‹ Remparts d'Arlon et de TongresChapitre 5 sur 6 · REMPARTS ROMAINS · texte numérisé non relu

REMPARTS ROMAINS

*• ABTICLI (0

L'illastrc archéologue anglais Roach Smith (2) apprécie eD ces termes les présentes recherches au sujet des remparts dont la base intérieure se constilue de moauments romains : « No one bas trailed Ihis important subject so fully and comprehensively as M'' S. Hc bas reviewed ait ihat bas been written on it... «

Celte appréciation bienveillante est également celle des archéologues français :

M. de Lasleyrie (3) dit que s M. S. a rassemble des arguments nouveaux sur une question depuis longtemps étudiée el que l'on considère un peu trop généralement comme résolue. >

(H) Voif BaU. des Comm. rog. d'art et d'archéol., XVI, |». *3l ; XXVll, p. 37. etXXVILI.p. 77.

(t) ColUtlaaea aniiqua, Vil, p. 48; Brilitli archaeological Asiocialion : On Ihe Roman walls of Chesler, p. 10; The Anliquarg, février liW8, p. 43 (Cfr. t6td.,iuin 1888, p. 943}, etc.

(i) Revue de» Société» savante» des déparleiaeitti, T aérie. II, p. (04, sur le tout prauier article, publié en 1877.

M. Camille Jullian (i), de Marseille, adoptant pour les remparls de Bordeaux les conclusioDS du premier arliclc de l'auteur, dit que * l'élude de M. S. est Jusqu'ici la seule étude satisfaisante surles remparls des villes gallo-romaines.»

EtcependanI que de lacunes encore! Elles sont ici pleinement avouées, pour compenser l'immodestie apparente des citations qui précèdent. . .

A peine les précédent articles avaient-tls vu le jour que, de bien des endroits, on signalait à l'auteur des ouvrages ayant, sinon traité la question, au moins cité des monuments romains, remployés dans les remparts antiques; il n'y a réellement ici d'autre excuse à invoquer que la surabondance toujours croissante des monographies locales, l'impossibilité de se tenir au courant, l'insuffisance à cet égard des bibliothèques les plus riches de Belgique. Un seul homme, quoi qu'il fasse, a de la peine à connaître ce que les Allemands appellent la a littérature • d'un sujet, surtout quand ce sujet, comme les remparts romains, présente quelque généralité et qu'on ne peut se restreindre à l'élude d'un seul pays. Entin, on n'a pas que cela à faire...

M. de Lasteyrie, cité ci-dessus, après avoir insisié sur la dévastation des Gaules en 2S4 et avant 277, dit qu'il est probable que les pays ravagés à celle époque profitèrent de la leçon pour se mettre en état de défense. II insiste sur l'argument tiré de la date des inscriptions trouvées dans les remparts en question, toutes antérieures à la fin du ni* siècle.

(<) Amales de la Faculté des lettres de Bordeaux (rédigées par les professeurs des Facullés des letlres de Bordeaux et de Toulouse), 48S8 (Paris, Leroux), p. 39Î.

Il fait remarquer les particalarités de la conslruclion des remparts d'Arlon, où l'on a songé à protéger les monumenis antiques déposés à la base des remparts, ce qui, à ses yeux, rapporle le Tait à un temps où le paganisme était tout puissant. Cela convient bien à la fin du n\' siècle, mais non au commencement du v.

Il ajoute : « celle intéressante discussion est bien conduite, appuyée sur de bons arguments et les conclusions m'en sembleraient très solides, si, d'une part, il était avéré que les restes antiques employés dans les remparts gallo-romains y avaient été placés avec toutes les précautions que M. S. a cru reconnaître à Arlon... »

< Il y a lieu de tenir compte des ingénieuses observations de M. S. ; peut-être faut-il reculer avec lui jusqu'au m' siècle la construction des murs de certaines villes, principalement dans le nord de la Gaule; mais on n'est pas en droit do généraliser outre mesure ses conclusions et de les appliquer sans preuves nouvelles à tout le reste de la Gaule. >

Cet appel à un complément d'études concerne tout particulièrement les villes du midi de la Gaule, puisqu'on vent bien considérer la question comme tranchée pour le nord de celle contrée.

Cularo-Grenoble a fourni, tout à point, la meilleure de ces preuves : dans le deuxième article,- publié depuis le travail critique de M, de Lasteyrie, il a été démontré que celte ville avait été réduite en étendue; que les monumenis placés à l'extérieur avaient été renversés et que leurs débris

avaient élé transporléssur le (racé du périmètre de l'enceinte nouvelle; que les remparts avaient été établis sur ce soubassement; enfin, que le « couronnement» de ces remparts (par conséquent placé après leur achèvement) se constitue de deux inscriptions disant : ■ C'est nous, Dioclétien et Maximien, qui avons fait exécuter cet ouvrage (i) > .

Mais voici que Bordeaux, autre ville du midi de la Gaule, fournit une nouvelle preuve tout aussi importante et tout aussi palpable.

Si Bordeaux ne produit pas une inscription explicite comme Grenoble, elle invo(|ue un texte formel, des vers d'Ausone, poète du t\' siècle, né à Bordeaux, qui a décrit les remparts de sa ville natale.

Cela engage à insister particulièrement sur Bordeaux, à peine indiquée ci-dessus.

Bordeaux avait été une très grande ville dans les trois premiers siècles; à un moment donné, elle fut réduite au point de laisser extra muros des monuments les plus importants.

Or, Ausone, dans ses Ctarae urbes, rangées d'après leur importance (3), s'excuse de parler de sa patrie, en tout dernier lieu :

Impia jamdadntn condemno silentia, quod te

Opatria

Non inter primas memorem : quasi conscina urbis Eiiguae, itnmeritae dubitem contingere laudes.

(i) Inulllti, devant celle déclaralion, d'étudier si l'inscriptinn romaine C.i.L., XII, n° iîii, dïtée du règne de Claude-le- Gothique (an 309), a été retrouvée dans les remparla (anciens!) de Grenoble.

(*) Voir le titre : OMô nal>ilinm «rbium, dont €larae urbet n'est qu'un

4 Vous êtes aujourd'hui si ejiiguë, ô ma palriel qaene pouvant plas voos ranger, pour l'élendue, parmi les premières villes des Gaules, je dois parler de vous après toutes les autres... »

Il arrive à la description matérielle de la ville réduite (un parallélogramme entouré de murs et de tours, placé sur la Garonne, traversé par un cours d'eau, enSn divisé régulièrement par de grandes voies) :

Fervent aeqnoreos imitAta tlucnta ineatiis Qnadrua muronun spccies, sic tniribuG altis Ardas, nt aSriais intrcnt fastigia nnbci'.

Distjnctas rairere vins, mirere domorntn DispositQm et lataa nomcn seirare plateas, Tttm respondentis direct» in eomyita partes Per medinmque urbin fontani flaminiR alvcuni.

Pareille description, comme le Taît observer fort à propos M. Camille Jullian, prouve qu'Ausone (310 à S'Ji) n'a pas connu le Bordeaux ancien : * Le Bordeaux qu'il dépeiQt est une ville qui date de loin; s'il l'avait vu construire, s'il avait va élever celte superbe muraille, il nous l'aurait dit. Bordeaux était alors une petite ville; il fut un temps où elle s'étendait bien au delà du périmètre tracé par le mur d'Ausone, où même elle avait ses plus beaux monuments, SCS Thermes, son Temple de Tutelle, son Amphithéâtre, en dcliors de la ligne fixée par ces remparts; noire poète ne veut point parler de ces monuments; c'est que déjà ils ne sont plus que des ruines, c'est qu'ils ne font plus partie du Bordeaux contemporain, qu'ils se rattachent à uneaulre ville, a d'autres temps. Ausone ne rappelle pas ces temps de grandeur : ils devaient être trop éloignés de lui. Il n'a pas

conna, paraii-il, d'auire Bordeaux que ce caslrum enfermé de tous côlés par une solide murailie... >

La note caractéristique de la description d'Ausone est la forme quadrangulaire de l'enceinte urbaine avec les tours qui la flanquaient; cela correspond parfaitement pour Hordcaux aux remparts de la Cité, tels qu'on est parvenu à les retracer sur les plans, d'après l'emplacement des découvertes des pierres monumentales romaines, effectuées à la base des murailles, tout à fait dans les mêmes conditions que pour les autres villes de la Gaule (t).

Mais laissons le plaisir de faire les constatations et d'en déduire les conséquences aux savants archéologues de Bordeaux, MM. Sansas, Rabanis, de Mensignac, Jullian, qui, pendant ces dernières années, se sont appliqués à bien mettre en évidence tout ce qui concerne la question.

Un seul détail sera élagué des citations qui vont suivre; c'est celui de la prétendae précipitation avec laquelle les constructeurs des remparts de Bordeaux auraient procédé à l'édification à l'aide de matériaux trouvés à leur portée (a). Gela peut être aujourd'hui élagué dii débat, et Bordeaux comme Périgueux, comme d'autres villes citées par Aurelius Victor et Ammien Marcellin, a été entourée de ■ moenia pulchre ornata, fabre polîta *, construits en pleine période de tranquillité et de sécurité (s).

(i) Société archéologique de Bordeaux, volumes tll i VIII, publiés depuis 1S77. L'auleur du préseiil travail, en snn premier article, n'avait pu en citer que les volumes antérieurs.

(«) ;&iiI.,IV, p. (84; vil, p- 74.

(i) Plus loin, et plus spécialement dans l'article qui cIMurera les présentes études, on montrera les villes d'Angleterre, t insiruclis niunitionibus adomatae, ■ d'après GiLDjts et Bed*.

DictizedbyGoOJ^IC

— nï —

Expliquons-aous d'abord sur ce point.

C'est M. Jullian (t) qui parle, et son témoignage est d'autant moins suspect que lui-même ne peul se dégager complètement de l'idée qui a longtemps régné : < Certes les murailles de Bordeaux, comme celles de Dijon, de Périgueux et des autres villes, ont été construites avec une certaine hâte : l'absence presque complète (ï) de fondements (ici les murs reposent parfois directement sur la vase), le choix des malériaux le prouve. On a procédé comme on a toujours fait dans le monde en pareille circonstance, lorsqu'il y a péril on la demeure; on a demandé aux temples, aux monuments publics, aux cimetières, les pierres de taille nécessaires aux fondations; on a fait entrer dans le soubassement de la muraille tous les fragments qui, par leur nature et leurs dimensions, pouvaient le consolider : autels sacrés ou funé* raires, statues ou bas-reliefs, cbapiteaux, fûts ou tambours de colonnes, frises, entablements ou pilastres, tout a paru bon, tout a servi pour l'édification de ces murs. Les cimetières et les monuments de la ville ont été les véritables carrières où ont puisé les entrepreneurs. «

Mais il revient immédiatement à la réalité des faits : t Jamais, ajoute M. Jullian, la chose ne fut faite avec la régularité officielle et le soin méthodique que les empereurs de l'an 300 mirent à élever nos remparts. Peut-on dire, en effet, que ces remparts aient été construits avec précipitation, 'sous ta menace de l'arrivée des ennemis, ou sous la terreur du brigandage? On ne saurait admettre qu'il ait été plus

(0 Loc. cit., p. 398.

(i) L'observation a-t-elle été bien faite? Hemarquons que plus loin il est parlé de fondations de 3 mètreB di

facile de les élever que de les démolir ; or, lorsqu'on abattit, en 1866, les abords de la porte Toscanan, nous avons élé émerveillé, dit M. Drouyn, du peu de travail qu'arrivaient à faire, par jour, dans leur œuvre de destruction, une quinzaine d'hommes manœuvrant une poutre ferrée, suspendue par des cordages à des grues aussi hautes que des mâts : le feu jaillissait à chaque coup et, toutes les heures, une bribe du mur s'écroulait. Le soin avec lequel beaucoup de ces matériaux ont été taillés, ravalés, équarris, l'élégance de la construction en petit appareil et en briques qui couronnait l'édifice, la solidité étonnante du mortier, tout indique que les ingénieurs ont eu le temps de déployer les ressources de l'art de construire chez les Romains. Il semble que le danger fut plus près dans le passé que dans l'avenir, que les villes à fortifier avaient récemment traversé d'épouvantables catastrophes, qu'il fallait, en les meLtant désormais en étal de résistance, prévenir !e retour de pareds désastres, mais que, pour le moment, on avait le loisir de soigner celte œuvre de défense, de chercher à la rendre solide et durable. »

Ces explications donnent le coup de grâce à la thèse qui était présentée encore tout récemment par M. de Roumejoux (i). à savoir que les remparts des villes de la Gaule ont été construits < à la hàtfi, avec les matériaux que les habitanls gallo-romains trouvaient surplace». Il n'y a pas de difTérence pour ces villes : Bordeaux ne fait nullement exception.

On a évalué ci-dessus (2) à un mois le travail d'édification* de 1 00 mètres de remparts ; d'après ce qui a eu lieu pour

(0 Bulletin taonameatal, 1883 («» vol.), p. 384.

jî) Bull, de» Comm. roy. d'art et efarehM., XXVII, p. 47, noie 4.

les remparts de Vérone, ee n'est pas là une œuvre de précipitalion, et les Romains y employaient des brigades d'ouvriers étrangers, même de soldats (i).

Mais reprenons la description des remparts de Bordeaux.

Au-dessus d'un soubassement enterré de 2 mètres dans le sol, le mur conservait encore 4 mètres d'épaisseur et se composait de moellons liés par d'excellent mortier, qui faisait du (out une masse compacte. Le mur en petit appareil s'élevait environ de SmeO au-dessus du soubassement, ce qui formait pour le tout «ne hauteur d'environ 9 mètres. Tout cela avait un remarquable caractère de force et de stabilité (s).

Il a déjà clé remarqué (3) que, tout comme à Arlon, les pierres du soubassement des remparts de Bordeaux avaient été placées à sec, sans liaison de mortier et simplement juxtaposées le plus exactement possible ; que les ouvriers bordelais, en employant à la nouvelle construction d'anciennes pierres monumentales, avaient presque toujours évité de les mutiler inutilement et les avaient placées avec un soin presque religieux; qu'ils s'étaient bornés à retrancher, lorsque c'était indispensable, les parties les plus saillantes qui auraient nui à la solidité de la construction ; qu'ils respectaient les inscriptions et autant que possible les sculp-

(1) Voir ci-après une inscription où il al farmeileaieiit dil que les Iritvaux effectués aux remparls de Vindonissa l'ont ilè i manu mililari. i

Ajoutons it cela rin^iÉnieuse observation dont M. Roeiisch veut bien faire commuaicalioD i rauteur : > S'il y a eu des ouvriers exaeii pour les remparts (le Kicomûdie et autres villes, le passage (I'Euhëne que vous citez prouve aussi l'emploi de prisonniers de guerre {ex [aciiUate vktoriae Britannicae). •

(t) im.,l\, p. 181; VII, pp. ffii, 150; Bordes, Hiuoirede» mnumenltile Bordeaux, p. 1 1 ; Julluk, Ioc. cit.

