V utopie, t. II. p. L
îance des ihlérêts humains, el par la gloire «jui rend bienveillant. Sa tolérance n'était qu'une juste vue des choses, une philosophie douce sur un fond d'humanité chrétienne, également éloignée de l'indiiïérence et de la passion.
La querelle de Morus et de UrinLUB. — Lea dix années lilUreires de la vie de Morus. — San partnût par ËrasiRe à quarante ans. — La grarure d'après Holbeia. — Mat prophétique il'Ërume.
C'est pendant celle période trop courte de la vie de Morus que sa liaison avec Érasme fut le plus élroile et le plus amicale. Leurs lettres sont pleines de confiance et d'abandon. Il n'y est point parlé de religion, mais des amis communs, des lettres, des quartiers de pensions qu'Érasme prie Morus de réclamer pour lui, du compte que Morus rend à Érasme de la vente de ses livres en Angleterre, de la vie intérieure, des travaux, de l'emploi du temps, des ennemis littéraires, ce grand sujet de condoléances heureuses et de chagrins agréables pour les gens de lettres. Ces deux hommes se touchent et se conviennent par tous les points. La prudence d'Érasme prend aux yeux de Morus la couleur de sa propre tolérance. Son penchant au doute rencontre en
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m RENAISSANCE ET REFORME.
Monis une foi assoupie, qui ne sera réveillée que par la voix retentissante de Luther. Lorsque cet homme aurajeté dans le monde chrétien ces paroles qui deviendront des glaives, Monis et Érasme, jusque-là si tendrement unis, s'aimeront moins, comme il arrive aux amis qui se trouvent tout à coup enrôlés dans des partis opposés, et dont les opinions ont refroidi les sentiments.
Alors Érasme dira de Monis que si, dans les matières religieuses, il incline vers nne chose, c'est plutôt vers la superstition que vers la religion'. Morus pensera d'Érasme que, s'il refuse la controverse active et quotidienne avec Luther, È'est qu'il penche secrètement vers l'hérésie, et que c'est- faute de résolution qu'il a laissé à un autre le triste honneur d'en lever l'étendard. Érasme trouvera que Morus manque d'étendue d'esprit; Morus, qu'Érasme manque de décision et de courage. Ils ne se brouilleront pas, ils continueront même à s'écrire de loin à loin, mais avec réserve, et sans se dire les vrais motifs de leurs actions publiques. Morus, par exemple, devenu chancelier, et, deux ans après, se démettant de sa charge, ne donnera guère à Erasme que des raisons banales de son élévation, et lui cachera les vraies causes de sa rciraite, comme on ferait à un étranger dont on a quelque sujet de suspecter la discrétion. La confiance aura cessé