‹ Renaissance et Réforme: Érasmus, Thomas Morus-MélanchthonChapitre 37 sur 77 · EnglUh Workt, 14Î9, A. B. C. D · texte numérisé non relu

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reprocha son opiniâtreté ; on lui dît qu'il y avait un double crime à refuser le serment et à n'en pas donner les raisons. I! répondit que c'élait assez de son refus pur et simple pour lui attirer l'indignation du roi et qu'il ne voulait pas l'aggraver en le motivant; que, toutefois, si on pouvait l'assurer par de bonnes garanties que le développement de ses raisons n'irriterait pas ^avantage le roi, il s'empresserait de les donner, s'engageant, si à ces raisons on en pouvait opposer d'autres qui le satisfissent, & prêter le serment. Cranmer, raisonneur habile et qui connaissait Morus, comprit qu'on ne pouvait avoir de prise sur cet homme qu'en opposant à ses hésitations de conscience le devoir certain d'obéir au prince. Cet argument, venant avec tant d'autorité d'un personnage si considérable, frappa si vivement Morus, qu'il en fut d'abord interdit'. L'objection était embarrassante, sinon par sa propre force, du moins par le danger de la réponse. Après un moment ■ de silence et de réflexion rapide, il répondit d'abord à Cranmer que, « si l'autorité du roi était une raison concluante, il fallait que, sur son commandement, tout doute cessât entre les docteurs, dans quelque question que ce fùtu; puis à l'abbé de Westminster, qui avait renchéri sur l'archevêque, que : « le témoignage de toute la chrétienté avait plus de force à ses yeux que l'opinion particulière

. English Works, 1430. A.

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d'un royaume s. Parcelleréponse, il sauvait iedroil de sa conscience sans augmenter son péril.

On lui demanda s'il voulait prêter serment d'allégeance à la reine Anne. « Volontiers, dit-il, mais à condition que ce soit dans de tels termes que je puisse le prêter sans parjure. » Celait le refuser indirectement.

Les quatre jours qui suivirent, il fut enfermé à Westminster, sous la garde particulière de l'abbé. Pendant ce temps, te roi consulta ses minisires sur le parti à prendre. Le conseil fut d'avis qu'on devait se contenter d'un serment quelconque. C'était l'avis de Cranmer et surtout de Cromwell, qui, à l'issue de la séance de Lambeth, avait dit el affirmé sur son honneur, qu'il aimerait mieux que son fils unique — jeune homme de grande promesse — fût mort, que de voir Morus refuser le serment. La nouvelle reine ne voulut pas consentir à cette transaction. On représenta donc derechef le môme serment à Morus, qui le refusa encore : cette fois pourtant il y mil des formes si discrètes et si atténuantes, qu'avec de la politique ou du bon vouloir on eût pu en rester là. Mais la reine, devenue mère, y était poussée par deux passions à la lois : l'amour maternel et le ressentiment d'une femme qui, sans le serinent, n'était plus qu'une concubine. Morus fut condamné à la prison perpétuelle et conduit à la Tour.

Quand il eut passé la porte d'entrée, le gardien

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lui demanda son vêtement de dessus, c Le voici, dit Morus, ôtant sa cape; je suis lâché pour vous qu'elle ne Mit pas neuve. — Ce n'est pas tout, dit le gardien, il me faut encore votre robe; c'est l'usage. » Morus s'en dépouilla et la lui remît. On l'enferma dans une des chambres de la Tour et on lui donna, pour le servir, John Wood, l'un de ses gens, auquel on fit jurer de dénoncer tout 'ce qu'il pourrait écrire ou cure contre le roi.

Quelques jours après il écrivit, avec du charbon, sur un bout de papier, la lettre qui suit, à sa fille chérie Marguerite Roper, qui fut, pendant toute sa captivité, l'intermédiaire de cœur entre le prisonnier et sa famille.

1 Ma chère bonne fille, grâce à Notre-Seïgneur, je suis en bonne santé, et, j'espère, en pleine tranquillité d'esprit, et, de tous les biens du monde, je ne désire que ce que j'en possède. Je supplie Notre- Seigneur, de vous rendre tous joyeux dans f espoir du ciet. Il y a bien des choses que j'aurais envie de vous dire touchant la vie éternelle : puisse-t-il vous les enseigner lui-même, comme j'espère qu'il le lait, et mieux que moi, par son saint esprit 1 Puisset-il vous conserver et vous bénir tous !