(t) Bull, des Comm. roy. d'art et d'arehiol., XVi, pp. 456 et sulv.

lures; qu'ils les garantissaient avec de la terre meuble, s'abstenaient d'employer le mortier pour lier les assises ; que les sculptures et les inscriptions étaient toujours placées en dessous ou protégées par d'autres pierws; qu'on semblait avoir pris à tâche de conserver ces monuments pour la postérité, avec une espèce de vénération

La construction supérieure était composée de cubes divises par des briques posées, suivant le motif, soit de champ, soit horizontalement (i); en d'autres termes, la paroi de la muraille était formée de pierres à petit appareil allongé. Celte paroi était coupée à intervalles égaux par des zones de briques groupées sur trois rangs pour arraser la maçonnerie (s).

En cerlains endroits, les lignes de briques sont encore visibles (3); c'est le mode de construction de l'amphithéâtre de Bordeaux que la Iradition rapporte au milieu du iii° siècle, puisqu'elle l'a appelé le palais de Gallien (i).

Cela montre surabondamment que la construction en petit appareil a suivi et non précédé la construction en pierres monumentales et qu'ainsi l'emploi de ces dernières pierres avait eu lieu à une époque oii l'art romain était pratiqué à Bordeaux, c'est-à-dire avant la chute définitive de lempire; que conséquemment Bordeaux a été délruîtune première fols sous la domination romaine (s).

Tout le soubassement des remparts, partout où il a été

(<) BoHPKs, p. 11.

(1) Soc. arcMût. de Bordeaux, IV, p. 18S.

(1) Ibid., p. 177. .

(t) ibid,, p. ISI; Vir, pp. 47, 1S9, Cn-. de Cauuont, Covrs d'antiquilé* tmimmenlales, [II, p. i77.

(s) Soe. archéol. de Borieaux, Vif, p. 48, IS9.

fouillé, élail coiislniil à fintcrieur, jusqu'à «ne hauteur de 2 mèlrcs et parfois de 4 mètres, de débris provenant de ' monuments romains imposants par leurs dimensions et par le luxe exagéré de leur décoration (i), la plupart simplement juxtaposés, sans être liés par aucun mortier; les murailles se soutenaient ainsi par leur masse (i).

A propos de ce que contenait la base des remparts, on parle conlinuetlement de pierres de grand appareil très régulier ayant servi à la construction d'édifices considérables, comme palais ou temples, des frises, entablements, corniches, chapiteaux, pilastres, colonnes, quelques-unes de CCS pièces de dimensions colossales, toutes d'une grande richesse de décoration, à ornementation variée (s), des autels, des silalues de marbre, des cippes.

On a signalé tout-récemment (*) l'existence d'une portion du soubassement de la muraille gallo-romaine de Bordeaux dans une cave. La partie visible de la muraille est construite - en pierres de grand appareil ; quelques-unes sont ornées de riches sculptures et de moulures ayant appartenu à de grands monuments.

En un antre endroit des mêmes remparts, on a aussi trouvé, il y a quelques années, deux énormes blocs ayant d'abord servi à des constructions colossales ; l'un porte des traces de moulures, l'autre est orne sur une face d'un pilastre avec des feuilles lancéolées en imbrications. Ce dernier travail est bien plus délicat et mieux fini que tout ce qu'on

(i) Soc.archiol. ie Bordeaux, IV, pp. 176, 178, 180; Vf, p. !

(i) ;Wd.,V[l, p. 159.

(>) mi., [V, pp. 47, (83; VII, pp. 03 et Kil.

(>) im., III, p. 194.

avait trouve d'aoalogue. L'un et l'autre de ces blocs, détachés d'un édifice considérable, avaient ensaite reçu à Icurcenlre ane excavation pour loger une urne cinéraire que devait ' recouvrir ud cippe. Les sccllemenls apparaissent encore. Ces blocs avaieul enfin été employés à la construction des murailles (<)•

On se demande commenl il peut se faire que les Romains aient construit les murailles d'une ville avec les débris de moonmenls presque contemporains. La plupart de ces débris semblent, en effel, sortir à peine des mains de l'ouvrier. On y a vu des tombeaux à peine finis. C'est là, dit-on, un des points obscurs de l'histoire de Bordeaux sur lesquels il y aurait beaucoup de choses à dire (t)...

La cité n'élail qu'une minime partie de la ville romaine, pas le tiers ! (5) et ses murailles recèlent en leurs flancs- une si prodigieuse quantité de débris de monuments que (on le repèle à satiété) l'enceinte n'aurait pu les contenir tous si on avait dû les réédifier (*). Or, bien naturellement, l'inté-" rieur de cette enceinte, placée à l'entrée du port, comprenait déjà bon nombre des monuments les plus importants qu'on avait eu soin de conserver ou de rétablir.

Les fonlaines, dit Sansas (5), avaient cessé d'exister lorsque les murailles de Bordeaux ont été construites, c'està-dire avant le siècle d'Àusone, puisque le poète parle des murailles dans lesquelles on eu trouve les débris ; cela se

(i) Soc. arehéot. de Bordeaux, VII, p. 170.

(i) Ibid., IV, p. 176. U. Cam. iDLuitN, foc. ciV., a abordé cette question eil'a résolue dans le sens des présenles études.

(>) Soeiéti archéologique de Bordeaux, Vil, p. GT. (*) Ibid., IV, p. 183; VII, pp. 48, 65, 8â, (s) Cité iftid.. Vil, p. 80.

î^byGooj^lc

conçoit parfaitement : les murailles de Bordeaux ne furent construites qu'après une première destruction de la ville, et les parties de l'aqueduc situées au-dessus du sol durent avant tout è(re détruites (par les ennemis?). C'esl, en effet, dans le soubassement des remparts décrits par Ausone qu'on a découvert les pierres constatant la donation faite par le préteur C. Julius Secundus, à l'effet de créer des fontaines publiques dont l'emplacement était, par conséquent, à l'extérieur du tracé restreint.

Des thermes découverts en 1557 avaient également été laissés en dehors des remparts nouveaux (i).

C'est également exira muros qu'on a trouvé des mosaïques, etc., indices d'établissements d'une certaine importance qu'on avait abandonnés pour se réfugier dans la cité entourée de murs (2).

L'amphithéâtre, monument le plus souvent placé à l'extrémité des villes, mais à l'intérieur (3), a dû être nécessairement laissé en dehors de l'enceinte réduite qui entourait le port. Celui de Bordeaux, dit Palais de GalHen, était à plus de 1,000 mètres des remparts décrits par Ausone (*).

Mais, ce qui esl plus caractéristique, le temple de la divinité protecirice du Bordeaux des Romains, appelé les Piliers de Tutelle, a été laissé en dehors de l'enceinte (s).

(i) Sac. archéol. de BariUaux, vri, p. 84.

(ï) ;&id..Vir, pp. 70el88.

(s) Pahvimids, p. 29, est, au ciinlraire, il'»vis que les amphithéâtres étaient en dehors de l'enceinte des villes. Il en existe, â la vérilé, des exemples : Tacite, HUl., 11,31.

<i) ;2>fd., Vll,p. 67.

(■) C'est ce qui eut lieu également à Périgueux, où la Tour de Vésonnc {qu'on considère eomine le temple de Vesuna, la divinité protcRlricc de la ville des Pétrocorres) ftit également laissée en dehors de l'enceiDle restreinte.

Or, on ne peut soutenir (i) que ce soit là une construction établie à l'extérieur par les habitants du quadrilatère décrit par Ausone.

Voici comment cekt est démontré à la dernière évidence (s) ; t Le temple du dieu lutélaire de la ville, d'après les règles établies, se trouvait toujours à l'intérieur des villes et jamais à l'extérieur ; on sait que lorsqu'il s'agissait du dieu ou de la déesse protégeanl une ville, tout était mystère; son nom ne' devait pas être connu. Il fallait que les ennemis ne pussent invoquer celte divinité en l'appelant par son nom et l'attirer hors de la ville, loin de son peuple, en lui adressant le carmen sacramentel. »

Les anciens attachaient parfois les statues de leurs dieux à une chaîne retenue par le piédestal; de plus, l'expression connue genius hvjus loci qui se trouve sur plusieurs autels élevés en l'honneur des divinités prolectrices, indique bien le caractère essentiellement local de celte espèce de divinités : le lemple de la Tutelle de Bordeaux ne peut donc pas avoir été construit ailleurs que dans la ville, et si, à un moment donné, on constate que ce temple est en dehors de la cité, c'est que celle-ci n'a plus les dimensions de la ville ancienne.

Le simulacre même de la divinité avait été sans doute transporté dans la cité comme un palladium ; mais le regret que durent éprouver les Romains de Bordeaux d'abandonner le lieu oiî son culte se célébrait, se manifesta par le maintien du lemple, au moins provisoirement, jusqu'à ce qu'un jour

(i) Comme l'a fiiit Bobdes, p. 13.

(i) Soelélé archéologique de Rdri/caii*, Vil, p. 07.

DictzedbyGoOglC

l'imminence d'un siège vint imposer la nécessité inévitable de la destruction jusqu'alors différée.

On a découvert, dans Bordeaux même, des inscriptions en l'honneur de cette déesse Tulela (i). Or, le culte de la divinité était antérieur à Dioclétien : une des inscriptions est datée de l'an 224, sous Alexandre Sévère (s).

Un petit bronze de Clande-le-Gothiqne (s) a été trouvé dans les interstices des grandes pierres formant la base de la muraille; cette monnaie, évidemment perdue par l'une (les personnes employées à la construction de la muraille, est dans un clal parfait de conservation ; le relief est très saillant, sans trace de frai. Elle n'avait pas longtemps circulé quand elle est tombée entre les pierres où on vient de la retrouver. C'est donc bien vers la fin du m' siècle que les murailles de Bordeaux ont été conslruiles, après une première destruction de cette ville.

Aucun dos savants qui ont écrit sur les remparts de Bordeaux ne s'arrête un instant à l'idée qu'il pourrait s'agir à Bordeaux de l'application des lois des fils de Théodose au commencement du v* siècle, ces lois cousues ensemble dont il a été parle ci-dessus; ils oc songent pas même à nne construction du iV siècle.

< On s'est étonné, dit l'un d'eux (*), que le soubassement des murs de la Cité gallo-romane était formé de pierres monumentales, débris de palais et de temples somptueux. On voulait attribuer au moyen âge ces constructions, qui

(i) SociélÉ archéologique de Bordeaux.

(s) O'Reillï, I, p. 632.

(i) Soc. archéol. de Bordeaux, Vil, p|i. 79 el li

(4) Ibid., IV, p. 183.

lémûigoent inconleslablemeni d'une première destruction de Bordeaux. C'est là une idée absolument fausse. Les murailles dont nous nous occupons ont été construites sous la domination romaine, et c'est antérieurement au iv* siècle que Bordcaos a été détruit une première fois. >

Il y a plus de tniis cents ans. Elle Vinet a écrit ce passage caractérislique (i) : « Voilà donques de vieilles murailles d'une petite ville de figure quarrée, telle qu'Ausone peint son Bordeaux ; mais touEerois il y a à douter si cela est le premier Bordeaux, et c'est-il à sçavoir si ces murailles ici sont les premières marailles de ladite ville; car, aux fondements de ces vieux murs, se trouve grande quantité de pierres ouvrées qui ont jadis servi à temples et à édifices; des pièces de colonnes canneléeset d'autres sortes, médailles en pierre, images, épitapheset inscriptions de lettres en langage latin et non d'autre ; et en telles écritures le nom des anciens habitans de ladite ville... Par lesquelles reliques d'antiquité semble que cela ne sont les premières murailles de Bordeaux ; ains qu'il a été quelquefois ruiné, et que ces murs ici ont été faits de ces ruines.-

■ Gela que je vois pour lejourd'hui se trouver aux

fondements des vieux murs quarrés qu'Ausone baille à la ville nous fait douter de l'ancienneté desdites murailles et ne pouvons pour cette heure assurer que Bordeaux soit ville murée de guère plus longtemps que celui de son Ausone qui descrivait ainsi sa ville environ quatre cens ans après la nativité de Jésus-Christ... »

(.) Sue. archéol. àe Bordeaux, Vil, p. 7*; L'antiquité de Bourdeaus et de Bourg (présentée au roi Charles neufiesme le treziesme jour du mois d'avril l'an I5G3), i" édit., iSli, ouvrage rÉiniprimé réeemmetil.

DictizedbyGoOJ^IC-

Jouannel, qui a fouillé les remparls de Bordeaux vers 1830, Drouyn et Sansas, id. de 1840 à 1860, MAI. Rabanis, Dezeimeris et G- de Mensignac, qui constatent les découvertes modernes, disent tous que l'enceinte quadrilatérale de Bordeaux date de la iia du m' siècle (i).

Ija description d'Ausone (s) a permis de suivre avec certitude le tracé en quadrilatère des anciens remparts de Bordeaux; les restes, qui existaient encore en 1770, ont Fait connaître avec précision le pian de la ville réduite (3); c'est uniquement dans ces remparls, ainsi déterminés, qu'on' a découvert les assises de monuments romains, et nulle part ailleurs le sol de Bordeaux n'ofifre les traces d'une autre enceinte pareille (*).

Cela est parfaitement confirmé par le fait que tous les débris des monuments romains qui sont entrés dans la construction des remparts de Bordeaux, appartiennent, sans exception, à l'architecture, à la sculpture romaine du i" siècle à la (în du m' (s).

L'épigraphie y ajoute son témoignage; une inscription de l'an 3S8 (s) démontre que l'enceinte nouvelle n'a pas été élevée avant le règne de Gallten, et la multiplicité des monogrammes, dans les inscriptions de cippes ou autels,

(i) Soc. arehénl. de Bardeaux, tV, p. 18i ; VU, pp. 63, 74, 79, 83. Voir aussi O'Reilly, I, p. 63.

(t) yftW.. IV, pp. 176, 181.

(j) BOflDES, p. 11.

(i) Sociili archiùlogtquede Bordeaux, IV, p. 181.

(t.) im., [V, pp. 64, 181.

(s) C'est par erreur que Samsas tire ai^umenl des mois me iâcet et corpvs EXANiH de celte fnscription, pour en Taire une inscription ctirélienne. Ces e)tprcS9iun3 se trouvent ensemble dans rinscripliou païenne d'un tuperque {BuU. des Cttmm roy. d'art et d'archêol., XVI, p. iSt).

tendent à rapprocher la date des remparts de la fin du ni' siècle (t).

Cependant, si l'on est d'accord à Bordeaux poar fixer au III* siècle réreclion des remparts en question, on manifeste quelque hésitation sur ic moment précis où la conslructioa fut effectuée.

1 II est évident, dit Jouannet (s), que la construction des murs de Bordeaux, chantés par Ausone, n'était pas antérieure au m" siècle, époque de convulsions poliliques, où l'on vit les légions de la Gaule disposer de l'Empipe et lui donner des maîtres. Serait-ce abuser des conjectures que d'attribuer à quelqu'un de ces Césars improvisés l'antique enceinte de Bordeaux? »

La trouvaille de la monnaie de Claude, dont il vient d'être parié, ne laisse pas de place pour cette hypothèse, puisque la période dite des « Trente tyrans • a pris fin peu après la mort de cet empereur; il est probable qu'on songea seulement, après la reprise des villes par Probus, à mettre celles-ci à l'abri en les fortifiant.

