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REMPARTS ROMAINS

3' ARTICLE (l)

Les remparts d'Arlon et, eo général, tous cenx où l'on rencontre un soubassement de pierres momimentales régulièrement superposées, ont été construits par ordre de Dioclélien et de ses associés à l'empire.

Telle est la thèse que les précédents articles ont essayé de faire prévaloir; mais il s'agit d'échapper à l'apphcation de l'adage ironique • incipicndum a credendo » invoqué précisément pour une recherche de remparts romains (a); il faut aujourd'hui s'appuyer plus solidement que sur la seule comparaison archéologique des trouvailles; pareil élément n'esl pas en soi, on le sait, un critérium assez sûr, et il est déjà loin le temps où l'on osait proposer de faire absolument table rase de tous les documcnis écrits e( des traditions.

Demandons donc la confirmation de nos observations à la numismatique, à l'histoire, à la législation.

(.) Voy. Bull, des Comm roy.d'arlettfarehiel.,\\ï,f.a\;\\\U,p.ZT. (») Jalirbûcher, etc., de Bonn. LXVE (18Î9), p. 1i.

On posera eosuite, en un article ullériear, la question de savoir s'il n'est pas permis de généraliser en étendant la conclusion à d'autres contrées que la Gaule.

Il y a lieu de se familiariser avec l'idée que les revers des monnaies antiques et leurs légendes ont une signification se rapportant à des faits ou à des événements du règne du titulaire, le personnage auquel appartient l'effigie. Cela surtout jusqu'au temps de Dioclétien, à partir duquel, on ne l'ignore pas, les types des revers des monnaies ont été choisis arbi- Irairemenl.

Comme une grande portée a été attachée (i), pour l'édification des remparts des villes, à la qualification • restitutor Galliae » ou «orbis», d'après les monuments épigraphiques, étudions cette même qualification sur les médailles.

Une série de pièces de la fin du iii" siècle font réapparaître à leur revers le litre de restilulor Galliae (var. Galliarum), ou de restitutor orbis, que l'on avait déjà vu, au commencement du 11° siècle, sur les monnaies d'Hadrien.

Le premier de ces titres est donné à Gallien, à Poslume, àVictorin; le second l'est, en outre, à Valérien, Aurélien, Tacite, Probus (2).

L'histoire est en harmonie avec la numismatique.

Laelien, successeur de Postume et prédécesseur de Victorin, à titre d'empereur des Gaules, est cité par Trebellius

(t) Cam. IuLLUN, Aonalei de la Faeutlê de* LeUre» de Bordeaux, 1B88, pp. 593 el 397.

(1) COHE», VU, pp. i^^ ei suiT. (Table.)

PoIIion (i), comme ayaot rélabli les villes de la Gaule dans leur état primitif.

Le litre de reslitulor Galliae fut olficiellemenl décerné à Aurélien parValérien, dont il avait été le lieutenant (2); quand lui-iuèiue revêtit la pourpre, un de ses généraux. Saturnin, empereur depuis, se vanta d'avoir restauré les Gaules (3).

Recherchons la signification de ce titre reslitulor et voyons s'il se rapporte bien à la construction de fortifications dans le pays objet de la restilutio.

Hadrien, et depuis Postume, Victorin, Gallien, quand ils portent ce tilre ( restitutor » sur les médailles, Icndenl la main à une femme agenouillée, représentant la Gaule, etc.

Parfois, il est vrai, la tète de la femme est tourelée; c'est le cas pour Hadrien, comme reslitulor Achaiae, Africae, etc., quoique cet empereur n'ait fait construire aucune fortification dans les pays cités.

Le système d'Hadrien consistait à établir des murailles ou des remparts aux frontières de l'empire, et non pas à multiplier les citadelles à l'intérieur des provinces (4).

D'ailleurs, le sens du mot resliluere, en ce qui concerne les villes, monuments, etc., se rapporte seulement à leur

(1) VopiBcuii, Trente tyrans, 4 : 1 Plerasqnc Galliae «vitales qaae interfeclo PiMtiimiu subila ijTuptioae Germanorum et dii'epla Tuerant et incensa, in stalum vet«reffl rcrormavli. » (t) Id., Anrélien, 9 : ■ (lie Gallianim restitutor; ille dux magni eiempli. > (i) Id., Quatre lyraiu, 9 : a Ego cerle inslauravi Gallias. • {t) Spartien, Hadrien, lO : a in BritaiiDia murum per otiaginta millia passuum primus duxil, ijui liarbaros Romaaosquc divideret. i Ibift., 11 : a In pluriniis locis in quit>us barbari non ftumiuibus sed limïtibus dividuntur, stipilibus luagnis in modum muralis sepis Tunditus Jactis alque coanexis, barbares scparadi. >

rélabtissement, leur remise en bon étal, et Hadrien fut appelé resiitutor Nicomediae, uniquement pour avoir réparé les désastres de celte ville, engloutie, en l'an 120, par un iremblement de terre (i).

Bestiluere llaliam, Galliam, se dit même à propos de victoires remportées par l'empereur nommé restilutor, sur les ennemis qui menaçaient ces contrées (3). Reslituere est alors synonyme de relever, par fiction remettre debout, et c'est le geste de l'empereur sur les revers en question, oà il tend la main à la femme qui est agenouillée devant lui. Parfois même cette action est plus caractérisée : l'empereur qui relève la Gaule tient un pied sur un captif terrassé (a); il .est couronné par une Victoire (*), etc.

Gela indépendamment d'un sens se rapprochant jusqu'à un certain point du sens moderne (restituer = rendre), dont la latinité offre des exemples. Gassiodore (5), parlant de Probus, dit : > Galliae quae fuerant a barbaris occupalae, reslituunlur imperio. >

Le texte relatif à Laelien doit être écarté du débat : il parle bien de restauration de villes gauloises dévastées, mais sans faire la moindre allusion à des remparts, à des murs ; reformatio in statnm velerem n'est, en effet, qu'un rétablissement des lieux dans leur état primitif. Supposez qu'on ait, sous ce prince, réparé des fortifications, ce n'aura jamais été que dans les villes oii il y en avait auparavant.

(i) Cohen, ir, p. 259.

(t) £cEHEL, Doctrina iiumismalun,, VIF, p. 98.

(») De Wittb, Recherches tur le» empereurt qui ml régné dant U* Gaule», p. 63.

(1) iD., p. 110.

(t) Chronique, 51.

îdbyGooj^lc

De plus, si l'on accepte l'idée que tous les remparls de Gaule, à base de monuments romains, sont contemporains les uns des autres, on descendra en deçà du règne de Claudo le Gothique (268-270), puisqu'une monnaie de cet empereur a été perdue par les constructeurs et retrouvée entre les pierres monumentales de la base du rempart de Bordeaux. Ainsi sont éliminés les princes, prédécesseurs de Claude : Gallien, Postume, Laelien, Viclorin, et le titre de • restilutorGalliae » qu'ils ont porté, n'a rien de commun avec l'édification de nos remparts.

On arrive ainsi à Aurélien ; mais on a exposé ci-dessus (i) pourquoi cet empereur lui-même doit être exclu. Ce point sera encore traité ci-après.

On ne pourrait d'ailleurs argumenter, pour Aurélien, du litre spécial de restitutor Galliae, puisqu'il ne le porte point, ni sur ses médailles, ni dans les inscriptions, et quant au titre général de restitutor orbit, il lui est commun, sur les monnaies,avecValérien, Postume, Gallien, Tacite, Probus(3), dans les monuments épigraphiques, avec Gordien et Dioclétien, plus les associés de ce dernier à l'empire (s)

Probus non plus n'a pas fortifié les villes de l'intérieur de la Gaule ; son système est encore celui de l'empereur Hadrien ; comme lui, il s'attachait uniquement à protéger les Frontières de l'empire. Lui qui voulait arriver à supprimer

(i) BaU. des Comm. roy. i'an el d'archéot., XXVII, p. 8t.

(i) Cohen, VII, p. 477 et sui».

(s) C. I. L., III, n» aa, 133; VI, n" 1093, 1112; XII, n" Ï4S6, 5S*9. SS61; OitELLi,n°l03. Voy. aussi Linpehbiidg, à la p. 3. de ses noies sur Aihien Marcelum, à propos du roâme lilre dikerué ï Constance, flis de Constantin. Grvteb, 119, 3, présente une Inscription en l'honneur de Constance II el de Julien eomme reparaiores orbU atque urbium.

— lîî —

les armées (i), il restreignit sans doute tes contingents plutôt qu'il ne les développa, et il évita de maltiplier les garnisons inlérieares qai auraient dispersé les forces romaines. Probus construisit une muraille qui. allait du Rhin au Danube (â), et les historiens nous rapportent de lui qu'après avoir affranchi les Gaules des incursions des barbares, il alla établir des villes romaines et des camps sur le territoire de ceux-ci, etque c'est là qu'il colloqua les légions (a).

Prenons donc le titre de reslitulor Gailiae ou orbis comme indiquant un simple rétablissement, une resliCulio dans toute la force du terme romain, et cherchons ailleurs, dans les revers des médailles antiques, ce qui pourrait nous mettre sur la voie pour retrouver les princes qui ont ordonné la fortification des villes de l'intérieur.

On a signalé un essai sur plomb d'un coin destiné au revers d'un énorme médaillon de 0"075 de diamètre (au grenetis) : il représente, dans la partie inférieure, Maximien guidé par la Victoire, traversant le Rhin sur un pont entre Gastel et Mayence. Pour qu'on ne puisse s'y tromper, on lit sur les eaux du fleuve : fl renvs. sur des murs de ville à gauche : HOGONTrACUH et sur une tête de pont à droite :

GASTEL (i).

Que peut signifier semblable pièce, sinon que Mayence, dont les murs sont précisément remplis de monuments

{() VopiscDS, Probttt, 20. Conip. Adreuus Vjctoii, Cae*., 37.

(i) Gibbon, chap. Xl[, [, p. 90) -, Butl. Instit. archétl. tiég., XIII, p. 344. Bun. de» Comm. ros. d'art et d'archéol , XXVII, p. 8t.

(i) Vopisctis, Probut, 13 : ■ Urhes romanas el castra in solo barbaries posuit atque illie milites coJJocavit. x

(j) 1>E LA Sadssate, Reviie numismoiique fraaçaite, N. série, Vil, n° 6 (noTembre-décembre 1863).

DictzedbyGoOglC

romains (0. a été fortifiée par Dioclétien et ses collègues?

Gela encoarage à étudier de plus près la numismatique de ces princes.

On remarque un type de revers qui est absolument spécial aux médailles de Dioclétien, Maximien, Constance Gblere et Galère, les quatre associés impériaux de la fin du m' siècle.

