Life ofair Tli. ilorui. by liis grandson, p. ]JJ
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D8 RENAISSANCE ET RÉFOKME.
Ceux-ci, tes yeux en larmes, répondirent qu'ils aimaient mieux le servir -gratuitement que d'autres aux plus belles conditions. Morus les consola, et après quelques jours, il les plaça tous honorablement, les uns chez des évèques, les autres chez des lords. Il donna sa bai-que avec les huit rameurs à milord Audley, qui lui succéda aux sceaux. Il fit présent de son fou Patenson au lord-maiie tle Londres, à condition qu'il serait le fou de la Maison de \ille et non de l'homme, et aue chaque année il appartiendrait au nouveau lord-maire : disposition singulière, qui prouve que les fous étaient des objets de luxe plutôt que d'amusemônl, puisqu'ils pouvaient ainsi appartenir successivement à plusieurs maîtres.
Sa maison licenciée, il s'occupa de faire descendre le train de sa vie au niveau de ses ressources. Il appela devant lui tous ses enfants, et leur demanda s'ils pensaient qu'avec le peu qui lui restait de bien il pût continuer de les garder avec lui, comme c'était son plus cher désir. Les voyant tous silencieux. et aucun ne donnant son avis : « C'est donc moi, leur dit-il, qui vous ouvrirai mon cœur lA-dessus. J'ai passé tour à tour par le ré(>ime d'Oxford, par celui de l'école de la chancellerie, puis p^r Lincoln's Inn, puis par la cour du roi depuis la condition ia plus humble jusqu'aux plus hautes dignités de l'État, De tout cela, il ne m'est resté guère plus de cent livres sterling de revenu annuel. Si donc nous vou-
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THOMAS MOKUS. 99
Ions rester ensemble, il faut que cliacun y melle un peu du sien. Mais voici mon conseil : ne nous laissons pas lomber tout d'abord au régime d'Oxford, ni à celui de la chancellerie. Commençons par la diète do Lincoln's Inn, dont s'accommodent très-bien des personnes de grand mérite, distingués, el d'un âge avancé. Si>nos ressources n'y siifitsent pas, l'année suivante, nous nous rabattrons jusqu'au régime d'Oxfoi'd, dont se trouvent à merveille certains pères et docteurs très-âgés et trés-doctes qui y passent leur vie dans de continuels entretiens. Si cela même est encore trop pour nos bourses, eh bien ! nous irons, la besace au dos, tendant la main ensemble^ avec l'espoir que quelque âme charitable nous fera l'aumône, et nous chanterons devant la porte de chacun un salve regina! De cette sorte, nous ne nous séparerons point et nous nous consolerons mutuellement. »
La première chose que fit Thomas Morus, rentri? dans la vie privée, fut de se préparer un tombeau. il y fit transporter les cendres de sa première femme, et attacher à la muraille, au-dessus, une feuille de marbre noir sur laquelle on grava cette singulière épitaphe, composée par lui, en manière de brève histoire de sa vie :
1 ThoraasMorus.dela ville de Londres, né d'une famille qui n'était pas noble, mais honorable, quelque peu versé dans les lettres, ayant plaidé pendant une partie de sa jeunesse, el rendu la
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justice dans sa ville en qualité de shériff, fut appelé à la cour par l'invincible roi llenn VIII, — le seul de tous les rois qui ait eu la gloire, jusqu'alors inouïe, d'être appelé à juste litre le défenseur de la foi, rôle qu'il remplit doublement avec l'épée et la plume; — admis dans son conseil, créé chevalier, trésorier et bientôt après chancelier de Lancastre, enfin, par une étonnante faveur de ce prince, chancelier d'Angleterre, Dans l'intervalle, il fut choisi par le sénat du royaume (la chambre des Communes), pour être orateur du peuple (assez hardie explication du titre de Speaker), ambassadeur du roi en différents pays, et, en dernier Ueu, adjoint en quaUté de collègue, dans l'ambassade de Cambrai, au chef de lalégation Guthbert Tunslall, alors évêque de Londres et bientôt après de Durham ; le monde n'a pas aujourd'hui un homme plus savant, plussage, ni meilleur'. — II (Morus) vit avec joie un résultat auquel il contribua, comme ambassadeur, les traités refaits entre les plus puissants monarques du monde, et la paix, si longtemps désirée, rendue à l'univers. Puissent les dieux l'affermir et la rendre éternelle !
a Uunin superi pacem Hrment, (hxintque percnnem!