Drouyn (3) dit avec raison : < Au m' siècle de notre ère, les premiers barbares arrivèrent et, avec eux. la ruine et la désolation; les villes ouvertes furent pillées et brûlées, leurs habitants massacrés et traînés en esclavage. Pour éviter de semblables malheurs, il fallait prendre un parti héroïque et sacrifier une portion de la ville et des monuments qui l'em-

(1) SocUlé d'archéologie âe Bordeaux, VU. pp. 173,220,281, 2S3. (i) Passage relaté par la Société archéologique de Bordeaux, Vfl, p. 75. (i) laid., Vil, p. 79, uù !c passugc de cei srfhéolofiiie est cgalemcnt rapporté, iiJDSi qu'uD autre de M. RkB*Nrs.

DictizedbyGoOJ^IC

bénissaient et, avec leurs matériaux, construire des fours et des remparts. >

Quant aux accroissements ultérieurs de Bordeaux, qui ne larda pas à reprendre de l'extension après les invasions des Normands (i). ils sont rendus sensibles par un plan du XVI' siècle, intitulé : « Le vif pourlraicf de la Cité de Bordeaux, 1575 >. Les Piliers de Tutelle sont déjà incorporés dans la ville moderne; mais l'amphithéâtre, dit de Gallien, ne l'est pas encore (a).

La ville actuelle, qui comprend l'emplacement de cet amphithéâtre, n'est donc pour ainsi dire que le rétablissement du périmètre de la ville romaine primitive, qui, sans doute, comprenait l'amphithéâlre, comme on l'a vu ci-dessus.

L'abbé Lebeuf (3), à propos des murs de Bordeaux, dit avoir remarqué le même entassement de débris romains dans toutes les villes dont le siège épiscopal est ancien; il est d'avis que les remparts de Bordeaux ont élc bâtis vers l'an 300. Ce sont les conclusions du présent travail.

Les notes sur les villes de la Gaule contenant dans leurs remparts un soubassement de pierres monumentales du temps des Romains, s'accumulent de jour en jour.

()) Sociélé archéologique de Berdetiu.v, IV, p. 18î.

(j) Voir dans Touvrage de Bordes, en regard Je la p. 8.

(i) Histoire de l'Académie royale de» inseripliona el belles lellres, XXVII (1753), p. U7.

Gibbon, ch. xix, a bien iort de lancer ^ ce savant, qu'il appelle i I^ Bteuf >, le peu aimable coniplïmfnl : « antiquaire dont te nom eiprime »ssc7 bcureuscmenl les Ulenls. ■

Voici d'abord quelques tnentioDS nouvelles de villes entourées de remparts romains, dont le soubassement était constitué d'inscriptions, pierres sculptées, etc. :

Ax (Arriège) (Voy. ci-après Paris). Ax est, en elTel, une ancienne forteresse sur un emplacement occupé, à l'époque romaine, à raison des eaux thermales de cette localité. Cependant il est possible qu'il y ait double emploi entre Acqs, citée par Vinet, et Dax (Landes), déjà nommée.

Baymne (comme Brest, Fréjus, Paris, Rennes et Vannes) est rangée parmi les villes romaines entourées de remparts construits dans des conditions semblables (i).

Beaunc. Certaine inscription portant J'inscription, où l'on croyait lire minerviae cives (a), a été trouvée dans les ruines des murs de l'ancien caslrum romain (s).

Brest et Fréjus. Voy. Bayonne.

Lisieux et Meaux sont signalées par les couches de monuments romains enseveli&s sous leurs remparts (*). ■ Paris. Quicherat {»), parlant de la capitale de la France, dit que, sous Constance Chlore ou Constantin, on fortifia les villes de l'intérieur de la Gaule, et que, dans leur voisinage, on construisit des citadelles pour y tenir les troupes à demeure.

Si l'on accepte les données des présentes études, il s'agit non pas de Constantin, mais bien de Constance Chlore, associé de Diocléiien à l'empire, et déjà connu comme te

(i) Ds Cumom, Abécédaire ^archéologie{Èreg3l]o-TomaiDe),f^.6Zl et mi.; XXIW Congrès archéologigae de France, pp. 40 et 47. (*) Bull, de» Comra. roy. d'art et d'arehéol, IX, p. 272. (i) RossiGHOL, Histoire de Beauiw, p. 33.

(1) XXXVIf Congrèi, p. 43.

(a) Mélanges d'archéologie el d'hitlaire, p. 463,

restaurateur des remparts d'Aulun ; il peut très bien èlrc accepté comme le fondateur des fortifications de Paris.

Quicheral, s'occupant des substruclions étendues qa'on rencontre à Paris sur la rtve gauche (le la Seine, ajoute : « La réflexion m'amène à soupçonner qu'il y avait là un nouvel exemple du fait signalé par M. de Caumont à l'égard de beaucoup de cilés romaines qui, après avoir pris une grande extension sous les premiers Césars, avaient clé réduites, à. l'époque du Bas-Empire, à n'occuper plus qu'un coin de leur ancienne superlicie. •

Cette ingénieuse -supposilion est confirmée par une constatation datant de trois siècles. Elie Vinct (i), parlant des villes de Bayonne, Acqs, Saintes, Poitiers, Tours et Paris, au logis qu'on appelle de Cluny, dont les remparts sont de construction analogue à ceux de Bordeaux, dit : « Aus fondemens de ces vieux murs se trouve grand quantité de pierres ouvrées qui ont jadis servie temples et autres édifices, des pièces de colonnes cannelées et d'autre sorte (2) • .

Rennes et Farines sont citées avec Bayonne, Brest, Fréjus, etc., parmi les villes dont les remparts recèlent des inscriptions romaines (^).

La série des villes de la Gaule, dont les remparts ont été construits d'une façon identique, s'élève donc aujourd'hui au chiffre de 58, plus quelques fortifications secondaires, telles que Larçay et Jublains; cela se rapproche du chiffre de 60 ou 70, mentionné dans les messages de Probus au sénat

(1) Ouvrage cité ci-dessus.

{î) Si le» remparts de P^aris étaient aux environs du musée de CIud}-, ]c Paris romain devait £tre fort rcstreinl, cumuie le pense Quii (i) XXXllf Cotturèi, pp. 40 cl 47.

romain, comme étant celui des villes reprises par lui sur les barbares, etque, par conséquent, il s'estagi de forliiier à la (indu m* siècle.

Il existe, en outre, plusieurs villes signalées à la fois comme entourées de remparts romains et comme sièges anciens d'évcchés, double caractère qui, comme on le verra plus loin, permet d'espérer des découvertes d'inscriptions dans les remparts. Telle est Avignon, dont l'enceinte a môme la forme en quadrilatère du camp romain (i), remarquée il Bordeaux et à Grenoble ; telle est encore Saint-ihicr (de Couserans) (a), etc.

— Énfiu, voici quelques notes complémentaires au sujet' des villes déjà nommées ci-dessus.

Âuxerre. Une médaille de Tetricus (268 à 273) a été trouvée récemment dans le milieu même de la tour jl'Orbandellc, qui faisait partie de l'enceinte romaine (s).

Besançon. On se souvient de la description des remparts (le cette ville (*), analogue à ceux que l'on a supposé avoir existé à Namur (s). Cette ville, qui autrefois s'étendait dans la plaine, se concentra tout entière sur le roc élevé qui en était autrefois la ciladelle, et l'oppidum cessa d'être habité an proiît de l'arx de la montagne.

Ou n'aqu'à comparer deux passages, l'un de César, l'autre de l'empereur Julien, pour saisir dans le vif la différence qui était survenue sous Dioclétien.

(i) Bulletin momumental, b' série, Xli (<S84}, p. 36. (») Ibid., p. 778.

jj) XXV' Congrèi, p. 69S.

(i) Bult. des Comm. roy, d'art et tt'arcliéol., XVI, ii. 456. (s) Ibid., XXVII, p. 65: Ann Sm. archéol. de Namur, XVK, p, 43; WmIdeulsehes Zeilschrift fur Geschichle uud Kunil, 1886, p. 251.

D'après le premier (i) : < Vesonlio csl oppidum maayimum Scquanopiim... idque nalura loci... munilur... propleroa quod ilumen Dubis, ut circino circumductum, pacnc tolum oppidum cingit; rcliquuni spatium quod est non amplius pcdum DC, qua flumen intcrmittit, mons continct magna altiludine, ila ut radiées ejus monlis ex ufraque parle ripac fliiminis continganl. Iltinc inurus circumdattis arcem cflicit, ot cum opptdo conjungil. d

D'après le second (a) : <■ Vesontio esl oppidulwn nunc rofeclum, magnuvi lamen olim, et iBagnificis (emplis oroalum, moenîbus firmissimîs, cl loci nalura munitum, proplerea quod cingilur Dubi ; estquc, ut in mari, rvpes excelsa, propemodum ipsis avibus inacccssa, nisi qua Humcn ambiens tanquam lillora quaedam habel projecta »

L'ara> de Césa^ est devenue tout l'oppidum de Diociélien.

It ne s'agit que de rapprocher de la comparaison de ces textes la descriplion de ce qui reste de l'anlique Besançon : « La ville fut anéantie dans la plaine; elle se releva sur la monlagiie. Des débris de sculptures, elc, transportés sur la montagne, serviront à bàlir le rempart. La ville nouvelle, enlourée de ce nouveau remparl, fut bâtie sur le roc et les murailles romaines de l'ancienne ville {Voppidum de César) cessèrent d'être habitées. »

La ville moderne a repris l'élcndue que la ville primitive avait du temps de César.

(0 Belle gatlico,l,Zff.

(i) Leilrc 38, adressée it Maxime. Edit. Talbol, p. 398. Trad. laline de l'édilion de 1830, p. 180, rectifiée, quant aux noms, J'après les noies de Pktavius, p.3<9, ibid.; voir aussi la IraJiictioii de cetic letlre par Chifflët, Vesojilio, 1, p. 190, qui remplace errouémenl refeciuta par diruWta.

Boulogne. L'eiicoinle de celle ville avait la forme en rectangle de celles d'Avignon, Uordoaus, Grenoble, etc. Quand on délniit quelque partie de ses remparts, on y découvre toujours des pierres sculptées provenant de colonnes, tombeaux, etc. (i). Eumène (2) cite seulement les travaux que Constance Clilore a effectués au port, mais il en parle en de tels termes : < quaenam uiiquam mirabimur valla castronim post hoc novum in mari vallum s, qu'il semble impossible de supposer que ce César, après s'cire emparé des Gessorîacenses mwn'(donc de Boulogne déjà fortifiée), n'aurait pas jugé h propos de substituer aux remparts anciens, reconnus insuffisants, des remparts nouveaux pour compléter les travaux militaires de la ville et du port réunis.

Bourges. Les pierres des remparts, à la base, se tiennent sans mortier, par leur simple superposili«; on y voit des corniclies, des médaillons de grandes dimensions, dont le profd seul est visible (s).

Mans (te). Hucher (*) fait remarquer que les blocs do pierre, provenant des remparts de cette ville, apparticnnenl au m* siècle par leurs inscriptions, elc.

SIelun. Les remparts antiques de cette ville sont construits à l'aide de débris, parmi lesquels on a trouvé des groupes sculptés, des pierres tumulaires, des inscriptions, dont une en l'honneur de Mercure, une autre en mémoire de l'empereur Nerva, et au-dessus un blocage composé de pierres brûles et de luileaux noyés dans un bain de mortier

(t) XXVII' Congrès, p. 2S7.

C«) Paneg. vêler., IV, ëuhëne, Contlaniio Caesari, 6.

(1) XVI' Congrès, p. tl6.

(0 Catalogue du Musée archéologique du Mans, p. 37,

DictizedbyGoOJ^IC

où il enire de la chaux, du sable el de la luile pulvérisée; le lûul à partir d'une certaine hauteur, recouvert d'un parement de petit appareil, avec cordons de briques, comme dans beaucoup de constructions romaines.

Voici comment M. G. Leroy parlait d'abord (i) de ces constructions (on remarquera !a mémo évolution d'idées que dans la plupart des études analogues) :

« Je pense que les remparts de Melun construits à l'époque gallo-romaine sont le fait d'événements critiques, urgents, qui expliquent la façon dont ils ont été édifies. Les monuments anciens sur lesquels ils reposaient avaient été jetés pèlc-mèlc, au hasard, sans autre pensée que de former une base solide pour asseoir la maçonnerie. On y avait répandu de la terre pour combler les interstices et, sur le tout, la maçonnerie avait été élevée. Les pierres monumentales de la base de ces remparts étaient posées sans ordre; on ne s'était même pas préoccupé de leur équilibre, qui ne s'est trouvé assuré que parles terres jetées pardessus; on n'a certainement pris aucun soin pour protéger les inscriptions. Je suis donc tenté de croire que le rempart de Melun a dii être construit sous le coup de la nouvelle de l'arrivée prochaine des barbares d'outre-Rhin, au commencement du V' siècle; on a agi avec précipitation, en se servant des matériaux qu'on avait sous la main, notamment des monumenls du paganisme, nombreux dans l'île de Melun, qu'il s'agissait de ceindre de murailles pour résister à l'invasion. >

Voici de nouveau reparaître l'idée de précipitation si

, (i) Revue da SocUlét lavaalu (iV série, IV, S* «meslre 1866), p. 202.

incompalible avec la recherche d'oriiementalJon indiquée par les cordons de briques, avec la peine qu'on s'est donnée pour aller chercher au loin des pierres sépulcrales

M. LePoy fut direclement inlerpellé.

Or, ayant reçu communication du 2' article, M. G. Leroy écrit (i) à l'aulcur qu'il accepte pour Melun la loi alléguée de Dioclétien et ajoute :

« Les remparts d'AHon ont été construits dans les mêmes conditions que ceux de Melun, où j'ai retrouvé, dans fcur base, le même enfouissemenlde monuments antiques, débris de temples, de sépultures, etc. C'est évidemment la même idée qui a présidé à la construction de tous ces remparts. S'il avait été possible de poursuivre nos fouilles, les résultats en auraient été bien fructueux. L'impossibililé résulte de ce que la plupart des maisons ou des murs de terrasses qui bordent la Seine, dans l'ile Saint-Étienne ou la cité, sont bàlis sur les anciens remparts gallo-romains, qui rcjwscnt eux-mêmes sur des monuments antiques. En 1865, les fouilles n'ont pu être poussées que sur une longueur d'une vingtaine de mètres au plus; elles nous ont fourni des antiquités bien précieuses. Jugez de ce qu'elles nous auraient donné si l'on avait pu explorer tout le circuit de l'ile, c'està-dire un kilomètre environ... »

iS'anles. L'enceinte romaine de cette ville avait la forme du rectangle, signalée en bien d'aulres places fortes du temps des Romains.

La construction des murs est analogue à ce qu'on a

(i) Lcllrcs du 3S man c[ du 17 juillet 1888, qui cilenl ses études sur U questioD, publiées en I86S, diDS le Bulktm archéalogiqtte de Seine-et-Marne.

conslalé à Angers, au Mans, à Sens, à Tours, etc. : la face extérieure de ces murs est revcluc de pierres d'un petit appareil coupé par des lignes de briques ; à l'intérieur, on a trouvé de nombreux fragments de monuments détruits : chapiteaux, bas-reliefs, tronçons de colonnes, blocs de pierre d'un fort échantillon, autels, avec sculptures et inscriptions; une de ces pierres porte !e nom de l'empereur Tacite (27S-276) (i).

