‹ Réminiscences: souvenirs d'Angleterre et d'ItalieChapitre 9 sur 14 · UNA · texte numérisé non relu

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ment (et que je reprends maintenant pour ne plus l'interrompre), on verra que ce décevant espoir ne fut pas de long:ue durée :

« A Pozzuoli, où nous menions une vie encore plus solitaire qu'à Gastagneto, elle me répéta ce qu'elle m'avait dit là tant de fois : « Oh ! que j'aime cette vie ! c'est comme cela que je voudrais vivre toujours, loin de la ville, dans une belle campagne, et puis avoir une école pour de pauvres petites filles et être moi-même leur maîtresse. »

« Dans cette habitation très-tranquille, mais assez misérable, de Pozzuoli, ma Lina se trouva entourée de très-pauvres gens, et ce fut à eux qu'elle donna les derniers trois écus qu'elle possédait, c'est-à-dire son petit avoir tout entier. Une de ces familles qui habitait à notre porte était d'assez bonne condition, mais réduite à la misère par la perte de l'emploi du père dont le salaire les faisait vivre tous. Dès que Lina en entendit parler, elle

courut à sa petite écritoire et voulut absolument me donner la meilleure part de ce qu'elle contenait pour en augmenter la somme que j'avais recueillie pour ces malheureux ; et le reste elle le donna à une pauvre vieille femme malade qui n'avait pas de quoi acheter les médicaments dont elle avait besoin. Ou peut donc dire de ma Lina ce qu'il n'est pas facile de dire de tous, qu'elle a donné aux pauvres tout ce qu'elle possédait, et jamais de sa vie l'idée ne lui vint de faire un autre emploi de l'argent qu'on lui donnait de temps en temps. Tu auras donc été bénie par les pauvres, ma bien-aimée ! comme tu Tas été par tes parents, par tes amis, et, ce qui est encore une bien plus douce pensée, par le Dieu

juste et bon qui juge et récompense!

« Le *19 mars était l'anniversaire du jour où avaient commencé ses souffrances. Elle n'avait plus alors le moindre vestige de la toux qui nous avait fait quitter Gastagneto, et, de plus, les autres douleurs avaient tellement diminué qu'elle me semblait en être à peu près entièrement quitte, et Dieu sait quelle joie, quelle reconnaissance j'en ressentais ! Après tant d'angoisses, je voyais son visage reprendre une teinte rosée, ses joues s'arrondir et

toute sa chère petite personne recouvrer un air d'activité et de santé !.. . Je la regardai donc encore une fois comme guérie I... Mais elle avait un trèstriste pressentiment et elle me dit le jour qui précédait celui-là : <* Je voudrais aller me confesser demain y car je me sens très-triste et comme si j'allais recommencer à souffrir! » Pour la distraire et pour Tégayer je la conduisis à Naples pour deux jours, pendant lesquels elle oublia sa tristesse en voyant la joie de tous ceux qui la retrouvaient ainsi en apparence rendue à la santé.

« Au bout de deux jours, je la ramenai à Poz-

zuoli Oh! mon Dieu! la main me tremble et la

force me manque maintenant pour rappeler mes cruels souvenirs.

« Dans la nuit du 24 mars, elle fut tout d'un coup prise d'une forte fièvre, et bientôt se manifestèrent les signes trop certains d'une suppuration intérieure.

« A dater de ce jour, la chute de toutes mes espérances fut rapide.

« Ma Lina avait voulu se préparer à recevoir la communion pour la fête de l'Annonciation ; et la veille de ce jour (ce même 24 mars), quoique assail-

lie de celte violente fièvre, elle n'avait pas d'autre pensée que celle du pieux et doux devoir qu'elle espérait accomplir le lendemain, et, quoique pendant la nuit cette fièvre brûlante desséchât ses lèvres et lui donnât une soif ardente, jamais rien ne put la faire consentir à avaler une goutte d'eau ; au lieu de cela, elle se contentait, pour rafraîchir sa bouche, de l'appuyer sur une tablette de marbre placée près de son lit. Jamais elle ne voulut renoncer à sa communion, et elle résista à toutes mes instances avec une douce énergie, me suppliant tendrement de ne pas la priver d'une si grande consolation. « Tu verras, maman, disaitelle, que demain comme tous les jours de fête de la Madone je serai mieux et que je pourrai aller à l'église* » — De fait, vers le matin, la fièvre se calma, et, soutenue par une force presque entièrement morale, elle se leva, s'habilla et me supplia en pleurant de la conduire jusqu'à l'église de San-Francesco, où elle vint en effet avec moi recevoir dans la sainte communion le Dieu pour lequel elle aussi, pauvre enfant, étendue sur sa croix, avait souffert pendant la nuit qui venait de s'écouler le tourment de la soif.

« Après ce jour elle eut encore un fugitif retour de force, et ce fut vers l'époque delà semaine sainte que par Tordre du médecin elle alla passer à Naples, me laissant malade à Pozzuoli. Pour ces cinq jours encore elle fut confiée à nos fidèles amis, et avec eux, le jeudi-saint, elle put aller à pied à une assez grande distance et assister sans fatigue à la procession qui a lieu à Naples ce jour-là. Mais dès le lendemain Taccablement revint ; et le lundi de Pâques, lorsque je la rejoignis, je la trouvai faible, changée, en proie à la fièvre et aux douleurs. Je la remmenai avec moi ce jour-là à notre maison de Naples (à Sainte-Catherine) ; mais l'escalier qu'elle avail encore monté facilement et presque joyeusement peu de jours auparavant, il fallut la porter pour le descendre. En arrivant à la maison elle se mit aussitôt au lit« et depuis lors je puis dire qu'elle ne l'a plus quitté et que jamais après cô jour die n'a cessé de souffrir que pour de courts intervalles I

« La seule et Unique dislractiou dé ttia pauvre enfant était de lire de petites historiettes religieuses et morales dont nous avions une collèctioil qui faisait ses délicesi Pendant là première quinzaine

de mai, cependant, je m'aperçus qu'elle n'avait plus jamais entre les mains que son Imitation ou quelque autre livre de dévotion. Un jour enfin elle me dit : « Pour aujourd'hui, maman, tu me feras bien plaisir si tu veux me donner un des petits livres que j'aime tant. » — cr Et pourquoi aujourd'hui plutôt qu'à l'ordinaire ? » lui dis-je. Elle me répondit : « Parce qu'aujourd'hui finissent mes quinze jours de privation pendant lesquels je m'étais imposée de ne rien lire d'amusant. »

(( Ainsi ma chëre enfant, au milieu de ses souffrances, avait encore voulu faire au Seigneur l'offrande de l'unique plaisir qui lui restait afin de se rendre pendant ce mois plus agréable à Marie !

« Ce fut peu de semaines après que j'eus un soir avec elle une conversation que, dans l'effusion de la consolation que j'en avais ressentie, je rapportai le lendemain à celle qui partageait avec moi ces jours d'angoisses ; je lui dis alors (et elle me comprit bien) que j'avais éprouvé une joie égale à celle que m'eut causée saguérisonen reconnaissant quelles étaient les dispositions de son âme. Pauline écrivit sur-lechamp ce que je lui avais dit, et voici ce passage tel qu'elle me permet de le copier dans son journal :

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