Ledit revers est une enceinte fortifiée munie de six tours ; devant la porte est un autel où sacrifient quatre personnages revêtus du pa/urfamen/um (s).

Pareil revers ne se remarque sur les médailles impériales romaines, ni avant ni depuis Dioclétien ; ses contemporains, Garausius, Allectus, ne l'ont pas employé, quoiqu'ils aient imité les monnaies de l'empire.

Que signifie ce revers, qui doitétre caractéristique?

Baoduri (s), frappé de la spécialité du type, se souvient fort à propos d'un passage de Zosime (i), où cet historien, rappelant ce qu'il avait dit antérieurement dans un passage aujourd'hui perdu, rapporte que Dioclétien avait établi partout des forteresses aux frontières les plus reculées de l'empire ; pour Banduri, ce sont bien certainement ces forteresses qui figurent sur les médailles en question.

Le numismate italien trouve tout naturel de rattacher la

(i) Bull, dit Cnmm, roy. d'art et ifarehéol., XXVll, p. 75.

(i) CoBEH, Dioelilien, u" 7Ï, 73, TS, 81, 83, 84, 85, 90;Maxiniien, n" 76, 84 à8S,97, 98;CoMiDn«CAIor«, ii" 39, 45, 47, 68 i 60; CoMre, n" SI, 38.

(i) Humùmata imperatarum ramanomm, 11, p. H.

(i) II, a. Trad. : < Nain cum imperium extremis in limilibas ul)ique, Oioclellani providaU'ia, oppidis et castellis et lurribus mùailum essel, nninesquc copiae militares in lis domiciliuio habereot, Seri non poterat ut barbari transirent, ubique copiis hostium repellendorum causa occurrentibus. i

— iU —

légende de certains de ces revers : providentu avg oo avgg, au système tutélaire d'administration de l'empire qui avait engagé Dioctétien à établir les Torteresses en question.

Le sagace Eckhel s'approprie l'opitiion de Banduri, qu'il approuve hautement; il va même plus loin : les quatre personnages qui offrent un sacrifice devant la porte de l'enceinte Torlifiée sont indubitablement (i) Dioclétien, Maximien, Constance Chlore et Galère.

Seulement Eckhcl se laisse entraîner à appeler la forteresse castra praetoria, nom qu'il avait trouvé chez Hezzabarba (s), que Banduri avait évité avec soin, et qui se retrouve encore comme une épave dans les annotations de Cohen (3).

C'est là une dénomination manifestementerronée;lecamp prétorien était a Rome, du côté de l'Esquilin, et l'un des quatre personnages impériaux. Galère, qui se montra pour la première fois à Rome après la mort de Dioclétien (voir plus loin), n'eut jamais rien de commun avec le camp susdit (4).

Auretius Victor et Laclance nous disent d'ailleurs que . Dioclétien et Galère réagirent contre la trop grande importance des cohorles prétoriennes (s).

D'ailleurs, pourquoi le camp prétorien serait-il représenté

(1) DKirim «umUmeium, VU], p. 10 : « Quatuor flgurae sacriBcanles }iaad d^e sunt AtigU8(i duo et lolidem Caesares. >

|t) ImperatùTum roauinarum namiimala, pp. 413, 43!(, 436.

(i) Voir ConsUni» Clilore, n» 39.

(t) Voir Revue belge de nttmitmaliqae, I8S9, p. 343, au sujel d'un auleur qui a mïme fait du pluriel neutre : castra praeloria, un féiainin singulier : la cattre pritortennet

(g) Gibbon, chap. XIII, p.3ïH.

à l'effel d'expliquer soit la légende citée, relative à la « provideDtia » de Dioclélien, soit les autres légendes : Victoria AVG, VICTORIA SARMAT, viRTVs MiLiTVM (avcc variantes)? Cela rappelle des exploits militaires, nolammeot la victoire remportée sur les Sarmates en l'an 289 (?) et correspond mieux à des forteresses contre l'ennemi qu'à un camp élabli à Rome ; celte ville, on ne doit pas l'oublier, avait perdu en fait sa position de capitale de l'empire au profit de Nicomédie, Milan, Trêves et Sirmium, résidences des quatre associés impériaux.

Ensuite, et cette raison snifirait, la forleresse des médailles en question est ou bien en hémicycle (t), ou bien en cercle (2) ; or, le camp prétorien était rectangulaire (a).

Ne parlons donc plus de castra praetoria (*) et, comme Banduri, voyons dans le revers ici étudié l'établissemenl, par la prévoyance de Dioclétien, de Torleresses pour assurer la sécurité de l'empire.

Mais ces quatre personnages, en qui E^khel reconnaît si à propos les quaire associés impériaux , se bornent-ils à offrir un sacrifice quelconque devant une enceinte fortifiée?

(1) CoBEH, V, pi. XV, 11° ST, représente c«t hémicycle. Le calalogue des médailles d'or du duc de Croy, par de Bir, p. i'iS, pi. !iO, offre une troisième forme, ia hçaàe un peu convexe . de Cie n'ajanl sous tes yeux qu'une pièce de CoDstance, au revers susdit, s'est flguré qu'il s'agil d'actions de grâces de ee personnage, pour s(m avènement à i'empire, el du renuuvellemenl du serment de l'armée.

{*} Bahodrï, 11, pp. 47, 130; MArrci, Verona ilimlrala. I, p. UT,

(3) C'est la forme que présente encore aujourd'hui la vigne Maccao, sur l'emplacemenf du camp prétorien. Vuy. Pniscus, v° Catlra praetoria, les planches de DE But, dans la Retnanae urbii topograpbia de Boissmid, M, elc,

(>) Maffet, l. eil., a [V, pp. ST et suiv., condamne péremptoirement ces prétendus eailra praetoria et il développe sa Ihèse. Voir Revue beige de n tique, 1888, p. 86il; 18S9, p. 3*4.

Quelle serait la signifîcatioD de pareille cérémonie?

II semble que la pensée qui a présidé à la confeclion de ces médailles, pressentie par Banduri et Eckhel, n'a pas été scrutée d'assez près.

Il est vrai que ces numismates distingués n'ont pas porté leur attention sur ce qui les aurait certes éclairés : ces deux inscriptions de Grenoble, cetle autre inscription de Vitodarum (i), où Dioclétien el, avec lui, soit Maximien, soil en outre les deux Césars, publient qu'ils ont construit les nouveaux remparts de ces villes...

Ils n'ont pas connu non plus les faits observés récemment dans les remparts de tant de villes de la Gaule; sinon, l'idée qui se serait tout naturellement offerte à leur esprit, eût été que les quatre chefs de l'empire se sont fait représenter inaugurant partout les forteresses dont, en commun, il ont décrété la création et qu'ils viennent de construire ; que, pour consacrer la mémoire de leur système et de leurs œuvres, ils ont fait frapper el répandre dans tout le monde romain le type monétaire en question, employé comme revers pour leurs quatre effigies représentées séparément du côté opposé.

Cette inauguration des remparts des villes a l'aide de cérémonies religieuses était dans les usages de l'anliquité : Ovide {%) nous montre un autel qui s'élève déjà sur le tracé

(0 Bull, des Comm. roy. d'art et d'archéol., XXVII, pp. 73 et 75; l'auteur avait i^iit cUé les preniiëres en 1877, Bail, de t'InstU. arehiot. liig., Xlll, p. 3*5.

D'autres iDscriplions analogues «oront produites dans la prochaine partie de ce travail.

(i) Fasi., IV, 8S3.

du fossé on doivent être bâlies plus lard les murailles de Rome.

La cérémonie porte même un nom spécial dans le monde religieux et militaire de Rome antique : dédicace de murs (tniiri dedicati), dit une inscription de Vérone, sur laquelle on reviendra dans la prochaine partie du présent travail (i).

Si Zosime parle spécialement des fortifications des villes frontières, c'est parce qu'il a à critiquer, à propos de celles-ci, ia prétendue faute commise par Constantin quand il en supprima les garnisons. Zosime, on l'a vu ci-dessus, affirme qu'il s'était occupé de ce sujet en un autre passage aujourd'hui perdu (2); là, sans doute, traitait-il en général des villes forlfis construites par Dioclétien ailleurs qu'aux frontières; les inscriptions et les fouilles permettent de le supposer. Mais voici des textes formels qui confirment l'hypothèse :

Il ne manque pas d'auteurs qui parlent en général de fortiRcations élevées par tout l'empire sous Dioclétien et même qui citent les remparts de villes déterminées.

À la première catégorie appartiennent deux passages, l'un d'Euméne, l'autre de l'empereur Julien.

(1) L'eipressiun moenia iedieala se rencontra dans une inscriplion de la Suisse (ORE1.L1, Imeript. helvél., n° )8«). A la vérité, celle inscription «si sDspecte ; mais â la supposer moderne, elle est su moins un lionimage à la règle classique.

Pins loin, on retrouvera l'expression moenia deâicala, mais pour désigner autre chose qu'une inauguration de forteresse.

(i) SuiuAS, ¥* 'Etr^aTii, parie de forliflcalions élevées aux frontières par DiucLËTiEN, et DE Valots pensait que c'était là le passage perdu deZoswE; mais aujourd'hui prévaut l'opinion de Boissohade, qui atlrihue la citation faite par SutDAs, a EuNAPE auquel Zosime aurait emprunté le renseignement du passage conservé. Voj. Corpus eeriplorum hiHorUte bysanlime, J, p. 106.

Daos l'un (0, il est parlé de Constance et de ses collègues, et l'orateur s'écrie : t Quot ubique mûri... excilanlur! ». Cet ubigtie ne se rapporte pas seulement aux frontières; en effet, Eumènevient de parier de celles-ci ; » castra, toto Rheni et Islri, et Euphratîs limine, restituta », et, abandonnant les particularités, il en vient à s'occuper de la sécurité générale, de l'âge d'or inauguré par les princes qu'il loue : parloul, dit-il, les villes sont fortifiées, et par conséquent non plus seulement aux confins de l'empire.

Dans l'autre (a). Maximien Hercule et Constance Chlore sont vantés pour avoir chassé les barbares qui s'étaient établis depuis longtemps sur le territoire de l'empire comme s'il leur eût appartenu, et pour avoir garanti contre eux leurs sujets « en construisant des forteresses et pour avoir fait naître une tranquillité telle qu'il n'était point facile d'en souhaiter alors ». Il s'agit là, non plus des. fortifications des frontières, d'après le système d'Hadrien et de Probus, reconnu insufSsant, mais d'une méthode nouvelle corrigeant les défauts de l'ancienne et y suppléant.

Parmi les auteurs qui parient des moenia de villes déterminées, il en est qu'il faut écarter.