Périfjueux. Comme à Grenoble, au Mans, à Sens, à Tours, etc. , les murs et les tours de l'enceinte de Périgucux ont été élevés avec des débris de monuments romains, ce que le fer et le feu n'avaient pas détruit. Dans la continuité des murs sont venus s'entasser frises, tambours de colonnes, chapiteaux, autels, tombeaux; en un mot, les débris d'une ville entière. C'est des murs de la citadelle de la Cité que proviennent la grande partie des colonnes et chapiteaux, frises, architraves, pilastres, métopes, caissons, autels, tombeaux, bustes, inscriptious qui sont rassemblés au musée (2).

A propos des murs de Périgueux, il y a lieu de consigner des observations importantes :

« Le mur de la citadelle de Périgueux n'a pas été élevé aussi hâtivement qu'on l'a prétendu : la circonférence des tours est parfaitement tracée ; elles se relient très soUdement aux courtines; leur base est pleine; elle repose sur le tuf et l'épaisseur des matériaux, qui mesurent jusqu'à a^SO de long

(0 XXIII' Congrès, p. 114; Revue des Sociéiét savantes, IV* série, ill, p. 407.

(») XXIII' CongTé», p. 43; XXV' id., pp. 199 el 260.

sur 0^80 de haut, donne à l'ensemble loulc la solidité désirable (i). »

Dans l'enceinle réduite de Périgueux, dit un archéologue (s), « la population décimée Irouva un refuge qui suffisait à de rares survivants » .

Reims. Les inscriptions les plus récemment recueillies se trouvaient réunies sur un seul point des anciens murs de la ville et faisaient partie, avec l'arc de triomphe de la porte de Mars, de l'enceinte du palais des archevêques, dit château de Mars (s).

Tout porte à croire qu'après les invasions des barbares, les murs de la ville furent reconstruits avec des matériaux empruntes aux édifices antiques qui dépassaient son enceinte el dont les débris couvraient le sol.

La vie d'un archevêque de Mayence, écrileauxii*siècle(4), parle de ruines de temples antiques qui, à Reims, furent employées dans le travail des murailles : labor humanus, y est-il dit,

Traxit vicinas ad upus murale ruinas.

Mais l'on ne discerne pas très bien s'il ne s'agit pas de travaux contemporains de l'auteur : il est certain, par exemple, que pendant le moyen âge, des réfections ou consolidations furent effectuées aux remparts romains, comme à ceux des villes de Noyon, Beauvais et lïvreux ; le clergé de ces villes fut obligé d'y contribuer, par décision du parle-

(0 XXV' Congrès, loc. cil.

(t) xxm* id., p. 43.

(i) LoBiguET, Heimi pendant ta domiiialion romaine, d'après le* intcriplions, etc., p. 8- (t) Dans la Bibl. r«r. germ., de Jaffë, 111, p. S76.

DictzedbyGoOglC

menl, en !588 et 1394 (i); les ruines antiquesfournirent nécessairemeDt un conlingent à ces travaux; seulement ceux-ci auront laissé leurs traces plutôt à l'extérieur qu'à l'intérieur des remparts.

Touts. Des inscriptions romaines ont été retrouvées dans les remparts de celte ville. En examinant la partie basse de la muraille, qui mesure 4 mètres d'épaisseur, on remarque une quantité fort considérable de blocs encore superposés, sans être reliés par du ciment ou du mortier. Les assises de ces murailles sont composées principalement des débris de tombeaux, de frises, de corniches et de colonnes, appartenant par leur style aux deux premiers siècles de l'ère chrétienne {a).

Dans la Gaule, on peut donc le dire avec certitude, la loi allnbuée à Dioclélien et à ses collègues, a été observée partout, et des remparts « bourrés » de monuments antiques ont entoure un grand nombre de villes, toutes réduites en étendue.

Il n'y 3 élé trouvé d'autre exception que pour Autun, qui, à raison de sa position et de son importance, a pu recevoir le spaliosus ambilus dont parle Ammien Marcellin; quoique cet auteur décrive les remparts comme étant déjà au IV' siècle délabrés cane velustalis, il n'en est pas moins vrai que c'est dans ces remparts qu'ont été trouvées les assises de pierres monumentales romaines; or, cela est affirmé par Eumène, ils avaient bien été établis par Gooslance (s).

(i) Papou, Recueii d'arrêit nolables, I, v, u' ii, p. 19". (i) Relate de» Sociétés tavaiilet, IV° série, III, pp. iS et 337 ; Giraudet, Hiiloire de Touri, I, p. 20.

(i) Voirei-dessus, XVI,p.476, elXXVIII, p. 98.

Il va d'ailleurs de soi que l'Empire romain a coQservé de grandes villes, e( que le système de réduclion qui a pu leur être appliqué, leur a toujours laissé les dimensions que comportait leur importance de capitales ou métropoles : c'est aux villes accessoires de l'intérieur que s'est appliquée spécialement la loi supposée de Dioclélien.

Nous connaissons les remparts des villes de la Gaule; explorons les autres parties du monde romain.

Or, c'est non seulement eu Gaule, c'est aussi dans tout le monde romain qu'on signale des remparts ayant servi de réceptacle à des inscriptions romaines, etc. Malheureusement les mentions banales m mûris ou in moenibus, ne permettent pas toujours de déterminer dans les recueils épigraphiques s'il s'agit d'inscriptions trouvées à l'intérieur des remparts ou encastrées, depuis leur découverte, à l'extérieur des murailles, Il a donc fallu se contenter de s'appuyer sur des descriptions circonstanciées, repertum in raderibus moeniutn, ou quelque chose de semblable.

Reflétons qu'il ne s'agit pas de démontrer que toutes les fortifications de l'empire romain datent de Dioclélien ; il y a eu partout des forteresses élevées avant ou après ce règne, surtout aux fronlières, selon les nécessités des temps ; seulement le nombre des villes fortifiées, à l'intérieur de l'empire, a nugmenté dans une proportion notable à la fin du m" siècle, et les constructions de cette époque se sont signalées par leur soubassement de pierres monumentales romaines cl, en général, par la réduction des enceintes dos villes.

En d'aulres termes, il s'ugit de savoir non pas qui a élevé les remparls d'une ville déterminée, mais qui a ordonné de placer les pierres monumentales à la base des murailles nouvelles entourant, en général, des villes concentrées.

Le présent travail a pour but de vérifier si, parmi les nombreux remparts' construits dans ces conditions, il en est qu'on puisse attribuer à d'autres qu'à Dioclétien et ses collègues.

Un élément de confusion se présente : on peut bien certifier aujourd'hui que tous les dépôts d'inscriptions à la base intérieure des remparts sont du m" siècle, parce que toutes les dates qu'il a été permis de reconnaître dans ces inscriptions sont antérieures à l'an 285.

Mais, d'autre part, ce m' siècle, où seulement on a songé à fortifier l'intérieur de l'empire, fournit une série d'indications de remparts construits avant Dioclétien :

En 238, le sénat romain fait mettre toutes les villes d'Italie en état de se défendre contre Maximin, qui assiège -inutilement Aquilée (i).

Les habitants d'Athènes, sous Valérien, relèvent leurs remparts, ruinés depuis Sylla (ï).

Galiien construit des remparts à Vérone el constate le fait par une inscription (s).

Claude 11 agit de même en ce qui concerne Nicée, où Busbecq a lu sur les portes deux inscriptions dans ce sens(4);

(i) Capitolin, Les Maximins, ixi, iccii; Maxime et Ualbin, a. Hëhodjen, VIII, 3, ajoute qu'on n'avait plus depuis longtemps songé ï forliDer les villes il'lIuUc, protégées p»r tant de provinces.

(t) ZoNARJis, ^na., XII, 33; Triïbell.Pollio, Gallitni duo, xiii,

(i) C.I.L, V, n" 3329; elle esl reprodulle ci-après.

(+) C.I.G.,n'"3747, 5748; cfiv C.I.L, III, n" 327.

peut-être même faut-11 attribacr les remparts de cette ville à Qutetns, qui figure parmi les Trente tyrans, et dont une médaille a pour revers Ntcée, entourée d'un rempart à six tours (t).

Aurclien fortifie Rome et Probus achève i'œuvre (a).

Etc., etc.

Mais il n'en existe pas moins un fait historique : rétablissement, sous Dioclétien, de nouvelles fortifications dans de nombreuse^ villes de l'inlérieur; ce fait général est accompagné de circonstnnces que les murs de Grenoble' ont permis de constater : il y a donc présomption que tout rempart où l'on trouve des inscriptions à la base a été bâti par Dioclétien.

Parcourons le monde romain.

— L'Angleterre nous a fourni ce renseignement précieux (communiqué par Roach Smith) que les murs de Rittern contenaient des inscriptions nombreuses, tandis que les recueils étaient mucls sur les circonstances de la découverte.

M. -Thompson Watkin, adversaire de l'origine romaine des remparts de Chesler, constate des faits importants en faveur de l'opinion combattue par lui ; les pierres tronvces dans les murs de cette ville étaient d'excellente conservation; arrachées à des monuments qui venaient d'être démolis, elles avaient été immédiatement enfouies dans les remparts, les faces tournées à l'intérieur, de manière à conserver leur fraîcheur (s).

Les détails si caractéristiques donnés par Gérald de Barri

(i) Maffei, Verotta illustrala, IV, p. 56.

(i) VoFiscus, AaréUen, xxi, xxxtx; Zosime, I, 49; Eutrofe, IX, tS. (>) Voir dans les ffnto m the dly Waiii n/'CAwIer, de sir Jas,-A. Pccton, p. 93.

DictizedbyGoOgle

(Silvesler Cambrensis) sur les remparis d'une vilJe qu'il a visilée et décrite (i), concernent non pas Chesler (2), mais CaerleoD (Isca Silurum), et cette dernière ville est donc 3 ajouter au cafalogue des villes restreintes par les Romains, dont l'enceinte réduile a été entourée de remparts où l'on a trouvé des aniiquités romaines (3).

A York, en 1842, on a trouvé à la fois dix pierres à inscriptions dans les remparts de l'ancien Eburacum (i)t

Il suffi! d'indiquer ces faits pour élendre à la Britannia l'analogie de construction avec les remparts de la Gaule; des éludes ultérieures seront faites utilement en Angleterre; on ne peut que montrer ici la direction qu'elles auront à prendre pour y retrouver la date où les vingt-huit villes munies de remparts et les innombrables caslella mentionnes par Gildas et Beda ont été fortifiés.

— Le savant Bordelais à qui nous devons la description si importante des murs romains de sa ville natale, Elle Vinet, qui vivait au xvi*^^ siècle, fut professeur à l'université de Coïmbre, en Portugal.

Il fut mis à même ainsi d'étudier les forlificalions romaines de ce dernier pays ; « de pareille matière et structure, dit-il, se voient encores aujourd'hui prou de demourans de murailles de ce vieil temps là par la Gaule et ailleurs. Il me souvient en avoir veu à Eure, en Portugal... •

(<) Voir le passage de Giraldus Cahbrehsis, en son Ilinerariam Cambriae, éilltâ en 186S, dans la collïvtion des R«ru'n britanniearum medii aevi tcnptorei, vr, p. 35.

()) Rens de Raarh Suitb.

{») C.I.L.,Vlt,n'' DO, 97,99,111, 114,117.

(i) CIL., VII, n" 213; cfr.fWd-.n" 31,33, il7.

Eure, c'est Evora el, en effet, certaioes inscripiioDs, d'après la description qu'on en fait, semblent avoir été extraites du mur antique de la ville romaine d'Ëbora (i).

Lisbonne (Olisipo) a également Tourai des inscriptions tirées de ses remparts, et pour l'Espagne, il suffit de citer Taragonc (Taracone) qui se trouve dans le même cas (a).

— Les villes du Rhin nous fournissent de nombreuses iaseriplions romaines mises au jour lors de la démolition de remparts romains, notamment Cologne (a), Castel, vis-à-vis d^e Mayence, celle-ci elle-même, et nous savons aujourd'hui, par le médaillon récemment révélé (i), que ces deux derniers postes ont élé fortifies sous Dioclélien.

— Une inscription trouvée en Suisse, à Windisch {Vindonissa), parte, en outre, du rélablissemenl du mur de cette localité par Dioclélien et ses collègues {^); on y lit que les

(I) C.I.L., Il,p.l5,n"ltl et ne.

(i) C.I.L.,1I, n" 188,192, 191, elc; il43, 4150,1253, 45tO.

(t) Steiher, C'idex imcripliomia baiiubU ei Hheni, I, il" 3J2, 239, 219, 300, 322, 572, 575, 378, etc. ; II, il" 1063, 1 130, de.

BttAUBjicn, Cerput inseriptionunt rhenanarum, 332 et m\\.; 9TS cl suiv., IBM, el«.

. (4) Voy. el-dessus, XXVIll, p. 82.

Disons cependant que, contriiireoienl n l'avis du numiRtoatc m la Saussate, l'IiUlorien Dunuv, Histoire des Romaim, VII (1B83). p. J09, atlribiic le méd^Lillon il l'époque de Valenlinien, ce qui concorde d'ailleurs avec les furtilicalions du Rliin, établies ou renforcées par cet enipcvcui'. L'inscription saecvli félicitas que porte le médaillon appartient cependant U la numismatique de Maximicn et nuii k celle de Valeiitinlen (voir Coben, VU, Tables).

(e) Momhsen, Hermès, XVI, p. J68. Quant U une seconde inscription de Windiscli. ibid., p. 4S9, avec les traces de l'inscription ; ...tikiant ...hvr..., HaHHSEN la rappoi'le à des remparts Établis par Volentinren, qui, en cfTul. a construit DU réparé des rorliHcatlons aux limites de l'impire. Hais, puisqu'on posside une première inscription semltable, n'est-il pas permis de demander de vérifler si on n'y lit pas imianv (au lieu de tibiauv)? ii s'agirait alors de Maximicn, colltguede Dioclélien.

chefs de l'empire, manu mîlttart murum (Vindonissensem ?) restiluerunl.

C'est tm exemple de forlificalion ancienne qu'on a fail rentrer dans le système nouveau, ce qui a dii èlre d'ailleurs le cas pour d'^iutres villes.

Mais c'est, en oulre, une application heureuse d'une idée de Probus, à la discipline duquel Dioclélien cl Maximien, comme les deux Césars, Constance- el Galère, avaient "«té formés (i). Ce prince disait qu'il fallait s'étudier à rendre les armées inutiles et, en attendant, employer les soldats aux travaux publics.

Cette restitatio manu militari des remparts de Vindonissa, donne un grand poids à la thèse ici soutenue : quelle apparence que l'armée ail servi à de pareils ouvrages, sans une disposition générale prise en commun pour tout l'empire par Diocléticn et ses collègues, à l'effet de suppléer à l'insufQsance des ouvriers civils, en permettant de leur adjoindre même des soldats des légions.

Mommsen rattache avec raison au service militaire pour travaux publics les inscriptions parlant des pedaturae de Trévires, de Tungres, etc., et il signale un passage de Vegèce où ces corps de troupes font ofEee de génie militaire.

On opposerait sans raison à cette interprétation l'emploi du mot pedalura dans les documents du moyen âge; dans riiistoire de Vérone par Jérôme dalla Gortc (a), le mol semble signifier un espace déterminé de travaux à effectuer même

(i) VoFiscus, in Probe, iO tl'ii : « UultaoperuNiiVJ/i'tmifNH pri'rccil, «lieens annniiani i^ratuilam militem comedrrc non dclicrc. i Comp. Auhelids Victor, Caet., 37, et TÉdit do Valenllnien cité ci-dessus, XXVm, p. H7.

