‹ Renaissance et Réforme: Érasmus, Thomas Morus-MélanchthonChapitre 32 sur 77 · r/*e il/é of air Th. Morui, by his grandson, p · texte numérisé non relu

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Morus l'avait prévu. On présenla au parlement un bill qui obligeait tous les sujets anglais à prêter serment de fidélité à la reine Anne et à ses descendants, et à reconnaître le roi comme chef spirituel de l'Église d'Angleterre. C'était la conclusion de cette grande querelle qui occupait tous les théologiens de l'Europe depuis bientôt dix ans, cl qui allait changer la religion du peuple anglais. Ainsi le divorce n'avait été agité que pour amener le mariage, et lasuprématie spirituelle du roi que pour se passer de l'approbation du pape.

Dès le commencement de cette affaire, Morusavait déclaré au i-oi qu'il ne pouvait pas approuver le divorce. Il n'était ni évêque ni théologien. Il jugeait la position de Catherine et de sa fille Marie, non d^près des textes sacrés sujets à des inlerptétations contradictoires, mais avec son cœur d'époux et de père, avec ses mœurs de famille. La première fois que le roi s'en ouvrit à lui, c'était à Ilampton-Court, à son retour d'une ambassade sur le continent'. Après quelques tours dans la galerie, Henri, l'attaquant brusquement sur le divorce, le mena devant une Bible ouverte, et lui montrant le passage du Lévitique, il lui voulut prouver que son mariage avec Catherine ne violait pas seulement les lois do Dieu, mais les lois mêmes de la nature. Il lut les versets qui l'avaient déterminé, lui et d'autres.

1, Ta. Moau». Engtiih Worka, p. UaB-li27.

personnes instruites, à examiner la matière, et il engagea Morus à en faire autant. Morns dit au roi que, comme l'opinion de son pauvre esprit, dans une si grave question, ne devait pas faire que la chose parût à Sa MajesLé ni plus ni moins prouvée, il avait moins de scrupules à lui avouer que la Bible ne lui semblait pas condamner son mariage avec la reine. Henri ne prit pas mal sa franchise, mais il lui recommaiida d'aller voir son aumônier, qui lui ferait lire un livre qu'on préparait sur la matière. Morus n'osa pas être de l'avis du livre. Tant que le procès fut pendant devant la justice spirituelle, il s'en prévalut pour s'abstenir; il ne lui convenait pas, disait-il, de donner ni blûme ni approbation préalables. Devenu chancelier, et l'Église s'étant prononcée, nous avons vu que le roi le mît en demeure de parler. Les choses alors avaient bien changé. N'être pas de l'avis du Lévitique, c'était résister au roi. Morus prit l'engE^ement d'en conférer avec les membres du conseil, les archevêques de Cantorbery et d'York, l'aumônier du roi et un moine italien, maître Nicolas, docteur en théologie. Après d'inutiles conférences, il demanda au roi la faveur de se retirer du débat; Henri la lui accorda, mais ne la lui pardonna point.

La manière dont Morus résistait au roi était pleine de réseiTe et de prudence; il prodiguait les marques de déférence, les aveux d'humilité; il metlait aux pieds du monarque ce pauvre esprit qui

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THOMAS MORUS. lit

résistait à toutes ses séductions et à toute sa puissance. Nul iiomine sérieux ne va tête baissée audevant de sa fin, et il est rare qu'on ne conjure pas jusqu'au dernier moment la main qui va vous frapper. Morus ne pouvait pas faire que son refus d'adhérer ne fût pas de l'opposition; il voulut du moins lui ôter l'air d'obstination et de mauvais ■vouloir qiie ses ennemis s'étaient hâtés d'y dénoncer. I! ne prétendait pas mettre sa conscience audessus des lumières de tous les évêques consentant au divorce; mais il demandait simplement la liberté de ne pas prendre parti par des actes publics, ofirant de se laisser éclairer dans son privé par tous ceux dont les consciences pouvaient n'élre pas d'accord avec la sienne. C'est ainsi qu'il mit une certaine afleclation à ne point lire les livres contraires au divorce, et à en lire qui l'approuvaient '- Malgré celte prudence, et quoiqu'il s'abstînt de tout ce qui pouvait donner à son dissentiment un air d'opposition, sa réputation se jetait à la traverse de ce qui voulait Henri, et c'est moins par ses paroles que par son silence qu'il conspirait. Il fut donc résolu qu'on le déshonorerait ou qu'on le ferait mourir. Mais, comme il eût été monstrueux de s'en prendre au silence d'un homme, on fouilla dans sa vie privée pour y Irouvei- prétexte à une accusation capitale. Il ne manquait alors ni de gens du roi

. Englith Woik>, 1427 F.

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pour inventer des crimes, ni de juges pour les punir. On lui altribua des libelles injurieux, afin delelorcer à parler pour s'en défendre, et peutêtre de trouver dans sa défense de quoi l'accuser de pis. Ce fut par une accusation de ce genre que sesépreuves commencèrent.

Le conseil avait fait imprimer un livre apologétique de la conduite du roi et de ses ministres dans Tafl'aire du nouveau mariage. Un matin, un des parents de Morus, William Krustal, reçut la visite d'un agent du secrétaire Cromwell, qui l'accusait d'avoir entre les mains une réponse à ce livr'e^ composée, disait-il, par Morus. Celui-ci, averti par Krustal, écrivit à Cromwell, et donna des explications qui rendaient toute poursuite impossible. 11 avait été chef de la justice criminelle et avocat éminent; dans ces deux emplois il avait acquis une double expérience , celle des accusations sanspreuves et celle des défenses habiles. Il savait éviter le piège qu'on lui tendait, sans s'offrir à celui qu'on n'avait pas pensé à lui tendre. 11 écrivait de longues lettres sans donner prise à la moindre interprétation, et il défendait l'innocence d'un saint avec la dextérité d'un avocat'.

L'accusation ayant manqué de ce côté, on rechercha dans sa longue carrière judiciaire s'il n'avait pas reçu quelque présent d'une assez grande valeur-

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