(i) Panegyriei veteres, 111, Pro reitaur. selwl., 18. S'il y «st parlé de remparts nouveaux donr on avail de la peine à retrouver les anciens Tondements, il ne fuut pas prendre sans doute l'expression a la lettre : c'est une iDiage, et l'on n'y cherchera pas la vérité historique.

Au même passage, on lit encore la phrase : < lot urbes diu silvis obsitas alque habitalas feris, instaurarl moeoibiis, incolia Trequentari. • Mais ici moenia pourrait signifier' édilices ■.(Voir ci-après.)

Ibid-, IS, Constance Chlore est comparé ï Amiihion, le constructeur des murs de Thèbes... Si Euhëne parle alors d'écoles, il n'en est pas moins vrai qu'un peu après, 18, il s'oeeupedes ■ mûri excitati. i

(i) Œuvres eompliies de l'emperearlvuES, par Talbot (Paris, J863), Premier panégyrique de Constance (t\i de Constantin), n» 6, p. 7.

Ainsi les Acla S. S^astiani (i) cileiit bien à Rome des moenta pour lesquels on faisait des extradions de matériaux aux environs; mais les Acta S. Marcelli (a) expliquent que ces moenta étaient tes Thermes de Diociétien, édifices si vastes qa'Ammien Marcellin les compare à une province (s).

De la même manière, Aurelius Victor (4), dont un texte sera cité ci-après, applique l'expression moem'a dedicaia à d'autres Thermes, ceux de Decius dont parlent Ëulrope, Cassiodore. etc. ; il ne s'agit pas là de remparts ; car jusqu'à AuréUen, Zosime le dit Tormeliement (s), Rome était àttix.'no;, sans remparts.

Lenain de Tillemont a cité a tort ces deux passages pour attribuer des travaux de fortifications autour de Rome à Decius et à Diociétien.

S. Ambroise (e), ayant à défendre les basiliques chré-

(!) BoUandùiei, II* vol. de janvier, p. 378, g U.

(«) Ueme vol., pp. 5 et (t.

(i) XVI, 10 : ( iD niodum proviDciarum. > CependaDt de Valois trouve l'hyperbole pas trop forte; il propose 1 piscinaritni ■.

(t) BeCaeiaribm, 39. Aubelius Victor parlant de Commode, iM., 17, donne d'ailleurs la qualiUcatiou de moenia à des Tljeriues : < Moenta, romana poleiiiia vit digna, laeandi mui in&lituit. Mais cet auteur emploie aussi l'expression inoenia pour des fortificalioDS : Epit. 14; Vir. Ut., 1 et 5; Oriso, XXIII, T. Il «si imporlaat de rassembler ces textes au sujet de la discussion, voy. ci-aprè.s, p. 150, sur UD autre passage du mSme auteur.

JOBDÀH, Topographie der Sladt Rom in Alterihum, [, p. 87, invoque Flobus, 1, 14; VITSOVE, VIII, 4, 34, chez qui les murs enloureul parfois les tnaeaia ou l'ensemble des canetructioDs d'une ville; plus deux passages, celui d'AoBEUus Victor, Cae». 39, et, en outre, d'EuHËNE, Pattes. Conitaniino Augutlo, 93, cité ci-aprte, ou moenia indique des constructions déterminées. Vo;. aussi Hermès, XXI, p. 809,

(«) Patrolf^ie de Higne, XVJ, col. 1043; CLXXXVII, col. I35S.

tieunes contre les Ariens, qui voulaienl s'en emparer, dil à Valeolinien :

< Publicorum tibi moenium jus commissum est, non sacrorum », ce qui, à cause de l'anlithcse, signifie à toute évideace : « A toi, empereur, les édifices civils, mais non les édifices religieux » {)).

Voilà donc l'expression moenia, quoique provenant de munire (a) (comme poena de puntre), employée parfois par extension pour signifier, non plus munimenta, mais quelque chose comme monumenta, non plus des fortifications, mais Ions ouvrages publics, toutes constructions quelconques...

Or on se demande si l'expression moenia ne doit pas être prise comme munimenta (le sens naturel, au lieu de l'extension) dans cet autre passage d'Aurelius Victor (3), parlant de Dioclélien :

t Ac mirum iu modum, novis adhuc cultisque (pulchre) moenibus, romana culmina et celerae orbes ornatae, maxime Carthago, Mediolanum, Nicomedia. »

Mais, dira-t-on, celle accumalalion de qualificatifs indique l'idée mmumenla, comme dans le passage cité où le même auteur parle des Thermes de Decius, à Rome.

Si Aurelius Victor lui-même attribue le nom de moenia

(4) OïL a traduit cela assez plaisanuntiit par 1 ta défeme de» laaraïUe* de la ville t'appartieot; mais non le droil sur les choses sacrées. > (Lettre insérée ilaos l'Indépendance belge du 27 avril IM89, à propos de l'interpréialion du discours de S. AuBuoisE contre Auxentius et de sa lettre à sa sœur UurcelJiae.)

Ce qui ne laisse aucun douie sur la Iradunlioii ci-dessus, est la phrase précédente : > ad imp^Taturem perliaenl palalia; ad sacerdolem ecclesiae, >

(i) Voir sur ce point Varbon, FtsTos, Isioore, etc., et dans le sens de l'extension les notes de Scaugeb. Saumaisi:, Had. Dacier, citées dans I'Aurelius Victor de l'édition d'ARTZt:N]us.

(s) De Caeiaribus, 3t«.

DictizedbyGoOJ^IC

à des Thermes, ajoutera-t-oo, n'a-t-il pas encore pensé à des conslructions pareilles en parlant de Dioclétiea à Rome; à ceux que S. Jérôme, dans sa chronique pour l'an 302, dit avoir été établis à Carlhage; au • iavacrum Herculeum i dont parle Ausone pour Milan (voir plus loin) et qu'il est bien plus naturel de rapporter à Maximien Hercule qu'avec ScaUger au dieu Hercule, lequel n'a pas élé spécialement adoré en cette ville; enfin, d'après une inscription, aux Thermes rétablis à Nicomedie par Dioclélien?...

La quahfication * ornatae pulchre cultis moenibus > d*Aurelius Victor se rapporlerail ainsi plutôt à des bains (ou autres édifices monumentaux) qu'à des remparts, . .

Remarquons cependant que les remparts traités à la manière romaine, avec leurs tours, leurs lignes de tuiles, la disposition en échiquier, en losanges, etc., des pierres revêtant les parois, comme il en existe des restes à Périgueux, etc. (i), contribuaient à l'ornement des villes et que des soins artistiques ont même pu être donnés avec inlenlion aux remparts, avec le dessein de persuader aux peuples qu'on était bien dans la période de tranquillité vantée par l'empereur Juben dans le passage cité ci-dessus.

C'est par métonymie qu'on appelle moenia aussi bien les édifices d'une ville que les remparts qui les entourent. Mais il existe des règles pour l'emploi de celte figure de rhétorique qui exhibe le contenu à la place du contenant ; ce qu'on veut faire entendre doit se présenter naturellement à l'esprit ; c'est pourquoi, par exemple, les moenia àe l'Enéide (II, 252; VI, Sii) sont dépourvus d'épithètes pouvant empêcher l'esprit

(<) De Caumont, Court d'aniigailéê monummlatet, allas, l" partie, pi. .ix.

de se détourner de munimenta pour revenir à monumenla. . .

Chez Aurelius Victor, le surcroît d'épilhèlea est propre à caractériser aussi bien des munimenta que des monumenla et par conséquent à dérouter les idées, ce qui, a priori, condamne la prétendue extension.

Mais parmi ces expressions, il en est une qui est même absolument inapplicable à monumenla, sinon au prix d'un pléonasme : des monuments jusqu'alors nouveaux ! Seraientils monuments sans cela?

Munimenta nova adhuc s'explique, au contraire, tout naturellement : Dioclétien établit des remparts dans un certain nombre de villes de l'empire qui en avaient manqué jusqu'alors.

On ne songera pas sans doute à appliquer ici l'expression moenia aux Thermes de Dioclétien. En efTet, il est de l'essence de cette sorte de constructions de rechercher, pour satisfaire aux lois de l'hydraulique, une situation aussi peu élevée que possible pour être en correspondance avec les aqueducs qui les alimentaient. On cite comme une exception l'aqueduc de l'eau Claudia, qui débouchait au sommet du mont Âventio (i); les Thermes de Decius, pour en profiter, étaient situés sur la déclivité de la colline; les Thermes de Dioclétien étaient nécessairement placés plus bas que les aqueducs conduisant au Viminal les aquae Julia, Tepula et Marcia (2).

(0 ViTBDVE, De architectura, VIN, 7; voy. aussi dans l'édilioD Nisard, ila suite du traité De aquaedaclU/iu de Frontin, pp 53B et suiv., les constitutions de Thëodose «t la formule de Cassiodore.

(i) Fbontin, t. cit., XIX. C'est au pkd du Viminal que furent cnnstruils les Tlierines de Cummode, Voir sur tout cela BAca, De ibermii (Graevius, XII, pp. 39S «t 5); Belgranii, Les aqiieàuci romains. (Inlrwliiction k son ouvrage : Lei travaux souterrain» dt Paris, il.) Les Thermes de Domitien étaient placés

Il rcsiille de cela qu'Aurelius Victor aurait commis un non-sens et violé les règles de la métonymie en n'évitant pas l'expression culmina romana (t), qui donne une idée d'altitude, tandis que les bains impliquent celle d'une situation relativement basse.

Ce qui encourage en la présente occurrence à maintenir le sens propre du mot moenia, est l'appui qu'on trouve auprès des sommités de la science.

Spanheim, dont ces cuUa moenia d'Aurelius Victor dérangeaient sans doute les idées, proposait de lire alla moenia; il était donc bien imbu de la notion de fortifications, et c'est il propos du passage de Julien cité plus haut qu'il fait cette proposition (a).

L'illustre Mommsen (3) reproduit, à propos de Milan, les vers consacrés à celte villepar Ausone dans ses Ctarae urbes :

Et Mediolani mira umnia, copia reram, Innnmerae cultaeiiiie domna, facunda viiornui Ingénia et morcE laeti; tum duplice maro Ampliflcata loei species (•), populique voluptas Cîrcua et inclnsi moles cnneata theatri :

Templa, Palatinaeque arcea. opnleDsqne Moneta, Et regift Hercnlei celebris sub honore lavacrl, Cnnctaque niamioreis ornata peristjla signis (••), Moeniaqne in TaUÎ forma circnmdata labro (***). Omnia quae iiK^ois operum Teint aemula formis Eicellunt, necjuncta premit vicinia Bomae,

pris de sa Naumachie (Pitiscds, v° Tkermae, |>. 903), et ce n'est pas certes une situation qu'on peut appeler cutniinanic, que celle oii l'on peut Sgurcr un combat naval.

