I. Corretpottdaitee, p. 1811. B. C
D,mi,.=db,Gooylc
1U HENAISS4NCE ET RÉFORME.
venus, parce que les convoitises y paraissent au premier rang, et que les idées ne viennent qu'à la suite de ces ardents auxiliaires. Au xvi" siècle, on n'aperçut pas dans la bataille la profondeur des rangs, mais seulement la première ligne, qui était composée d'aventuriers, d'intrigants et de brouillons, et les adversaires de la réforme ne s'imaginèrent pas que la liberté de conscience venait derrière la liberté du pillage.
Outre cette première confusion, Morus en faisait une autre encore avec toute son époque, entre le mal fait aux corps et le mal fait aux Smes. 11 donnait à ces paroles de l'Écriture : Dieu a confié à chacun le soit» de son prochain, un sens spirituel, entendant ce soin non du corps, mais de l'âme. Dès lors, les dommages faits à l'âme étaient assimilés à ceux faits au corps, le mal de la contagion religieuse au mal d'une invasion étrangère à main armée, le crime du prosélytisme au crime de l'occupation, le droit d'attaquer l'hérétique envahissant la conscience au droit d'attaquer l'ennemi envahissant le territoire ' . Morus, chancelier, punissait dans un juge le simple soupçon d'hérésie comme un manquement à son devoir, et, sur de simples informations secrètes, qu'il regardait comme des preuves suffisantes en cette matière, il lui était sa chaîne'. 11 voulait
bien qu'on avertit les hérétiques, qu'on les réprimandât, mais non qu'on dfsputât avec eux'. Compai'ant l'héiésie à un" chancre qui gagne la main qui le louche, il disait qu'aucun homme ne devait avoir le fatal courage de parler souvent à un hérétique, ni de se rencontrer souvent avec lui, a de peur que comme la peste s'empare de la main du médecin qui veut la guérir, les hommes d'une foi faihle ne fussent empoisonnés par l'hérésie à laquelle ils auraient touché'. »
Telle était, sur l'hérésie et sur les hérétiques, l'opinion de tous les chrétiens attachés à l'Église romaine, de tous les catholiques spéculatifs, comme de tous ceux qui avaient de grands emplois dans les gouvernements, et, sauf quelques différences, de tous les hommes graves qui, comme Érasme et ses nombreux partisans, n'acceptaient pas tout le détail de la pratique imposée ou non désavouée par Rome. Cinq ans après les premières attaques de Luther, tous les hommes de sens étaient bien moins touchés du droit que de l'abus du droit, et de la liberté de conscience que de ses désordres. Ceux qui différaient de l'opinion commune sur la cause des excès des réformés étaient d'accord avec elle sur la gravité de ces excès et sur la nécessité de les réprimer.
1. Rerulalion ot the frère Bam'i Chureh, 831. G. 3. Preruce o! Ihe Answer lo the (li-st part ot fht Lord'» mpper, 1036. A. B.
D,mM.=db,Gooylc
irr> RENAISSANCE ET RÉFORME.
Luther même, par un de ces retours qu'il fit si souvent contre sa propre logique, autorisait, en attaquant les briseurs d'images et les nouveaux Jacques de la basse Allemagne, la confusion qu'on tendait à faire généralement entre un hérétique et un rebelle, entre la liberté de conscience et l'esprit de sédition, Morus, dans ses opinions si dores sur les protestants, ne faisait donc que donner à la réprobation générale l'exagération et la couleur de son austérité personnelle. L'opinion et la légalité étaient pour lui. Il y avait des lois et des juridictions dans toute l'Europe catholique pour le châtiment régulier de l'hérésie. En Angleterre, où ces lois avaient été de tout temps sévèrement apphquées, et toujours soutenues par l'opinion, les premières affaires soumises au jury, dans, chaque session, étaient les accusations d'hérésie ' .
Outre la justice temporelle, il existait une juridiction ecclésiastique qui attribuait aux évéques le droit de connaître des délits de religion, de prononcer des jugements en forme de bulles, et-de livrer les coupables au bras séculier. Les deux justices étaient indépendantes l'une de l'autre, sauf pour les exécutions capitales, où la justice ecclésiastique empruntait toujours la main de la justice civile. La première paraissait humaine, raisonnable, miséricordieuse, puisqu'elle permettait au coupable de sauver
. Apologie, 909. G.
TROUAS HORUS. 117
sa vie en se rétraclant. On croyait faire beaucoup en laissant aux dissidents cette chance de salut, et telle était la confusion des idées sur la liberté de conscience, qu'on ne pensait pas qu'un homme pût aimer mieux mourir que se rétracter d'une erreur, à moins de t malice >, nom dont on qualifiait, entre autres crimes, celui de haute trahison. Morus, qui défendit cette législation, ne voyait pas, dans le courage de l'homme mourant pour sa croyance, le plus haut point de perfection morale de l'homme ; il ne comprenait pas dans lee autres une vertu & laquelle il devait lui-même rendre témoignage par son admirable mort.
Le plus grand nombre des accusations pour crime d'hérésie était porté par les évêques ; ils rendaient le jugement, la justice civile l'exécutait, A la première faute, le coupable comparaissait devant l'évèque, qui lui imposait une punition. S'il se rétractait, il était reçu de nouveau dans la faveur de l'Église chrétienne. Dans le cas de récidive, un jugement solennel de l'évëque le rejetait hors de la chrétienté par l'excommunicalion; et, comme le commerce d'un excommunié pouvait ëlre dangereux dans une société de chrétiens, l'évoque en donnait connaissance au pouvoir temporel, sans toutefois exhorter le prince ni aucun autre homme à le frapper de mort. L'officier de la justice temporelle venait demander te coupable au pouvoir spirituel, qui ne le livrait pas, mais le laîsmit prendre par le
...Gooyic
tIS RENAISSANCE ET RËPOHME.
bras séculier '. Malgré la pieuse douceur de ces formules de Injustice ecclésiastique, et quoique le bras qui laissait prendre essayât de se cacher du bras' qui prenait, on voit qu'il ne mourait que ceux que rÉglise avait condamnés.
C'est par cette juridiction particulière des évoques que furent livrés au bras séculier quelques réformés, environ vers le temps où Thomas Morus fut nommé chancelier d'Angleterre. Cette sévérité était-elle commandée aux évêques par Henri VIII, lequel, ayant alors besoin du pape, cherchait à gagner le saint-siége à son divorce par des cadeaux d'argent et par des cadeaux de sang? Ou bien étaitelle le résultat d'une réaction d'ardeur catholique, causée par les progrès de la réforme en Allemagne et les livres brûlants des réfugiés anglais? Quoi qu'il en soit, quelques victimes furent immolées au catholicisme romain, dans le même pays où plus tard, au nom du même roi, on devait voir tomber des tètes pour leur fidélité à Rome ; et il n'y a pas à nier que ces exécutions n'aienl eu lieu partie avant, partie après Morus. Mais c'est faute d'avoir distingué les deux ordres de justices, c'est parce que tout a été confondu, époques, noms, dates, qu'on a pu charger sa mémoire de supplices où il n'avait pris part, ni de son chef, ni comme exécuteur des jugemeots de la justice ecclésiastique. Non, le chancelier