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âltt RENAISSANCE ET RÉFORME.
vertes contre les lettres, les altaquaient sourdement, et en éloignaient les peuples comme de sources empoisonnées. Wiltemberg n'avait ni imprimerie, ni livres grecs. Vîtus Winstiemius nous a laissé un témoignage curieux de ce dénûment. « Je me souviens, dit-il, qu'après deux ans de séjour à Wittembei^, Mélanchthon expliquant les Philippiques de Démosthènes, nous n'étions que quatre auditeurs, avec un seul exemplaire, celui de notre maître, que nous étions forcés de copier sous sa dictée '. > Ajoute?; que des leçons sur Démosthènes étaient une nouveauté presque plus étrange, en Allemagne, que les dogmes de Luther.
Outre les travaux de son enseignement, ses écrits particuliers et les éditions qu'il surveillait, Mélanchthon tenait une classe privée. Sa santé, moins forte que son courage, suffisait à peine à tant de travaux. » Je ne crains qu'une chose, écrit Luther à SpalaLin, c'est que sa faible conslilution ne supporte pas la manière de vivre de ce pays. » L'électeur Frédéric, lui envoyant du vin de sa cave, lui citait cette parole de saint Paul : Il faut honorer son corps. « Si tu crois, ajoutait ce prince, que les autres paroles de cet apôtre sont vraies, crois-le aussi de celle-ci, et qu'il faut y ohéir'. »
La vie de nos professeurs les plus occupes ne
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MÉLANCHTHOS. 217
peut pas donner une idée de celle de Mélanchthon. 11 faisail deux leçons par jour à l'académie, et probablement autant et de plus longues chez lui. Il prenait l'élève au sortir de l'enfance, le conduisant, de degrés en degrés, des éléments de la grammaire jusqu'à l'élude de la théologie, qu'il regardait comme le couronnement de l'éducation littéraire. Il compo.sait des grammaires grecques et latines, écrivait des traités élémentaires de toutes les sciences, distinguant dans chacune ce qui y appartient naturellement de ce que la barbarie y avait importé d'étranger et d'hétérogène ; séparant, par exemple, la théologie de la philosophie, et, pour me servir de sa forte expression, la pui^eant de ce grossier mélange des Ethiques d'Aristote et de l'Évangile, où l'on n'aurait su dire qui était Dieu d'Aristote ou de Jésus. Au reste, il ne faut pas admirer sans réflexion une telle capacité de travail. Les forces de- l'homme, à toutes les époque?, sont mesurées à sa tâche. Or, du temps de Mélanchtflon, on avait tout à faire et une foi en proportion de l'œuvre. La première moitié du xvi° siècle fut la période héroïque des temps modernes. Les travaux de l'esprit y sont les travaux d'Hercule.
Si Mélanchthon eftl élé libre de choisir, nul doute que, des deux tâches qu'eurent à remplir les hommes du xvi' siècle, il n'eût pris la tâche littéraire. Il n'avait ni le caractère ni le genre d'esprit qui conviennent à un réformateur religieux. Trop de doute, et, pour
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toute passion, des impatiences passagères contre tes idées plutôt que contre les hommes ; aucun amour du bruit; le dégoût de la multitude, à laquelle il ne pardonnait pas sa foi brutale et aveugle à la merci ■ de tous les sophismes; un talent pratique, méthodique, sans mélange de déclamation; un esprit modeste, timide, s'agitant plus pour obéir que pour dominer; tels étaient les traits particuliers du caractère de Mélanchthon. Il eût fait comme les grands érudits de l'Italie, comme Bembo, le Po^e, Marcile Ficin ; il eût édité les anciens. Avant Luther, le choix était possible; après Luther, il fallait êlre ou avec lui, ou contre lui. Mélanchthon n'essaya pas de se soustraire à la destinée commune ; mais il laissa plus d'une fois échapper des plaintes, et l'aigreur des disputes théologiques lui fit regretter souvent les pacifiques conférences de cette académie platonicienne de Florence, où ne disputaient que des esprits d'élite, présidés par un prince magnifique. •
Ce fut après moins d'un an de séjour à Wiltembei^ qu'il commença de sentir l'influence de Luther. La mort de l'empereur Masimilien ' venait de délivrer celui-ci de ses craintes. N'ayant plus affaire qu'au pape, il avait relevé la tête. Il ne songeait plus à s'exiler. Le vicariat de l'empire, confié, Pédant l'interrègne, à son protecteur l'électeur de