» Durant cette carrière d'emplois et d'honneurs,
1. Tunatall, quoique ayant reçu plusicnn faveurs de Henri Vill. eut le courage de protester contre la prétention du roi au titre du chef spirituel de TËglIse catholique d'Anglelerro. — Lmaïkao, Hiit. d'AngUlene, Henri VIII.
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THOMAS MORL'S. tOI
OÙ il se conduisit de telle sorte que son excellent l'oi voulut bien ne pas être méconlent de ses services, et qu'il ne fut ni odieux à la noblesse, ni désagréable au peuple, mais seulement fâcheux aux voleurs, aux homicides et aux hérétiques, son père, Jean Morus, chevalier, l'un des juges du banc du roi, homme civil, agréable, inofTensif, doux, miséricordieux, juste et intègre, alors accablé d'années, mais d'un corps merveilleusement alerte pour son âge, voyant qu'il avait eu assez de jours pour être témoin de l'élévation de son fils au poste de chancelier, et pensant qu'd était resté assez longtemps sur celle terre, s'envola plein de joie dans le ciel. Lo vieillard mort, son lils, qui, comparé à lui encore vivant, était qualifié de jeune homme, et croyait l'ètro à ses propres yeux, cherchant ce père qu'il avait perdu, et regardant ses quatre entants et ses onze petits-enfants, commença à se trouver vieux. Cetti; disposition fut augmentée par une souffrance de poitrine qui suivit cette perle et qui fut comme un • signe des approches de la vieillesse. C'est pourquoi, rassasié de toutes les choses mortelles, il demanda une faveur qu'il avait toujours souhaitée depuis son enfance, celle d'avoir sur la fin de sa vie quelques années libres, pendant lesquelles, s'arrachanl insensiblement aux aiïaires de la vie présente, il pût méditer sur l'éternité de la vie future. Il l'obtint enfin de l'incomparable bonté du plus bienveillant des princes, aux mains duquel il résigna tous ses hon-
neurs. il s'est fait élever ce tombeau près des cendres de sa première femme, afin de se souvenir de la mort qui fait tous les jours quelques pas vers lui. £t maintenant, pour que ce tombeau n'ait pas été préparé en vain, pour que celui qui doit y reposer ne s'effraye pas de la mort prête à fondre sur lui, mais bien plutôt qu'il la reçoive avec plaisir de la volonté de Jésus-Clirist, et qu'il trouve moins une mort que la porte d'une vie plus heureuse, excellent lecteur, dites une pieuse prière pour lui vivant et pour lui mort'. »
Il ne faudrait pas conclure du rapprochement de lieux dates, celle de sa sortie de charge et celle de son épitaphe, qu'il se considérât dès lors comme un homme mort. Il y aurait de l'exagération à le diru. L'historien et le laiographe doivent savoir se priver de l'eiTct fastueux d'un synchronisme pour rester fidèles à la vérité. Beaucoup de chrétiens, à cette époque, faisaient construire leur tombeau de leur vivant; ils n'attendaient pas l'approche des catastrophes pour s'occuper de leur mort, dans un temps OLi la mort effi'ayait peu, n'étant que « la porte d'une vie plus heureuse. » Mais si ces apprêts funéraires ne prouvent pas que Morus se crût menacé, dès ce temps-là, de mourir de mort violente, on ne le voit pas sans un serrement de cœur y préparer à son
THOMAS MORUS. lOÎ
insu sa pensée, et, des deux dates fatales, la première, 14 juin 1532, êlre si près de celle de sa mort, 5juineH535!
