‹ Renaissance et Réforme: Érasmus, Thomas Morus-MélanchthonChapitre 16 sur 77 · I. Correspondance d'Ératme, paisim · texte numérisé non relu

I. Correspondance d'Ératme, paisim

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entre les deux amis, et le trop prudent Ërasme, en faisant, sous un nom supposé, le récit éloquent de la mort de son ancien ami, blâmera d'un manque de prudence et de souplesse le chrétien inflexible, mort mnrtyr de sa conscience.

On sait qu'Érasme avait fait YÉloge de la Folie pour Morus, et en jouant sur son nom '. La sco- Instique, les universités, les grammairien^, y sont tournés en ridicule. Martin Dorpion, de Louvaiii, théologien et grammairien, attaqua le livre d'Érasme. Morus, qui avait quelque liaison avec Dorpion, intervint, et lui écrivit une lettre sévère, dans laquelle il défendit' la personne et les plaisanteries d'Érasme. Il renchérit sur ces plaisanteries par des pointes et des anecdotes, élargissant les blessures faites à Dorpion, et se montrant assez l'ami des deux adversaires pour dire la vérité à l'un et défendre chaudement l'autre. Érasme eût voulu rendre la pareille à Morus; mais, outre que les occasions manquaient de le faire avec éclat, c'était un champion plus tiède que son ami. Il le prouva, un peu à sa honte, dans la querelle de celui-ci avec Brixius, lettré allemand, plus lié avec Érasme que Dorpion ne l'était avec Morus. Cette querelle peint les mœurs littéraires de l'époque, et fait le plus grand honneur au caractère de Morus.

Ce Brixius avait fait un poëme en l'honneur d'un

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Taisseau français dont, le capitaine, Hervé, s'élait fait sauter avec tout son équipage, plutôt que de se rendre aux Anglais. Le poëme avait paru pendant les dernières guerres entre la France et l'Angleterre. Les vers en élaient assez corrects, mais emphatiques, et mêlés de cenlons, ce que je dis pour être vrai, et non sans quelque regret, car Brixius s'y montrait Français de cœur. Le plus grand crime de Brixius aux yeux de Morus, bon Anglais d'abord, et auprès de qui l'on était mal venu à parler trop bien de la France, c'est que ce poëme renfermait quelques traits malins contre lui et contre ses épigrammes. Il répondit aux allusions satiriques de Brixius par une bordée de huit épigrammes, qui mirent les rieurs de son côté, dans un temps où l'on riait de peu, et où le latin donnait de l'esprit aux poètes qui en manquaient. Brixius avait prêté au capitaine Hervé des traits de courage à la manièi'e àe Lucain, des morts entassés les uns sur les autres, des coups d'épée pourfendant cinq à six hommes à la fois, des traits {tela), — c'était pousser un peu loin la liberté du centon, car les traits ne faisaient plus alors partie des armes offensives, — clouant les guerriers dos à dos, et autres exploits d'érudit qui n'a jamais vu la guerre. Morus, dans ses épigrammes, lui demandait si son héros avait cinq mains. Brixius avait comparé Hervé au" Décius. « Oui, disait Morus, mais il y a une légère différence, c'est que ceux-ci mouraient volontairement.

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et que celui-là est mort faute d'avoir pu fuir '. » Brims fut d'abord accablé de la riposte. Plusieurs années se passèrent sans attaque de part ni d'autre. Mais le succès de l' Utopie irrita Brixius ; il fitVAnti-Morus, où, reprenant la querelle des épigratniaes, — tant les haines littéraires sont viraccs ! — il éplucha tout le petit recueil de Morus, notant les fautes de quantité et d'euphonie échappées à l'enfant de dix ans ou à l'adolescent de moins de vingt. Il dénonça le fameux épithalame à Henri Vlll, comme injurieux à la mémoire de son père; méchanceté sérieuse, car c'était en 1520, à l'époque où quelques-unes des critiques faites au père pouvaient être déjà des reproches pour le fils. Puis venaient les aménités en usa^e alors. Brixius, faisant une pointe sur le nom de Morus, remplar;iit Morus, par M«rus (fiupoç), qui veut dire fou.