(t) Citée par DuctNCE, G/ms., v Pedutura.

par des clercs : s Ëlde mûris pars Episcopii quartem parlem pedaturae accepit et opus illud perfecil. »

Certains corps portaient le nom de pedalvrae, et l'on ne peut contester .la relation de l'expression avec des (ravaax publics : aussi doit-on se demander si la mention pedalura. k propos des .légions Herculea et Jovia, précisémenl les qua • lificatirs de Maximrcn et de Dioclélien (t)i ne remonte pas à uni? organisation, par ces empereurs, de quelque corps de gônie militaire, analogue à nos < sapeurs-mineurs » .

Une autre inscription a ijlé trouvée au sud du Rhin, près du lac de Constance, où il est dit que les quatre collègues impériaux murum Tasgaelensium sumptu suo fecerunt (i).

Cette inscription est inlcressanfc en ce qu'elle est le quatrième monument épigraphique (les autres sont ceux'de Grenoble, Wintertbur et Windisch), mentionnant l'application par Dioclélien et ses collègues de là loi qui leur est attribué;.

Mais, de plus, elle montre que les forteresses des quatre subdivisions de l'empire, con6ées aux deux Augustes ef aux deux Césars, élaicnl construites à frais communs, c'est-à-dire à l'aide d'une seule caisse, le trésor public; parconséquenl, la loi supposée et son exécution générale par tout le monde romain, acquièrent de plus en plus confirmation el consistance.

— Les contrées danubiennes n'ont pas été moins fer-

(i) Nolilia orlentit, eap. 151 et 132.

(î) HoMMSEN, ibid. Les Taigètes soni placée» par Ptoléhëe entrÈ les sources (lu Rhin et du Danube {|>l. lxx rie la reproduction du manuscrit' du mont Atbaa, avec inlroJuflion pnr Vici. I.anclois),

îdbyGooj^lc

tiles (t). Dans le Noriquc.Cilly (Celeta), en Relie, Augsbourg (Augusla Vindelicorum), onl égalemcnl laissé sorlir des inscriplions des Dancs de leurs ancienoes forliticalions (a).

M- le professeur Domaszewski, de l'université d'IIeîdelberg, veut bien écrire à ce sujet à l'auleur :

a M. le conseiller Zangemeister m'a engagé à vous communiquer les observations que j'ai eu occasion de rassembler, en mes voyages dans les contrées danubiennes, sur l'emploi de monuments romains pour des constructions plus récentes.

• En général, j'ai conservé l'impression que pendant la deùxième^moilié du m* siècle, ces pierres monumentales ont été employées comme matériaux dans les bâtisses, cela apparemmentaprès Iqs destructions opérée» par les invasions barbares de cette période.

» Carnuntum (Pclronell et Deutsch -Allen burg) m'est très connue, parce que, pendant plusieurs années, j'ai dirigé k's fouilles dans celte localité. Là subsiste encore aujourd'hui un monument nommé' Ileidenthor, reste d'un temple de Janus Quadrifrons. On y volt l'inscription C. 1. L., III, • n' 4393, et des autels votifs, dont les inscriptions ne sont pas visibles.

■ Dans les ruines du cbâleau de Deutsch-Âttenburg, dit Burg, on trouve les pierres monumentales romaines employées régulièrement comme matériaux de bâtisse.

> Vous rencontrerez de plus près des renseignements dans le Archaeologisck Epigraphische MUtheilung aus Oester-

(0 C.I.L, III,n"«09, 1572, i629et SI {*) /6id.,n»' 3212, 5831, el«.

reich Ungam, tomes [" à XI. Dans le VIII" vol., p. 84, est recueillie une inscriplioii de Ravna, près de Kugazcvaz, en Serbie. J'ai visité l'endroit, cl j'ai constaté que la pierre provenail d'une grande partie de ruines monumenlalcs des murs romains du château ; devant moi, les paysans en ont extrait une autre. Ce. château fort défendait le passage du Timok.

• Il en est de même d'inscriplions trouvées à Cumakocvci (Tschumakufsa) sur l'Iskcr, en Bulgarie ; là aussi j'ai pu m'en convaincre de visu. (C. I. L-, TU, n°' 6130 et suiv.)

» Voici comment, dans la publication citée, VI, p. 40, s'exprime Tocilesca, à propos de Trocsmis : Près d'Iglitza, j'ai commencé des fouilles du côté nord et s|iécialemenl devant la granc^e tour. Après un déblai, profond de huit mètres, j'ai trouvé l'entrée de la tour composée de gros blocs de pierres travaillées, lesquelles, par la régularité de la (aille, excitèrent en moi l'espoir que j'y découvrirais des inscriptions. Âpres beaucoup d'efforis pour détacher les prorres, qui étaient jointes par un ciment compacte, j'y . découvris quatre inscriptions.

> De même, dans la publication susdite, VIII, p. 24S, j'ai fait paraître un rapport sur la trouvaille de deux inscriptions de Srebrenica (municipium Domav...; le nom est en abrégé sur les deux pierres), en Bosnie. Depuis les fouilles, on a encore trouvé trois pierres à inscriptions, employées comme matériaux dans les constructions romaines.

B Voilà les seuls exemples donlje me souvienne; mais je voyagerai encore dans ces contrées et je m'attacherai de plus * près à ce sujet pour vous transmettre de nouveaux renseignements. »

DictizedbyGoOglc

— A Athènes, les murs qui conlienncnl un grand nombre d'inscriptions romaines du lemps de l'empire, loules-prccédanl la fin du in* siècle, portaient à l'exlérieur des épigraphes en vers, où leur apchilecle, le poêle Illyrius, se comparait à Amphion qui, au son de sa lyre, fil surgir de terre les murs de Thèbcs (i). On a peine à rapporter cette

' construction et ces inscriptions raffinées au règne de Valcrien, où Athènes se fortifia avec précipitation contre les Scythes; ce n'était pas le moment d'illustrer par de la poésie le travail de reconstruction des murs'. D'ailleurs on connaît le nom de l'ingénieur, non pas Illyrius, mais Cleo- dame, directeur de ces travaux restés inachevés, qui n'empêchèrent pas les Scythes de s'emparer de la ville.

Les murs construits par Illyrius sont donc sans doute postérieurs et, en elTet, les épigraphisles, à raison de la forme des caractères des inscriptions, prononcent le nom d'Au-. rélien... Dix ans de plus, nous voilà au règne de Dioclétien, dont les remparts fabre poli/a, pukhre cuUa, adornata, ont pu encourager l'architecte-poèle à célébrer par ses vers les remparts qu'il a eu à construire.

Les remparts, non seulement d'Athènes, mais encore de Sparte, de Sicyonc, de Mégarc, regorgciil, peut-on dire, d'inscriptions de l'époque des empereurs (2).

— La Thracc n'a pas échappé à l'exécution de la loi supposée, puisque M. Gh. Robert (jî) déclare avoir vu

(1) C.[.G., 11° iiS; C.1.A, l[l, I', p. 90, u" 599 et 400. Voy. aussi WACitaMiiTH, liie Sladt Mlira in Alierllium, I, p 706.

(î) C.l.G, I, n° 413 («fr. 267, 317, 333, 334, 318, 368); 1077, 1110, 1341, etc.

(s) Voy. ci-dessus, SuJ/. de» Comm. roy. d'art et U'archM., XXVii, p. 76.

cxirairo, des anciens remparts d'Andrinople (Hadrianopo)is), des pierres monumentales; malheureusement, les recueils d'inscri plions (i) ne conliennent pas de détails à ce sujet, parce que, il. faut bien le constater, les villes du monde romain, aujourd'hui possédées par les Turcs, ontéléiDcomplétcmcnl étudiées : cela s'applique tout particulièrement à l'Asie Mineure, où de grandes villes, comme Nicomédîe (la capitale même de Dioclétien), Nicée, etc., ne nous permettent pas de dire que les remparts de ces villes ont conteuu des inscriptions et' sculptures romaines.

— A Jérusalem, une inscription d'Antonin-Pie a été trouvée dans les remparts. Comme elle était placée avec le pied des lettres en haut, M. de Saulcy s'était laissé aller à dire : • l'inscription très certainement a été renversée à dessein et mise là pour constater le renversement des idées f|ui<en avaient dicté la teneur*. Mommsen (s) est bien indulgent en feignant de supposer qu'il y a là une simple plaisanterie.

— En Afrique, Carthage, citée par Ausone, comme par Aurelius Victor, et, d'après ce dernier, fortifiée par Dioclétien, ne nous a plus même laissé ses remparts : < Ëtiam pcriere ruinae... ■

Quant aux remparts des autres villes de la Numidie ou de Mauritanie, ils ont été tellement bouleverses, entre autres par le préfet de Lybie, Solomon, sous le règne de Jusiinicn,

(0 Cl L., m, p. )Î9, n" 711 et suiï.; Cl.G, II, p. 75, n' 30(6. Ajoulons cepend'inl que la représe/i talion de Hadrianopolis, ceinte ie murs et de tours, au , ri'vcrs d'une médaille de Gordien (MAFrEi. IV, p. S6) pourrait induiras rapporter l'érection des remparts de la ville à ce prince.

(t) C.l.L-, III, p. 21, n» nu.

DictizedbyGoOJ^IC

()u'il (jsl difficile de disUnguer (|uelles ont élé les conslnictions effccluées par DiocléUen.

Notamment la ville de Tebessa (Theveste) a subi, comme Turin, Aquilée, etc., des remaniements à ses fortifications dans des temps postérieurs à Dioclétieo (a).

— L'Ilalie présente une quantité de villes dont les remparts contiennent des inscriptions.

Milan est nommée au iv' siècle. par Ausone, dans les vers cités plus haut, et Aurelius Victor désigne spécialement cette capitale de Maxiniien comme ayant clé dotée de moenia par Dioclétien. Aussi est-^e une idée courante que les fortifications de Milan sont ducs à Maximien, collègue de Dioclétien (3).

Or, plus de cinquante inscriptions romaines ont été découvertes dans les murs de Milan.

On ne s'arrêtera pas à une inscription chrétienne recueillie là (i) : si, en France, le plus ancien monument de ce genre est seulement du iv' siècle, il en est autrement de l'Italie, où l'on en a rencontré du i" siècle, avec mention d'un consulat du temps de Vespasien (a); pareille inscription pourrait fort bien avoir été placée du temps de Dioclétien dans des murs d'une ville d'Italie.

Quant aux qualifications de ihéodosicnnes, byzantines,

(.) C.l.L, VIII, 11" 1877, l«^l,elc.

(ï) Amak, V Milaiio : i Massiruiaiio ErculB qui vi jiusi! sude siabilc e la cinse ai mura. ■ Voy. aussi Larousse, v* Mitaa, p. 3S1 1 e Maximien Hercule entoura Hilaii de muruilles, dont la eii'uonrcriince étail rie b kilomètres, i Le ■ duplex taurm > et l'i amjitiBculion i de lu ville, doul parle Ausone, sout peut-Ure dus il lin agrandisseincnL dn Constantin [voir ci-dessus, XXVIII, p. 1 18).

(i) C.I.L., V, n«OI9e.

(<) Martighv, DicliQimaire ilei ttiUiquiUs chrélieHim.s^ Inscriptions, p. 416.

carolingiennes, elc, atlribuées à cerlaines parties des fortiikalions de Milan, où des inscriptions ont été trouvées, il s'agit sans doute de restaurations plus récentes laites aux remparts romains.

Ce sérail absolument comme si, à propos des forlilications de Vérone, on les appelait remparts de la renaissance, parce qu'au xvi' siècle, le fameux architecte Sammichelii y a appliqué le système jwlygonal à redans qu'il venait d'inventer.

Ce sont ces relouches modernes qui ont parfois donne le change aux explorateurs, et il a fallu, -notamment en Angleterre, à propos de Chester, de grands efforts pour faire ' reconnaître, comme anciens, des remparts remaniés.

Turin n'a pas fourni un contingent moins riche que Milan (i); Maiïei (s), au siècle dernier, mentionnant les inscriptions des remparts de Vérone, citait la découverte alors récente de plusieurs pierres dans les remparts de Turin.

A Terni, on signale la découverte d'anciennes pierres romaines dans les remparts (s).

Pola, outre un grand nombre d'inscriptions trouvées dans ses murs, présente une particularité intéressante et qui a peut-être son importauce{a-t-eiIe été déjà signalée?) ; comme Gularo-Grenoble, forllGée par Dioclétien etMaximieu, Pola avait sa porte Jovia et sa porte Herculea (*). Serait-ce une

(i) Hartighï, Dictionnaire des anUguiiét chrélienne», n" 6930 et sutv., 6971, etc.

(») liuseim veroaense, p. 209 ; Id., Veroaa iUmtrala, p. N3.

(>) Gdattani, Monuiiieati «abiai. II, p. 438.

{*) Ahati, Dici. léogr., \- Pola, p. ZiO, dit que la porte d'Hercule date de la République. La porta Jovia porte aussi le nom de Gemirta.

DictizedbyGoOJ^Ic

allestation de date" pour l'éreclion des rcroparis de Pola? Ces l'cmparls con lien nent des pierres à inscriptions (i).

Il en est de même des remparts de Brescia ; car c'est sans doute à des murs d'enceinte qu'il faut rapporter ce que dit un ancien épigraphiste parlant d'une série d'inscriptions recueillies au xvi' siècle en celte ville (3) : < per la maior parte furon cavati defti sassi nelia Torre chiamala Porta Paganora (3). »

— En Sicile, enfin, on a Ironvé des inscriptions dans les remparts de Syracuse el de Palerme (i).

Voilà certes de quoi autoriser la supposition que les murs de tontes les villes du monde romain ont été fortifiés par Dioclétien, d'après uu système spécial, consistant à faire déposer les pierres monumentales à la base des remparts.

— Vérone el Rome seront plus spécialement étudiées ci -a près.

Vérone el Uomc...

Nous entrons dans une voie paradoxale, il n'y a pas à le dissimuler : l'opinion commune, appuyée de documents dont on ne peut contester l'importance, est que, de ces villes dont les murs recèlent des inscriptions, etc., la première a été fortifiée par Gallien, la deuxième, par Aurélien; aucun autre prince n'est nommé par les auteurs avant le v' siècle.

(0 C.I.L., v, ii"38, 29, 86.

(1) C.I.L., V, p. m, n"4308, 4361, 4121, etc.

(i) li est bon touK^rois d'ajouter que Houmskh indique eetle tour comc apparicnantil une église; celle-ci est-elle appuyée sur les anciens remparts î (i) C.l.L.,X,n" 7183,7267.

DictzedbyGoOgle

GoDirôloDS cependant ces documeals e(, tout en respectant les textes, hasardons, pour établir ie concours de DiockHïen, une théorie nouvelle : mal fondée, sa rérutation consolidera le sysicme reçu. Mieux vaut, l'auteur l'a dit ailleurs (i), une erreur qu'on parvienne à réfuter, qu'un silence auquel on ne puisse répondre : quand un chercheur croit entrevoir une solution, même n'ayant qu'une apparence de plausibilité, il ne lui est pas défendu de l'exposer, surtout s'il n'a pas la prétention de la faire prévaloir contre les Idées reçues, tant qu'il ne sera pas parvenu à s'attacher des adhérents qui pourront faire légion avec lui. Ceci est un programme, ce n'est pas une proclamation ,

— Les remparts de Vérone (2) offrent tous les caractères des remparts établis par Dioclétien.

