Engtish Works, 1133. C. H
D,mi,.=db,Gooylc
loup qui étaient allés se confesser. « Le lion dit qu'il avait dévoré tous les animauii qui s'étaient trouvés sur son chemin. — Vous êtes tout pardonné, dit le confesseur, car vous êtes roi et votre naturel vous poussait à cela. — L'ilne vint ensuite, d'un pas humble, et dit qu'un jour, mourant de faim, il avait mangé un brin de la paille des souliers de son maître, et qu'il craignait que cela n'eût contribué à l'enrlmmer. Le confesseur se déclara incompétent pour prononcer sur un si grand crime, et renvoya le coupable devant l'évêque. Ce fut ensuite le tour du loup, qui reçut, pour toute pénitence, l'ordre formel de ne jamais faire de repas qui coùtûtplus de six sous. Après quelques jours de ce régime, pressé par la faim, il voit passer une vache et son veau. L'eau lui en vint à la bouche, mais la crainte de son confesseur le retenait. A la fin, il résolut de prendre sa conscience pour juge du cas. L'ayant donc interrogée, elle lui répondit que la vache ne valait certainement pas plus de quatre sous, et, qu'en estimant le veau à moitié prix, le tout ne dépasserait pas la somme fixée par son confesseur. Et il les mangea tous deux, et il fut fort en paix avec sa conscience. > Alice ne comprit que trop le' sens de cette autre fable, et elle en fut si confuse, qu'elle ne sut que répondre. Du reste, le lord chancelier avait du moins le mérite, étant du côté des fous et des loups, de ne pas affecter, comme le roi son mailre, la sagesse ni les scrupules.
D,mi,.=db,Gooylc
163 RENAlSSANeE ET RÉFORME.
Alice écrivait ces choses à Mai^uerite, sa bellosceur, qui les rapportait à Morus. C'était le sujet de conversations douces, mais tristes, entre le prisonnier et sa fille. La fable de la pluie qui rend fous tous ceux qu'elle mouille était un dicton de Wolsey que lord Audiey, peu riche de son fonds, avait trouvé dans les traditions de la chancellerie. Morus, s'appliquant la fable avec bonne grAce, en portail un jugement plein de sens. « Si les sages, remarquait-il, au sortir de leur trou, regrettaient de ne pas être fous, par dépit de voir les fous se refuser à être gouvernés par eux, ces sages avaient dû recevoir quelques gouttes de pluie jusque dans leurs cachettes souterraines. B Et il ajoutait : « J'espère que lord Audiey m'aura compté parmi les fous, au nombre desquels je me range moi-même, et où me place ,mon nom en grec. Il est trés-vrai que Dieu et tua conscience savent combien je mérite peu d'être compris parmi ceux qui désirent tant de gouverner les autres. »
Il se faisait sa part dans l'autre fable avec la même bonne grâce. Sans prétendre deviner quels personnages cachaient ce lion qui mangeait toutes les bêtes sur son passage, et ce loup qui n'était que le lion devenu casuiste, ni ce que pouvait être ce confesseur qui se montrait si doux aux grands et si dur aux petits, il se reconnaissait dans ce pauvre âne si scrupuleux, si inquiet, et qui attachait tant d'importance à ce que les habiles eussent regardé comme
D,mi,.=db,Gooylc
THOMAS HORCS. iHS
une peccadille. Nais, dîsnil-il, dût lord liochesler, son ami, sa seconde conscience, l'en blAmer, il n'eût pas changé son rôle d'ilne contre celui d'aucun des trois autres personnages de la fable, ni son innocence de captif contre le savoir-vivre de l'homme puissant d'où lui venaient, sous forme d'apologues, CCS lâches conseils.
Dans un de ces entretiens que rendait si mélancoliques la pensée de mort qui était au fond, Mai^uerite essayait timidement de justifier ceux des amis de Morus qui inclinaient vers le parti d'une transaction, t Ce n'est pas, remarquait-elle, pour vous faire rentrer dans la vie publique qu'ils cherchent à ébranler votre conscience; c'est qu'étant homme de bien et de grandes lumières, comme ils n'ont pointcm mettre leuràme en danger en prêtant le serment, ils se demandent pourquoi vous ne faites pas comme eux. »
— Ma petite Marguerite, répondit le prisonnier, vous ne jouez pas mal votre rôle : mais, de grâce, . écoutez-moi. « Et il lui montra, avec une grande ■ abondance de preuves et de citations, dans quel cas on pouvait ne pas prêter serment à des lois émanées des hommes. Quant à l'opinion des doctes, que lui opposait Marguerite : « J'en sais beaucoup, dit-il, qui, après avoir blâmé le divorce et le mariage, s'en sont déclarés partisans. Est-ce pour plaire au prince, ou par la crainte de l'irriler, de perdre leurs biens, d'attirer des malheurs sur leurs fa-
milles et leurs amis? J'espère que leurs moli.s sont plus courageux; mais je ne veux point les imiter, étant aussi sûr de bien faire en refusant le serment, que je le suis que Dieu eJEtste. n
Marguerite, le voyant si feime dans son dessein, baissa la tète, le cœur gros de larmes, pensant au danger, non de son âme, mais de son corps.
