‹ Renaissance et Réforme: Érasmus, Thomas Morus-MélanchthonChapitre 31 sur 77 · The Life of tir Th. Motiu, by hisgrandson, p. !Û · texte numérisé non relu

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THOMAS MORL'S. 135

cesse, soit pour tromper la nature, qui a de si fréquentes défaillances, même chez les hommes le& plus héroïques, soit pour y préparer peu à peu sa famille. Il les entretenait des joies ineffables du ciel et des peines de l'enfer, des vies des saints martyrs, de leur patience merveilleuse, de leurs morts souffertes pour ne pas offenser Dieu. Il leur disait combien il est glorieux, pour l'amour de Jésus-Christ, d'endurer la prison, la perle des biens et de la vie; puis, quand il avait élevé tout le monde par ces paroles ardentes, quiltant les généralités, il s'ouvrait à ses enfants sur tous les malheurs qu'il prévoyait. C'était comme dans les premiers temps du christianisme, à l'approche des grandes persécutions, quand le chef de la fiimille préparait lessiens aux calamités qui aliaienl fondre sur le troupeau de Dieu, et que toute la maison entonnait le chant du martyre.

Toutes les actions, toutes les paroles de Morusmontraient cette double pensée de l'homme et du père de famille. L'un voulait se soutenir lui-même contre sa propre faiblesse ; l'autre tâchait d'endurcir les siens sur les menaces du sort qui l'altendait, afin qu'ils fussent plus courageux, ou qu'il ne leur restât plus de larmes à verser au moment suprême. C'est dans ce dessein qu'un jour il avait uposlé un homme, en manière d'oiÏÏcier subalterne de la justice, lequel vint à l'improviste, pendant que la famille était à table, frapper brusquement à la porte,.

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et sommer Morus, au nom du roi, de comparaître le lendemain devant les commissaires royaux. Ces fausses terreurs familiarisaienl sa femme et ses enfants aux terreurs réelles qui leur étaient réservées. Singulier, mais touchant raffinement, qui faisait de la (iésolation el des angoisses une sorte d'habitude de sa maison, et qui mettait d'avance la mort dans tous les cœurs pour leur éviter le passage de l'extrême sécurité à l'extrême désespoir!

Après ce premier effroi, la justice du roi n'arrivant pas encore, Morus reprit sa polémique avec Frith. Il y règne un ton remarquable d'indulgence et d'aménité. Morus y traite Frith, qui était jeune et qui fut brûlé plus tard, avec un mélange de raillerie aimable et de réprimande paternelle qui prouvait un grand adoucissement dans ses antipathies religieuses. Le malheur faisait sur la fin de sa vie ce que les lettres avaient fait vers le milieu. D'ailleurs, les persécuteurs avaient dégoûté Morus de la persécution. C'était une dure leçon de tolérance que l'exemple de ce roi, jadis l'antagoniste de Luther, aujourd'hui celui du pape, qui ne souffrait plus la foi chez les autres, quand elle ne s'accommodait pas de l'obéissance servile. Morus en était venu oii en viennent tousleshonnêtes gens qui ont vu de grands scandales de religion, les adversaires devenus amis, et toute foi attaquée à titre de liberté ; il sentait plus le besoin d'être chrétien pour lui-même que contre lesautres, et de prier que de menacer. Il avait

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quitté les rangs de l'Église triomphante, et il discutait comme les chrétiens de l'Église des martyrs qu'un édit de l'empereur pouvait, du jour au ien-, demain, livrer aux lions de l'amphithéâtre. Du reste, l'homme seul s'était radouci. Le croyant restait le même. A la veille de recueillir l'héritage sacré, il . n'en voulait pas abandonner la moindre paille. C'était toujours le chrétien "fidèle à Grégoire VII, chef et fondateur de l'Église d'Angleterre; or, dans lin moment où l'on agitait la séparation de cette Église d'avec le saint-siége, cette fidélité même avait un air de révolte qui devait aigrir profondément le roi, usurpateur de la souveraineté spirituelle de Grégoire VU.

Vers ces temps-là le mariage d'Anne de Boleyn avec Henri fut résolu. Quand Morus l'apprit, il dit tristement à Roper, son gendre : « Dieu veuille, fils, ' que dans peu ce mariage ne soit pas suivi de serments ! » Roper, qui avait vu tant de fois ses prédictions réalisées, fut tout troublé par cette parole. Les choses se firent comme Morus l'avait prédit. Ses pressentiments ne manquaient jamais de s'accomplir; cti qu'il craignait, il l'avait vu longtemps d'avance dans le cœur du roi.

Quelques jours avant le couronnement de la nouvelle reine, les évêques de Durliam, de Winchester et de Bath le firent prier de les y accompagner, et d'accepter vingt livres pour s'acheter un vêtement de cérémonie. Morus reçut l'argent et lé garda,

mais il n'alla pas au couronnement. Ayant rencontré peu après les trois évêques, il leur dit gaiement : 1 Je n'ai eu aucune répugnance à prendre l'argent, car je sais que vous n'êtes pas pauvres, et je connais trop bien que je ne suis pas riche. Pour l'autre demande, elle m'a rappelé «ette loi d'un empereur qui punissait de mort un certain crime, je ne sais plus lequel, à moins que le coupable ne fût une vierge. Or il arriva que le premier coupable fut précisément une vierge, ce qui embarrassa beaucoup l'empereur, lequel voulait un exemple. Son , conseil assemblé, après de longues discussions, un membre se leva et dit : « A quoi bon tant de dis- » cours? faites déshonorer ta fille, et vous la con- » damnerez ensuite en toute conscience. » Ainsi, quoique vos seigneuries aient gardé jusqu'ici leur virginité dans tout ce qui louche le mariage du rot, qu'elles prennent soin de la bien défendre jusqu'à la fin; car ii s'en trouvera qui, après avoir obtenu de vous d'assister au couronnement, vous demanderont d'écrire des livres pour justifier le mariage, et qui, après vous avoir déshonorés, ne tarderont pas à vous perdre. Pour moi, dit-il en finissant, il n'est plus en mon pouvoir d'empêcher qu'ils me ruinent, mais ils ne me déshonoreront jamais, Dieui étant mon bon maître '. »

Après lemariage vint l'affaire des serments, comme

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