semblait juste de donner ces derniers baisers à son père, et elle ne me demandait pas de bénédiction en ce moment-là, parce que je la bénissais tous les jourîfet toujours !
« Depuis ce moment, sa respiration devint de plus en plus entrecoupée. Elle nous regardait souvent et nous faisait signe qu'elle souffrait beaul'.oup. Elle essaya de prendre son calmant et en « but quelques gouttes. A trois heures et demie, elle me demanda à être portée dans un autre lit, et son père, qui avait le bras gauche sous son oreiller, eut la consolation de la tenir ainsi embrassée pendant cette dernière heure de vie. Elle s'aperçut qu'il était dans une attitude fatigante, et le lui témoigna en posant sa petite main sur sa main droite. Elle demeura ainsi une heure encore en proie à cette mortelle angoisse, luttant entre la
vie et la mort Oh ! le cœur me manque ! — Il
faut pourtant que j'achève; et que je vous dise enfin que vers quatre heures du matin, le l*' septembre, au moment où sonnait le second coup de rAngeluSy c'est-à-dire aux paroles : Ecce ancilla Domini, fiai mihi secundum verbum tuum ; elle se
souleva sur ses oreillers, leva les yeux au ciel, baisa avec ardeur le crucifix que lui présenta en pleurant, l'abbé Palagi, et disant à haute voix : Madonna ! Luce ! lo muojo ! son âme bienheureuse se sépara de son corps pour aller à Bteu !
' « Oh ! mon Dieu ! ! ne serait-il pas permis à la mère qui a subi un tel tourment de dire, elle aussi, avec la mère douloureuse de Jésus transpercé pour nous : « vous tous qui passez par le chemin, re- « gardez et voyez s'il y a une douleur égale à ma « douleur ! »
Que pourrais-je ajouter à un tel récit?... Le 1" septembre 1860, lorsque Lina acheva son long
martyre, j'étais loin d'elle. Je l'avais embrassée pour la dernière fois le 14 août, à Naples, sur le bateau à vapeur où on l'avait transportée; déjà mourante, pour la conduire à Livourne et de là à Florence. Je ne rejoignis sa mère, dans cette dernière ville, qu'un mois après la mort de son enfant, et ce fut alors seulement que j'appris tous