‹ Renaissance et Réforme: Érasmus, Thomas Morus-MélanchthonChapitre 33 sur 77 · Engtisk Works, im · texte numérisé non relu

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pour justifier un procès de corruption. Moitjs, avec Tin mot, une anecdote, une preuve fournie à propos, dissipait toutes ces charges, à la honte des plaignants apostés par la cour. Tantôt c'était une dame qui lui avait offert des gants et de l'aident ; — oui, mais il n'avait pris que les gants, trouvant que ■c'eût été de mauvais goût de refuser un cadeau de dame. Tantôt c'était un client qui lui avait envoyé une coupe d'or richement ciselée; — oui, mais il lui avait otTert en retour une coupe d'une plus grande valeur, ne voulant pas recevoir de présents, et ne pouvant résister au plaisir de garder les ciselures.

L'accusation la plus grave fut portée par un M. Parnell, soutenu par le marquis de Wiltshire, père d'Anne de Boleyn, l'ennemi mortel de Morus, et l'instrument du roi, qui ne craignait pas de laisser voir sa main dans ce honteux échafaudage de justice rétroactive. Ce M. Parnell se plaignait amèrement d'avoir perdu un procès contre un M. Vaughan, dont la femme, prétendait- il, avait donné à Morus un magnifique vase en vermeil.

Celui-ci avoua le fait, ajoutant que le vase lui avait été offert longtemps après le procès, au nouvel an, comme cadeau d'étrennes, et qu'en effet il n'avait pas cru séant de résister aus instances de la dame, . Sur quoi le marquis de Wiltshire, s'étant tourné vers les juges d'un air de triomphe ; « Ne vous J'avais-je pas bien dit, milords, que vous trouveriez

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m RENAISSANCE ET RÉFORME.

cette accusation fondée? n Les juges, qui attendaient leurs épices de la cour, s'étaient déjà levés pour condamner, quand Môrus, prenant la parole : < Milords, dit-il humblement, puisque Vos Révérences ont bien voulu écouter la première partie de cette histoire, je les prie de daigner en entendre la fin. » Ceux-ci s' étant rassis, Morus raconta qu'après avoir reçu le vase, il l'avait fait remplir de vin par son sommelier, et l'avait vidé à la santé de la damej que la dame, à son tour, ayant bu à la sienne, il l'avait priée de reprendre le vase à titre d'étrennes, ce qu'elle avait consenti à faire, non sans résistance. En même temps il produisit des témoins à l'appui de sa déclaration. Les juges, le plaignant et le marquis furent confondus '. Morus n'avait pas résisté au plaisir de leur donner des espérances par son premier aveu pour les mieux confondre par ses explications. Je retrouve là le tour d'esprit à la fois naïf et ironique du sous-shériff donnant une leçon au vieux juge, et du chancelier jugeant contre sa femme dans l'affaire du chien volé.

Toutes ces accusations, dont la honte retombait sur la cour, augmentaient le danger de Morus. En faisant éclater son innocence, en relevant la gloire de sa vie passée, en popularisant son nom, elles aggravaient le tort de n'avoir pas pour soi un homme à qui même des juges gagnés ne trouvaient

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