(1) On verra dans le 4° article que celle expression est une métaphore pour désigner Rome elle-raSme, tomme 11 sommet de l'empire ».

(t) Préface et remarques sur la première harangue deJcuen, Lcipzie, 1696, in-fol., p. 57.

On indique dans ces vers trois endroits où Mommsen pouvait intercaler en manière d'explication le passage d'Aurelius Victor cité ci-dessus : à l'endroit marqué ("), il y avait une occasion opportune de parler des édifices civils, ornements de Milan, si Mommsen y avait arrêté sa pensée.

De même, à l'endroit marqué {"*) : ce qui, de plus, en comprenant les temples, les palais, etc.. qui sont cités dans les \ers précédents, aurait eu l'avantage de ne pas exclure les remparts à titre d'édifices...

Non ! Mommsen a choisi le premier endroit, marqué ('), oii il est parlé seulement de la double enceinte fortifiée de Milan, à l'exclusion des autres édifices de cette ville, et c'est là qu'il fait intervenir Aurelius Victor.

Il n'y a donc pas de doute : Spanheim el Mommsen ont considéré les moenia du passage cité comme synonymes de ïTïim, remparts.

Mommsen a été d'autant plus fondé à ne pas s'arrêter au qualificatif pu/cArc ornala d'Aurelius Victor, appliqué à des moenia, qu'un fait n'aura pas échappé à sa vaste érudîlion : Âmmien Marccllin (dont il s'est occupé tout spécialement dans CHermes) parlant de remparts établis par Dioclétien à Cercusium, aux limitas de l'empire (i), les vante comme faire polilal

Si Dioclétien a élégamment, artistement, orné une forteresse établie en Mésopotamie, aurait-il agi autreuient pour les autres villes de l'empire?

(i) XXIII, s : t Cercusium, miiaimentim lulissimum et fabre politum, cujus nweiiia Abora et Euphniles ambîool flumina.., quod Diocleilanus mûris tnrrîbusque circumdedil celsls... >

On verra ci-après, à propos de Rome même, la portée de celte interprétation.

On est d'accord pour identifier Sextus Aurelius Victor, l'historien du iv° siècle qui vécut sous tes règnes de Constance (fils de Constantin) et de Théodose, avec le Sextus Aurelius Victor qui fui préfet de Pannonie en 361, puis préfet de Rome, enfin, en 369, collègue, comme consul, de l'empereur Valenlinien. Pareil personnage avait vu, et vu avec attention, ce qu'il décrivait, et quand il parle de l'origine de ce qu'il décrit, origine qui se reporte seulement à une génération en arrière, on peut se fier à son témoignage.

Ce n'est pas tout.

Lactance (i) a écrit, au sujet de Dioclélien, des phrases bien importantes et peut-être trop peu étudiées : • Hue accedebatinfinilaquaedam cupiditas aedificandi, non minus provinciarum exactJo in exhibendis operariis et artifictbus et plaustris omnibus quaecumque sini fabrîcandis operibus necessaria. Hic basilicae, hic circus, hic monela, hic armorum fabrica, bic uxoris domus, hic filiae. Repente magna pars civitatis excedilur. Migrabant omnes cum conjugibus ac liberis, quasi urbe »b hostibus capta. El ciim perfecla haec fuerant cum inleritu provinciarum : Non recte facta sunt, aiebat ; alio modo liant. Rursus dirai ac mulart necesse erat, iterum forlassecasura... •

On peut appliquer tous les détails de ce tableau à ce qui s'est passé, dans les provinces, sous le règne de Dioclétieu : manie de bâtir, emploi d'un nombre. considérable d'ouvriers

(i) De aûrlitim penecutonaa, VI). (Higne, Vil, col. SOS; on trouve dans le mime volume les commeDlaires de Lactakce, par Balezb, Cupeb, BAtTLoni, Le KovRBT, etc.)

el d'arlisans, sorte de mise en réquisition (t) de tous les moyens de transport, bouleversement des villes, émigration des habitants bannis de leurs demeures ; tout cela n'est que la peinture, sans doute exagérée par manque de bienveillance, mais réelle au fond, de ce qui a du se produire dans tout l'empire, par l'exécution de la loi supposée de Dioclétien. Il ressort des preuves accumulées précédemment (s) qu'un grand nombre des villes à remparts pleins d'inscriptions romaines oui été réduites d'étendue. La règle n'est pas absolument générale, puisque nous voyons que Milan, une des quatre capitales de l'empire, eut son enceinte i amplificala » , sans doute à raison de circonstances spéciales (s) ; mais, par contre, à Nicomédie, capitale de Dioclétien, dont il est parlé par Laclance (sinon exclusivement, au moins principalement), les habitants ont dû émigrer en foule. Il sera donc difficile de méconnaître la nécessité d'introduire dans le passage cité la correction excîditur jtour exceditur (i), d'autant plus que sinon il y aurait pléonasme el même solécisme : la phrase magna pars civitatis excedilur est bien trop labo-

(t) GniEVius sur Lactuice. (Hlgne, ibid,, col. Wi.)

(i) Bull, de* Camm. roy. d'art et d'arclUol., XVt, pp. 188, 49"; XXVtl, pp. Z8, Z9, 40, 46.

(3) Peul-êire aussi pour Londres et Cb«st<r. (Bull, det Comm. roy. d'art et d'archéol., XXVII, p. 43, où, p. 80, il s'agil, non de Chesler, mais de Caerleon. rectification qui sera Tailedans le IV* article.)

Hais le second mur de Milan ne serait-il pas dû ï Constantin ou i Julien (doot AusONE a été le conlemporain) et qui auraient irouï* le premier trop resserré)

(i) La correction excidiiur a été proposée en Angleterre par Allii (Lactance, édiL de Baulpri, p. TO); en Allemagne, par Hedhann, qui est considéré comme le meilleur des annolaleurs de LAct*Bce. (Coll. Migne, VI, p, 107.) C'est aussi l'interprétation donnée au passage de Lactàmce, par Crëvieh, HUloire det empereurs romoijw, VI, p. («4: i Une grande partie de la ville est enlevée i ses habitants, i

rieusemeot expliquée par les aniiotaleiirs, à l'aide de ce gallicisme : ■ toul Paris est sorli. ■

Écoulons, à ce propos, le savant latiniste Roersch, professeur à l'universilé de Liège, membre de l'Académie :

€ Dans Lactance, la lecture excidilur (est rasé ou démoli) s'impose. Eœcedere dans le sens de sortir ne peut s'employer au passif qu'à la forme impersonnelle. Le lalin dit bien etDcedilur, dans le sens de on sort; mais magna pars civilatis eœceditur, pour une grande partie de la ville sort, serait un gi-ossier solécisme dont Lactance ne pouvait se rendre coupable. Cette sortie est d'ailleurs marquée par mûjrabant omnes, comme vous le faites vous-même remarquer. J'ajoute que l'auleur doit donner le motif du départ des citadins, motif qu'on trouve dans excidilur, mais que ne donnerait pas excedit, si on voulait changer ainsi le mot ecccedilar, qui esl absolument fautif (i). >

Il y a bien quelque diEËcullé à ne pas rapporter le mol civitas à Nicomédie, dont Lactance parle en disant, après te passage cité : > Ita semper dementabat, Nicomediam studens urbi Romae coaequare, » et tel esl l'avis de Mommsen (ï), qui, citant Lactance, met en parenthèses (Nicomediae), au premier des hic cités.

Mommsen peut étayer son avis sur les palais construits par Dioclétien pour sa femme et sa fille, à condition toutefois que le palais de cette dernière ne fût pas à Sirmium, résidence de Galère, gendre de l'empereur...

M. Roersch propose une autre interprétation : > Il me

(i) Lettre de il. Robrscb, consulté par l'auteur. ()) C. r. L-,HI,p. K».

semble que Lactance parle ici des cités en général el non de la seule ville de Nicomédie. Gela résalterait des mots non minor provinciarum exactio (i) in exkibendis opérants, plaustris, etc. On peut admettre à ta rigueur que toutes les provinces aient dû contribuer en argent aux constructions de Nicomédie; mais il paraît impossible de supposer qu'elles aient du fournir toutes, pour ces bâtisses, des ouvriers, des chariots. Puis les mots * hic basiliea, hic circus. Aïe monela, etc. » , démontreraient qu'il s'agit de villes différentes.

■ Lactance, conclut M. Roersch, peut donc être invoqué à l'appui de votre thèse. *

Nous possédons un texte qui démontre combien est fondée l'inlerprétalion, si sensée et présentée avec tant de réserve, de M. Roersch, au sujet de ces réquisitions prétendues faites par tout le monde romain pour procurer des ouvriers aux travaux publics de la seule Nicomédie : Eumène, en parlant précisément d'un des collègues de Dioclétien, dit (s) que Constance Chlore fit rebâtir Âutun, à l'aide d'ouvriers qu'il avait fait venir delà Ëritannia ; le passage de Lactance se trouve ainsi à la fois confirmé et expliqué.

A l'aide des passages combinés d'Aurelius Victor, Lactance, Eumène, Julien l'empereur, Zosime, tout ce qui a été dit jusqu'à présent des villes de la Gaule, se corrobore.

La plupart des villes de l'empire ont été diminuées d'étendue par Dioclétien ; l'excédant laissé en dehors des remparts

(i) El un peu plus loin : ■ cum inleritu provinciarum. ■

(i) Panég. de Conslance Chlora, XXI : i CiviUs Aeduoruin ex Dritaonicae faeultate vicloriae plurimus recepil urtiScïs... > Panég., III, 4 : i sed etiam artifices Iransmarlnos... >

a élé rasé ; c'esl le « pars civilatis exciditur » de Laclance. Celle réduclion, et d'ailleurs l'occupalion des forteresses par les gamisoDS (i), amena natureltemeiii l'émigration des habilants qui durent abandonner leurs demeures, comme si l'ennemi s'en était emparé.

Autour de ces villes ainsi concentrées, ont élé élevées de nouvelles forteresses, spécimens de belle architecture militaire : ce sont les < nova cultaque pulchre moenia, mirum in modum > d'Aurelius Victor, les munimenta fabre polUa d'Ammien Marcellin.

Zosime cite comme ayant élé fortifiées par Dioclétien les villes des frontières dont il a à s'occuper spécialement dans sa critique des actes de Constantin. Aurelius Victor nomme quelques villes principales et ajoute que les « ceterae urbcs > de l'empire ont aussi reçu des « nova adhuc moenia » . Les inscriptions, les fouilles confirment son affirmation, et il faut lire le passage de Zosime, avec son superlatif, comme s'il avait dit : • jusqu'aux frontières les plus éloignées » .