a Eh bien! mère Eve, dit Morus, que faites-vous là? Sans doute vous couvez dans votre sein quelque autre serpent, qui va vous persuader encore une fois d'offrir la pomme au père Adam?
— En vérité, reprit Marguerite, je ne sais pluS que dire, et me voilà, comme Cressida dans Chaucer, au bout de mon esprit. Car, puisque les exemples de tant d'hommes éminents ne vous peuvent pas ébranler, que puis-je ajouter, ô mon père ! à moins de vous dire comme votre fou, maître Patenson, lequel demandant à l'un de nos gens où vous étiez, entra dans une grande colère, et dit : « Qui l'empêche donc de prêter serment? moi, je l'ai bien prêté! » Et moi aussi, je ne puis vous dire que . cela : J'ai prêté ce serment '.
— Eh bien! dit Morus, c'est une ressemblance de plus avec la mère Eve, laquelle n'oPfrait de si mauvais fruit à Adam qu'elle n'en eût auparavant mangé*. »
Ces entrevues avec Marguerite n'étnient pas la seule liberté qu'on lui eût laissée dans sa prison. Outre sa fille, il recevait tous ceux de sa famille; il entendait la messe dans la chapelle ; il pouvait descendre et se promener dans le jardin de la Tour '. Ses longues journées se passaient â prier, à méditer, Â écrire des traités spirituels, tantôt à la plume, tantôt au charbon, selon que les ordres du roi étaient au relâchement ou à la rigueur. C'est au charbon que furent écrits, en grande partie, les trois livres du Comfort in tribulation, espèce d'ouvrage allégorique où, sous le nom de deux interlocuteurs hongrois, qui, à l'approche d'une irruption des Turcs dans leur pays, se préparent à le défendre et à périr, Monis peint le danger de l'Angleterre menacée par l'hérésie, et montre comment les bons catholique.t doivent se préparer à perdre leur liberté, leurs biens et leur vie pour leur foi. C'est encore au charbon que furent écrits les vers suivants à la fortune*, inspirés, dit son petit-fds, par une visite du secrétaire Cromwell, qui lui avait parlé d'un retour possible du roi :
t Allons, caressante fortune, bien que tu ne m'aies jamais paru si belle, ni souri plus doucement, comme si tu voulais réparer tous mes malheurs, désormais lu ne me tromperas plus; car j'ai l'espoir
t. Ëngliih Worh, Utlrede Marguerite, 1446, D. E. 2. ibitt.
que Dieu me fera bientôt enlrer dans le port sûr et
immuable de son ciel :
« fortune ! après ton calme, j'entrevois toujours une tempête'. »
La première fois que sa femme vint le voir, moitié de son propre mouvement, moitié par le conseil indirect de la cour, qui avait compté parmi ses moyens d'influence l'importunité d'une femme dont la tendresse et l'bumeur avaient quelque empire sur Morus, elle l'aborda par des reproches : a Qu'était-ce donc qu'un prétendu sage qui se résignait à vivre enfermé dans la compagnie des rats, quand il pouvait recouvrer sa liberté et revoir sa Jolie maison de Clielsea, sa bibliothèque, sa galerie, son jardin, son verger, sa femme et ses enfants, pour peu qu'il voulût faire ce que tous les hommes instruits de l'Angleterre avaient fait? » Après un peu de silence : — « Dites-moi, dame Alice, ditesmoi une seule chose. — Quoi? dit-elle. — Cette maison-ci n'est-elle pas aussi près du ciel que ma jolie maison de Chelsea? »
La bonne dame s'emporta,
« Chansons! chansons! dit-elle. — Je ne sais, reprit Morus, pourquoi Je tiendrais tant à ma maison et à tout ce qui s'y trouve ; car si, après avoir