A Dialogue conceming heretyea, 376. G. H. 377. A
Morus n'a pas tuél Non, celui à qui l'opinion, les lois, les exemples plus forts que les lois, une foi ardente et pure d'arriêre-penséas humaines, une conscience de saint auraieot pu rendre si facile ol si légère la responsabilité d'un meurtre juridique, non, celui-là n'a pas commis de meurtre ! il n'a pas donné l'exemple de tirer l'épée dont on devait le frapper !
Écoutez-le se justifier lui-même dans ce singulier récit, où il va se montrer dans tout son caractère, avouant ses duretés en homme que la polémique, les mœurs, les circonstances ont endurci, mais qui est demeuré assez bon pour s'approuver de n'avoir pas fait tout ce qu'il lui était permis de faire. Il se livre naïvement sur certains points, s'accuse là où il croit s'absoudre, se confesse gaîmenl de choses que la moralité plus douce ou plus rélûcliée de notre temps nous fait trouver cruelles. Jusque dans des déclarations qui doivent réhabiliter sa mémoire, il ne bldme pas chez les autres les rigueurs dont il se disculpe pour son compte ; il entend simplement rendre homm^e à la vérité. Si je dis que la découverte de cette confession m'a pendant quelques jours rendu heureux comme d'un bonheur de famille, on me comprendra et on m'enviera ma chance. Le passage est tiré de V Apologie de Morus, ouvrage que personne n'avait lu jusqu'au bout, parce que le titre trompe, et qu'au lieu d'une apologie de sa conduite, on n'y voit guère que d'insipides ré-
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capitulations de ses opinions religieuses. C'est au dernier quart des deux cents colonnes in-folio de i'Apûlogie qu'on lit ce qui suit ' :
1 Moi-même j'ai beaucoup d'expérience des réformateurs, et les mensonges que plusieurs membres de cette, sainte confrérie ont faits et font journellement sur mon compte, ne sont ni petits, ni en petite quantité. Plusieurs ont dit que pendant que j'étais lord chancelier, je faisais, dans ma propre maison, appliquer la torture aux hérétiques que j'interrogeais, et que quelques-uns avaient été attachés à un arbre dans mon jardin et fouettés sans pitié '. Que ne pourraient dire après cela ces confrères, puisqu'ils ont perdu la honte jusqu'à mentir ainsi? Car., en toute vérité, quoique pour un vol considérable, pOur un assassinat, pour un sacrilège dans une église, accompagné de vol des vases sacrés, ou pour le crime d'avoir jeté ces vases avec mépris, j'aie pu faire fouetter certains criminels par les of-
1 . Le temps que j'aurais mis à lâcher d rdcit de Morus, soit en coupant les phrases, soit en les variant, sani loutetois sortir du sens, j'ai cru devoir l'employer plus utilement i en reproduira, avec tonte la clarté possible, les longueurs, les accumulations et les embarras. C'est que ce morceau, à la Tais si (riste ' et si piquant, écrit par Horus àeux ans avant sa mort, a en quelque sorte l'autoi'ité d'un testament. Je devais en garder religieusement le tour, d'ailleurs si semblable, saufla diFTérence des deux langues, à celui des écrits Irançais du seizième siècle.
i. Cola di^tmil l'assertion do Burnet, répétée par Hume et exagérée par Voltaire.
ficiers de la prison ; quoique, en agissant ainsi, et par des peines si méritées, dont aucune d'ailleurs ne leur faisait assez de mal pour laisser de traces, j'aie pu réprimer plusieurs de ces malheureux {desperate wretches) qui autrement se seraient répandus dans le monde, et y auraient fait beaucoup plus de mal aux honnêtes gens que je ne leur en ai fait â eux; quoique encore une fois j'aie Iraité de celle sorte de3 assassins et des voleurs sacrilèges, et quoique les hérétiques soient pires que tous ces gens-là, je n'ai jamais fait subir aucun traitement de ce genre à aucun d'eux, dans toute ma vie, excepté de les tenir bien enfermés; — sauf à deux pourtant, dont l'un était un enfant, et l'un de mes domestiques , attaché à ma propre maison. Son père, avant de le mettre chez moi, l'avait élevé dans les nouvelles doctrines, et fait entrer au service de Georçe Jaye, prêtre, qui, malgré ce caractère, s'est marié à Anvers, et a reçu chez lui deux religieuses enlevées à leur couvent par John Byrt, dit Adrien, lequel en fit des filles de joie.
> Ce George Jaye apprit à l'enfant sa détestable hérésie contre le saint sacrement de l'autel, hérésie que l'enfant, étant entré à mon service, transmit à un autre enlanl qui dénonça la chose. Quand j'eus reconnu le fait, j'ordonnai à un de mes domestiques de fouetter l'enfant en présence de toute ma maison pour sa propre cofrection et pour servir -d'exemple aux autres.
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1Î2 RENAISSAHCE ET REFORME.