Le système a donc été général, et il y a grande chance d'en trouver l'application partout.

Si l'on admet le sens naturel du mot moenia dans le passage d'Aurelius Victor, la Ihèse ici présentée procède désormais avec certitude ; ce que le bon sens déduisait déjà de l'observation, l'histoire le confirme.

La règle, le fait général, ce sera l'établissement par Dioclétien de remparts romains, non seulement aux frontières.

(i) Exemple : Zosime, 11, 34, parlant de l'établissement de garnisons par ConstiiDiin dil qae < tranquillas et quietas arbes uililum peste graTavil, qua Jam eomplures ad solitudlpem redaclae sunt. t (Trad )

comme par Hadrien et Probus, mais encore dans un grand nombre de villes de rintcrieur.

Le placement d'inscriptions à la base des remparts du in^ siècle par d'autres que Dioclélien sera, au contraire, une exception requérant preuve.

On n'a plus besoin d'argumenter seulement de la distance où l'on était obligé d'aller cbercher des pierres sépulcrales, pour les déposer à la base des murs à construire ; on ne doit plus s'attacher à la minutie des détails d'ornementation extérieure des murs (i) ; le texte même d'Aurelîus Victor avec la surabondance de ses expressions élogieuses, < mirum in modum, etc., • , ne laisse pas de doute, et les remparts de Dioclélien ont été élevés non pas avec précipitation à l'aide de « matériaux à la main », mais avec une inlenlion de défense calme et puissante, intention qui se manireste par la décoration des forteresses établies jusqu'aux points les plus éloignés, à Cercusium sur les bords de l'Eupbrale!

Mais il ne sufGt pas de prouver la thèse par la numismatique et par l'hisloire, il faut encore démontrer que, pour attribuer l'établissement de nos remparts < farcis > de monuments antiques, à des successeurs de Dioclétien, on a lire des lois romaines des conclusions erronées.

Il s'agit de la législation des fils de Théodose 1", Arcadius et Honorius.

Une de ces lois recommande de fortifier tes villes exposées

(0 Voir Dolaminent rAIttu du Cours d'antiquitiê mommentalts par db Caiihokt, pi, XX de la 1" partie.

aux attaques des barbares et au besoin de consolider ou même de refaire les fortifications anciennes.

On a traduit cela par on ordre absolu d'élever partout des remparls nouveaux, comme si auparavant il n'y en avait eu nulle part.

Une autre loi permettait, moyennant due autorisation, le remploi, pour des travaux publics, des pierres provenant des raines d'édifices non restaorables...

On a transformé ceci en prescription impérieuse d'abattre les temples et les tombeaux, à l'effet de faire servir les débris comme matériaux pour les nouveaux murs...

Puis on a soudé ces deux tronçons de loi et on en a fait une loi unique ayant pour but de faire disparaître les monuments antiques pour remployer les débris dans les constructions des remparls.

Enfin, les auteurs, se copiant l'un l'autre, ont invoqué à l'envi cette loi prétendue...

Rien de tout cela n'est fondé, et il faut se résoudre à abandonner, pour tous les remparts à soubassement de monuments romains, l'opinion qu'une loi chrétienne a ordonné cet enfouissement de débris païens.

Les pierres romaines retrouvées dans les remparls des villes, proviennent de quatre sortes de monuments: édifices civils, temples, autels et tombeaux.

Les chrétiens ne formaient pas dans l'Ëlal une société distincte; ils n'étaient pas non plus des rebelles.

Or, on rencontre dans les fondations en question des monuments que les chrétiens, comme sujets de l'empire, devaient respecter. Celaient ceux qui n'avaient aucun rapport avec les idées religieuses et qui rappelaient des événe-

ments purement civils : des inscriptions commémoralives conteDant les grades successifs de hauts fonctionnaires, des inseriplioDs honorifiques avec le nom des empereurs régnants, des memoranda de la fondation de thermes, de distributions d'eau, etc.

Bornons-nous à rappeler les inscriptions de Biltern, en l'houneur de Gordien, Gallus, Volusien, Tetricas, Aurélien (i), celles de Turin en reconnaissance des services de Q. Giitius Atilius Agricola (a), etc.

La loi n'avait pas certes à s'occuper des édifices civils.

Avec un changement de religion, il y avait au contraire à prendre des dispositions en ce qui concernait les temples et autres constructions du culte ancien, comme les autels, comme aussi les tombeaux, puisqu'ils étaient consacrés aux dieux mânes.

Remarquons d'abord que la prétendue loi de arts qui aurait créé un régime nouveau pour les fortifications des villes de l'empire, est simplement un règlement d'administration intérieure, prescrivant des mesures pour mettre certaines villes à l'abri de coups de main des barbares. Si de nouvelles constructions étaient ordonnées, le but principal était la consolidation de ce qui existait déjà : • Provinciarum rectores litteris moneantur ut sciant ordines alque incolas urbium singularium muros vel novos debere facere, vel firmius veleres renovare ». (Code ihéodosîen, XVI, X, loi 19).

De plus, on n'était plus au temps de Dioclétien et Maxi-

(0 Bull, des Comm. roy. (Fart et ifaTchéol., XXVir, p. 78.

(t) c. i. L., v.n-esao.

DictizedbyGoOJ^IC

mien, où les lois portées dans une partie de l'empire s'appliquaient à l'autre .- < Arcadius et Honorius apprirent à leurs sujets à regarder chacun des deux empires comme tout à Tait séparé, ou mèiue comme le rival de l'autre, à se réjouir mutuellement de leurs calamités et à traiter comme des alliés fidèles les barbares qui faisaient des invasions sur le territoire de leurs compatriotes (i) > .

Or, la loi citée était relative à l'empire d'Orient et non à l'empire d'Occident, et Godefroy (s) a même pris soin de rassembler les conditions spéciales qui engagèrent Arcadius à prendre la disposition pour le premier de ces empires : il cite Zosime, Socrale, Sozomène, Philoslorgue, qui rapportent à l'année 396 une invasion des Huns contre laquelle il s'agissait d'édicter des mesures ui^enles de protection.

Donc, en la prétendue loi, la première partie n'est ni spéciale à des forteresses nouvelles à établir, ni même générale à tout l'empire (s).

La deuxième partie — on va le prouver — n'ordonne, en fait de monuments religieux, ni la destruction des temples ni celle des tombeaux; elle ne s'occupe que du renversement des autels et des simulacres de divinités païennes.

Quand les jurisconsultes s'occupent de ce qui a àà arriver aux temples païens, ils s'écrient : < On sut bien renverser les idoles et les faux dieux, mais on n'eut garde de détruire les temples > (i).

(f) GiBBOW, l,p. ti98{aa 396), qui Cite Clauweh, 1,273, 393, 39S; 11,83; ZosiME, V, p. 303.

(i) Notes de GoTHOFREDiis sur le Code tbéodosien, l.cil.

(s) M. Cam. JiJLLiÀN, f. cil., p. 396, émet incidemment l'avis que celte loi doit avoir eu son analogue en Occident.

(*) Hesdacb de ter KiELE. (DiiMur» de rentrée du 1" ott. 1888, p. 1B.)

Le christianisme Irîomphant n'a pas songé à supprimer les temples et les tombeaux de la genlilité ; an contraire, si le zèle trop fervent de certains fonctionnaires chrétiens allait parfois jusque-là, la législation réagissait avec vigueur el, par conséquent, il doits'èlre produit seulement des dévastalions accidentelles; mais le dépôt des débris de temples et de tombeaux comme de monuments civils, à la base des remparts, a été un fait général et régulier, qui n'a pu s'accomplir — on ne peut assez insister sur ce point — sinon en vertu d'un ordre de l'autorité publique.

Cette idée de loi vient naturellement à l'esprit : « A l'approche des barbares, dit l'abbé Bourassé (i), la puissance romaine comprit le danger qui la menaçait. Un édit impérial ordonna de clore les villes de murs forlifiés et permit d'employer à cette fin, comme matériaux de construction, les pierres des temples déserts et des édifices les moins nécessaires ; ce qui explique la présence dans les fondements de ces murailles, de pierres sculptées, de fragments de colonnes et même d'inscriptions funéraires ».

L'édit impérial a du exister, mais il n'a pu émaner des empereurs chrétiens, lesquels ont précisément prescrit la conservation des édifices civils et même religieux.

Voici comment s'exprime la loi 19 du liv. XVI, litre X, de paganis, sacri/iciis el lemplis : < Simulacra, si qua etiamnunc in lemplis fanisque consistunt, ... sais sedibus evellantur, cum hoc repetita sciamus saepius sanclione decretum ... Arae locis omnibus destruantor ►.

C'est là la loi promulguée sous le consulat de Bassus

(.) XXV Congru, p. «78.

— us —

et Pbilippus, en l'an 408, qu'on a appelée la loi de arts.

Il s'y agit uoiquement d'autels et de statues; la loi citée prolégeait elle-même les temples : « Aedificia ipsa templorum quae in civilatibus vel oppidis vel extra oppida sunt, ad usum publicum vindicentur. Omniaque templa possession!bus noslrisad usas adcommodos transferanlur (i) ».

Voici que, par une coïncidence remarquable, nous connaissons un fait qui a donné lieu à pareille disposition de loi : Saint Augustin (s) nous apprend que Gaudentius et Jovius, intendants de l'empereur Honorius, le 14 des calendes d'avril, sous le consulat de Manlius Theodorus (an 599), « deorum templa everlerant el simulacra Tregerunt».

Et quelques mois après, voilà qu'Honorius rend une loi (s) où, mettant un frein à l'ardeur de ses agents, il appelle l'attention sur la distinction à établir entre les temples et le colle : « Aedes inlicitis rébus vacuas nostrarum bénéficie sanctionum, ne quis conetur evertere. Decernimus enim, ut aedificiorum quidem sit integer status, si quis vero sacrificio fuerit deprehensus, in eum legibus vindicelur : déposais sub ofRcio idolis, disceptalione habita, quibus etiamnunc patuerit cultum vanae superslitionts impendi. »

D'autres lois d'Honorius ne sont pas moins explicites {*) :

« Omnia aedificia publica sive juris templorum inlra muros posita vel etiam mûris cohaerenlia, curiales et collegiati teneant atque custodianl. •

(i) Si la loi ajoute t douiini destruere cogantur >, c'est sans doute pour le Ciis où la réunion au domaine public serait impossible, parce que les cdiricfs élaieiil sur des propriétés particulières.

(t) De civilale Dei, XVIII, U.

(i) CodethiodBiùtt, XVI, x. Loi IS.

(») Ibid., XV, \,De operiimpablicis. Lois 40, 41, 43.