Les murs romains y ceignent une agglomération des plus restreintes. Vérone mise sur le même rang que Milan, par Slrabon, préférée par lui a Brescia, Vérone appelée < grande n par Martial, « copiis valida » par Tacite, se trouve, à la fin du m* siècle, occuper seulement une minime partie de la presqu'île formée, au pied d'une colline, par un méandre de l'Adige (3) : le quart de la ville actuelle.

Comme à Tours, comme à Périgueux, comme à Rome même (voir pliis loin), la ligne des remparts de Vérone passe à l'amphithéâtre, et si cet amphithéâtre n'a pas lui- ■

. (0 Annales de l'Académie d'archéalogie de Belgique, i' série, II, (1808), p. bï9.

(1) Ohti Manaba, Uelte aiitiche mura cite c'iageano ta cilla di Verona a' lempi romani {Annati deW InUilulo di corrUpondema arcbeologiea, 1B31, p. 60); Uaffei, Verona illuttrala, c-t Tauvinius, Aniiqiiiiatei Verenentes (passim).

(1) Uaffei,!, p. 3; 111, p. Si Orti, p. 60.

même Fait partie de l'enceinte, ainsi que dans les autres villes citées, on y assigne néanmoins le rôle de poste avancé défendant la place (<).

De même que dans toulfis les villes Tortifiées par Dioctétien, les remparts de Vérone avaient de quatre à cinq mètres d'épaisseur (plus de trois brasses, selon Maffei) et ils étaient d'une hauteur proportionnée (a).

De mémo encore, on signale à leur base une première couche de pierres colossales (3), et parmi celles-ci des inscriptions, dtts sculptures; il n'y a pas jusqu'à l'erreur, maintenant prouvée telle, du « travail confus, précipité, à l'aide de matériaux qu'on avait sous la main (*) », qui ne se professe à propos des remparis de Vérone, tant ils sont semblables à ceux des villes de la Gaule.

Vérone, fortifiée sous Gallien, pourrait avoir servi de type à ces dernières : c'est pourquoi la loi supposée de Dioclétien, inscrite en tète du deuxième article ^5), assigne comme exemple à tout l'empire les fortifications de l'an 26S.

C'est qu'il n'y a pas à en douter : l'inscription qui existe encore sur la porta do' Borsari, à Vérone, le dit formellement : les murs de celte ville ont été établis par Gallien.

Voici cette inscription remarquable (complétée) : colohia.

AVGVSTA. VERONA. NOVA. GALLIENIAWA. VAI.ERIANO. II. ET

(1) Maffei, l. cit., et Obtt, p. T9, note 3, et pi. b.

(9) Haffet, m, p. 40 : I L'altezza di qitesle mura e lu grossezza d'uKre a irc braccia rendevale (erribile et magiiiOrhe insieme. > Orti, p. 80, pnrte ta hauteur ï 13 mètres.

(i) UArFE[,l, p.<43;l[l,p.J0.

(«) Obti, I. cil., p. 80, convient d'ailleurs de ceci ; ■ Quesie mura chc, quanlunque lavorali tumuKuarianienle, dimostrano una certa rcgolarita >

(i) Biitl.dftComni.ros.<rarletd'archéol.,W/l,p.Z>t.

Lv|IciL[o. co{n)&{uU!m)s. uvri. veronehsivh. fabricati. EX. DIE. iii. NO^(a^inl). APRiLiv(m) | dedicati. fR{idié). mK(arum). DEc(e»jirium). ivbente. sawctissimo. gallieno.

AVe(U5/0). n(QStro). 1n|sIBTE«TE. AVR(€/io). MARCELLISO.

\(iro). p{erfecttssimo). Dvc(e). DVc(ertûrto). cvrante. ivl(io)

HARCELLINO (0>

On comprend que la situation de la ville ait spécialement attiré l'attention. Vérone a été appréciée de tout temps comme point de défense : déjà Tacite la vante comme clef de l'Italie (a) et, dans les temps modernes, elle a fait partie du fameux Quadrilatère dont le rôle fut si important dans les guerres de la Péninsule.

Gallien, plus que tout autre, devait se rendre compte de la nécessité de la renforcer : les Alamans avaient pénétré' jusqu'à Ravenne; lui, Gallien, venait de les battre; il fallait assurer la victoire et empêcher les barbares qu'il avait vaincus, dé rentrer en Italie.

De plus, on connaît encore Gallien comme constructeur on restaurateur de forteresses du côté de Pont-Euxin : lors de l'invasion des Seythes, il chargea deux ingénieurs de Byzance, Cléodame et Athénée, de restaurer les villes de ce côté de l'empire et d'y établir des fortifications : • instaurandis urbibus municndisque (s) >

A tel point que s'il n'était pas tout à fait certain que Gallien n'a pas Fortifié les villes de la Gaule, dévastées au

(t) llist; lu, H : g In Veroiiensibiis pretiiLm ruil; exempla opîbusquc partes juvere : et Interjecdts exercilus pcr RnelJani Juliasqtie Alpes; ac, ne pervium illa gemiiinicis enemitibus Toret, obsepserat. n

(i) Trebrll. Poll., Gollieni duo, nm.

DictizedbyGoOJ^Ic

cooiraire sous son règne, on eu sérail à se demander si ce n'est pas à ce prince qu'il faul altribuer l'érection de lotis les remparts de villes à soubassement de pierres antiques, puisque ceux de Vérone sonl lels .. '

Mais peul-étre dira-t-on que l'auteur du présent travail a tort de s'incliner devant le texte de l'inscription de Vérone et de la rapporter aux remparts de cette ville, où l'on a Irouvé des inscriptions...

S'il n'y a pas uniformité de dalo et de construction dans le système qui assigne les remparts avec inseriplions au temps de Oioclélîen, il n'y a plus de raison, ajoutera- t-on, d'accepter l'érection de ces remparts commo une règle générale, comme le principe d'une loi.

Et de fait, il y a une telle ressemblance entre les remparls de- Vérone et ceux des villes de la Gaule qu'on est bien tenlé de les altribuer tous à un seul prince, et s'il n'y en a pas deux, de supprimer Dioclélien.

Mais voici qu'on produit un document d'une grande importance.

MafTei signale une médaille d'une aulhenticité indubitable pour lui; non seulement il en possédail un exemplaire, maïs le musée Capello, à Venise, en détenait un second depuis plus de cinquante ans, ce qui, aux yeux de MalTei, exclut toute idée de fl-audc.

Cette médaille, en argent, porte l'inscription naxiuianvs r.AES et représente le busle de Maximien (lalère, l'un des associés de Dioclélien à l'empire.

Au revers, se voit la forteresse considérée ci-dessus (i)

(i) Bull, de» Comn. reg. d'art et d'arekéoi., XXVIII, y. 83.

comme caractérisanL les remparts de villes el dédiée par les deux Gésarâ et les deux Aiigiistcs, qai offrent un sacrifice devant la porte ouverle.

L'inscription de ce Tevers est vbrona nprite cond, qac Maffei proposait de lire : Verona. iV(ova) p(ûrla) rtie conrf(ila).

Eckhcl accumule les marques d'étonnement au sujet de celte médaille; il répèle trois fois le mol mi>um; il discute la latinité de l'expression explicative • porlam condere « et cela à bien juste titre : si quelque chose n'est pas sasceplible d'èlre construit, ce sont les vides des portes; dans le tracé des murs, on indiquait môme en soulevant la charrue à l'cfîel d'interrompre le sillon (i), ta pince où devaient èlre les portes et où, par conséquent, il n'y avait pas à condere des fondations.

Mais Ectihel ne conteste nullement l'authenticité de la médaille (a). Si, en effet, die est sincère, la mention du nom de Vérone sur cette pièce avec la reproduction de la dédicace d'une place forte par les quatre associés impériaux, démontre que, aux remparts de Vérone, conslruils par Gallien, Diocléticn el ses collègues ont fait opérer de nouveaux ouvrages rentrant dans leur système de remparts pour toutes les villes de l'empire.

C'est a quoi correspond l'explication très ingénieuse de la

(i) Otid, FasI., V, 810; CjVtoh (fragmenls retiieillis par IsinenK); Plotabqde, Rataulai, 15.

(i) La médaille ne s&retrauve pas cepend.iHt chez Cobeh, I, pp. ii et Tin, qui ne dit pas pourquoi II l'omet, lui qui a suivi comme guide Eckrel, ■ le législateur de la numismallque ancienne, > l'auteur de a l 'ira mortel 1c Doelrina nvmmorum velerum i. SabjUieh, dans sa C/ographie numUtnafiqiie {Revue belge de tinmiu»., tSOT, p. 103), omei aussi Vérone.

DictizedbyGoOJ^Ic

légende, présentée par M. Morin-Pons, de Lyon (i), explicalion qai doil prévaloir sur celle de Maffei : si n'était l'absence d'analogie pour les abréviations (a), la leclurc serait absolument certaine.

M. Morin-Pons lit: verona >{u)p{c}r iTE(rum) coND(iVa); Vérone récemment rcconstruile, quant à ses remparls, sous Galère, explicalion qu'autorise la face de ce César, d'une pari, el, d'aulre part, la généralité du type de la dédicace de forteresse sur les monnaies des quatre associés à l'empire.

Celte version est tout à fait compatible avec l'histoire.

Galtien avait construit les murs de Vérone, l'inscription de la porta de' Borsari le constate; mais rien ne dit que la eonsiruclion fût déjà faite avec le souci de préserver dans SCS flancs les monuments anciens.

Or, entre la date de la construction de ces murs et le règne de Dioclétien avec ses associés, se passa l'événement suivant :

Auréole, l'un dos Trente tyrans, avait, en l'an 2lj8, quilté rillyrio (3) avec une armée d'invasion et s'était avancé jusqu'à Milan. Il doit pour cela s'être emparé d'abord de Vérone, clef de l'Italie septenlrionale.

(>) Revue belge de numitm, 1888, p. S6S; 1889, p. 344.

(i) Rasche jie cjie d'analogie que pour cdmd. qui doit bien ûli'c tu condita.

{s) Tbebell. Poi.liob, Callien, 2,5; Trente tyrant, 10. Zonaras, 'lnn.,XII, 23 (édit. (le Bonn, iti Script. UUt. bysani.. Il, p. 603), pnurralt fire invoqué pour Taire venir Auréole de Gaule, ce qui fût dispensé de passer par Vérone ; mais, dans cet endroit, il est dit seulement qu'Auréole était !i la lete des troupes ■ «eltiqncs », ce qui n'est pas syniiiijme de t gauloises >, nom qu'il emploie ailleurs (voir noiomment XII, p. 34).

GmnoN, chap. XI (trad. Buchon. I, p. I7â), dit : • Une armée cnnsidérabic. campée sur le haut Danube, donna la pourpre impériale ï son cher Auréole, qui, dédaignant In Rétie, provini'e stérile et resserrée, pas^a les Alpes, s'empara de

S'il en est ainsi, il suffit de suppléer au silence de l'histoire en y ajoutant un simple détail : Vérone, que Gallien venait de fortifier pour défendre l'entrée de l'Ilalie, se défendit, mais succomba.

Ses remparts auront été renversés par Auréole, et les quatre associés impériaux auront été obligés de donner à la ville de nouvelles murailles que, tout naturellement, ils construisirent à la façon des murs de Grenoble et autres de ce temps.

El c'est ainsi que les murs de Vérone auront été rétablis dans les mêmes conditions que furent construits ceux des villes de la Gaule : l'inscription de Gallien ne dit qu'une partie de la vérité historique. La numismatique est venue compléter celle-ci...

Remarquons-le : au iv* siècle, nous retrouvons celte Vérone, qui avait été un obstacle insufGsant pour Auréole, devenue assez forle pour arrêter Constantin : « Athesis saxis asper et gurgitihus vorticosus et impetu ferox, oppugnalionein prokibebat, omnemque reiro regionein inveliendis copiis, iulam defensamr/ue praeslabat »... Munis se ab impetu vindicat... per lola moenia magna vis hominum, » etc. (i).

II faut donc que dans l'intervalle il y ait ou un renforcement des remparts de la ville...

Galère Maximien, il est vrai, n'avait pas Vérone dans son gouvernement et le nom inscrit sur la médaille semblerait devoir être, non celui de ce simple César, mais celui de

(i) Patieg. vêler,, VIII, Incerti ComlanUm Augmlo, N; Nazarii, Eidein, 3î>.

Maximien Hercule A.tiguslc, qui commandait prccisémenten Italie...

Mais l'on sait que les fortifications de l'empire étaient l'œuvre commune des associés impériaux et que les édits promulgués par un des quatre chers de l'empire avaient

force de loi sur toute l'étendue du territoire soumis à la domination romaine : Dioclélien et Maximien apparaissent ensemble dans l'inscription de Grenoble soumise au second ; les deux Césars y ajoutent leurs noms dans celle de Vilodurum, etc. ; d'ailleurs, on trouve la victoire sur les Sarmates de l'an 294 (i), figurant avec le revers de i dodicace

"de forteresse» tant sur les médailles de Galère, qui y fut sans doute étranger (i), que sur celles de ses trois collègues {:•). La reconstruction des remparts de Vérone avec l'inscription citée est un type qui, quelque jour, se retrouvera tout aussi bien sur les médailles de Constance Chlore, de Dioclétien et Maximien.

(i) Il y a dii doute sur la dale i) assigner k la guerre contre les Sarmates : Meziubmib;^, p. as, la place en l'au 289; une liisci-JptiQnde Gruteh, 1GÛ.7, donne le surnom de Sarmalicus maxitnm h Dioclélien et Haximien, avant l'admission de Haximien et de GalËre ïi l'Empire.

(t) On ne produit, en eFTet, d'autre argument qae cette médaille même pour soutenir que Galère prit part ii la guerre contre les Sarmales (voir Pauly, Real E«ciikli>p.,,v Calerin», qui cite Hasche, Lex'ieon, pp. 4-16 et M{). Cep«nd3Ut un pourrait citer un passage de Zonahas, Ann., Xil, 33 (Scriplor. Mal. bytant., 1 1, p 0^3), où Galère est menlionné comme ayant fait la guerre aux Sarmates, il propos d'une perDdie exercée par lui contre Constantin alors adolescent : uoninicrclui'CiélaitnécnSTâou âT4, il Faudrait accepter la date do Hezzabarb*, plutôt <|ue l'année 391, à moins qu'il n'y ait eu deux gufrres contre les Sarmates.

(i) Constance Chloi'e ne doit pas avoir pris part ii la guerre contre le.s Sarmules; car cette guerre est une de celles qu'Euraoï'e, IX, 3S, mentionne comnie aynnt été dirigées par Dioctétien et Maiiniien, soit ensemble, soit séparément. Voir cependant la Biographie umverMUe,na^, au mot Connfance Chlore, fait parlicipcr ce prince !i une expédition contre les Sarmates, mais avant sa nomination comme César.

MafTei nes'esl-il pas laissé induire ea erreur en allribuant aux constructeurs eux-mêmes le bouleversement des pÏErres du massif des remparts de Vérone?

Depuis près de quinze cents ans, tant de remaniements se sont produits : à Vérone, comme à Ghester, on a pu songer à réparer des brèches par des entassements de matériaux...

Pour ne donner qu'un exemple do semblables dérangements, on peut citer une inscription de l'empereur Constans (555 à 560), qu'on a trouvée, à Tebessa, dans la maçonnerie d'un arc de triomphe édifié en l'an 214, en l'honneur de Caracalla (t)...