La faute d'Érasme fut, ce semble, qu'ajant appris à temps que Bi'ixius préparait un livre contre son ami, il n'usa pas assez tôt de son crédit sur lui pour le détourner de le publier, et que, l'ouvrage publié, il ne put obtenir de Brixius qu'il rachetât les exemplaires vendus et les détruisit. Quand le mal fut sans remède, il fit à Brixius de sévères reproches. < Personne ne lit votre livre, lui écrit -il ; je ne l'ai

1. Sed Umeu bac dislanl, illi quod sponte peribant. Hic periit, quoniam non poluit fugere.

(Œuvres latines, p. 28.)

Sî RENAISSANCK ET RÉFORME.

entendu louer de personne, pas même de vos Fran- <;ais. J'ai conseillé à Morus de n'y pas répondre, moins pour sa réputation que pour son repos. II importe à la dignité publique, comme à l'intérêt des éludes, que ceux qui sont initiés aux lettres ne se fassent pas la guerre, et que les GrAces ne soient pas séparées des Muses, surtout lorsque tant de haines conspirent contré l'ordre des lettrés, s Érasme avait en effet conseillé à Morus de mépriser cette querelle, et de ne pas donner de l'importance à l'attaque par l'éclat d'une réponse. C'était un arbitrage qu'il s'attribuait, au nom des lettres sacrées el profanes, entre les gens d'Eglise et les gens de lettres, et loin que personne le lui contestât, tout le monde le lui déférait comme au plus illustre.

Morus était digne de son conseil. L'histoire des lettres offre peu d'exemples plus nobles que sa réponse à Erasme, où, malgré quelques duretés pour Brixius, bien pardonnables même à un auteur modeste, Morus se montre si digne comme homme et comme ami'. « Pour moi, cher Érasme, afin que lu voies combien je suis plus disposé à t'obéir que

1. 11 faut qu'on me peimctle de conservera la phrase de Morus sa longueur, son enchevètrentftiit et sa dKTusiaTi, Ce serait peut-Stre un manque de vérité locale que de couper celte phrase pour lui donner une vivacité qu'elle n'u pas, et un tour qui eeraituii conti'e-$en3, eu égard à l'homme et à l'époque. De tous les gens delellresdece teqipslà, Ërasnie est à peu près le seul dont la pensée soit dé^gée et la phrase courte. Il était aussi supérieur à son siècle par ses idées quE par sa diction.

Brixius, — encore que ta lettre me soit arrivée, non pas quand mon livre était sous presse, mais quand il était imprimé tout entier (comme lu pourras t'en assurer toi-même, puisque ce livre te parviendra très-cei-lainement avant ma réponse), encore que j'y fusse poussé par tant d'amis, — au reçu de ta lettre, de cette lettre d'un homme dont le sentiment passe à mesyeui avant tous les calculs, je n'ai point imité mon adversaire Brixiuii, lui qui se vante d'obéir à les moindres signes de tête, et qui dit avoir la bourse si bien garnie. Il a fait tant de cas de tes avertissements, qu'il n'a pu se résigner k racheter ses exemplaires et à les jeter au feu ; il n'a pas voulu soustraire à tous les regards ces inepties qui doivent déshonorer ce nom de Brixius, qu'il veut, jusqu'à en faire pitié, rendre célèbre. Quant à moi, cher Érasme, sauf deux exemplaires partis d'ici avant l'arrivée de ta lettre, l'un pour toi, l'autre pour Petrus Egidius, et sauf cinq autres qu'avait déjà vendus le libraire, — car ta lellre m'a été remise comme on venait de mettre l'ouvrage en vente, et quand déjà on le demandait avidement, — j'ai racheté toute l'édition et je la tiens sous clef, attendant que tu décides ce que j'en dois faire ' . »

Ce n'était encore que la moitié du sacrifice, et Horus ne s'y résignait pas sans quelque résistance. Tout en s'en remettant à la décision d'Érasme, il

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