Si une loi permet d'appliquer « cunclam maleriam, quae ordinata dicilur, ex demolitioDe templorum > aux nécessités des routes, ponts, murs et aqueducs, il s'agit seulement de ■ démolitrons déjà consommées ; on a vu à tort dans celte loi un ordre de démolir (Code théod., XV. i, 36).

Avec quel soin on protège les édifices encore utilisables :

Il y avait alors une classe de spéculateurs, peiitores, compelUoreg, qui, trouvant à l'abandon des constructions dont les matériaux étaient d'un remploi facile, demandaient les autorisations nécessaires.

L'empereur permet seulemeiU l'enlèvemenl des pierres hors d'usage : Loi 40 ibid. : > Non nisi diruta penitus, quae destructa et quae parum sint usui civitatum. .. >

Loi 41 : <i Ut si neque usui oeque ornalui civilatis adcommoduni videtur esse. . . >

Loi 45 : « Ne quid usui vel ornalibus aut commodis civitatum auferatur... n

Et pour empêcher les abuâ, même les collusions, il est prescrit au gouverneur d'intervenir personnellement dans les autorisations à accorder.

Loi 45 (suite) : < Etquanquam nullum opinemur existere qui contra commoda vel ornatum propriae civilatis compelilorum obreptionibus cohiberet, adlameii... ad excelleotiam luam referre praecipimus. b

Il y a loin de là à un ordre de détruire les temples et les monuments publics, pour réparer ou consolider les remparts des villes, et surtout pour l'opération vraiment absurde de faire insérer les débris à la base de remparts anciens.

Cependant les restrictions des empereurs n'avaient pas suffi pour préserver les antiques édifices. Les monuments de

la grandeur romaine n'étaient plus respectés ; on ne les estimait que comme une mine inépuisable de matériaux, moins chers et plus faciles à exploiter que ceux qu'il aurait fallu tirer d'une carrière éloignée. Les magistrats accordaient, sous le prétexte le plus léger, la permission d'arracher des pierres ou des briques ; on mutilait et on défigurait des chefsd'œuvre d'architecture pour construire ou pour réparer quelque bàliment obscur ; les Romains dégénérés démolissaient d'une main irrespectueuse les monuments de leurs ancêtres et ne songeaient qu'à s'enrichir de leurs dépouilles. Majorien (457 à 461). <]«' avait souvent assisté avec douleur à ce désordre, l'arréla par une ordonnance sévère ; il réserva au prince et au sénat la connaissance exclusive des circonstances qui pourraient rendre nécessaire la destruction d'un ancien édifice, condamna à une amende de 50 livres d'or, ou environ 30,000 francs, tout magistrat qui prendrait sur lui d'en accorder la permission, et menaça de châtier la complicité des officiers inférieurs par l'amputation des deux mains (i)...

Il importe de rapporter tout entier le texte de celte loi remarquable et caractéristique (s) ;

c [mpp, Léo et Majorianus. Nobis rempublicam moderantibus volumus emendari, quod jamdudum ad decolorandam urbis venerabilis faciem deteslabamur admitli. Aedes siquidem publicas, in quibus omnts civitatis consistai ornalus, passim dirui plectenda urbaui officii suggestione.

(i) GiiBON, ],p. 831.

(i) GoTBOFSEOus, Code théodosien, VI, 2* parlie, p. 1S+ : Léguai novellarum divi Uajoriani lib. IV, tit. v.

manireslum esl,dum necessarîa publicooperisaxa fingunlur, aniiquarum aedium dissjpalur speciosa consiructio et ul parvum aliquid reparetur, magna diruunlur. Hinc jam occasio nascilar ut eliam iinusquisque privalUEn aedificium GODStrufns per graliam judiciim in urbe positorum, praesumere de publicis locis nccessaria el transferre son dubitet, cum haec, quaead splendorem urbium pertinent, affectione civica debeani etiain sub reparalione servari, Idcirco generali !ege sancimus cuncta aedificia, quae vel m (emplis aliisque monumenlis a veleribus condita, propter usum vel amoenilatem publicam surrexerunl, lia a nulio desirui atque conlingi, ut judes qui hoc fieri statuerit, quinquaginta librarum auri illalione ferialur, apparitores vero atque numerarii, qui jubenti oblemperaverunt el sua neuliquam suggeslione restilerint, Tusluario suppitcio subditos, manuum quoque amissione truneandos, per quas servanda veterum monumenta temeranlur. Ex iis quoque locis quae sibi competilorum hactenus viudicavit revocanda subrcptio, nihil jubemus auferri : quae ad jus publicum nihilominus redeuntia, ablatarum rerum volumus reformatione reparari, submola in posterum licentia competendi. Si quid sane aut propter publicam alterius operis coustructionem, aut propter desperalum reparationis usum necessaria considéra tione deponendum est, hoc amplissimo venerandi Senatus ordini congruis instructionibus praecipimus allegare, ut cum ex deliberalo fieri oporlere censuerit, ad mansuetudinis nosirac conscientiani referatur, ut quod reparari nutio modo viderimus posse, in alterius operis nihilominus publici trausferri jubemus ornalum. »

« On trouvera peut-être, ajoute Gibbon, qu'entre lo, crime

e( la peine, le législateur o'observa point de proportion : mais le zèle partait d'un sentiment généreux et Hajorien avait à cœar de protéger les monuments des siècles dans lesquels il aurait désiré et mérité de vivre, b

Devant ces textes si Tormels, peut-on encore soutenir que les temples des dieux furent détruits par le christianisme, et que leurs débris Turent enfouis dans les murs des villes pour faire disparaître les traces du paganisme?

Il n'est pas même jusqu'aux tombeaux des païens qui n'aient été protégés par la religion nouvelle.

C'étaient pourtant des autels aux dieux mânes...

Mais l'idée de la mort et du respect dû à la dépouille des ancêtres l'emportait sur la déteslation du culte païen que ces monuments rappelaient : il est un titre tout entier du code ihéodosien, prescrivant le respect des tombeaux (livre IX, titre xvn, De sepulcris viotatis).

Ce titre, dont plusieurs lois ont été reproduites dans le code de Justinien, parle à diverses reprises des tombeaux en eux-mêmes, et punit les faits suivants :

Loi 2 de l'an 549 : * Univers! qui de monumentis columnas vel marmora abstulernni vel coquendae calcis gratia lapides dejecerunt... >

Loi 3 (an 557) : « Quosdam.. lucri nimium cupidos sepulcra subverterc et subslantiam fabricandi ad proprias aedes Iransferre... •

Loi 4 (de l'an 537) : • Si quis de sepulcro abstuterit saxa vel marmora, vel columaas, aliamve quamcumque materiam, fabricaegratia... >

Les empereurs chrétiens ordonnaient ainsi la conservation des tombeaux ; ils n'auraient donc pas songé à en ordonner

la deslruclion pour les faire déposer dans les remparls des villes.

Mieux que cela, ces empereurs prolégeaient la dépouille même des païens (0 :

Ibid. I. 4 : < Qui aedificia manium violant, domus(ul lia dixerim) defunctorum, geminum videnlur facinus perpetrare : oam el sepullos spoliant deslruendo el vivos poiluunt fabricando... »

Une novelle de ValentJnien (II, S) punit ceux qui se permettent de ■ sollicitare funestis ausibus mânes et horribilem violentiam defunctorum cineribus inferre. i

Parmi ces lois, il en est même qui émanent d'empereurs païens, comme Julien dit l'Apostat, et que les rédacteurs chrétiens du code de Théodose II n'ont pas hésité à considérer comme faisant partie de la législation en vigueur; il y est question d'urnes cinéraires auxquelles il n'est pas permis de loucher.

De ces dispositions protectrices des temples et des tombeaux, est résultée la conservation de tant de monuments non seulementà Rome, mais ailleurs : si une mesure générale avait prescrit la destruction, le christianisme en eût-il laissé un seul debout?

Au contraire, l'application partielle de la loi supposée de Dioctétien et Maximien concorde avec ce qui a eu lieu : c'est seulement en dehors des enceintes réduites qu'on a pu supprimer des temples, des tombeaux, des édifices civils el

(<) Comparer avec cela les Épifret de Sidoine Apollinaire, 1(1, i, où l'on saisit sur le vit le senlimeat que faisaient éprouver b des cbrétiens les vioUlions Je tombeaux païens. (Bahet, Œuvres de cet auteur latiu du v* siècle, p. 68.)

même, par exemple, à Bordeaux,' on a conservé hors de celte enceinte le temple de 7u2e/a, que les démolissears n'auraient pas respecté s'ils avaient obéi à une idée destruclrîec inspirée par fe christianisme; cet édifice était sans doute condamné, puisqu'il était tout contre les remparts; on a cependant ajourné sa destruction jusqu'au moment où, l'ennemi approchant, elle serait devenue inévitable.

De même, en dehors des enceintes réduites, il s'éleva de nouveaux cimetières païens, comme celui de Campaure, au même Bordeaux, et cela suffit pour démontrer que le dépôt des tombeaux antérieurs dans le rempart romain est dû aux païens.

Ce qui vient d'être dit donnera sans doute pleine satisfaction à M. Gam. Julltan (i), à qui répugne l'itiée que les ingénieurs romains auraient, de parti pris, détruit les temples et les basiliques, saccagé les places publiques et profané les cimetières. Pareille opération a été faîte seulement pour des monuments encore debout à l'extérieur de l'enceinte, qui auraient pu servir à un ennemi assiégeant. Quant aux tombeaux, c'était nécessairement hors de celte enceinte et assez loin, qu'on allait les chercher, puisqu'ils étaient au delà des murs anciens placés beaucoup plus au large.

Mais pour les monuments de l'intérieur, il est certain, par les inscriptions de Grenoble, que Dîoclétien, en resserrant cette ville et en faisant déposer à la base des murs les débris des monuments de l'extérieur, suit ruinés, soit détruits à dessein, avait prescrit en même temps la restauration des interiora aedificia.

(.) L.ctf., p. 30».

Silvester GambreDsis nous dépeiot parfaitement ce qui existait eocore de son temps pour la ville de Gaerleoa, en Angleterre : à l'iolérieurdes remparts, palais, (ours, thermes, temples, théâtres; à rextérieur, plus rien que des ouvrages sout^îrrains, dont la partie autrefois placée au-dessus de la surface avait été anéantie (i)-

Si nous voilà sur le terrain de la vérité en fixant à la fin du m* siècle, d'après Laclance, Aureiius Victor et Zosime, l'établissement des forteresses de la Gaule, il sera aisé de réfuter les systèmes qui adoptent une date antérieure ou postérieure.

Revenons sur ce point, quoique déjà traité dans les précédents articles.

Procédons par l'argumentation ab absttrdo et commençons par les derniers, ceux qui proposent une date plus récente.

