‹ Renaissance et Réforme: Érasmus, Thomas Morus-MélanchthonChapitre 48 sur 77 · Corpm rtformatoram, l I, n · texte numérisé non relu

Corpm rtformatoram, l I, n

D,mi,.=db,Gooy[c

Î28 REMAISSANCE ET RÉFORME.

de la réforme. Il se croyait encore libre, et n'êlre qu'un auxiliaire qui combat, pour se retirer quand il sera las; mais il ne s'appartenait déjà plus. Il était devenu aussi nécessaire que Luther à la cause commune. Il lui fallait y donner le même temps que Luther, quoiqu'il fût loin de l'aimer, comme celuici, sans partage. Pour y suflire, il fit deux parts de sa vie : il donna l'une ans lettres, l'autre à la réforme.

Toutefois son penchant le plus vif était pour les lettres. Dans les affaires de la théologie, il n'était que soldat; dans celles des lettres, il était chef. Outre ses occupations régulières, sa facilité lui en suscitait tous les jours de nouvelles et d'imprévues. Comme il excellait à mettre . l'ordre et la lumière dans un discours, tous ses amis, vrais ou d'occasion, lui soumettaient leurs écrits, qui prenaient sous sa plume si sûre une forme mieux appropriée à l'intelligence des lecteurs. Nul n'éprouva de lui un refus. Il appelait tout le monde à profiter de qualités dont il rapportait tout l'honneur à Dieu, et qu'il disait n'avoir reçues que pour l'usage commun. Il fut généreux de son esprit jusqu'à ce qu'il pût l'être de sa bourse; et son savoir fut, comme plus tard sa maison, au service de tous ceux qui se présentaient à lui avec le titre d'hôtes.

Dans cette bonté admirable, nul doute qu'il n'entrât un peu de faiblesse. Comme ses préfaces augmentaient la valeur vénale des livres, on lui en

demandait de toutes parts ; il se laissait même aller à en écrire pour des ouvrages qui démentaient sa recommandation. Il prodiguait aussi les lettres de crédit et les attestations un peu au hasard, ne disant de personne rien de médiocre, et ne rendant jamais le service à demi. Etait-il sollicité par quelque personne suspecte dont il ne crût pas pouvoir en conscience rendre boa témoignage, il s'en débarrassait avecdel'arçent '.

Mélanchlhon ne savait pas résister, et ce qu'on a dit de Fénelon, qui lui ressembla par tant de traits, qu'il tenait à plaire à tout le monde, même à ses valets, est vrai de Mélanchthon; il fit beaucoup d'ingrats, jamais de mécontents. Excepté dans certaines déterminations capitales, qui ne se prennent qu'au plus profond de la conscience, où ne pénètrent pas les influences extérieures, Mélanchthon se . laissa vivre de la vie qu'on lui faisait. Mais telle était l'uxcellence de sa nature, que tout ce qui lui fut suggéré ou imposé par ses amis tourna aussi bien que s'il fût venu entièrement de lui. Pour les charges surtout et les devoirs, quel qu'en fût le poids, il ne pensa jamais à s'y soustraire, sous prétexte qu'on l'avait surpris.

C'est ainsi qu'il se laissa marier, vers le milieu de l'année 1520, avec Catherine Krapp, fille de Jérôme Krapp, consul de Wittemberg. On attribua ce ma-

1, Camérariua, cb. ]

D,mi,.=db,Gooy[c

i30 RtNAISSAKCE ET RËFURME.

riage à Luther, qui ne s'en défendit pas. Il voulait retenir Mélanchthon à Wittemberg par les liens de famille; il voulait, comme il l'avoue à Spalatin, travailler à l'accroissement de l'Évangile, en mettant k frôle santé de son jeune disciple à l'abri des incertitudes et des agitations du célibat. Le mariage fut décidé avant qu'on eût l'agrément de Mélanchthon. 11 l'apprit par le bruit public. « On dit, ^crit-il à Hessus, que j'ai aussi la prétention de me marier, encorequejen'aie jamais été si froid '. » El, plus loin, à Langus : « On me donne pour femme Catherine Krapp ; je ne dis pas combien contre mon attente et h quel froid mari on la donne ; mais tels sont les mœurs et ie caractère de cette jeune fille, que je n'en aurais pas osé demander une autre aux dieux immortels. > Du reste, il se prêtade si bonne grâce à son bonheur, que les mêmes amis qui lut avaient trouvé une femme le décidèrent, quoiqu'il eût voulu quelque délai, à hAter son mariage, < pour éviter, écrit Luther k Spalatin, le danger des mauvaises langues '. i Le 29 novembre 1520, un agréable distique, affiché à la porte de l'académie de Wittemberg, annonçait aux étudiants que Philippe Mélanchthon prenait ce jour-là de doux loisirs, et qu'il ne ferait pas de leçon sur saint Paul *.

Page 1