Ui réhabilitation. — Mes premiers dautea sur la téritédu reproch»fiiit A Thomas Moms d'avoir Tait couler le sang: des proleslanls. — Jugements de Burnel, de Hume, de Voltaire, de Hackintosh. — Témoignage d'Ërasme. — Sévérité des opinions cnlholiques de Morus. — L'opinion générale el la légalité l'autorisent k frapper les prol«Btants. — Il résiste à sa propre logiquect à la provocation universelle. — Sa déclaration. — Histoire de Frîth. — Polémique avec le Paeificateur. — Les combats intérieurs de Morus. — En quoi son inconséquence est plus glorieuse que la logique do certains hommes.
On vient de lire, dans l'épilaphe de Moins, cette phrase expressive : « Il fut fâcheux aux voleurs, aux homicides el aux hérétiques. » Dans quel sens faut-il entendre le mot fâcheux? Est-ce la froide confession d'un catholique austère qui croit n'avoir été qu'un fâcheux pour les gens qu'il a fait mourir? ou bien n'est-ce que l'expression exacte et littérale de la conduite de Morus envers les protestants? Aurons-nous à accuser le magistrat d'avoir été plus rigoureux que les lois, ou bien à louer l'homme de leur avoir refusé toute la rigueur qu'elles exigeaient du magistrat? J'ai hâte de dire que ce second rôle fui celui de Morus, et que des faits qui, vont suivre
résultera sa complète réhabilitation. Qu'on me pardonne la conflaoce avec laquelle je l'annonce d'avance. Je suis moins pressé de me faire honneur des preuves que j'en ai trouvées, que d'en faire profiler la vérité; je suis bien moins heureux do pouvoir mettre à néant une opinion accréditée, que de laver la noble vie de Morus du crime d'avoir versé le sang.
Morus est un de ces hommes plus solides que brillants, dont le trait distioctif est l'unité du caractère. Ils sont faciles à comprendre et à expliquer, parce qu'ils ne varient point. Soit que leur caractère contienne leur esprit, soit que cet esprit échappe à la mobilité par le manque d'étendue, ils ne sont pas sujets A ces contradictions où tombent certains hommes supérieurs, chez qui l'esprit domine le caractère. Ces derniers, vivant plus au dehors qu'en eux-mêmes, plus mobiles que le vent qui souffle, ne peuvent pas se passer de la faveur de l'opinion ; si elle change, ils la suivent, sans souci de se contredire, moins pour les profils du changement que par l'impossibilité d'être seuls et de ne penser que pour eux-mêmes. Tel n'çst point Morus. Sauf dans les dix années données aux lettres et aux soins de la fortune, pendant lesquelles cet esprit si accoutumé à vivre avec lui-même est un moment mêlé à tout le monde, et plie sous ce vent de réforme et de doute qui souillait sur toute l'Europe, Morus représente le catholique immuable, restant debout au
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THOMAS MORUS. 'lOS
milieu de la chule universelle, comme Caton sur Jes ruines de la vieille république. Plus il avance ■dans la vie, plus ii se retire en soi, plus il soustrait ses actions et ses pensées aux influences extérieures, plus il se renferme dans sa foi, plus il est un.
Outre l'ardenr catholique, un autre trait distingue Morus et rend aimable l'austère apologiste de l'Église de Rome : c'est la bonté, aussi constante que la foi, et qui devait empêcher la foi de devenir cruelle;; «ne bonté encore plus de réflexion que d'abandon, «ne sorte d'équité bienveillante, appliquée à toutes les choses de la vie. Dans l'histoire de Morus, l'homme débonnaire et le catholique fervent marchent du même pas; l'homme débonnaire, pour tempérer le catholique fervent, celui-ci pour préserver eplui-là des faiblesses et des chutes ' .
C'est sous ce double aspect que Morus m'était apparu tout d'abord, dès mes premières recherches.