Ces systèmes, à la vérité, peuvent d'abord présenter cette objection générale : est-il admissible que des païens aient détruit des monuments païens pour en placer les débris dans les remparts des villes?

Mais la réfaialion est aisée : outre ce qui a déjà été dit de la protection accordée aux res religiosae (autels et tombeaux) par leur placement dans les remparts, res sanctae, on peut citer un trait historique prouvant que semblable fait était absolument dans les usages du paganisme et parfaitement

11) Bull.dei Qmmi.roii. d'artel <farcbéol.,XXV\l, f.eo.

DictzedbyGoOglC

— tS3 -

compatible avec les mœurs antiques (i) : quand Thécnislocle eut à consolider les fortifications d'Athènes, il fit entrer dans les remparts une telle quantité de pierres monumentales qu'on eût dit que < mûri ex sacellis sepnicrisve constarenl > (s).

Une thèse radicale est celle de l'abbé Bourassé (s). Dans les remparts romains à base de monuments antiques, < jamais, dit-il, on n'a découvert de signes de christianisme, ce qui prouve qu'alors la religion chrétienne était triomphante et respectée » .

La logique exigerait comme conclusion : < ce qui prouve qu'on était encore en plein paganisme ». Il est clair, en effet, que si les remparts avaient été élevés par des chrétiens, on aurait trouvé dans les remparts quelque monnaie, quelque pierre datée, ne fût-ce que du iv' siècle.

Or, l'abbé Bourassé attribue la fondation de Tours aux évèques de cette ville ; ■ L'enceinte fortifiée contient une superficie totale de 9 hectares environ. On choisit cette partie de la ville évidemmeot parce qu'elle renfermait les édifices consacrés au gouvernement civil et ecclésiastique de la pro-

(0 L'aDliquitë n'avait pas, sur le respeci de^ tODib«aux, les mêmes idées que nous. On se souvient (voir Bull, det Comto. rog. d'an et d'arcMol., XIII, pp. 155, i7S et s.) que, pour réfuter le savant qui avait dit : < fouler aux pieds uu tombeau était un sacrilège, > il a sulfl de luoutrer le rOle des tumulus funéraires comme postes de gueri'e, et de etier un passage Je Tbêopuhaste, où cet auteur, passant en revue les {H^ugés de son époque, critique comme ridicule : craindre de s'asseoir sur un tombeau et trembler devant une souris...

(t) TflucYDmE, I, 89, 90, 93 ; Corneuiis Nepos, TlUmittocU, vi. Wagushuth, DU Stttdl Athen in Alterllmm, I, p. SIS, note, parle de Touilles modernes dans les murs de Tbémistocle, qui ont montré aux yeux le travail de construction dépeint par Tbuctdide.

(i) XXV Congrii, p. 678.

vince. Là se trouvaient notammeDt l'église mélFopoliUine, le logis épiseopat et plusieurs églises, telles que les petites basiliques de Notre-Dame et des SS.-Gervais et Prolais. L'évéque de Tours dut avoir une grande influence dans les résolutions prises par les Tourangeaux. Outre sm caractère religieux, i'évèque était alors défenseur de la cité, titre que l'autorité impériale lui avait conféré et qui n'était pas vain, dans un temps où le pouvoir ecclésiastique était presque le seul respecté. La construction du castellum de Larçay eut lieu sous les mêmes influences, très probablement. Il est bâti sur un des domaines épiscopaux primitifs et il présente les analogies les plus frappantes avec l'enceinte fortifiée de Tours. »

Tours et même Larçay, on l'a vu ci-dessus (i), sont deux localités à remparts romains très caractérisés ; si la thèse de l'abbé Bourassé était fondée, il faudrait qu'elle s'élendit à toutes les villes dont les remparts ont été construits dans des conditions semblables; mais si elle doit être écartée, Tours restera dans la catégorie des villes k remparts établis par Dioclélien.

Il n'est pas exact de dire que dans les villes romaines I'évèque ait reçu des empereurs le titre de defensor civitatis; t'évèque contribuait à la nomination de ce fonctionnaire (s), rien au delà.

On pourrai), à la vérité, invoquer une loi de Justinien (3), ordonnant de soumettre à I'évèque, assisté de trois notables

(1) Bull, det Comm. roy. d'art et d'areltéol., XVI, pp. 4S4, 457, 439, 465, 470, 473: XXVII, p. 41.

(1) L. B. Code de Justiniem, De deftntoribas cieilaliim, 1, lv.

(s) L. 26. Deepiteopali audientia, I, iv.

DictizedbyGoOJ^IC

de la localité, tout ce qui intéressait les villes et notamment les travaux publics : < Sive ad publiées aquaeductus, sivc ad portus, sive ad murorum aut turrium aedilicationem, sive ad ponlium atquc viapum refeclionem pertineanl... i

Mais pareille intervention de l'évéque dans l'adrainislration de la cité ne comporte nullement l'idée de fortifications érigées; c'est là un f^il de gouvernement général et non pas simplement de gestion municipale, l'autorité locale était sans doute consultée seulement sur le mode de la construction décidée en principe par le souverain.

M. Buhot de Kersers, de son côté, a insisté récemment sur la doctrine professée par lui, que les fondations des anciens murs de la ville de Bourges, se constituant de débris romains, tels que temples, etc , appartiennent à une époque où ces monuments, par suite du changement de religion, avaient été mis hors de service (i).

Cette opinion, qui rattache l'éreclion des remparts romains au christianisme, est vivement combattue par Quichcrat :

* Se prononcer de la sorte, dit cet archéologue distingué, c'est ne pas tenir compte de trente années consécutives d'invasions barbares, de guerre civile et de guerre sociale, qui couvrirent la Gaule de ruines, dans la seconde moitié du m* siècle .. »

Tout cela complique des pestes dévastatrices qui, à celte époque, enlevèrent la moitié de la population de l'empire!

(i) FragmtnU ûe Katpiures gailo-rmaaine»; IroHvéi à Bourges. Opinion reliitée : Revue de* Soeiétés tavaiUet det départemenlt, 7' série, VI (1892), !>, 60.

Cependant M. de LasteyrJe (i) croit qu'il faut, jusqu'à un certain point, « tenir compte de la loi de aris de l'an 408 et d'une autre loi de l'an 507 citée par M. Schuermans >, qui ordonnent précisément la destruction des monuments païens et l'emploi des matériaux pour les remparts des villes.

Ce qui a été dit ci-dessus au sujet des lois de S97 et 408. suffit pour démontrer qu'on nepeutenfaireacception pour la construction de forteresses, surtout dans l'empire d'Occident.

Mais en remontant un peu en arrière, on rencontre Gratien (575 à 585), auquel on a attribué semblable travail {i). Quoique cet empereur aitdonnc son nom à Grenoble, Gralianopolis, les fortifications de cette ville avaient été élevées longtemps avant lui : Dioclélien et Maximien l'ont déclaré dans leurs inscriptions placées au haut des portes.

Le nom de Gratien avait surtout été prononcé sur la foi de La Sauvagère qui avait cité des monnaies de cet empereur trouvées dans les remparts de Tours, et M. de Cauinonl (3) avait été fort impressionné de son témoignage ; or, en remontant aux sources, il a été prouvé qu'il s'agissait seulement de pièces découvertes à Tours, dans la ville et non pas spécialement dans les remparts (♦).

Dans le panégyrique de Gratien, par Ausone, pas un mot n'est prononcé à propos de fortification des villes de l'empire...

(i) Revue desSoeiéléi savanief dei déparlemenls, 7" série, II, p, f04. Vov, aussi SociÉlé archéologique de Bordeaux, VII, p. 66.

(i) Annotateurs de t'Bisloire de l'anlique cité d'Aulun, par Edme Thdhm, p. 131.

(t) Coun d'antiqailét monumentale*, U, pp. 3S0 et SUT.

(f) Bult.de* Comm. rûg. d'art et d'arehéol.,\\\, p. 473.

DictzedbyGoOglC

En remonlant encore un peu en arrière, on ne peut davantage attribuer (i) l'établissement général des forteresses à Valentinien, qui, en l'an 564, émit les ordres suivants (t), transmis au gouverneur de la Dacie .- < Praeler eas lurres quas refici oportet (si forte indigeant refectioue), lurres administra lion rs lempore quotannis locis opportunis extrue. Quod si hujus praecepti auctoritalem negiexeris, finita administratione revocatus in limitera, ex propriis facultatibus eam fabricam quam adminialrationis tempore, adjumenlis mililum et impensis, debueras fabricare, extruere cogeris. »

Ou sait par Ammien Marceitin (s), qu'en celte année 564, une invasion générale de barbares eut lieu par tout l'empire et que Valentinien fortifia < Rbenum omnem a Raetiarum exordio ad usque frelalem Oceanum. > L'bistorien romain parie spécialement des travaux de Valenlinien : • Magnis molibus commuiiiebat, castra extollens allias, et castelia, turresque adsiduas per habiles locos et opportunos, >

La Gaule fut comprise dans ces travaux; mais Ammien Marcellin précise dans quelle partie de ce pays ces travaux furent effectués : « qua Galliarum exlendîtur longitudo • .

Il s'agit donc non pas d'un système général de fortifications de tout l'empire, mais d'une simple défense de la fronlière, et c'est celle frontière seule qui, en Gaule comme ailleurs, a élé protégée. C'est une réaction contre le système attribué à Gooslantin par Zosime.

Une autre opinion qui s'est encore produite tout récem-

<i) De Cauhont, L cil,. II, p. 34S.

(t) L. 13, Code ihéodosicii. De operibu* publicU, XV, i.

(») XXVI, J; XXVtIf, 2.

ment 0), parle du milieu du iv' siècle, comme époque de la Tondation des remparts en question ; cela nous conduit en arriére jusqu'au règne de Julien dit l'Apostal. Ce n'est guère la peine de s'arrêter à cette supposition; en effet, il n'y aurait que déplacement de la dilBcullé : dès que l'on conteste que l'idée païenne a présidé a leur confection, il faut reoourir à un autre régne que celui de Julien.

D'ailleurs, s'il est vrai que Julien répara les villes de la Gaule (s), on ne doit pas oublier que dans sa lettre au Sénat d'Athènes, il avait annoncé que les barbares avaient détruit les remparts de quarante-cinq villes, et ce sont ces remparts qu'il eut à relever et non pas à construire.

Que Julien ait réparé des villes et mérité le titre (5) de « reparator orbis atque urbium ■, cela ne suffit pas pour résoudre la question. Il ne s'agit pas là de la construction de ces remparts.