> Écrit au charbon par votre tendre et affectueux père, qui, dans ses pauvres prières, n'oublie aucun de vous, ni vos babes (petits enfants), ni vos nourrices, ni les méchantes petites femmes de vos maris, ni la femme de votre père, ni vos autres

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amis. Et adieu de tout mon cœur : le papier me manque '. »

Enlreliena de Horua et de sa fllle dans la prison. — Le lord chancelier fait appeler sa belle-fllle Alice. -^ Les deux fables. — Marguerite essaye d'amener son père i pi'êter le serment. — La mère Eve. — Horus écrit des traités spirituels au charbon. — Il refoit la visite de sa femme. — On attaque sa conscience par tous les moyens. — Le conseil du dernier jour d'avril 1535. — Interro- ^toire de Morus. — Rigueurs de sa prison. — Le solliciteur Ricli.

Marguerite avait obtenu la permission de le voir à la Tour. La première fois qu'elle y vint, le père et sa fille bien-aimée se mirent à genoux et récitèrent les sept psaumes et les litanies, et, avant tout épanchement, rendirent grâces à Dieu. Morus parla ensuite de sa prison ; il dit qu'il considérait comme une faveur spéciale du ciel d'être enfermé dans cette étroite chambre ; que Dieu l'avait pris et bercé sur ses genoux % comme il avait fait pour ses meilleurs amis, saint Jean-Baptiste, Pierre et Paul. C'est par des prières et des discours de ce genre que commençaient toujours les longs entretiens du

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père et de la fille; puis, l'esallation passée, la conversation prenait un ton gai. Morus demandait des nouvelles de Chelsea. On parlait des enfants, de leur mère, de la bonne conduite du fils et de ses sœurs ', quitous travaillaient de plus en plus è, mépriser le monde et à se réfugier en Dieu, des amis de la famille, des voisins, dont aucun n'oubliait te pauvre prisonnier dans ses prières. Morus était attendri par ces souvenirs de tous les biens qu'il n'avait plus. C'est alors que Mai^erite hasardait de timides conseils sur ce fatal serment qui le séparait pour jamais des siens. Mais Morus, souriant au piège que lui tendait madame Eve, comme il appelait Marguerite, repoussait avec force la tentation, « prêt à partir le lendemain, disaif-il, s'il plaisait à Dieu de l'appeler » '. Et Marguerite, qui approuvait dans son cœur la conduite de son père, gi^ée peu  peu à son enthousiasme, versait d'ardentes larmes et n'avait plus la force de lui disputer la gloire de mourir.

Il lui venait des avis détournés de quelques membres du conseil, et entre autres, du lord chancelier et de Gromwell, qui, n'ayant pas à craindre son am- ■ bition, l'honoraient pour sa vertu. Le premier, successeur de Morus, était allé, non sans dessein, chasser le chevreuil dans le parc du mari d'Alice,

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belle-fille de Morus '. Il la fit prier de le venir voir le lendemain. Alice s'y rendit de bonne heure, toute joyeuse, s'altendant à quelque bonne nouvelle pour celui qu'elle appelait son père. Après des protestations d'amitié pour Morus, le chancelier lui dit qu'il s'étonnait beaucoup de l'entêtement do son père, quand tout le monde s'arrangeait du contraire, excepté Yévêque aveugle (Fisher). a Et en vérité, ajouta-t-il, je me félicite de n'avoir point d'instruction, si ce n'est pour me rappeler deux ou trois fables d'Ésope, et celle-ci entre autres : 11 y avait un pays dont tous les habitants, sauf quelques sages, étaient fous. Ces sages, prévoyant qu'il devait tomber une grande pluie qui rendrait fous tous ceux qui en sei'aient mouillés, se creusèrent. des cavernes sous terre, où ils attendirent que la pluie fût passée. Alors ils reparurent au jour, pensant bien qu'ils allaient faire des fous tout ce'qu'ils voudraient. Mais ceux-ci les repoussèrent et s'obstinèrent à se gouverner eux-mêmes. Alorà les sages se repentirent, mais trop lard, de ne pas s'être laissé mouiller comme tous les autres. > Alice ne se trompa point sur le sens de cette fable; et elle demanda au lord chancelier s'il ne se montrerait pas, dans l'occasion, bon ami pour son père. Dudley, pour toute réponse, lui conta une autre fable. 11 s'agissait, celte fois, d'un lion, d'un âne et d'un

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