Mais en supposant que les moenia de Vérone aient été ilerum condita par Dioclélien, il n'en restera pas moins vrai qu'ils ont été établis sur les fondements des anciens remparts, comme le prouve l'emplacement de la por(a de' Borsari sur la ligne des remparts qui servent d'enceinte à la presqu'île...

Donc, tout au moins, le système de concentration des villes fortifiées dans un périmèlre réduit aurait été inauguré par Gallien, et cela suffisait pour introduire son nom dans la loi supposée qui a été attribuée à Dioclétien (a) ...cela, à moins que ce dernier ne se soit borné à utiliser une faible partie des murs de Gallien, dont la porta de' Borsari, et cela n'est pas absolument inadmissible.

En effet, il se trouve que les auteurs cités (s) éprouvent quelqne embarras à rattacher à l'enceinte de Gallien une

fi) e. [. L-, vtri,n-i86o.

(») Voir Bull, des Comm. rog. ifor/ et d'archéol., XXVir, f (i) ObtiManaba, p. 19, noteT.

autre porte e Vérone, la Porta de Leoni érigiie dans les incmes coDdilioDS que la Parla de' Borsari. Or, si elles ne, sont pas du même prince, qui peut avoir construit la seconde, sinon Dioclétien?

— Quant à Rome, il n'est nullement indispensable d'y étendre les conclusions du présent travail : la capitale de l'empire a pu avoir un système spécial de rorliticalion, à raison de son importance comme de sa grandeur.

Ce qui va être dit est donc indépendant de tout ce qui précède : cela serait mal établi, qu'il y aurait lieu seulement à éliminer un hors-d'œnvre.

Mais combien le système attribuant à Dioclétien l'érection de nouveaux remparts à toutes tes villes de la province et de l'Italie, n'acquerra-t-il pas plus de Torce, si ce système est reconnu avoir été appliqué à Rome même...

La solution est difficile à dégager pour Rome, à raison de l'unanimité des écrivains modernes (i).

Vopiscus (a) dit ncticment qu'Âurélien « muros urbis dilatavit; muros urbis sic ampliavit ul quinquaginta prope mîllia murorum cjus ambitus Icneant > .

IJ y a là une idée d'agrandissement considérable, tellemetil

(i) Ne disent pas ua mot de rui'tiiicalions élablics ft Rome par Dioclétien : Amati, Dict. géograpli. (d'ilatie), v° Roiaa; Nibbï, Le mura lii Roma (dessins rtc W. Gell); Stcph. Pi*le, Délie mura Aiireliane; Becker, De Romaevelerit maris alqiie partis; In., Haiidbuch der Tômiicher AllerchSmer, I, pp. t83 et soiï.; Bunsen, IIlutseu, flBRUABD cl Rûstell, Betckreibung der Sladt Rom, I, p. 644', Reber, Die Ruinea Roini UKd der Campagna, p. SIS (Die Aureliansche Mauer); Jordam, Topographie der Stadl Rom in Alurlbum , ele.; liallelliiio délia Commiisiaiie archeotogica commimaU dt Roma, ISIT, p. I8I1 1880, p. fâ9; 1881, p, 174; \yMinlAûi.-LS3i,HanMttch der klasthche Allerlbumswitiemcluift (GcoKraphie and polillsehe Ueschichie), IM (1889), p. 775, § 23, etc.

(1) Aurélien,1\ tll'd.

7ue les murs alleigaaienl un circuil de cinquante milles...

Eh bien! pour lous nos conlemporains, Vopiscus s'est (rompe; ses manuscrits ont été altérés; au lieu de SO.OOO pas(i), il faut lire ou bien 15,000 pas, ou bien 50,000 pieds; ainsi réduite, ronecintc d'Aurélion, en l'an 272, so rapporte en général à celle d'Hononus en 402.

Celte Ihèse, qu'on le remarque, fait violence à un texte conforme dans tous les manuscrits, au sens mémo de ce texte, qui comporte une idée d'extension considérable à peine compatible avec la correction : Rome, sous Vespasieo, avait déjà 13,200 pas de tour (a); 1,800 pas do plus eussent-ils arraché à Vopiscus une phrase comme son • sic ampliavil u^...?>

Pour combattre la thèse, il s'agit avant tout de reprendre le passage d'Aurelius Victor, cité ci-dessus (s) : sous Dioclélien, y est-il dit, < mirum in modum, novis adhuc cultisquG pulchre moenibus, romana culmina ornata... »

Pour introduire dans une discussion un texte précédemment néglige et même peut-être syslémaliquement écarté, il faut assurément procéder avec modestie et circonspection.

Déjà, pour faire excuser sa témérité, l'auteur est allé demander appui à Spanheim et à Mommsen : il a placé sous leur palronage son inlerp relation du mot moenia, employé par Aurelius Victor.

(0 Lo p»s pris [Kiur la disUiice d'une e[tj»mbée, entre les deux empreintes du même pied.

(<) Plin,, Hisl. ml., III, 8, 13. n csl vrai qu'on a épilogue sur ce cliilTre comme sur celui de VuPiscits : il y s donc place pour un système respectant lous les chiffres en les faisant cancorJcr.

(z) Bull, ûa Ci>mm. roy. d'art et d'archéoi., XXVIII, p. 90.

Spanheim et Mommsen onl pris les moenia de cet auteur dans le sens naturel de munimenta (i) : ce n'est donc pas une nouveauté.

De plus, l'auteur a cité, d'après Ammicn Marcellin, des i moenia Tabre polila > établis par Dioclélien, analogues aux ■ moenia pulclire culta » en question ; il produit les a civitates, caslclla instruclis munilionibus adornata ■ que Gildas avait encore sous les yeux dans la Brilannia du v° siècle.

Il s'agit maintenant de bien fixer le sens de l'expression 1 romana culmina » dans le même passage d'Aurclius Victor.

Pas question d'appliquer cela à des Ibrlilications spéciales aux collines de Rome. M. Roersch, spécialement interrogé, répond que culmina ne se dit qu'au figure et ne peut guère se prendre pour colles (a).

Pas question non plus de désigner par là les principales villes de l'empire, puisque l'hislorien cite ce/eraiwries et, parmi elles, Nicomédie, Milan, Carthage.

Reste la seule iulerprclation admissible : il s'agit de Rome elle-mcme. C'est ce que décide l'auteur des annotaiions de l'Aurelius Victor in usvm Ddphini: « romana culmina, hoc est Roma » .

Tel est encore l'avis de M. Roersch : « Dans le passage d'Aurelius Victor, liomana culmina doit s'entendre de la ville de Rome, à cause des ceierae urbcs auxquelles Rome, Xurbs par excellence, est opposée. Itomana culmina signifie

(i) Voy. Bull. desCmnm.roy. éfariel d'ar<:béol.,X\V\\ï, p. 93. (i) A moins, bien enlendu. de rencontrer queique note accessoire qui aceenlue l'application, comme poui' les i seplem inonlium ciiiiiiijia t d'AHHitH Harcellim,

XVI, m.

la capilyle rainaine, c'esl-à-dire la capitale de l'empire, < Roma culmen impcrii «, culmina pour ctdmen élant une sorte de pluriel de majeslc. >

On ne fera pas sans doule l'objeclion que Dioclclieti n'a pu cire cité comme ayant construit des ouvrages à Rome, ville qui n'était pas dans son gouvernement : c'est lui qui est rcslé l'empereur principal ; ses collègues, d'après l'expression de Vollaire (i), n'étaient au fond qu.c ses premiers sujets. De plus, ne voyons-nous pas Dioelélien figurer dans l'inscription de Grenoble, et ce qui tranche la question : les Thermes construits à Rome sous son règne ne porlent-its pas son nom seul, quoique érigés par Maximien?

Cela élant, il y a lieu — non pas encore de déclarer résolue, — mais de poser la question suivante :

N'y aurait-il pas eu sous les empereurs trois établissements distincts de remparts autour de Rome au lieu de deuco qu'on admet?

Le premier est celui d'Aurélien. Il se dislingue par la particularité d'un agrandissement important indiqué par les mois laxiore atnbilu, ampUavit, sic dilaluvit ut...

Au deuxième (celui qu'il s'agit d'ajouter), par Dioelélien, serapporlcrait le passage: «(Roma) ornala novis moenibus».

Le système de Dioelélien révélé par les remparts de Grenoble et par ceux de Périgueux, de Cercusium, des villes d'Angleterre, etc., remarquables par leur décoration artistique, consistait à démolir les remparts antérieurs, quand il en existait, et à concentrer la défense des villes en de nou-

:uju9 nulu omnia gerebantur > i, EU parlant de cet empereur.

DictizedbyGoOJ^IC

veaux murs eiilouranl un noyau généraleinenl réduit d'après les nécessilés locales : on comprend alors que Dioclétien ail resserré la ceinlure des reraparls trop amples d'Aurclien.

Enfin, le troisième, dû à Honorius, est caraclérisé par les circonstances suivantes constatées par trois inscriptions de l'an 402 (i) et par un passage de Glaudien (i) : ta nouvelle enceinte, sauf un E^raadissement du à l'annexion d'une partie des collines, n'est qu'une restauration (mslauralh) de ceux qui existaient auparavant et qui seraient peux de Dioclétien, une nouvelle vie (juvenescere) donnée à des murs anciens qu'il s'agissait de rcmeltre à neuf (discussa senecius) et d'où l'on dut extraire de nombreux débris * egeslis immensibus ruderibus ». Honorius aurait eu à rétablir les remparts non d'Aurélicn, mais de Dioclétien.

Avec les remparts de Dioclétieu, acceptés comme nouvel élément, disparaissent la plupart des objections faites au passage de Vopiscus que, en dépit de la conformité iiuanime des manuscrits (s), l'on s'acharne à corriger.

Comment, disait-on par exemple, admettre qu'Aurélicn aurait porté au loin sa nouvelle enceinte de Rome, tandis que nous voyons Constance, fils de Constantin, introduire à Rome l'obélisque du Ctrcus Maximus par la porta Ostien-

(i) C. I.L., V[,n"lt8S, 1IS9, 1190, rapportés par Henzen aux aunéea 4D2 et 403, et par Burskn. p. 616, au\ premiers jours du mois de janvier Mi, parce que le <0 iludJL mois. Théodose II (non pommé dans les inscriptions) rut adopté conuoe César par Areadius.

(i) Cliiuoieh, De stxle coatulalu Honorii, 531 et siiiv. (Ce 6' eousulat est du l'an iOI.)

(s) PULE, Délie mura Aureliane di Rmm, p. 9. La satunle publication Hermei, XX (iSSa), p. ISS, signale un nouveau manuscrit d'AuHcuus Victor, de la bibliothèque bodleyenne; mais elle est mucltit sur loute variante qui eiislcralt de ce passage.

«(«(i)? Celle porte faisait donc partie des remparts d'Aurélien; or, puisque les murs d'Honorius ont conservé celle porta Osliensis, il en résulte qu'il y a Jdenlilé, au moins sur ce point, entre l'enceinte de l'an !275 et celle de l'an 405, et Aurélien n'a donc pas bàli une enceinte de S0,000 pas.

Eh bien ! si vers l'an 300, Dioclétien a supprimé la grande enceinte d'Aurélien el rétréci leremparfde Rome de manière à ce qu'il ne dépassât pas la porta Ostiensis, il est tout naturel que Constance, en 357, ail trouvé cette porte devant lui...

De même de tous les passages d'auteurs parlant du iv* siècle, où il serait question d'une enceinte ayant les dimensions de celle d'Honorius ; cette enceinte est celle de Dioclétien el il n'est plus nécessaire de répudier non seulemeul le texte, mais encore le sens du passage de Vopiscus sur l'enceinte d'Aurélien, représentée comme énorme ; si cette enceinte d'Aurélien n'est pas plus étendue que celle que décrit déjà Pline et qui correspond à peu de chose près à celle d'Honorius, ce n'était pas assurément la peine de parler à'ampliare, de diktare, de laœior ambttus, etc.

Dans le cas où l'on admettrait l'existence à Rome d'une enceinte de Dioclétien, beaucoup plus petite que celle d'Aurélien, et correspondant à peu près à celle d'Honorius, où faudrait-il la chercher?

Ce serait d'abord dans toutes les parties des remparts d'Honorius, où l'on a cru reconnaître encore la manière de bâtir des Romains au iii° siècle et que, pour ce motif, on attribue à Aurélien.

Bunsen a produit à cet égard un rapport spécial dressé à

(«) Aman Habcelun, VEI, i.

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sa demande par l'architecte Stier (i) ; il y a là bien des détails correspondant pour l'épaisseur, la hauteur, etc., avec ce que nous connaissons des remparts de Dioclétien dans la Gaule.

Bccker présente un plan où, près d'un angle, à l'est de Rome, enlre les porlae AsinaTÎa et Praenestina, l'ompAttkealrum castrense (de même que les amphithéâtres de Tours et de Périgueux) sert de bastion de défense et sort des murs comme une tour (i).

Enfin, en divers endroits, on signale des trouvailles d'assises de monuments à la base des murailles romaines qui, par suite de cette circonstance et à raison de l'analogie avec ce qui a étc eoiislalé ailleurs, pourraient bien être celles d'anciens remparts de Dioclétien.

C'est d'abord, cette fois au delà même des remparts dits d'Honorius, une découverte faite en i826, hors dehporta Pia (3), d'un vieux mur construit à l'aide de débris de monuments antérieurs, dont le tombeau d'un Q. Alerius (4).

C'est encore l'ancien mur décombrê, il y a peu d'années, dans le quartier de l'Esquilin, mur qu'on a trouvé rempli d'autels érigés par des soldats prétoriens, et provenant évidemment d'un temple voisin de leur camp : la plus récente des inscriptions est de l'an 265 (s).

(1) Beubreibiiiig der Sladl Hum, I, p. 6S1 ; voir aussi Iwan Uûller, /. cil., p. 778-

(1) Voy. le dessin présenté par Kebeb, p. 553,

(>) NiBUT, Memorie d'anlkliila H Belle-Arii, III, p. 4iJdi Annali deW Inititulo ai corriip. archéot., 18S1, p. 77.

(>) Non relrouvé C. I. L., VI, n" lâEiOl et suit.

(E) C. I. L., VI, II" 33tt5 cl suiv.. 3707 ï 388U. U nombre des inscriptions, en tenant comple des rrsgments, s'élËve environ ï ISO.

De même pour une longue muraille d'une grande épaisseur (robusto muraglione), siluée non loin de la Scala santa, où l'on a découvert tout récemment une rangée considérable de piédestaux et d'autels votirs superposés, avec des inscriptions se rapportant aux équités singutares (i).

De même encore un nombre extraordinaire de pierres monumentales, appartenant à des tombeaux somptueux d'individus divers, trouvées récemment dans te bastion de la Porta Flaminia (à la porte du Peuple) : or, si d'après des ' écrivains contemporains, on attribue la construction de cette porte à Sixte IV au xiv" siècle, on sait, d'autre part, que ce pape avait reconstruit les murs de Rome qui, en beaucoup de parties, étaient tombés de vétusté (s). Les pierres nouvellement dc-couvertes pourraient donc fort bien provenir des remparts de Dioclétien (et d'Honorius), réparés à l'époque de la construction du bastion.