Constantin, auquel on attribue à tort la construction des remparts de Bourges (t), n'est signalé par les bistoriens que pour avoir agrandi des villes, comme Trêves que Dioclétien avait sans doute resserrée (s).

|i) M. Raym. PoTTiEB,dans les Pvblkaliims de la Société de Borda, dont l'opinioD esl relatée: Soeiéti arehéologique de Bordeaux, VII, p. 66.

(«) Gibbon, I, p. 433. Julien répara Saveroe (Auhicn Habcellin, XVI, I), Sens 1,1b., i et S), Nicopolis, AlhËnes, Eleusis, toutes les villes de la UaeMoine, de rillyrie, du PéloponnÈse (Mahertim, Gratiamm octio Juliano, 9), el saDs doute aussi toutes les 4S villes de la Gaule dont les barbares avaient renversé les remparts; mais ce ne sonl pas M des érections de forteresses, où l'on a pu systématiquement placer des monuments romains i la base des murs,

(j) GnuTER, 17B. 2.

(i) M. DE Saint Hicpoltte, Méntairei de la Soeiéli des antiquaire» de l'Oaeil, 184), p. 119.

(i) Patieg, vêler., VI, Cemlanlino Auguil0,i'î: Trêves: ■ Cunclls moeuibus resurgens, auelior tuls Tacla beneficiis. > ICuhëne ajoute ; Quaecuinquc loca rrequentissime luum numen illustrât, ... moenibus augentur. >

Qaicheral (i) admet la possibilité que Gons(an.tin aurarl continué avec son lils, à appliquer le syslème de Conslance Chlore. Mais on oe connaît de Conslance II que le Tait d'avoir réparé des villes, avec Julien, son associé impérial, fait pour lequel il avait également mérité le litre de < reparator urbium » .

Encore une fois, nous voilà ramenés a l'époque de Dioclétien, c'est-à-dire à la fin du m' siècle.

— Ce n'est pas cependant que les efforts aient manqué en S6DS inverse.

Remontons aux premiers empereurs dont le nom est prononcé :

Ce n'est ni Vatérien, ni Gallien (253 à 269) qui ont pu songera fortifier les villes des Gaules. Vopiscus (a) caractérise en deux mois les règnes de ces deux empereurs : infelicitas Valeriani. Gallieni mala.

Mais un des écrivains de l'Histoire Augusle, Trebellius Pollion (s), parle tout spécialement de la restauration des villes delà Gaule, effectuée par Laelien, l'un des empereurs gaulois (266-267) : « Plerasque Galliae civitates... quae, interfeclo Postumio, subita irruptione Germanorum, et direpla foerant et incensa, in stalum veterem reformavil. »

On a déterminé ci-dessus le sens de ces paroles.

Arrivons à Aurélien (270-275).

Le savant archéologue Qutcherat (t) condamne absolu-

(.) Mélanges d'archéologie et (TbUloire (1885), p. 46». (*) Aarélien, XLI.

(i) Le» Trente Tyran», IV. Il a été dijà arEnmeatë, svpra, il'iine partie de et passage (1) Berne de» SoeiiU» lavante», 7> série, VI (ISftâ), p. 60.

ment, il esl vrai, l'opinion de M. Buhot de Kersers, citée cidessus, dont la conclusion lui semble trop absolue. Mais en même (emps il en formule une antre, qui n'est pas plus admissible.

. N'est-il pas tout naturel que les populations amoindries et appauvries qui relevèrent les villes sous les règnes réparateurs de la fin du m* siècle, y aient employé comme matériaux les décombres qui restaient des monuments détruits.

1 Le fait d'ailleurs n'est-il pas prouvé pour Dijon, dont les murs contenaient dans leurs fondements des pierres arrachées à des temples et à des débris de tombeaux?

« Il esl certain cependant que la construction des murs des fortifications de Dijon remonte à Aurélien, La vérité doit se tenir entre l'opinion de M. de Kersers, qui veut que toutes les constructions romaines oii il y a des débris d'une époque antérieure soient de la fin du iv' siècle, sinon du v*. et l'opinion combattue par lui de M. Scbuermans, qui veut que toutes ces constructions soient de la fin du iii" siècle. »

Grégoire de Tours attribue à Aurélien la fondation des remparts de Dijon ; c'est sur celte autorité que Quicheral se fonde sans doute pour soutenir qu'il faut faire remonter jusqu'à Aurélien l'inauguration du système (i)-

Orléans a été fondée par Aurélien, qui lui a donné le nom d'Aurelianum; de là la supposition que les remparts de la ville sont aussi de ce prince (s).

L'abbé Gandelot a soutenu également que les remparts deBeaunc ont clé établis par Aurélien. Rossignol admet la

(0 C'eslausal, jusqu'à un cerlaiii pobt, l'cqiinion deM. Cam. J111.U1M). (i) Patron, Recherches hitloriques sur VOrtéanais, I, p. 3.

possibilitéde cette hypothèse fondée uniquement, sans doute, sur une application par analogie du passage de Grégoire de Tours (i).

Le titre de reslitutor Galliarum a bien été décerné à Âurélien, mais par Valérien (235 à 239); le subordonné de celui-ci se serait bien gardé d'attribuer à une ville qu'il aurait fortifiée un antre nom que celui de l'empereur régnant (2), et quant aux cinq années du règne d'Aurélien lui-même, l'histoire ne parle d'aucune mesure de ce genre prise par lui ailleurs (ju'à Rome ; en outre, le fait de la prise de cinquante ou soixante villes de la Gaule par les barbares et de leur reprise presque immédiate par Probus (276 à 282), rend invraisemblable le fail que ces villes étaient fortifiées avant cette époque.

En outre, le passage de Grégoire de Tours est loin d'avoir la précision désirable ; cet auteur n'affirme rien ; il rapporte seulement une tradition au sujet des remparts de Dijon : • veteres ferunt ab Aureliano hoc caslrum fuisse aedificatum. « Le fait, qu'on le remarque, datait de trois cents ans, et Grégoire de Tours, qui, d'ailleurs, ne garantit pas l'exactitude de la tradition, a pu commettre une erreur d'une simple vingtaine ou même dizaine d'années.

Quant à Orléans, bien que fondée par Âurélieo, elle a pu être fortifiée plus tard ; le nom ne sérail pas plus une preuve que dans le cas inverse de Grenoble, Gratianopolis, nommée ainsi par Gratîen, quoique fortifiée avant lui sous son nom ancien de Cularo.

(0 mutin de Beaune, p. i3.

(•) BHtt. da Comm. roy. a-art et d'archiol., \\l,p. i»1, mUi.

Aurélien, à la vérilé, a Tortifié Rome, qui ne l'avait point ûlé jusqu'alors selon Zosime, et or a pu très nalurellemenl supposer que cet empereur a étendu son système à tout l'empire.

Un fait s'oppose pourtant à celte hypothèse : le système de fortification suivi à Rome par Aurélien, fut un système d'extension; les expressions des historiens ne laissent pas de doute sur ce point ; ■ Urbem laœiore ambitu sepsit, muros urbis dilalavit, muros ampltavil ut quinquaginta prope millia murorum ejus ambilus teneant (i). ■ Or c'est là la contre-partie absolue de ce qui eut lieu dans les (îaules, où, au contraire, les villes furent réduites parfois au quart de ce qu'elles étaient auparavant.

Quant à Probus (276 à 282), il n'y a rien à ajouter à ce quia été dit ci-dessus.

On peut se rendre compte de ce qui eut lieu en Gaule par la narration d'Eumène (a), en ce qui concerne Autun ;

Il nous fait connaître d'abord que sous Claude le Gothique, en l'an 269, Autun fut saccagée, ■ gravissima clade perculsa > ; l'orateur romain parle de ruinarum ejus magniludo (s). 11 ajoute que si Autun n'avait pas élé prise, tous les malheurs des Gaules et notamment le désastre de Ghàloos

(i) AUREUDS Victor, De Caetaribai, WW ; Vofiscus, In Aureliano, XXI, xxïi».

(i) Paneg. vêlera, III; Oratio pro restaurandis scholis, 3, 4, 18: IV : Panegyricus Constanllo Caesari, 1. SI. VII : Grallaruni actio Constaotino Augusto, 4, S.

(s) Ces consi dé râlions doonenl une grande iiiilarilé ii une correction, proposée d'ailleurs sur l'autorité de certains manuscrits, dans un passage du Panégyrique VU, &: I Jacebatilla civjlas, non lam moeuium ruinù [ut lieu de: inoiui romanis) quani virium defeclione, prnstrata. i

eussent élé éviiés. Enfin, quand il parle de la reslauralion d'Aulun, il l'allribue à la pensée de rendre aux autres villes de la Gaule leur mélropole, rebàiie dans une pensce de faveur et de prédilection.

On peut dès lors considérer ces autres villes de la Gaule conome étant restées ruinées jusqu'à Constance Chlore, et le passage : « Quot ubique mûri, vis repertis velerum fuadamenlorum vestigiis, excitanlur >, ne peut s'appliquer qu'aux remparts érigés par Dioclélien et ses collègues.

Ëumène (i) le dit formellement : c'est Constance qui a rebâti les villes de la Gaule, devenues désertes, envahies par des hatiiers, habitées par les bètes sauvages. Si même dans le passage cité en note, il est question de moenia comme monumenta plutôt que comme munmenla, \\ n'est pas moins vrai que le panégyriste constate l'état de délabrentenl et de ruine où étaient tant de villes...

En résumé, la dernière partie du m' siècle est une époque de désolation et d'inquiétude : c'est l'époque où furent enfouis une quantité de trésors dont celui de Bernay {t). Sur 1 7 dépôts signalés dans la province de Namur, 13 (même ( 3) appartiennent par la date des monnaies les plus récentes aux années 258-275 (3) ; on peut donc établir avec certitude que ce n'est que dans le dernier quart du siècle, à partir du règne d'Aurélien, qu'on a fortifié les villes de la Gaule. Mais l'on a vu les raisons qui engagent à différer le commcnce-

(1) Pforetlaur. ichotit,i^: < Toi urbesdiusllfisobsitasatquehabîtalas iais, iMtaurari moembus, incolis rreqiientarl... ■ (i) BulUtin mmamettlal, 49* vol. (1883), p. 62. (ï) Ann. StMi. archéot. de Namiir, XIV, p. 102.

menl de ce travail jusqu'à l'avènemenl de Dioclélien à l'empire et à ne pas l'attribuer même a Probus.

Dans un article ultérieur, de nouveaux renseignements seront accumulés sur les villes de la Gaule, notamment sur Bordeaux qui a été récemment étudié à fond au sujet de ses fortifications romaines, et entin l'on examinera à quel point la conclusion relative à cette partie de l'empire romain peut être étendue aux autres contrées, même à l'Italie, même à Rome...

Liège, janvier 1889.

H. SCHUERMANS.

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