1. Ronlê, rondeur, douceur avec quelque chose d'enjoué, c'est es qu'expriment tous le) portraiU de ce temps, celuisurtout qui se voit nu musée d'Anvers, et qui est d'Holbein. Horus avait alors quarante ans. Le musée de Bâie possède, de la main du mSme artiste. un grand dessin, où Horus est représenté, au milieu de sa famille, en costume de chancelier d'Angleterre. Les mêmes traits aimables s'y retrouvent, mêlés de quelques rides et légèrement assombris par dix années de plus, par les soucis du pouvoir, et peut-être par les pressentiments. Autour de lui le peintre a groupé son père, sa femme, ses fils et son gendre. Seule, sa Bile chérie, Catherine Roper, est tournée vers lui, cl le regarde comme celle qui doit être sa vraie compagne dans ses épreuves. Dans toute cette faniille aux traits un peu bourgeois, seule elle a un grand air, et je ne sais quoi d'aristocratique, qui rappelle la beauté ,in;1iiise.
10S IlESAISSASCE ET RÉFORME.
C'est encore le catholique inflexible et l'homme bon que je retrouve après toutes mes lectures achevées, maintenant que, recueillies çà et là, ces notes s'animent, prennent un corps, un visage et une âme que'j'aime comme s'ils étaient d'un ami. Plein de mon idée, j'éprouvai au débul une de ces angoisses que connaissent, pour avoir passé par là, ceux qui poursuivent dans des recherches historiques la découverte d'une vérité, d'une convenance cachée entre les actions d'un personnage et son caractère, d'une de ces harmonies éternelles de la nature humaine qui se dérobent souvent à une première vue sous les ténèbres des témoignages contradictoires. Où trouver la part de l'homme bon dans ces supplices reprochés à Morus par Durnet, par Voltaire, par Jliime, par le grave Mackintosh, si judicieux et si calme, qui explique le reproché, mais qui l'admet? J'avais beau tenir compte du préjugé philosophique dans Voltaire el Hume, d'un peu d'incurie et de facilité à s'en rapporter à l'opinion commune dans Mackintosh, de la partialité protestante dans Burnet ; l'excès de sévérité de leurs jugements infirmaii-il nécessairement le fait qui y donnait lieu? Sans être s plus zélé pour l'Église romaine et plus pei-sécuteur qu'aucun inquisiteur du saint office b , comme le peint l'historien Hume; ni < un barbare digne du dernier supplice pour les cruautés qu'il avait commises étant chancelier, et non pas pour avoir nié la suprématie de Henri YIll », comme le
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représente Voltaire; ni « superstitieusement dévoué aux passions et aiix inlérêls des pens d't^glise, jusqu'à faire torturer et balire de verges, dans sa propre maison, les hârétiques, avant de les envoyer au bûcher », comme l'en accuse à regret Burnel, copié par tous les liistoriens postérieurs, Morus ne pouvait-il pas avoir succombé à la tentation de frapper?
Dans l'humble vie de l'éciivain, ce sont là des peines d'esprit qui l'attristent, qui le poursuivent jusqu'au milieu des siens, comme s'il s'agissait dû quelque proche parent souillé d'une grande faute, et qu'il y eût une solidarité morale entre le biographe et son héros. Je portai plusieurs jours le poids de celte incertitude, ne pouvant pas me résoudre à adhérer, raème sous la caution d'historiens illustres, àl'opinion qui faisait de mon image aimée un de ces hommes violents et vulgaires dont les révolutions abondent, du chancelier Morus le sanglant contradicteur de l'utopiste Morus. Enfin, las d'un doute qui devenait presque une souffrance, je commençai à incliner vers une sorte de transaction. Le fait n'est que trop vrai, nie disais-je; il ne me reste plus qu'à le décharger de toutes les interprétations passionnées dos historiens, et à"réhabililer Morus, non de sa faute, mais des aggravations de leur point de vue personnel et de la morale particulière au nom de laquelle ils l'ont accusé. Déjà je ne feuilletais plus les vieux livres que d'une main
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108 RENAlSSAiSGE ET REFORME.