» L'autre était un homme qui, après avoir donné dans ces doctrines insensées, tomba bientôt dan& une folie parfaitement caractérisée. Quoiqu'on l'eût fait enfermer à Bedlam, et que, par le moyen de coups et de corrections, on l'eût rappelé à lui, à peine fut-il mis en liberté que ses vieilles imaginations lui revinrent à la tête. Je fus averti dedivers côtés et par des personnes sûres qu'on le voyait toujours errer dans les églises, y faisant plusieurs mauvais tours et niches, au grand trouble du bon peuple qui assistait au service divin, et qu'il cboisissait pour faire le plus de bruit le moment où le silence était le plus profond et où le prêtre célébrait le mystère de l'élévation. Et, s'il, voyait une femme agenouillée devant son banc, la tête baissée dans d'j pieuses méditations, il se glissait tout doucement derrière elle, et, à moins qu'on ne fût assez prompt pour l'en empêcher, il relevait ses jupons et les retournait par-dessus sa tète. Étant informé de tous ces scandales, et supplié par des personnes trèspieuses d'y mettre ordre, un jour qu'il passait devant ma maison, je le fis saisir par les constables^ «lui l'attachèrent à un arbre dans la rue et le battirent jusqu'à ce qu'il en eût afsez, et quelque peu au delà. Et il parait que sa raison n'était pas si mauvaise, sauf qu'elle s'en allait lorsqu'on ne la rappe* lait pas avec des coups. Alors il savait très-bien avouer ses fautes, parler raisonnablement et promettre de mieux faire à l'avenir. El en effet, grâces à Dieu, je
THOMAS tlOHUS. K3
n'ai pas entendu qu'on s'en soit plaint depuis '. » Et de tous ceux qui sont jamais tombés dan* mes mains pour crime d'hérésie, j'en prends Dieu à témoin, pas un n'a reçu de moi d'autre mal que d'être enfermé dans un endroit sûr, — pas si sûr pourtant qiie George Constantin, nommément, n'ait réussi à s'en échapper; — sauf cela, je n'ai dokmé
A AUCUN NI COUPS, NI HEURT QUELCONQUE, PAS MÊME! UNE CHIQUENAUDE SUR LE FRONT '.
B A propos de George Constantin, on a prétendu que la nouvelle de soii évasion m'avait jelé dans un ' accès de fureur épouvantable. Certainement je n'aurais'pas voulu qu'il s'échappât ; mais quand il montra,, malgré tout ce qu'on en dit, qu'il n'était ni assez affaibli par le manque de nourriture pour n'avoii' pas la force de casser les ceps, ni si perclus de ses jambes, à force de rester couché, qu'il ne pût escalader légèrement les murs, ni si hébété et abruti par les mauvais traitements, qu'il ne conservât assez. de présence d'esprit pour savoir qu'une fois sorti il ne lui restait tout bonnement qu'à courir droit son chemin; quand, dis-je, la chose arriva, je n'en étais pas tellement affligé que je ne sentisse qu'il
1. On retrouve danscee paraies, si naïvement cruelles, toute l'inhuiiianité (les idées populaires de celle époque sur les fous. Aujourd'iiui, nous sommes meilleurs pour les fous; mais sommes-nous aussi bons qu'éfait Morus pour les gens raisonnables?
3. Ce sont îles paroles sacrées Voici le lexle anglais : ... ■ Else.
B.\D NFUKR ANV OF THEH A»T STRIPË OH STBOKE CIVE THtU, SO HUCHS
-Apologie, ch. xxxti, j. 901-902.
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me restait encore assez de jeunesse et de temps pour m'en consoler, ni si lâché contre aucun des miens, qu'il m'échapât une seule parole un peu aigre, si ce n'est que je recommandai à mon portier de faire raccommoder les ceps et de les fermer à double tour, de peur que le prisonnier n'y rentrât comme il en était sorti. Quant à Constantin lui-même, je ne pouvais en vérité que le féliciter; car je n'ai jamais été déraisonnable au point de me fâcher contre quiconque se lève, s'il le peut, quand il ne se trouve pas assis commodément.
» Parmi tant de mensonges que les nouveaux frères ont répandus sur les prétendus tourments que je faisais subir aux hérétiques, ils citent, entre autres, un certain Segar, libraire à Cambridge. Ce Segar, qui demeura quatre ou cinq ans dans ma maison, sans y recevoir le moindre mauvais traitement, sans y entendre une seule parole dure, osa rapporter depuis qu'il avait élé attaché à un arbre dans mon jardin et fustigé à faire pilié, et qu'en outre on lui avait serré si fort la tête avec une corde qu'il en était tombé évanoui et comme mort.
» Tyndall, qui racontait cette histoire à un de mes amis, ajouta que, pendant qu'on fustigeait ce pauvre homme, ayant aperçu une petite bourse à son justaucorps, dans laquelle il avait, selon son compte, cinq marcs, je m'en emparai et la cachai sous mes vêlements. Segar dit qu'il n'avait jamais revu cette bourse ni les cinq marcs; il dit vrai; il ne les
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a pas plus vus avant qu'après, lui plus que moi.
> En vérité, si je puis augmenter mon bien par des moyens si faciles, il n'est pas étonnant que je sois devenu si riche, comme disait Tyndali à ce même ami, lui affirmant que je ne possédais pas moins de vingt mille marcs, tant en argent comptant qu'en vaisselle et en meubles. J'avouerai franchement que si, en effet, j'ai amassé tant de biens, la moitié au moins n'a pu èLre acquise honnêtement. Ce qui est vrai, c'est que, de tous les voleurs, assassins, hérétiques qui ont passé par mes mains, je n'ai jamais retiré un penny, grâce à Dieu, mais bien plutôt j'y ai mis du mien. J'ajoute que si ces gens ou d'autres personnes qui ont porté des causes devant moi ou qui ont eu affaire à moi, se trouvent tant appauvries par ce que je leur ai pris, ils ont eu au moins le temps de réclamer '.s
Fritb, qu'un historien fait brûler par le chancelier Morus, quoique nous voyions Morus, sorti de charge, entamer une longue polémique avec lui, le réfuter et en être réfuté, Frith avait rapporté une prétendue parole de Morus qui aurait dit < qu'il lui ferait bientôt suer tout le meilleur sang de son corps t. — « Il y avait, dit Morus, assez de vérité dans ce propos pour bâtir un inlïlme mensonge. Car un jour quelqu'un m'élant venu dire que Frith, — il était alors enfermé à la Tour, — suait sang et eau en écrivant