I. li/e of Thomas More, by liis granilwn
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Thomas Morus, h la fois auleur et acieur. Morlon faisait à ses amis les honneurs de l'esprïl de son protégé. Il n'épai^nait pas les prédictions, disant qu'un enfant si précoce ne manquerait pas d'aller loin. Il l'envoya bientôt faire ses humanités à Oxford. Morus avait alors environ quinze ans.
A Oxford, il fit successivement sa rhétorique, sa logique et sa philosophie, avec un succès prodigieux. On remarquait son application, son ardeur pour l'élude, son éloigneraênt pour tous les amusements, quoiqu'il y fùL porté par un enjouement naturel, et par une chose qui, d'ordinaire, fait aimer la société, je veux dire l'esprit de saillie. Une circonstance d'ailleurs lui aurait fait un devoir de raison de se tenir à l'écart, s'il n'y eût été porté par son ardeur pour l'étude. La plupart des amusements des écoliers d'Oxford étaient coûteux ; or sir John More, trop probe pour être riche, n'était pas exeiïipt d'un grain d'avarice. II ne paraît pas que le cardinal, de son côté, pourvût aux menus plaisirs de son protégé. Le jeune homme travaillait donc autant par nécessité quepar goût. Son esprit se mûrissait à la dure école de l'inégalité et de la pauvreté. A dix-huit ans Morus était connu des érudits de l'Europe; à dix-huit ans il avait déjà des ennemis littéraires. C'était un plus sûr horoscope que le songe de sa mère. Les ennemis sont les premiers qui devinent le talent.
II faisait des vers en anglais et en latin. La plu-
U KENAISSAHCE ET RÉFORME.
part de ces vers sont médiocres. Mais les sujets en sont intéressants; ils réfléchissent déjà le caractère de Thomas Monis, caractère à la fois enjoué et grave, également poi'lé à la plaisanterie mondaine et à l'austérité ascétique. Dans les pièces anglaises, à côté de vers àCupidon, de plaisanteries sur un soldat qui veut jouer le moine, il yades vers sur réternité, sur la fragilité des biens de ce monde ; un poème sur la fortune, ses faveurs et ses revers'. De même, parmi les pièces lalines, qui se composent, pour la plupart, de distiques ou d'épigrammes contre des ridicules de tous les temps, on trouve quelques petites pièces empreintes d'une tristesse chrétienne, et, si je ne . me trompe, d'une certaine crainte vague de l'avenir. Brièveté de la Vie; La vie est une course- vers la ■ Mort; Les Vicissitudes de la fortune; tels en sont les titres.
On les dirait d'un liorame qui aurait déjà beaucoup souffert ou beaucoup vu soufïrir, Morus faisait par avance l'histoire de sa vie. « Quand on possède les plus grands biens, dit il dans une de ces pièces, les plus grands maux sont tout près ; et, réciproquement, le souverain bien est tout près du souverain maP. > N'est-ce pas là le chancelier tombé de la plus haute fortune dans un cachot de la Tour? N'est-ce pas là le prisonnier chrétien, ma-
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lade, dénué de tout, obsédé, qui aspirait à la mort comme à une délivrance et à une réparation éternelle ? « Je suppose que tu sois réservé à la longue vieillesse de Nestor, dit-il ailleurs, les longues années sont grosses d'une infinité de maux. Nous jouons avec la vie, pensant que la mort est bien loin de nous; mais la mort est cachée dans notre sein. Dès la première tieure de notre naissance, la mort et la vie cheminent ensemble du môme pas. Nous mourons lentement ; pendant que nous parlons, nousmourons'. »
Voilà de tristes et hautes pensées chrétiennes. Thomas Morus devait commencer et finir par là.
Dès l'iïgc de dix-huit ans, il avait pris pour son héros Pic de la Mirandole, dont il écrivit en anglaisla vie si pieuse et si savante, et dont il mit en vers les doute Règles pour exciter et diriger un homme dans la bataille spirituelle^, poëme singulier, où tous les préceptes sont donnés par douzaine, et où l'on remarque, outre les douze règles, douze propriétés ou conditions d'un amant, au sens spirituel, et les douze épées qui doivent servir à l'homme dans la bataille mystique^ Le jeune Morus rêvait une vie