découragée, lorsque je lombai sur ce passage de b coiTesponilance d'Érasme :
* Ce fut pourlant une assez grande preuve d'uneclémence singulière que, suus sa cliancellerie, personne ne perdit ta vie pour les nouvelles croyances,, (luoiqii'il y eût, dans les deux Germanies et en France, de nombreux exemples de gens punis pour ce fait du dernier supplice '. •
Cette arfumation, si positive, me rendit toute mon ardeur. J'avais à opposer à Burnet, prélat protestant, écrivain sage, mais intéi'essé à charger lesportraits des persécuteurs de l'Eglise naissante* d'Angleterre, le témoignage d'Érasme, mi-catholique, mirprotestant, peut-être d'une parole moinssûre que celle de Morus, mais d'un caractère qui le portait plutôt à atténuer qu'A mentir, et à expliquer qu'à nier. Au lieu de nier les rigueurs de son illustre ami, Érasme ne pouvait-il pas trouver, dans l'entraînement de l'époque, de quoi les pallier? Il était tout près de l'événement; il avait un commerce suivi de lettres avec Morus et ses amis. Il savait, il devait savoir tout : quel intérêt avait-il à nier un fait de notoriété universelle, lui surtout qui ne nie rien et qui n'affirme pas grand' chose? Burnet, à plus d'un siècle de là, allègue le fait contraire. Où
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THOMAS HORCS. 109
a-t-il pris ses preuves? H n'en cite aucune. Certes, si ce n'était pas assez des graves paroles d'Érasme pour m'inscrire en faux contre l'opinion commune, c'était assez pour la suspecter. Je recommençai donc mes recherches, je me plongeai de nouveau dans l'in-folio de théologie qu'a laissé Morus, que Burnet n'a lu qu'avec distraction, el j'y trouvai sur le fait en litige des déclarations qui ne permettaient plus le doute.
Si l'historien avait le droit de conclure des opinions aux actions, de ce qu'un homme approuve à ce qu'il a dû faire, certes Morus aurait pu commettre tous les meurtres juridiques que lui impute Burnet, et bien d'aulres encore. Mais entre la parole et le fait, entre le jugement intérieur de l'homme et l'arrêt exécutoire du magistrat, il y a une distance que l'historien doit voir et apprécier; car ce peut être la distance d'une erreur d'esprit à un crime, d'un abus de logique à un abus de pouvoir, d'une faiblesse à une cruauté. Dans cet intervalle, qui se dérobe aux mesures ordinaires, il y a la place d'une des plus belles gloires et des plus rares qu'il ait été donné à l'homme d'acquérir, celle d'un logicien qui recule devant sa logique, le jour où elle lui commande de verser le sang.
Les opinions de Thomas Morus touchant l'Église catholique devaient l'amener à haïr les dissidents, et cette haine à faire tomber leurs têtes. On va voir, par sa profession de foi, quel effort dut faire l'homme
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liO RENAISSANCE ET RÉFORME.
bon pour triompher du catholique dogmatique, et quelle douloureuse et noble lutte s'engagea en lui, au moment suprême, entre la nature et la loi.
Morus est le catholique de la tradition, des conciles, le catholique selon le cœur de «aint Thomas, qu'il appelle « la fleur de la théologie'. » Pour lui, relise représentée par les papes et les conciles est infaillible; elle ne peut se tromper, ni se méprendre sur le sens des Écritures; elle ne peut perdre la vérité ni faillir dans la connaissance des lois de Dieu; elle est éternelle, elle durera toujours. Tout ce qui émane de ses organes légitimes, le pape et les conciles, vient directement de Dieu. Morus ne fait aucune concession aux catholiques avec amendements, tel qu'était Érasme. 11 n'abandonne aucun point de la croyance ; il sait qu'on rompt la chaîne, si l'on en détache un seul anneau. Il défend tout, baptême, communion, vœux, confession, adoration des saints, culte de la Vierge, tous les sacrements, tout, jusqu'à l'eau bénite, jusqu'à certaines cérémonies, sur lesquelles beaucoup de prêtres' d'alors croyaient de bon sens et de bonne politique de transiger avec les dissidents. Il défend le purgatoire ; il explique la transsubstantiation dans le sens rigouleux et traditionnel : € C'est le corps et le sang de Jésus-Christ que nous mangeons et buvons dans l'Eucharistie, i Selon lui, la confession est indispen-