Correspondance il'Énaate, Supplément, 16GÏ-166i
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L'Ulopie.
Notre siècle a lu, sans le savoir, bien des contrefaçons de l' Utopie, quoique assurément les auteurs de ces contrefaçons ne connussent pas l'ouvrage original. Les doctrines de Saint-Simon et de Fourier sont dans l' Utopie; les attaques contre le droit de propriété sont dans l' Utopie; la défense de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre est dans l' Utopie. VUtopie, c'est la phalange de Charles Fourier; l'Utopie, c'est la communauté de biens de Saint- Simon. Quelques idées applicables brillent au milieu de ces rêveries. Il y a telles maximes que Beccaria semble avoir transportées tout entières, avec leurs développements, du livre de VUtopie dans le livre des Délitset des Peines. L'Utopie, c'est cet idéal du bien absolu que caressent, à toutes les époques, certains esprits honnêtes ou impatients, qui ne savent pas voir Je bien relatif dans le monde où ils vivent, , Morus suppose qu'étant à Anvers , adjoint à ÇuthbertTunstall, dans une ambassade auprès de . Charles V, il rencontrait souvent chez un ami un
m REKAISSArtCE KT REFORME.
Gertain Raphaël Hythlodaeus ' , autrefois compag^ion d'Améric Vespuce, qui avait beaucoup voyagé et beaucoup vu. Les conversations roulaient sur de& points depiiilosophie, sur les malheurs qui affligent rhumanilé, sur les moyens de rendre les hommes meilleurs, les gouvernements plus équitables, les vols moins cwnmuns. Cette question du vol est l'objet d'un entretien spécial. Hythlodaeus en indiquedeux causes principales qui peignent le temps. La première, c'est la quantité de soldats blessés qui ne peuvent ni travailler à la terre, ni exercer les professions mécaniques, et qui sont réduits à voler pour vivre; la seconde c'est la quantité de valets ayant appartenue des nobles, « guêpes qui vivent dans la fainéantise sans produire une goutte de miel, ft Dès que le maître est mort, cette nuée de valels congédiés tombe dans la misère, et fait la guerre aux passants pour manger. Après l'examen de ces causes, lïythlodaius discute les châtiments. It n'y a pas longtemps que l'Angleterre pouvait encore s'applique!' ces sages paroles : € Personne ne devrait ignorer combien il est absurde de punir le vol de la même peioe que l'homicide. Si le voleur sait qu'il ne court pas un moindre risque en se bornant à voler qu'en ajoutant le meurtre, au vol, il égorgera le malheureux qu'il se serait contenté de dépouilier; car, outre que le danger pour lui n'est pas