On ne peut certes, sans présomption, soutenir dès à présent, à raison des analogies, que tous les murs de Rome où ont été découvertes des inscriptions soigneusement rangées les unes sur tes autres, appartiennent à des remparts érigés par Dioclétien ; mais ce qui vient d'être dit ne suffit-il pas pour introduire ces remparts encore hypothétiques dans les études topographiques de Rome?

Il ne serait plus nécessaire de supposer que Vopiscus, dans les Ëphémérides d'Aurélien, dans les archives de la

(i) BuUeltino iella Commixiione anheoiùgica commuaale di Ronia, 1S89, p. 137. Voy. ibid., 1883, p. 136, et 1886, p. 124, oii le savant LkNCUNi annonce qu'il fiudiera la question lopoerapliique soulevée par le lieu de la trouvaille; mais la réaUsation de celle promesse n'a pas été trouvée.

(ij Ibid., 1877, pp. 183, 193; 1880, p. 169, etc.

préfecture de Rome, les « livres de lin • de la bibliothèque Ulpienne (i) mis à sa disposition, aurait puisé un renseignement erroné et aurait attribué plus du double au tracé des l-emparts dont il avait pu voir l'érection en 972 et l'achèycmcnt en 276, lui qui, en 292 ou 293, fut engagé par Julius Tiberianus, préfet de la ville, à écrire la vie d' Au rélien.

Il n'y aurait pas lieu non plus de chercher autour de Rome les substruclions des ouvrages avancés d'Aurélien, que.DiocIétien, le grand démolisseur dont parle Lactance, n'aura pas manqué sans doute de déiruire de fond en comble. En tous cas, il faut se garder, avec Becker (a), de scruter le sol à Bovillac, Albanum ou Tusculuni : ces localités sont à une distance de Rome de 12, 14 ou 15 milles (s); cela doublerait à peu près la circonférence, en la portant à environ 100 milles, au lieu de 50 seulement : on ne s'étonne pas que de pareilles exagérations, non suffisamment contrôlées, aient effrayé les savants et les aient détournés de l'idée que les murs d'Aurélien ont pu exister dans ta campagne romaine.

Arrivons aux objections que l'auteur du présent travail a le devoir de se poser à lui-même.

Zosime représente Rome comme étant restée àT£ix«rTOî (sine moenibus) jusqu'au règne d'Aurélien. Par suite de

(i) Vopjscus, Aarélien, 1, 8, 9; pour la vie de Probns, il a eu en outre U sa tlisposition les registres du Portique de porphyre, le^ Ëphémérrdes de Turoitlus GAUicjtNus, etc.

(t) De Hemae veieris miiri» ttlque porlis, p. 111; Piale, J)«//eninra, ei, p. S est plu» exact, en éubllssant le calcul sur un ra^fon d'environ S milles.

(s) NmBï, AnalUi tloricc-lopogra/ko-anligvaria iltllu earta <le' dinlomi iti Rom, I, pp. S0el3H;III, p. 91.

l'élablissemeDt des remparts qu'éleva ce prince, la capitale de l'empire étail devenue Tîr/uTOî et dès lors les < nova adhiie moenia > de Dioctétien, d'après Aurelius Victor, ne pourraient s'appliquer à Rome...

L'objection n'est pas pourtant irréfutable.

- On peut d'abord se retrancher derrière la généralité de la phrase a nova adhuc moenia « , appliquée à une trop grande quantité de villes pour qu'elle fût absolument exacte à l'égard de chacune en particulier.

On ajoutera qu'un préjugé dont parle Denys d'Halîcarnasse (i), défendait de fortifier la ville éternelle, et qu'Aurélien eut à compter avec ce préjugé, puisqu'il n'osa pas d'abord ajouter à ses remparts le pomoerium, espace sacré laissé aux abords des murailles des villes (a). Il allégua n'en avoir pas le droit, parce qu'il n'avait pas augmenté le territoire de la république; mais cherchons son véritable motif : ne voulait-il pas laisser croire aux Romains que leur ville restait à^i^iotû.;, parce que, non elle-même, mais sa banlieue seulement était fortifiée? En effet, avec l'enceinte de 50 milles, subsistait l'illusion que Rome continuait à ne pas être enfermée dans des murailles, celles-ci étant construites au loin et entourant une vaste zone non habitée, . laissée en dehors de l'agglomération. Dioclétien, au contraire, pouvait impunément s'affranchir du préjugé susdit, lui qui bravait systématiquement le sénat pour amoindrir l'ancienne

(t) IV, p. 318, trad : ■ vetantibus ut drcnnt religronlbua >.

(t) ■ Ncc tamen pomoerio addidil eo tempore, sei poslc.i. Pamoei'îo aiilem nemini principuiu llcet addere nisi ri qui agrl barbarirl aliqiia parle romanim rempublicam locupletavf rint. > \oTiicc&, AuréUen,'î\.

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capitale de l'empire; il pouvait, lui, élever des remparts où il le voulait.

Autre objection. Le système d'Âurélien : établir des remparts loin de l'aggloméralion des habitations, n'est pas admissible, pourrail-on soutenir, parce que cela était contraire à la poliorcétique de l'époque, et c'est ainsi qu'on croit réfuter l'opinion d'un auteur anglais (i), d'après lequel Aurélien aurait créé une sorte d'enceinte avancée, dans la campagne.

Que le système ait été exceptionnel, on n'entend pas le nier; mais n'est-ce pas à cause de cela même qu'Aurélien crut devoir prendre l'avis du sénat : tadhibilo consilio

Les Romains d'ailleurs n'hésitaient pas à construire d'immenses murailles isolées, témoin celles d'Hadrien et Anlonin, en Angleterre (a), de Probus, du Danube a» Rhin (5).

Pour réfuter un argument tiré de l'invraisemblance d'un fait, la mpilleure méthode est de prouver l'existence même du fait discuté : c'est Vexceptio verilalis. Or, voici un trait historique qui semble pertinent.

Il est incontestable que Vopiscus et Aurelius Victor, en parlant de la Rome d'Aurélien comme ditalala, ampliala, en citant ses remparts comme ayant reçu un laxior ambitus, indiquent des proportions inusitées, rendant la ville diflicile à cerner, sans emploi de forces considérables.

Galère ne pouvait ignorer cela, si les remparts d'Aurélien, où qu'ils fussent, existaient encore an commencement du IV' siècle...

(0 RuRCESS, ropoflropflpi'/' flom, II, pp. (t) .Spmitign, Hadrien, \Ù; Capitoltk, A (s) GinnON, chap. xri.

Que voyonsHaous, au conlraire, d'après certain passage de Lactance (i) : Galère, en l'an 307, s'avance sur Rome, veut la bloquer; mais il s'était Tait une fausse idée 'de l'élendue des remparts et croyant la ville n'être pas beaucoup plus grande que tontes celles qu'il connaissait, il n'avait pas de troupes suffisantes pour l'enlonrer...

Galère, d'après ce qui a été dit ci-dessus, avait pris part à la décision ordonnant la réduction de toutes les villes fortifiées dont il avait fait placer la représen talion sur ses médailles avec le revers à la dédicace d'une enceinte fortifiée; c'est la première fois qu'il parait à Rome, en l'an 307 ; il semble impossible de méconnaître qu'il n'élait pas sous I impression des renseignements rappelés en l'hisloire d'Aurélien, parVopiscus.qui venait d'être achevée, du l^mai SOS au 25 juillet 306 (2) ; il faut donc qu'il ait connu le rétrécissement des remparts de Rome par Dioclétien, comme compris dans les mesures décréléos, pour tout l'empire, par Ira quatre empereurs. Seulement, n'ayant jamais vu Rome, il aura exagéré outre mesure la notion de ce rétrécissement...

C'est, sembic-t-il, le seul moyen d'expliquer la méprise : elle sérail par trop forte de la part d'un empereur, si quelque

(() fle mortibm perseciilortim,^! : i lUc (Galenus Maxiniianus) ad Urbera accedit... Verum clausa «t munita oninia oflvnijit. Kulla erat spcs irrurnpendi : oppugnalio (lifllcjlis, ad circumseilendum moenia non satis copjarum, quippe qiii niioquam videret Bomam, aestimarctqué tllani non multo esse msjorein qiiam qu>s noverat dvilates^ >

C'esl donc à tort que Voltaihe attribue le triomphe sur les Perses qui eut lieu a Bnme en 3(J3, k Dioeiélien et à Galtre- Celui-ci n'avall pas vu Rome avant d'iMre empereur, dit Liictance. Voltaire a conroudii Galère avec Haxlmien.

(1) Jordan, Topographie der SiadI Rom in Allerikiun, p. 173; BitoiNCGR (Max), Unlersiichiinaen îur rômiteben Kaisergescbichle, 1868, )[ (Bhunnek, Yi^itciu LebenibenBkreibungea, p. 10). L'abdication de Dioctétien, en SOS, est mentionnée par Vopiscns.

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fail, à lui coiiDU, n'était venu modifier l'étal de choses créé parAurélien.

Calère, on s'en souvient, figure précisément sur la médaille représentant la dédicace des remparts de Vérone, ville réduite aux dimensions les plus exiguës, par Gallien, et rétablie dans ces mêmes dimensions par Dioclélien et ses collègues, si ce qui a été dit ci-dessus est exact.

Autre obieclion : selon Eutrope, S. Jérôme, d'après la Nolilia urbis regionum, le Curiosum, etc., on a dressé (i) une liste détaillée des monuments construits à Rome par les empereurs : au temps de Dioclélien, il n'y a pas de Irace de remparts, tandis que le règne de ce prince se signale par des Thermes inaugurés à Rome (s), à Nicomédie (%), à .Carthage (i), à Milan (s). Or, ces quatre villes, sont préci-

(l) JuBPAN, I, p. 31.

(t) Les Thermes de Dioclélien, ronslruîts par ordre de Maximien.

(i) Cne inscription de Nicéraédie, Ci I. L„ III, 5i*, constate que Dioclétieii y a reconstruit el agrandi les Thermes de celle ïille.

(i) Voir tes clironiques de S. JërAhe el de Prosper d'Aquitaine. {Palrol. ial., (le MiGNE, XXVir, p. W3; Ll, p. 573).

(ti) AusoNE, Ciarae urbe* (Milan V). avait écrit :

Kt ngio llcral-i rr\fW.t sub honore lnvatri.

^ctLiGER, eilanl deux in scriplions milanaises en l'tioimeur du dieu Hercule, pense qu'il s'agit 1ï de Thermes d'Hercule; Gibbon, mieux ;ivisé, chap. xiii (irad. ttiTcnoN, I, p. 2Î8), j voit des Tliermes de Maiimicn, qui lïtuit surnomraf Mercnle«» (viirianle ; Hereutim, tant d'après les auleur^ que d'api'ës les inscriplions). el qui dmnason nom à lapor/a Hercukaûe Grenoble.

Ilcreiile Tut, en eltel, adoré à Milan, oi[ son cullc poiirrail avoir eu quelque l'ecrudtscence, sous Uaximlen Hercule, dans la c.ipltalc de celui-ci : cependant le lolal des inscriplions milanaises d'Hercule (it'ois, G. I. I. , V, n" iiïOT Ii 57C9, plus les deux de Scaliger qui soni omises dans le C. I. h., tant parmi les vraies que parmi les suspecles, [itus peul-Elre une in&ciiplion de Pjtiscus, v' Hercalei, prtsealie comme inédite), ce lotai ne dépasse pas celui des Matrones, de Hîthras, etc., également trouvées il Hilan.

sèment celles que cile Aurelius Victor, à raison de leurs moenia, et pnisqae ce terme de moenia est employé par cet auteur lui-même pour les Thermes de Decius, puisque, en outre, les Acia Sanctorum appellent moenia les Thermes de Diocictiea à Rome, il n'y a pas à prendre l'expression h la lettre, en la considérant comme synonyme do remparts; elle signifie tout simplement les édifices considérables consacrés aux bains publics sous les quatre associés' impériaux de la 6d du in" siècle.,.

Il est vrai que la question serait tranchée si les auteurs avaient spécialement parlé de murs de Dioclétien à Rome; mais elle n'est pas résolue en sens contraire, parce qu'ils ont gardé le silence : que de faits, même des noms d'empereurs inconnus, ont été révélés non par les historiens, mais par les inscriplions ou les monnaies!

Quant à la seconde partie de l'objection, il y a, en eiïet, unecoïncidence pour les quatre villes citées et la consiruclion " de Thermes dans ces villes; mais on ne doit pas oublier qu'Aurelius Victor parle aussi des celerae urbes de l'empire : il est plus facile d'admeltre que, s'occupant ainsi des principales villes et des autres, c'est-à-dire, en somme, de toutes sans exception, il ait voulu parler, non pas seulement de Thermes, mais d'un système général de forliflcalion de toutes les villes, système dont les fouilles ont révélé l'existence partout.

Enfin, dernière et plus importante objection : Vopiscos, on l'a vu plus haut, écrivait après l'abdication de Dioclétien en l'an SOS. Or, il parle là des murs d'Aurélien comme existant encore : « miiros sic ampliavit ut quinquaginta prope miltia miirorum ejus ambitus teneant >; or, n'eùl-il pas dit

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tenerent aa lieu de teneant, si Dioclélien régnant avait supprimé ces mars?

L'objeclioD parait pércmptoire, ti faut bien en convenir, et si Vopiscus.parle des remparts d'Aurélien comme existant encore après le règne de Dioclélien, cet empereur doit cire supprimé comme un des auteurs des remparts de Rome..., à moins d'admettre une erreur des manuscrits (a pour re) ■■ muros ampliavil kl tenerent serait plus grammatical, quant à la concordance des temps (i); ainsi dirions-nous en français : il étendit pour qu'ils Hnssenl... et non pour qu'ils tiennent...

Correction pour correction : proposer (encREn/au lieu de leneknt serait assurément faire moins de violence au texte de Vopiscus que de réduire au quart le chiffre de cet historien (pour arriver à avoir à peu près la mesure des murs d'Honorius), ce qui est une mesure peu considérable pour la capitale de l'empire et répondant mal au dilatavil, au sic i'ampliavit ut... de l'auteur cité, comme au laxior ambilus d'Aureiius Victor.

Quoi qu'il en soit, ce n'est pas, on le répète, une solution de la question qu'on propose ici. On se borne à solliciter avec modestie l'introduction, dans l'examen de celte question, d'un nouvel élément : murs établis par Dîoclétien, servant chronologiquement d'intermédiaire entre les murs d'Aurélien, au large, et les murs d'Honorius, beaucoup plus à l'étroit, ceux-ci, absolument distincts des premiers, mais se confondant en général avec les derniers.

(i) On n'ignore pas ici que la pbrase i j'ai (M ceci pour que tu fisses cela >, se (lirait très correclemcnt en lalin : id feci ul hoc faeiai ; ma\i c'est l'enceplion qui ne s'emploiera que pour un Iravail Tutur i effectuer.

Les mars de DïoclélieD seraient à rechercher soil sur l'emplacement de ceux d'Honorius, soit parfois en deçà de ces murs (i), puisque Glaadien parle d'une certaine exIeDsion donnée à la ville au commencement du v' siècle.

Il sera à vérifier alors si les divers emplacements où l'on a trouvé des soubassements de sculptures ou d'inscriptions et d'autres semblables, n'indiqueraient pas les murs de Dioclétien : les dates les plus récentes des monuments découverts, l'analogie du procédé de construction sont, à cet égard, des indications à ne pas négliger.

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